‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 60 sur 108 · RENAISSANCE DE LA PHYSIQUE CAHTÉSIENNE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE DE LA PHYSIQUE CAHTÉSIENNE

Condorcet résista à cet entraînement général et maintint avec beaucoup de fermeté la place de Descartes. Voici comment il s'exprime :

< Se bornant exclusivement aux sciences mathématiques « et physiques, Galilée ne put imprimer aux esprits le « mouvement qu'ils semblaient attendre. Cet honneur « était réservé à Descartes, philosophe ingénieux et hardi. € Doué d'un grand génie pour les sciences, il joignit l'exem- « pie au précepte, en donnant la méthode de trouver, de « reconnaître la vérité. Il en montrait Inapplication dans la • découverte des lois de la dioptrique, de celle du choc des € corps, enfin d'une nouvelle branche de mathématiques, qui « devait en reculer toutes les bornes. Il voulait étendre sa « méthode à tous les objets de l'intelligence humaine; Dieu, « l'homme, l'univers étaient tour à tour le sujet de ses médic tations. Si dans les sciences physiques sa marche est moins « sûre que celle de Galilée, si sa philosophie est moins sage « que celle de Bacon, si on peut lui reprocher de n'avoir pas « assez apprijs par les leçons de l'un, par l'exemple de Tautre « à se défier de son imagination, à n'interroger la nature que « par des expériences, à ne croire qu'au calcul, à observer « l'univers au lieu de le construire, à étudier l'homme, au a lieu de le deviner; l'audace même de ses erreurs servit aux « progrès dé l'espèce humaine. Il agita les esprits que la « sagesse de ses rivaux n'avait pu réveiller (1) » .

Nous avons vu que Laplace attribue expressément à Descartes la conception et l'origine de l'astronomie mécanique dont il devait poser le couronnement. M. Biot lui rapporte, d'une manière plus générale, la conception d'une physique mécanique : « Au milieu de toutes les erreurs de Descartes, il a ne faut pas méconnaître une grande idée qui consiste à avoir

i. Esquisse d'un tableau historique des progrès de Vesprit humavu — Hnitiâme épo(}ue, à la fin.

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c tenté, pourlapremièrefois, de ramener tons les phénomènes c naturels à n'être qu'un simple développement des lois delà c mécanique. (1) > Ce sont là les indices d'une réaction légitime contre l'abaissement injuste d'une grande renommée. Cette réaction a progressé dans la mesure où la science contemporaine, renonçant au yide des Newtoniens, a rétabli la matière subtile, sous le nom d'étber^ démontré la théorie des ondulations lumineuses, affirmé que la chaleur n'est qu'un mouvement, et proclamé enfin la conservation de l'énergie. Il sufiSsait d'ouvrir les œuvres de Descartes pour s'assurer qu'il avait proclamé ces grandes théories de la physique moderne, et que s'il s'était trompé sur la méthode et sur une foule d'affirmations de détail, il avait fixé les principes directeurs des recherches. C'est ce que disait, en termes exprès, M. Pontécoulant, dans l'introduction de sa Théorie analytique du système du monde, publiée en 1829 : < Descartes a mérité

< la reconnaissance des siècles avenir en ouvrant une carrière c nouvelle aux méditations de l'esprit humain, et en montrant

< la route que ses successeurs devaient parcourir avec tant € de gloire » . Montrer la route, c'est bien l'œuvre d'un chef, d'un fondateur. M. Joseph Bertrand a justifié et considérablement accru le retour de l'opinion publique vers une appréciation juste de l'histoire de la science, lorsque, en 1869, il a exposé les bases de la physique actuelle, et qu'il a donné à son travail ce titre qui aurait bien surpris Garât, Renaissance de la physique cartésienne (2). Descartes, en effet, a retracé, il y a deux siècles, le programme de tout ce que nous savons, et de tout ce que nous cherchons. Après avoir dressé le catalogue de ses erreurs, force est bien de convenir, en présence des faits, qu'il est, selon une expression que j'emprunte à M.

i. Bio^aphie unioer selle.

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