Portraits HUéraires^ tome L
3. La philosophie dss deux Ampère, publiée par Bartfaélemy S&.-Uilaire, puge 155.
théorie spéciale ; tous les phénomèaes spirituels justifient la thèse de Texisteûce de rame ; et la science dans sa totalité, qui n'est que la connaissance progressive de l'ordre de l'univers, témoigne en faveur de l'existence de l'ordonnateur suprême. Laplace dans ses travaux s'est borné à suivre le courant de la science établi par ses devanciers, Ampère remonte à la source, comme avaient fait Descartes, Newton et Leibniz. A sa foi religieuse il unissait un ardent amour pour les recherches méthaphysiques, amour satisfait et entretenu par ses relations d'amitié avec Maine de Biran. La tendance religieuse et philosophique de ses pensées fut le principe directeur de ses travaux comme de sa vie.
lAehig.
Liebig. appelle des réflexions de même nature que celles qui coDcernent Ampère. M. ,Moleschott, qui combat ses doctrines en leur opposant un matérialisme sans voiles, le considère comme « le plus grand chimiste de TAlIemagne > . Pour le contredire, il est obligé de reconnaître que le plus grand chimiste de l'Allemagne était dominé par une conviction qui lui aisait écrire des lignes comme celles-ci : c La simple connaissance expérimentale de la nature nous impose, avec une force irrésistible, la conviction que ce quelque chose (l'esprit humain) n'est pas la limite en dehors de laquelle il n'existe plus rien qui lui ressemble ou qui soit plus parfait que lui.Notre perception n'atteint que les degrés inférieurs. Cette vérité, comme toutes les autres dans les sciences physiques, établit l'existence d'un être supérieur, dont nos sens ne peuvent donner Tidée ni la connaissance,que le perfectionnement des instruments de notre esprit peut seul nous faire concevoir dans sa grandeur et sa sublimité (1) » . ^
i. Liebi^. Lettres sur la chimie, (en allemand) p. 31. — Moleschott. Li cireulahon de la vie. Lettre i.
Liebig ne considère pas sa croyance religieuse et ses travaui scientifiques comme deux faits simplement juxtaposés; il estime que la pensée religieuse guide la science dans la voie de la vérité» et la préserve des faux pas. Il met cette pensée en évidence dans une confession personnelle. Il croyait avoir découvert une application de la chimie à l'agriculture , dont les effets devaient être de remédier à l'épuisement dirsol. Sa découverte se trouva fausse; et une étude plus attentive de son objet l'amena à constater que le but qu'il poursuivait se trouvait réalisé, par une voie dont il ne s'était pas douté. Voici comment il s'exprime dans des pages datées de 1862. « Après avoir soumis tous les faits à un examen nouveau et « approfondi, j'ai découvert la cause de mon erreur. J'avais « péché contre la sagesse du Créateur, et j'avais reçu nïa juste « punition. Je voulais perfectionner son œuvre, et, dans mon « aveuglement, je croyais que dans l'admirable chaîne des .< lois qui président à la vie sur la surface de la terre, et ia a maintiennent toujours dans sa fraîcheur, il manquait un « anneau, que moi, le faible et impuissant vermisseau, je « devais remplacer. Il y avait été pourvu, mais d'une manière « si merveilleuse que la possibilité d'une pareille loi n'avait « pas môme abordé l'intelligence humaine (1) » . C'est dire en termes clairs que, dans l'opinion du plus grand chimiste de l'Allemagne, le doute sur la sagesse du créateur peut être cause qu'on se trompe, même dans une étude de chimie agricole.
Fresnel.
Les travaux de Fresnel sur la nature de la lumière ayant été l'un des points de départ de la rénovation contemporaine de la physique, il est intéressant de savoir sous quelles infln-
1. Chimie appliquée d Vagricultitre etd la physiologie (en allemand} YII* édition. Introduction^ page 69.
ences il est parvenu à la théorie qui a illustré son nom. Son Mémoire sur la diffraction de lalumière, présenté à l'Institut en 1818, débute par une introduction dans laquelle il rend compte de la marche de sa pensée. Il indique l'existence de deux systèmes sur la nature de la lumière : celui de l'émission appuyé sur la grande autorité de Newton, et celui des vibrations d'un fluide, qui se rattache, par l'intermédiaire d'Euler, de Huyghens et de Hooke, aux travaux de Descartes. Fresnel adopte le deuxième système. Pourquoi ? Parce que la nature s'est proposé de faire beaucoup avec peu, de produire le maximum d'effets avec le minimum de causes, et que le système des ondulations fournit des explications plus simples que celui de l'émission. Il développe longuement cette thèse, et il ajoute, mais seulement à titre d'argument secondaire, que le système des ondulations explique certains phénomènes de la diffraction de la lumière, que le système de l'émission n'explique pas. Chacun peut s'assurer en consultant le texte de Fresnel que c'est le principe de la simplicité qui a dirigé sa pensée et qui a été l'origine de sa théorie (1). Mais qu'entendait-il par cette nature qui s'est proposé de faire beaucoup avec peu? Sa pensée à cet égard n'est pas douteuse. Verdet nous fournit à cet égard les renseignements que voici : Fresnel fut élevé par une mère janséniste, et nourri des écrivains de Port-Royal. Ses opinions religieuses furent modifiées par le milieu au sein duquel il était placé, et par sa culture scientifique. Sa foi en une révélation surnaturelle fut ébranlée, mais (et c'est tout ce qui importe à l'objet de mon étude) « l'existence de Dieu, la « Providence, la liberté et l'immortalité de l'âme humaine, « les grandes doctrines spiritualistes d'où ces précieuses vé- « rites lui paraissaient dépendre, étaient devenues la préoccu- « pation constante de sa pensée, et il avait espéré qu'à force € de travail et de méditation il donnerait à ses convictions