Voir ia première étude. — Pages 47 à
t Telle est anssi la nature. Les phénomènes pris isolément
« n'apparaissent dans lenr yrai sens, comme les notes dé- « tachées, que lorsqu'on sait les réunir et apprécier leur en-
« semble. Ce n'est que par le rapprochement des faits isolés
« que nous nous formons une idée de la grandeur de la créa-
« tion. C'est par ce rapprochement que notre âme entrevoit
« rbarmonîe de la nature, harmonie qui, de môme que sa
« sœur dans le domaine des sons, nous élève au-dessus du
« monde physique, et produit dans notre âme le pressentiment
<t d'une intelligence divine qui dirige tout ce qui est, comme
« elle a dirigé tout ce qui a été. Chacun prendrait sansdoute
« pour un idiot celui qui prétendrait que les notes d'unesym-
A phonie ne sont que des points jetés par hasard sur le papier.
« Mais il me semble que ceux-là ne sont pas moins insensés
< qui ne voient qu'un jeu du hasard dans l'harmonie bien « plus merveilleuse de la création. Plus nous avançons dans « la connaissance de la nature, plus aussi est profonde notre c conviction que la croyance en un Créateur tout-puissant et « en une sagesse divine qui a créé le ciel et la terre selon un « plan éternel et préconçu, peut seule résoudre les énigmes « de la nature, comme celles de la vie humaine. Ce n'est pas « le coeur humain seul qui atteste l'existence de Dieu, c'est « aussi la nature » (1).
En 1860, M. Auguste De La Rive terminait un cours de physique en disant: « Si j'ai appris quelque chose dans les « longues années d'une étude qui a fait l'un des charmes de « de ma vie, c'est que Dieu agit continuellement ; c'est que sa « main qui a tout créé, veille sur tout dans l'univers. Et cette « môme Providence qui tient en équilibre les forces de la
< nature, qui dirige les astres dans leurs orbites, a l'œil aussi a sur chacun de nous. Rien ne nous arrive sans la volonté « spéciale de Celui qui nous garde. Dans cette conviction
1. Ia monde primitif de la Suisse, traduction Isaac Demole, 1872.
CONSEQUENCES DÉ l'âTHÉISME. 209
ff profonde, Tâme chrétienne se repose avec paix » (1). Voici maintenant les déclarations de deux des premiers chimistes de notre époque. Dans l'automne de 1874, M. Ghevreal a dit à TAcadémie des sciences de Paris : « Je me suis a demandé si, à une époque ou plus d'une fois on a dit que la science moderne mène au matérialisme^ ce n'était point un devoir pour un homme qui a passé sa vie au milieu de ses livres et dans un laboratoire de chimie, à la recherche de la vérité, de protester contre une opinion diamétralement opposée à la sienne
..... J'ai la conviction de l'existence d'un Être divin, créateur d'une double harmonie: l'harmonie qui régit le monde inanimé, et que révèle d'abord la science de la mécanique céleste et la science des phénomènes molé- « culaires, puis l'harmonie qui régit le monde organisé vivant. Je n'ai donc jamais été matérialiste, à aucune époque de ma vie, mon esprit n'ayant pu concevoir que cette double harmonie, ainsi que la pensée humaine, ait été le produit du hasard. > M. Wurtz, doyen de la Faculté de médecine de Paris, a exposé la théorie des atomes à Tassociation française pour l'avancement des sciences, réunie à Lille, au mois d'août 1874. Voici la conclusion de son discours. « Tel est l'ordre de la « nature ; et à mesure que la science y pénètre davantage, < elle met au jour, en même temps que la simplicité des « moyens mis en œuvre, la diversité infinie des résultats. « Ainsi, à travers ce coin du voile qu'elle nous permet de « soulever, elle nous laisse entrevoir tout ensemble l'harmo- « nie et la profondeur du plan de l'univers. Quant aux causes premières, elles demeurent inaccessibles. Là commence un « autre domaine que l'esprit humain sera toujours empressé « d'aborder et de parcourir. Il est ainsi fait et vous ne le
1. Le cours de M. De la Rive a été fait à Genève, et ia conclusion a ôté publiée dans un Journal de cette ville.
Navillb. ~ Physiqub modbrnb. 14
210 PHILOSOPHIE DES . rONBATEURS DE LA PHYSIQUE.
c changerez pas. C'est en vain qne la science lai aura révélé c la stractnre du inonde et l'ordre de tous les phénomènes : c .il veut remonter plus haut, et dans la conyiction instinctiye c que les choses n'ont pas en elles-mêmes leur raison d'être, c leur support et leur origine, il est conduit à les suhorc donner à une cause première unique, universelle. Dieu » (1). Messieurs De La Rive, Heer, Ghevreul et Wurtz sont des hommes dont personne n'oserait contester la valeur scientifique. Je termine en observant que lorsque la science reconnaît et proclame i l'harmonie et la profondeur du plan de < l'univers, » elle ne fait que confirmer les principes que l'on trouve à son point de départ. La raison, fécondée par l'expérience, justifie les pressentiments qui ont dirigé la pensée dans ses tentatives pour expliquer les phénomènes.
i. Revue scientifique du 2i août 1874.