‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 89 sur 108 · PHÉNOMÈNES PHYSIQUES ET PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES PHYSIQUES ET PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

au sujet de l'iafluence des signes sur la peusée, déclare que « la science n'est qu'une langue bien faite. » Hegel, voyant que les lois de la logique se retrouvent partout, dans l'ordre de la nature aussi bien que dans nos conceptions, proclame que « la logique est tout » et que l'univers n'est qu'une série de syllogismes enchaînés. Un fait du même ordre se produit chez Herbert Spencer. Ebloui par la théorie de la transformation des mouvements, il s'écrie : a tout est là, et la pensée humaine n'est qu'un mouvement transformé. »

Les progrès de la physique sainement interprétés sont loin de conduire à de semblables résultats ; au contraire, dans la mesure où ils réduisent toute la partie objective des phénomènes au mouvement seul, ils creusent la séparation des éléments matériels et des éléments psychiques, du corps et de l'esprit. Gela est indubitable ; mais, en même temps, les progrès de la physiologie établissent toujours plus les rapports intimes des deux classes de faits que les progrès de la physique distinguent sans les séparer. On a longtemps admis, en debors des écoles matérialistes, l'idée que les phénomènes vitaux étaient presque sans rapports avec les phénomènes physico-chimiques, qu'ils avaient leur explication dans l'action propre de la force vitale. La science contemporaine marche résolument dans une direcUon contraire. On n'a point établi, sans doute, la complète identité des phénomènes des corps vivants et de ceux de la matière inorganique. Naguères encore, Claude Bernard rappelait avec insistance que « les phénomènes chimiques de l'être vivant, bien qu'ils se « passent suivant les lois générales de la chimie, ont touc jours leurs appareils, et leurs procédés spéciaux », en sorte que < les phénomènes chimiques des organismes vivants ne < peuvent jamais être assimilés complètement aux phénoc mènes qui s'opèrent en dehors d'eux (1) » . Mais, une ré-

i. Leçons sur les phénomènes de la vie communs attx animatix et aux végétaux j page 166. — Voir aussi Rapport sur les progrès et la marche de la physiologie générale.

serre indispensable étant faite pour la présence de Torganisme Tirant, toujours nécessaire à l'explication des phénomènes de la yie, la science moderne tend de plus en plus à ramener aux lois de la physique et de la chimie les fonctions de la respiration, de la circulation, des sécrétions, et, par une induction naturelle, les fonctions du système cérébral. Si les phénomènes physiques et chimiques ne sont que des mouyements, il en résulte que, l'organisme étant donné, toutes les manifestations de la vie sont des phénomènes mécaniques. Gela admis, si Ton admet encore que tous les sentiments, toutes les idées, toutes les impulsions, toutes les Tolitions ont des phénomènes correspondants dans Tordre matériel, il en résulte qu'étant supposé un organe cérébral transparent, et un obseryateur capable de tout perceyoir, et connaissant toutes les lois de la physiologie, . cet obseryateur lirait dans l'organisme cérébral tous les phénomènes psychiques : (sentiments, idées, yolontés,) de même que nous lisons toutes les pensées d'un écriyain dans les réunions diyerses des caractères de l'alphabet. C'est là une hypothèse inductiye. Je l'admets, sinon comme absolument démontrée, du moins comme reyétue par la science contemporaine d'une haute probabilité. Lorsqu'on aura bien reconnu la diyersité essentielle des phénomènes corporels et des phénomènes psychiques, on ne conclura pas de leurs rapports à leur identité ; on n'arriyera pas à la pensée extrayagante, qui figure dans quelques écrits contemporains, que la physiologie pourra remplacer la psychologie. Ceux qui parlent ainsi oublient qu'ils n'auraient aucune idée des phénomènes de conscience, s'ils n'en ayaient pas la connaissance interne immédiate," et s'ils étaient réduits à percevoir les faits physiologiques qui ne sont que des mouyements. Us cherchent dans la physiologie les signes des . phénomènes psychiques, dont la connaissance est manifestement la condition nécessaire et préalable des recherches auxquelles ils. se liyrenU

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