‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 88 sur 108 · PHÉNOMÈNES PHYSIQUES ET PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES PHYSIQUES ET PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES

sible, conduit M. Spencer à penser que, d'une façon incompréhensible aussi, le mouvement devient sensation et pensée. Je relis son texte : < La loi de métamorphose qui règne parc mi les forces physiques règne également entre celles-ci et c les mentales. Les modes de Tlnconnaissable que nous « appelons mouvement, chaleur, lumière, affinité chimique, « etc., sont transformables les uns dans les autres, et dans

< ces modes de l'Inconnaissable que nous distinguons par les c noms d'émotion, de sensation, de pensée ; celles-ci à leur c tour peuvent, par une transformation inverse, reprendre c leur première forme.... Gomment se fait cette métamor-* « phose? comment une force qui existe sous la forme de

< mouvement, de chaleur, de lumière, peut-elle devenir un « mode de conscience ? Gomment les vibrations aériennes c peuvent-elles engendrer la sensation appelée son? Gomment « les forces mises en liberté par les changements chimiques « opérés dans le cerveau peuvent-elles produire une émotion? « Ce sont des mystères qu'il n'est pas possible de sonder ; i ils ne sont pas plus profonds que les transformations des « forces physiques les unes dans les autres. Ils ne dépassent « pas plus la portée de notre intelligence que ne la dépasse « la nature de l'Esprit et de la Matière. Ge sont simplement « des questions insolubles comme les autres questions der-

,« nières. (1) »

Les rapports des mouvements divers de la matière avec les sensations qui leur correspondent constituent certainementune question insoluble comme toutes les questions dernières ; ces rapports sont un élément primitif de la constitution des choses» dont l'explication ne peut pas même être cherchée, parce qu'il est impossible d'entrevoir dans quelle direction on la chercherait. Mais identifier, au point de vue de l'intelligibilité,

1. Les Premiers Principes, — pages 232 et 233. — M. Renouvier a fait une critique excellente de ce passage dans la Critique philosophique du 10 octobre i878.

9i6 LA PHYSIQUE ET LA MORALE.

on plutôt de Tabsence de rînteUigibilité, les changements de forme des mouvements, c'est-à-dire des modifications de direction et de vitesse qui dépendent de la nature des agrégats, et la transformation des mouvements en phénomènes psychiques, c'est une manifeste erreur. La pensée n'a aucune peine à entendre qu'un mouvement de translation arrêté devienne un mouvement moléculaire, et qu'un mouvement moléculaire produise des ondulations dans Téther. Tout cela appartient au même ordre de représentations objectives, et Ton conçoit aisément que si nous étions pourvus d'organes capables de percevoir les molécules des corps et le fluide éthéré nous pourrions suivre ces transformations de mouvements comme nous suivons, dans la marche d'un mécanisme, le mouvement d'une roue produisant le mouvement d'une autre roue. Mais la transformation des mouvements perçus en perception, et des mouvements sentis en sensation, fait passer l'esprit d'un monde à un antre. Il ne s'agit plus d'un même ordre de représentation objective, où tout s'enchaîne sans difficulté pour la pensée, il s'agit de passer de l'observation sensible à l'observation psychique, qui est d'un autre ordre. Identifier les deux ordres c'est, comme l'a dit Charles Secrétan, c prononcer des mots dont il est impossible de réaliser le sens (1). »

Nous avons ici un exemple d'un phénomène dont la con-^ naissance est indispensable pour l'intelligence de l'histoire* de la philosophie. Je veux parler de l'éblouissement que produit une idée nouvelle, éblouissement par l'eflfet duquel l'idée nouvelle prend des proportions illégitimes, et fait crier : tout est là ! Pythagore ayant reconnu, par une intuition de génie, le rôle des mathématiques dans la science de la nature, arrive à la formule : « tout est nombre. » Condillac, sous l'impression des découvertes faites, à son époque,

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