‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 93 sur 108 · CONSERVATION DE L'ÉNERGIE ET UBERTÉ. 2S · texte numérisé non relu

CONSERVATION DE L'ÉNERGIE ET UBERTÉ. 2S

1« Sous le rapport de l'espace, ia direction des mouyements peut être modifiée, leur quantité demeurant la même.

2^ Sous le rapport du temps, les manifestations actuelles d'une somme constante de force peuvent se produire à des moments divers, sans que la quantité de force varie»

Si ces deux thèses peuvent être démontrées, le conflit entre la physique et la morale disparaît. En eflfet, la morale n'exige pas l'existence d'un pouvoir créateur de la force, mais seulement l'existence d'un élément de liberté dans remploi d'une force donnée. Examinons d'abord le premier point.

Si par la pensée on isole une planète de l'ensemble de son système, il est clair qu'elle peut se mouvoir sur son orbite dans un sens ou dans l'autre la quantité de son mouvement demeurant égale; c'est la conséquence indéniable de l'indifférence dynamique de l'espace. De même, lorsqu'une locomotive est placée sur un chemin de fer horizontal, elle peut prendre une direction ou l'autre, la force de la machine et la force employée par le mécanicien restant les mêmes. Donc la direction du mouvement peut varier, sans que sa quantité varie. J'ai émis cette idée dans la Bibliothèque universelle de juillet 1873, sans me rendre compte alors que c'était peutêtre une réminiscence inconsciente de la lecture de Descartes (1), et sans savoir que M. Cournot avait publié la même pensée (2). Un correspondant delà Critique philoeo-phique (3) a combattu mon afiGirmation, en se fondant sur ridentité de la notion de la force et de la notion du mou-

i. < Descartes a reconnu que les âmes ne peuvent point donner de la force au corps, parce qu'il y a toujours la même quantité de force dans la matière. Cependant il a cru que Tâme pouvait changer la direction des corps. » — Leibniz, Monadologie § 80. — Voir aussi les Considérations sur le principe de la vie, par l'auteur de l'harmonie préétablie, vers le commencement.

2. Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiqms, tome CIX, page 704.

Page 1