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L'ÉTHER ET LA GRAVITATION

Le succès éclatant de l'hypothèse de l'éther en optique a, de nos jours, affermi l'espérance d'expliquer, par une représentation analogue, l'action gravifique.

Depuis longtemps, les philosophes qui rejetaient

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Tidée que la pesanteur est une qualilé première et essentielle des corps, ont cherché à réduire le poids des corps à des pressions s'exerçant dans un fluide très subtil; ce fut la conception de Descartes et ce fut peut-être aussi la pensée véritable de Newton lui-même.

Newton indique, en maints endroits, que les lois qu'il avait découvertes sont indépendantes des hypothèses que l'oa peut faire sur la manière dont se produit l'attraction universelle, mais qu'avec des expériences suffisantes on remontera peutêtre un jour à la cause même de cette attraction.

Dans la préface de la deuxième édition de l'optique, il écrit : « Pour prouver que je n'ai pas considéré la pesanteur comme une propriété universelle des corps, j'ai ajouté une question sur sa cause, préférant cette forme de question, parce nue mon interprétation ' ne me satisfaisait pas entièrement faute d'expérience », et il posait la question sous cette forme : « Ce milieu (l'éther), n'est-il pas plus raréfié à l'intérieur des corps ienses. le soleil, les planètes et les comètes, que dans les espaces vides qui les séparent? En passant de ces corps à de grandes distances, ne devient-il pas continuellement de plus en plus dense, et par là ne produit-il pas la pesanteur de ces grands corps à l'égard les uns des autres et celles de leurs parties à l'égard de ces corps, chaque corps tendant à aller des parties les plus denses aux plus raréfiées? »

Évidemment, cette vue est incomplète, mais on peut chercher à la préciser ; si l'on admet que ce milieu, dont les propriétés expliqueraient l'attraction, est la même que l'éther lumineux, on

peut se demander d'abord si l'action gravifique serait due, elle aussi, à des oscillations: quelques auteurs ont cherché à fonder une théorie sur cette hypothèse, mais on se heurte immédiatement à de très sérieuses difficultés.

La gravité apparaît, en effet, comme présentant des caractères tout à fait exceptionnels, aucun agent, même ceux qui dépendent de l'éther, comme la lumière et l'électricité, n'a d'influence sur son action ni sur sa direction. Tous les corps sont, pour ainsi dire, absolument transparents à l'attraction universelle ; aucune expérience n'a réussi à démontrer que sa propagation n'est pas instantanée, de diverses remarques astronomiques, Laplace concluait que sa vitesse doit, en tous cas, dépasser cinquante millions de fois celle de la lumière. Elle ne subit ni réflexion, ni réfraction, elle est indépendante de la structure des corps, et non seulement elle est inépuisable, mais encore (comme le fait remarquer, d'après M. Hannequin, un savant anglais, James Croll), la distribution des effets de la force attractive d'une masse sur les particules multiples qui peuvent entrer successivement dans le champ de son action ne diminue à aucun degré l'attraction respective qu'elle exerce sur chacune d'elles, ce qui ne se voit nulle part ailleurs, dans la nature.

Néanmoins, on peut, moyennant quelques hypothèses, construire des interprétations où les mouvements appropriés d1un milieu élastique expliqueraient assez bien les faits, mais ces mouvements sont fort complexes, et il paraît à peu près inconcevable qu'un même milieu puisse avoir simultanément l'état de mouvement correspon-

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dant à la transmission d'un phénomène lumineux, et celui que lui imposerait constamment la transmission de la gravitation.

Une autre hypothèse, qui fut célèbre, avait été imaginée par Lesage, de Genève; Lesage supposait l'espace traversé en tout sens par des courants de corpuscules ultra-mondains; celte hypothèse, combattue par Maxwell, était intéressante ; on pourrait peut-être la reprendre aujourd'hui, et il ne serait pas impossible que l'assimilation de ces corpuscules aux électrons fournît une image satisfaisante.

M. Crémieux a récemment entrepris des expériences destinées, dans sa pensée, à mettre en évidence, que les divergences entre les phénomènes de la gravitation et tous les autres phénomènes de la nature seraient plus apparentes que réelles. Ainsi, l'évolution au sein de l'éther d'une quantité d'énergie gravifique ne serait pas absolument isolée et, comme pour toutes les évolutions d'une énergie de forme quelconque, provoqueraitelle aussi une transformation partielle en énergie de forme différente, ainsi encore l'énergie gravifique libre varierait quand on passe d'un milieu matériel à un autre, des gaz aux liquides, d'un liquide à un liquide différent.

Sur ce dernier point, les recherches de M. Crémieux ont donné des résultats positifs: si l'on immerge, dans une grande masse d'un premier liquide, plusieurs gouttes d'un second liquide non miscible avec le premier, mais de densité identique, on constitue un ensemble, présentant sans doute une discontinuité pour l'éther, et, Ton peut se demander, si, conformément à ce qui se passe

dans tous les autres phénomènes de la nature, cette discontinuité n'a pas une tendance à disparaître.

Si l'on s'en tient aux conséquences ordinaires de la théorie du potentiel Newtonien, les gouttes devraient rester immobiles, la poussée hydrostatique équilibrant exactement leur attraction mutuelle: or. II. Grémieux observe qu'en fait elles se rapprochent lentement.

De telles expériences sont bien délicates, malgré toutes les précautions prises par l'auteur, on ne saurait affirmer encore qu'il a écarté toute influence des phénomènes de la capillarité et qu'il s'est mis à l'abri des erreurs pouvant provenir de la moindre différence de température, mais la tentative est des plus intéressantes, elle mérite d'être poursuivie.

Ainsi, l'hypothèse de l'éther n'explique pas encore tous les phénomènes que les considérations relatives à la matière seules sont impuisies àinferpréter; si l'on voulait se représenter, par les propriétés mécaniques d'un milieu répandu dans tout l'univers, les phénomènes lumineux, les phénomènes électriques et les phénomènes gravifiques, on serait conduit à attribuer, à ce milieu des propriétés fort étranges, et presque contradictoires, et, cependant, il serait encore plus inconcevable que ce milieu fut double ou triple, qu'il y eut deux ou trois éthers occupant chacun l'espace comme si chacun était seul, et se pénétrant, sans exercer d'action les uns sur les autres. L'on est ainsi, par l'examen attentif des faits, amené plutôt à cette pensée que les propriétés de l'éther ne sont pas entièrement réductibles à la mécanique ordinaire.

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Le physicien ne se trouve donc pas encore en mesure de répondre à la question que lui pose souvent le philosophe : « L'éther a-t-il vraiment ure existence objective? » Aussi bien, la solution n'est pas nécessaire à connaître pour utiliser l'éther; dans ses propriétés idéales, on trouve le moven de déterminer la forme d'équations qui roussissent et, pour un savant détaché de toute préoccupation métaphysique, c'est là l'essentiel.

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