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VENIR DE LA PHYSIQUE

intermédiaires entre les domaines que Ton considérait naguère comme séparés.

Parmi toutes les théories récemment proposées, la théorie des ions a pris une place prépondérante; d'abord mal comprise par quelques-uns, paraisgant quelque peu singulère, en tous cas inutile, à d'autres, elle n'avait dans ses débuts, en France du moins rencontré, il faut l'avouer, qu'une très médiocre faveur.

Aujourd'hui les choses ont bien changé, ceux-là mêmes qui la méconnaissaient ont été séduits par îa façon curieuse dont elle s'adapte à l'interprétation des expériences les plus récentes sur des sujets très divers; une réaction très naturelle s'est produite, je dirais presque qu'une question de mode a porté à quelques exagérations.

L'électron a conquis la physique, beaucoup adorent la nouvelle idole d'une adoration un peu aveugle; certes, on ne peut que s'incliner devant une hypothèse qui permet de grouper, dans un même ensemble, toutes les découvertes sur les décharges électriques, sur les substances radioactives, qui conduit à une théorie satisfaisante de l'optique et de l'électricité, et, par l'intermédiaire de la chaleur rayonnante, semble devoir prochainement englober les principes de la thermodynamique; certes, on doit admirer la puissance d'un symbole qui pénètre aussi dans le domaine de la mécanique et qui fournit une représentation simple des propriétés essentielles de la matière; mais il convient de ne pas perdre de vue qu'une imasre peut être une apparence bien fondée mais ne saurait exactement se superposer à la réalité obiective.

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La conception de l'atome d'électricité, à partir duquel les atomes matériels seraient construits, nous permet évidemment de pénétrer plus avant que n'avaient pu le faire nos devanciers dans les secrets de la nature, mais il faut ne pas se payer de mots et le mystère n'est pas éclairci lorsque, par un artifice légitime, on a simplement reculé la difficulté; on reporte sur un élément de plus en plus petit les qualités physiques que l'on a d'abord, dans l'antiquité, attribuées à l'ensemble d'une substance, puis plus tard aux atomes chimiques dont la réunion constitue cet ensemble, puis aujourd'hui aux électrons qui composent ces atomes ; on rend, en quelque sorte, de plus en plus petit l'indivisible mais on ignore toujours quelle peut être sa substance ; la notion de charge électrique que nous substituons à la notion de masse matérielle permettra de réunir des phénomènes que l'on croyait séparés, mais elle ne saurait être considérée comme une explication définitive, le terme auquel la science doit s'arrêter. Il est probable cependant que, pendant quelques années encore, la physique n'ira pas au delà : l'hypothèse actuelle suffit pour grouper les faits connus, elle permet, sans doute, d'en prévoir beaucoup d'autres, de nouveaux succès viendront encore s'ajouter à son actif.

Puis viendra le jour où, comme toutes celles qui ont régné avant elle, cette hypothèse séduisante conduira à plus d'erreurs que de découvertes; elle se sera cependant perfectionnée, elle sera alors devenue un édifice très vaste et très complet que certains n'abandonneront pas volontiers, ceux qui ont établi une confortable demeure sur les ruines

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des monuments anciens ont parfois, eux aussi, trop de regrets à la quitter.

Ce jour-là, les chercheurs qui étaient en avant dans la marche vers la vérité seront rejoints, et même dépassés, par d'autres qui ont suivi un chemin plus long mais peut-être plus sûr; nous les avons vus également à l'œuvre, ces physiciens prudents qui redoutent les symboles trop audacieux, qui cherchent seulement à recueillir le plus de documents possibles ou qui ne veulent comme guide que quelques principes qui sont pour eux une simple généralisation de faits expérimentalement établis, et nous avons pu constater qu'eux aussi accomplissaient une bonne et fort utile besogne.

Les uns et les autres ne travaillent pas d'ailleurs d'une façon isolée, il est à noter en effet çft*e la plupart des résultats si remarquables obtenus dans ces dernières années sont dus à des physiciens qui ont su unir leurs efforts, orienter leur activité vers un but commun, et peut-être n'est-ii pas inutile d'observer aussi que les progrès ont été en raison des ressources matérielles dont disposaient les laboratoires.

Il est probable que, dans l'avenir comme dans le passé, les découvertes les plus profondes, celles qui viendront subitement révéler des régions entièrement inconnues, ouvrir des horizons tout à fait nouveaux, seront faites par quelques chercheurs de génie qui poursuivront dans la méditation solitaire leur labeur obstiné et qui, pour vérifier leurs conceptions les plus hardies, ne demanderont sans doute que les moyens expérimentaux les plus simples et les moins coûteux ; mais, pour que ces

découvertes portent toutes leurs fruits, pour que le domaine puisse être rationnellement exploité et fournisse le rendement désirable, il faudra de plus en plus l'association des bonnes volontés, la solidarité des intelligences, il faudra aussi que les savants aient à leur disposition les instruments les plus délicats et les plus puissants; ce sont là les conditions aujourd'hui nécessaires pour le progrès continu dans les sciences expérimentales.

Si, comme il est malheureusement arrivé déjà ] ns l'histoire des sciences, ces conditions ne se : ouvaient pas remplies, si la liberté des travailmrs venait â être entravée, leur union troublée, si les facilités matérielles leur étaient trop parcimonieusement ménagées, l'évolution, actuellement si rapide, pourrait se ralentir, des régressons, comme du reste en connaissent toutes les évolutions, pourraient même se produire, mais les espérances dans l'avenir ne seraient pas pour touours abolies. Il n'est pas de limites pour le tcs. le champ de nos investigations n'a pas -le frontières ; l'évolution se continuera avec une force invincible, ce que nous appelons aujourd'hui l'inconnaissable reculera de plus en plus loin devant la science qui, jamais, ne s'arrêtera dans sa marche en avant ; ainsi la physique satisfera de mieux en mieux l'esprit en lui fournissant de nouvelles interprétations des phénomènes, mais elle iccomplira, pour la société tout entière, une oeuvre plus précieuse encore, en contribuant tous ies jours, par les améliorations qu'elle suggère, à rendre la vie plus facile et plus douce et en procurant à l'homme des armes contre les forces hostiles de la nature.

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