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LA MESURE DES MASSES

Au sujet de la mesure des masses, on pourrait faire des remarques très analogues à celles qui viennent d'être faites pour les longueurs. La confusion fût peut-être plus grande encore parce qu'à l'incertitude relative à la fixation de l'unité s'ajoutait une certaine indécision sur la nature même de la grandeur définie. Dans la loi, dans les usages courants, les notions de poids et de masse n'étaient pas en effet séparées avec une netteté suffisante.

Elles représentent cependant deux choses essentiellement différentes. La masse caractérise une quantité de matière, elle ne dépend ni de la position géographique où l'on se trouve, ni de l'altitude à laquelle on peut s'élever, elle reste invariable tant qu'on n'y ajoute ou qu'on n'y retranche lien de matériel ; le poids est l'action que la

pesanteur exerce sur le corps considéré; cette action ne dépend pas seulement du corps mais aussi de la terre, quand on se déplace d'un lieu à un autre, le poids change parce que la gravité varie avec la latitude et l'altitude.

Ces notions élémentaires, aujourd'hui fort bien comprises même par de jeunes débutants, paraissent avoir longtemps été mal saisies. La distinction restait confuse dans beaucoup d'esprits, parce que, le plus souvent, on évalue comparativement les masses par l'intermédiaire des poids. Les pesées faites avec la balance utilisent l'action les poids sur le fléau mais dans des conditions telles que l'influence des variations de la gravité se trouve éliminée ; les deux poids que l'on compare peuvent changer tous deux si la pesée se fait dans des endroits différents, mais ils sont attirés dans la même proportion; s'ils étaient égaux, ils restent égaux alors même que, dans la réalité, ils ont pu varier l'un et l'autre.

La loi actuelle définit le kilogramme comme étalon de masse, et la loi est certainement conforme aux intentions exprimées d'une façon un peu obscure par les fondateurs du système métrique : leur terminologie était vague, mais ils avaient certainement en vue de fournir un étalon pour les transactions commerciales, st il est bien évident que, dans les échanges, ce qui importe tant à l'acheteur qu'au vendeur, ce n'est pas l'attraction que la terre peut exercer sur les marchandises, mais la quantité qui peut en être livrée pour un prix déterminé. D'ailleurs, le fait que ces fondateurs se sont abstenus d'indiquer un lieu déterminé dans la définition du kilogramme, alors

qu'ils connaissaient parfaitement les variations assez considérables de l'intensité de la pesanteur, ne laisse aucun doute sur leurs véritables désirs.

On a fait à la définition du kilogramme, considéré tout d'abord comme la masse d'un décimètre cube d'eau à 4 degrés, les mêmes objections qu'à la première définition du mètre ; on doit admirer l'incroyable précision atteinte du premier coup par les physiciens qui firent les déterminations initiales, mais on sait aujourd'hui que le kilogramme qu'ils avaient construit est un peu

trop lourd (d'environ — — ); des recherches fort

remarquables ont été entreprises au sujet de cette détermination par le bureau international et par MM. Macé de Lépinay et Buisson.

La loi du 11 juillet 1903 a définitivement régularisé l'usage qu'avaient adopté, depuis quelques années, les physiciens, et l'étalon de masse prototype du système métrique est légalement aujourd'hui le kilogramme internationnal sanctionné par la conférence des poids et mesures.

La comparaison d'une masse et de l'étalon se fait avec une précision qu'aucune autre mesure ne saurait atteindre ; la métrologie répond du centième de milligramme sur un kilogramme, c'est-à-dire qu'elle évalue le cent millionième de ia grandeur étudiée. On peut, comme pour les longueurs, se demander si cette précision déjà si admirable pourra être dépassée; les progrès paraissent ne devoir se faire qu'assez lentement, car les difficultés croissent singulièrement, lorsqu'on arrive à envisager de si faibles quan-

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tités; mais il est permis d'espérer que les physiciens de l'avenir feront encore mieux que ceux d'aujourd'hui et peut-être peut-on entrevoir le moment où l'on commencerait à s'apercevoir que l'étalon qui est construit avec un métal lourd, le platine iridié, obéirait lui-même à une loi qui semble générale et qu'il perdrait, petit à petit par émanation, quelques parcelles de sa mas^e.

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