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nique historique, nous verrons que les divisions artificielles sont nécessaires dans certains cas, pour obtenir plus de clarté; seulement on aurait dû les distinguer des groupes naturels par l'emploi de termes spéciaux et par une certaine attention dans la manière de décrire.
Une division est artificielle quand elle repose sur un seul caractère. Voilà le principe — en théorie, — mais dans la pratique on néglige souvent de chercher et d'énoncer des caractères accessoires qu'on soupçonne ou qu'on aperçoit. Il en résulte qu'une association d'espèces ou de genres parait quelquefois artificielle dans les livres, quoiqu'elle repose sur un ensemble de caractères qui la rendent naturelle. On doit tenir compte de cette négligence. Toutefois il reste bien des cas dans lesquels certaines divisions vraiment artificielles se trouvent mêlées avec des groupes naturels. Je citerai la classification des Crucifères par de Gandolle enPleurorhizées, Notorhizées, Orthoplocées, etc.; celle des Ombellifères, du même auteur, d'après la forme plane ou courbe des graines, et même la division des Dicotylédones dans de Jussieu en Apétales, Monopétales, Polypétales et les subdivisions du même auteur selon l'hypogynie, la périgynie, Pépigyuie, etc., qui ont été le point de départ des Thalamiflores, Calyciflores, etc., adoptées ensuite. Toutes ces divisions ou subdivisions reposent sur un seul caractère, sans omission d'aucun autre. C'est artificiel. Et pour preuve demande^vous s'il est possible, en regardant une Crucifère feuillée ou même en fleur, de dire quelle sera la courbure de son embryon. Demandez-vous si la place d'un genre d'Ombellifère dans les Orthospermées ou les Campylospermées du Prodrormis peut être devinée avant de voir le fruit, et si l'on peut découvrir qu'une Dicoty-
lédone est Apétale ou Polypétale, Calyciflore ou Thalamiflore, sans voir la fleur.
Il en est autrement des groupes naturels. On les reconnaît à plusieurs choses, les unes importantes ou évidentes et d'autre^ secondaires ou difficiles à constater. J'en citerai une preuve déduite d'une expérience prolongée.
Les familles naturelles étaient réparties au Jardin botanique de Genève dans une cinquantaine de platebandes, selon Tordre du ProdromVrS. On semait chaque année environ deux mille espèces de pleine terre, et quand elles avaient commencé à lever, chacune dans son vase, le directeur les faisait porter à la tète d'une des plate-bandes, selon la famille présumée, afin qu'on pût les placer définitivement dans leurs genres. Il reconnaissait donc les familles, sans voir les fleurs ou les fruits, dont les livres font surtout mention. C'était au moyen de la forme ou de la consistance des cotylédons, ou des premières feuilles, de la manière de lever,, montrant Texistence ou l'absence d'albumen, etc., c'est-à-dire de caractères dont quelques-uns sont difficiles à exprimer, mais se sentent, et par conséquent existent. Ce qu'on désigne sous le nom de port (habitus) n'est pas autre chose. J'ai vu mon père deviner ainsi les familles et se tromper rarement, sans recourir aux noms sous lesquels on avait envoyé les graines. J'ai fait de même, pendant 18 ans, quoique mon coup d'œil ne fût pas d'abord aussi rapide ni aussi sûr. L'exercice développe cette faculté. Une chose est à remarquer : nous reconnaissions les famiUes, nullement les Thalamiflores, Calyciflores, etc. C'est en passant par la famille que nous arrivions à ces divisions basées uniquement sur la fleur. N'est-ce pas la preuve qu'elles sont peu naturelles?
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Combien de divisions admises dans les ouvrages ne résisteraient pas à cette sorte d'épreuve ! Tel genre est divisé d'après le nombre des loges de l'ovaire; si rien d'autre ne fait reconnaître les séries d'espèces, ces divisions sont artificielles plus que naturelles. Dans tel ou tel autre genre les espèces sont réparties suivant la longueur des anthères relativement aux filets ; si rien ne se rattache à cela dans les autres organes, c'est une division artificielle. Linné avait raison de dire : « Character non facit genvs », ce qu'il faut étendre aux sections dans les genres et aux tribus dans les familles, en comprenant bien que, d'après Linné, Xhabitus doit être consulté, et que l'habitus est un ensemble de caractères qu'on peut décrire quand on veut s'en donner la peine et dont quelques-uns ont de la valeur (1). Dans beaucoup de cas les divisions artificielles sont nécessaires; par exemple, lorsqu'il faut énumérer des genres nombreux dans une famille très uniforme, ou des espèces nombreuses dans un genre qui ne présente pas des groupes naturels un peu clairs, ou encore plusieurs des formes, très voisines, appelées variétés, dans les espèces. On est obligé alors de recourir à des coupes basées sur un seul caractère. Il y aurait confusion sans cela, et on aurait trop de peine pour déterminer au moyen des livres. Dans les genres nombreux en espèces il est rare qu'on ne soit pas obligé de faire des coupes artificielles, au moins pour les subdivisions d'ordre inférieur.
On peut tirer de là des règles qu'il serait utile d'observer, et certaines reflexions relatives à l'histoire de la science.
(i) \^'habitvs peut tenir, par exemple, à Tabondance, la rareté ou la distributioDdes stomates, à des productions de fécule, chlorophylle, etc., dans tel ou tel organe, à quelque détail d^évolution, etc.
1® Lorsqu'un groupe repose sur plusieurs caractères, il ne convient pas de se borner à énoncer le principal, ou le plus apparent, ou celui qui ne fait jamais défaut Les autres aident à reconnaître et justifient la distinction du groupe en tant que naturel. Il est aisé, au surplus, de mettre en évidence le principal caractère et de faire suivre les autres, en les séparant par un trait; en disant, par exemple, pour une section de genre : Ovarhm pilosum, — Folia sœpitis majora; flores intense nibrL Cela fait saisir un groupé d'espèces sans qu'on soit obligé de chercher l'ovaire. A ce point de vue j'aime l'indication de la patrie d'un groupe d'espèces ou d'un genre tout entier. C'est commode pour les recherches, et d'ailleurs, si certaines plantes sont dérivées les unes des autres, ce dont je ne doute pas, celles qui ont aujourd'hui la même habitation, prise dans un sens un peu vaste, ont probablement eu des ancêtres communs.
2** On a raison de chercher les groupes naturels, mais dans certains cas ils font défaut. Quand ils existent, ils se voient sans trop de peine. Plusieurs sont connus des hommes les plus ignorants. Les naturalistes ont plus de coup d'œil, savent mieux découvrir des différences ou des ressemblances, et avant de constater des caractères ils les présument au moyen d'un seul, plus apparent, ou d'après l'aspect. Si dans un genre immense, comme les Senecio, dans une famille homogène, comme les Crucifères, ou dans une classe telle que les Dicotylédones angiospermes, on ne saisit pas des associations visibles, propres à frapper toute personne un peu habituée à observer, c'est que des groupes naturels ne s'y rencontrent pas. Les faits sont ainsi quelquefois en réalité. C'est aussi vrai que Tinégalité de nombre dans les éléments des groupes et l'inégalité d'importance dans
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les caractères selon les familles. Il faut savoir le reconnaître. Quand il n'existe pas de groupes subordonnés dans un groupe général, on doit l'admettre franchement, et recourir à des coupures artificielles, destinéesà l'usage. Je ne comprends pas, par exemple, pourquoi tant de botanistes se tourmentent pour justifier des sous-classes dans les Dicotylédones angiospermes, puisqu'ils ne voient que des caractères isolés et ne construisent, en fait, que des divisions artificielles. Qu'ils cherchent les plus commodes, les plus claires, celles qui brisent le moins les groupes naturels appelés Cohortes, Familles, et qu'ils aient soin de dire que cette division n'est pas naturelle, c'est là tout ce qu'on doit leur demander.
3° Les divisions artificielles devraient, ce me semble, être indiquées par quelque forme particulière, quelque terme ou quelque signe typographique. L'oubli de cette condition a été la cause d'attaques très injustes, soit contre des auteurs, soit contre la méthode naturelle elle-même. J'ai entendu, par exemple, dans une séance de l'Académie des sciences de Paris, M. Payer, qui ne comprenait pas la méthode naturelle, critiquer amère ment cette méthode, et Antoine Laurent de Jussieu, à cause de l'arrangement des familles dans le Gênera selon les pétales et l'épigynie, périgynie, etc. Or, le but principal de Jussieu était de montrer comment les genres peuvent tous être groupés en familles présentant de véritables et nombreux caractères. Il n'a pas attaché la même importance à l'association des familles et la preuve en est le titre même de son ouvrage : Gênera plantarnm secundum ordines naturales disposita. L'illustre savant ne se rappelle point dans ce titre sa coordination des familles. Peut-être la jugeait-il trop analogue aux divisions des anciens botanistes basées
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sur un seul organe, ou avait-il remarqué la facilité avec laquelle on reconnaît les familles et l'impossibilité de dire au premier coup d'œil, sans analyser la fleur, si une plante est polypétale, périgynique, etc.? La gloire de Jussieu ne tient pas à cette répartition des familles, et la méthode vraiment naturelle n'y est pas intéressée. On peut faire comprendre qu'une division est artificielle par plusieurs moyens. Le plus aisé est de désigner les fragments d'une autre manière que par les termes usités dans la hiérarchie des groupes, de dire, par exemple : Divisio, Subdivisio, Séries, Subseries. Ces termes n^ont aucune place dans la hiérarchie des Classes, Cohortes, Familles, Genres et Sections, et d'après leurs sens ordinaires ils sont excellents. Divisio entraine l'idée d'une volonté qui a divisé; Séries indique une énumération d'objets en ligne, or les groupes sont autre chose et ressemblent bien plus à une sphère. On peut aussi employer des noms adjectifs, tels que Liguliflorœ^ Polypetala^ etc., de préférence aux substantifs tirés de noms de genres, avec la terminaison d'après rimportance, en aceœ ou ea. Pour le classement des espèces d'un genre très étendu, il y a des signes typographiques et des lettres ou numéros qui ne sont pas de nature à faire présumer un groupe naturel. S'ils n'indiquent pas positivement une division comme artificielle, au moins ils ne font pas supposer le contraire. Enfin, dans la rédaction, l'auteur peut dire qu'il a été obligé de recourir à telle ou telle division artificielle pour faciliter Tarrangement et aider aux recherches.