MÊMES FAITS EN STYLE LINNÉEN ET EN LATIN
Clematis (nominatim ex C- caljf' Cina tanqua n typus). Dichasii pedunculus sub flore bibracteatus, bracteis
(1) On voit l'inconvénient de noms d'organes qui n'étant pas tirés du grec, ou du latin, ne peuvent pas se traduire et exigent des péripfaraseSà
se terminer par une fleur, porte deux bractées opposées fertiles ou stériles.
Le cali'e se compose de quatre sépales disposés en croix : deux sont, l'un antérieur, et l'autre postérieur, deux sont latéraux. Les deux premiers apparaissent d'abord et tous deux en même temps; les deux autres ne viennent qu'ensuite et aussi tous deux à la fois. Ces sépales naissent et restent distincts; duns le bouton ils se disposent en préfloraisjn valvaire. »
(93 mots, 471 lettres.)
oppositis fertilihus sterilihusye. Sepala 4, libéra, cruciatn, quorum opposita coaeta lea, antico et postico lateralibus priora ; profloratia valvaris.
(30 mots, 210 lettres.)
Ou EN FRANÇAIS.
Clematis, nutamment C. calycina pris pour type : Cyme bipare. Deux bractées opposées, fertiles ou stériles, au haut de chaque pé<loncule. Quatre sépales distincts, en croix; un antérieur et un postérieur paraissant ensemble les premiers ; deux latéraux paraissant ensuite simultanément; préfloraison vaWaire.
(41 mots, 253 lettres.)
Texte original, p. 441.
c C'est sur la paroi interne des bords de la coupe réceptaculaire, que Ton voit poindre les étamines. Elles apparaissent toutes à la fois et forment un verticille situé un peu plus bas que la corolle et le calyce. Ce sont à l'origine, sauf dans le Cyclanthera, cinq mamelons distincts et alternant avec les sépales. Mais, taudis que dans les Luffa, ces cinq mamelons restent toujours libres, dans d'autres genres tels que Cticurbita, Bryonia, ScbuHum, quatre de ces mamelons se groupent bientôt deux à deux, le cinquième restant isolé. Il résulte de là que chaque groupe de deux est superposé à un pétae et que le mamelon isolé seul reste alterne.
(110 mots, 517 lettres.)
MÊMES FAITS en STYLE LINNÉEN ET EN LATIN.
Stamina in margine interne receptaculi cupuliformis nascenta, coœtanea, paulo infra corollam calycemque verticillata , primo ( Cyclanthera excepta) quinque mammulas distinctas sep lis alternas praebentia, deinde in Lupl fînem usque libéra, in aliis vero generibus, ex. gr. Cucurbita, Bryonia, Ecbalium, quatuor per paria petalis superposita cito approximata, quinto solitario iis alterne.
(48 mots, 324 lettres.)
Les longueurs ne sont pas propres aux écrivains de deux nations dans ce genre d'ouvrages, et pour le montrer je citerai Gasparrini, un des anatomistes italiens les plus distingués. Dans ses Osservazioni sulla origine del calice monosepalo e délia corolla monopetala^ etc. (1865), il décrit en trois pages in4<^ le développement de la fleur du Primula sineMÎs; après quoi, il donne un résumé,
De Candollc, La Phylographie. ^5
en une page trois quarts, qui est plutôt une répétition sous une forme plus claire, moins concise pourtant qu'elle n'aurait été en latin. Il commence ainsi :
Texte. Soit en latin, forme linéenne.
« io II fiore in essa, non altrimenti 1» Floris initium, ut in pluribus aliis
che in tante altre piante, spunta sotto plantis : tuber rainimus sphsricus forma di tubercoletto sfcrico senza inapertus cellulis solum constans, in veruna apertura o depressione in tutta axilla folii, inedullse centralis contila sua periferia, costituito di solo nuatio. tessuto cellulare. Tubercoletto che (21 mots, 127 lettres.)
viene neir ascella di una foglia, e dériva délia parte assile in continuazione con la inidolla.
(51 mots, 256 lettres.)
Les sept autres paragraphes du résumé sont encore plus longs.
Le mémoire est terminé par une planche avec explications, oti le Primnla sinensis est représenté, de sorte que les mêmes faits sont décrits trois fois. On peut se demander quelle bibliothèque pourrait contenir les livres de botanique si les cent mille espèces connues étaient traitées de la même manière, pour chacune de leurs parties. Je conviens que les détails d'organes difficiles à observer exigent quelquefois des explications
un peu longues, mais les réi^umés devraient être des
résumés.
Payer et Schacht, plus brefs en général que Gasparrini, auraient pu diminuer leurs volumes d'une grande moitié, en donnant exactement les mêmes faits. Ce n'est pas l'emploi de la langue latine qui aurait beaucoup abrégé ; c'est plutôt la suppression de certains mots inutiles. Depuis Linné on doit savoir qu'il est plus commode et plus court de dire : Cellules ellipsoïdes contigms, que : Les celMes sont ellipsoïdes et ne présentent micun intersUce visible ; on bien : Faisceaux vasculaires
e?i anneau complet^ au lieu de : Les faisceaux tasculaires sont disposés en anneau complet. Je ne veux pas exagérer eu supposant des phrases comme celle-ci, qu'on trouve dans beaucoup de mémoires : jSi Von coupe V organe transversalement (st qu*on V observe avec un grossissement de quatre-vingts fois seulement, on remarquera des fais-ceaux vasculaires qui sont disposés en un cercle parfait autour de la moelle,
A voir l'ensemble de ce qui a été publié sur les organes microscopiques depuis cinquante ans en fait de mémoires, dissertations et ouvrages spéciaux, on peut admettre que cent volumes auraient pu se réduire à vingt ou vingt-cinq, qui auraient été plus commodes à consulter. Heureusement les planches sont nombreuses et accompagnées d'explications très claires. C*est le beau côté de la rédaction des mémoires d'anatomie. Par exemple, dans plusieurs in-quarto deMirbel, Gasparrinî, Hugo de Mohl, etc., l'explication des planches constitue un résumé si clair de chaque travail qu'il dispense de chercher dans les textes et qu'on se demande jusqu'à quel point ceux-ci étaient nécessaires. Les bons traités mêdernes de MM. Sachs, Duchartre, de Bary, etc., réunissent et condensent beaucoup de faits. Malheureusement cela ne suffit pas encore pour qu'on puisse les introduire dans les caractères de groupes, comme il le faudrait.
A cet égard j'ai fait une tentative. Elle a été si infructueuse qu'il vaut la peine d'en parler.
Je me disais : les caractères relatifs à l'épîderme, aux stomates, aux couches diverses de tissu dans les racines, tiges et feuilles, la distribution des vaisseaux dans ces organes et dans les parties de la fleur, le pollen, les sacs embryonnaires, etc., ont été l'objet de beaux
travaux et de belles découvertes depuis trente ou quarante ans. Il convient d'en parler. dans les descriptions, comme on parle déjà des ovules, de Tanthère, du pistil, ou des autres organes plus anciennement connus. Jai donc essayé de consulter des mémoires extrêmement , savants d'anatomistes, avec l'idée de noter chaque fait relatif à un organe microscopique pour Tajouter aux caractères de familles, genres ou espèces des Dicotylédones dans le Prodromus^ ou de familles et genres des Monocotylédones dans Endlicher, Gênera pluntarum. Or, d'article en article, d'auteur en auteur, je me suis vu arrêté par l'une des causes suivantes (1) :
1** Les noms d'organes (couches de tissu, etc.) ne sont pas assez clairs, un auteur ayant employé quelquefois un mot qui n'est pas dans les autres ou sur lequel on peut hésiter.
2® Quelques-uns de ces noms doimés en langue moderne sont difficiles à traduire dans une autre langue, particulièrement en latin.
3a Tel caractère qu'on voudrait citer n'est pas donné, malgré l'étendue des articles. Par exemple, pour les stomates d'une espèce, le mode de formation est décrit longuement dans tel ou tel mémoire, mais on n'indique pas les positions de ces organes sur la plante, leurs nombres ou leurs dimensions. Un autre auteur aura peut-être parlé du nombre dans une espèce diffé-
(1) Un botaniste qui en ferait Tobjet de ses études pendant deux ou trois ans surmonterait une partie des difficultés qui m*ont arrêté. Ce serait un recueil précieux que celui dans lequel on trouverait, classé selon les fomilles, genres et espèces, ce qui a été vu depuis quarante ans au moyen du microscope, en exprimant les faits dans le langage ordinaire des descriptions botaniques. L'excellent traité de M. de Bary {Vergleich, Anat. der Végétations organe der Phanerogamen undFarne, in-8, 1877), lève une partie des difficultés que j'avais rencontrées, mais il n'est pas en latin, et l'on aurait de la peine à traduire certains termes pour les introduire dans les caractères génériques ou spécifiques.
rente, mais pas des autres caractères, et ainsi de suite.
4° Le nombre des espèces dans lesquelles on a vu tel ou tel caractère microscopique est ordinairement si petit qu'on ne sait s'il faut attribuer le caractère à une espèce, un groupe d'espèces , un genre , une tribu ou une famille. Dans des conditions semblables on est obligé de reporter le fait seulement à l'espèce ou aux espèces mentionnées, mais alors ce sont des documents provisoires, qui ne peuvent servir à aucune comparaison ou distinction sérieuse entre les groupes.
5® Le nom des espèces est quelquefois douteux, du moins pour qui sait à quel degré les plantes sont souvent mal nommées dans les jardins et les herbiers. Les anatomistes ne se donnent guère la peine de citer le nom d'auteur, l'ouvrage, la planche ou l'herbier au moyen desquels ils ont déterminé leurs plantes quand ils n'ont pas accepté simplement un nom, sans le vérifier. A moins qu'il ne s'agisse d'espèces communes et bien distinctes, on est obligé souvent de mettre un point de doute. Plusieurs micrographes distingués, naturellement exacts, ont travaillé dans des villes où des herbiers riches et bien déterminés font défaut, où Ton n'a pas de bibliothèques spéciales, et où, par conséquent, les noms de jardins sont souvent erronés. Bien peu d'anatomistes conservent des échantillons des plantes qu'ils étudient, et quand, par hasard, ils en ont gardé, on ne sait dans quel herbier ils ont passé.
L'indifférence de cette catégorie importante de botanistes pour les collections est un obstacle à leurs propres travaux. Beaucoup de faits, qui ne sont pas la formation même d'un organe, peuvent être vus sur le soc.
avec les procédés les plus simples de ramollissement. On pourrait donc — et on devrait — scruter les caractères anatomiques d'espèce en espèce, de genre en genre, comme cela s'est fait pour les organes visibles à Tœil nu ou à la loupe. Mais il faudrait pour cela des herbiers considérables et bien nommés, tels qu'il en existe à peine une vingtaine. De ceux qui renferment au moins la moitié des espèces connues, bien nommées, je ne pense pas qu'il y en ait seulement dix. Les micrographes tournent dans un cercle d'environ deux mille espèces, quant aux Phanérogames, c'est-à-dire dans la cinquantième partie de celles qu'on a décrites. Ils raisonnent sur les organes microscopiques comme on l'aurait fait jadis sur les pétales ou les étamines si l'on avait vu ces organes dans une centaine d'espèces seulement, lorsqu'on en connaissait déjà dix mille. J'aimerais voir au moins ces savants profiter de ce que, dans certains herbiers, quelques familles travaillées par des monographes sont en bon ordre. On peut aisément alors compléter les .descriptions par des études anatomiques plus étendues et bien basées. J'ai vu chez moi (1) d'excellents résultats de cette méthode , qui , dans le fond, consiste à faire sur les organes microscopiques ce qui a réussi pour les autres organes depuis des siècles, c'està-dire à remonter l'échelle des groupes au lieu de la descendre.
C'est bien une nécessité de rapporter chaque fait, à mesure qu'on le découvre, aux deux catégories d'ouvrages: les descriptions d'organes et les descriptions de groupes. C'est aussi une nécessité pour la constitution
(1) G. de Candolle, Anatomie comparée des feuilles chez quelques familles de Dicotylédones, in-V (Mém. de la Société de physique et d'hisi. nat. de Genève, 2« part., 1879, et à part).
des groupes de les étudier pied à pied en passant des inférieurs aux supérieurs. Si Ton ne suit pas cette marche, on s'expose à juger d'une classe par quelques genres, d'un genre par quelques espèces, c'est-à-dire du tout par la partie. L'expérience en a montré les inconvénients, car mainte et mainte fois un caractère anatomique supposé propre à une famille s'est trouvé appartenir seulement à des genres, et tel autre qu'on avait cru générique s'est trouvé seulement spécifique. En partant des espèces, comme on le fait en Cryptogamie depuis longtemps, et comme l'a fait M. Duval- Jouve dès 1871 (1) pour quelques Phanérogames, ces fausses généralisations ne sont pas possibles.
Ici cependant je dois parler d'une opinion erronée de quelques naturalistes, qui aurait pour effet d'éloigner de la vraie méthode d'investigation.
J'ai entendu dire : Les espèces, genres, familles, classes ont été construits sur les organes apparents extérieurs, principalement sur les fleurs et fruits ; mais les organes microscopiques intérieurs conduiraient à d'autres classifications, et il est tout simple, ajoute-t-on, que les deux systèmes ne concordent pas.
L'erreur est de croire que les groupes résultent de Texamen de tel ou tel caractère, extérieur ou intérieur, tandis que la plupart se voient clairement, ou que des observateurs habiles les pressentent, avant qu'on sache examiner un à un leurs nombreux caractères. Ils reposent sur un ensemble de faits, du moins quand ce sont des groupes naturels. Les faits isolés, qu'on étudie successivement, ne les constituent pas, mais les précisent mieux et permettent de les subdiviser
(i) Des comparaisons histotaxiques, etc., dans Tétude critique des espèces. ln-4».
23â PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE XVI
mieux, — voilà tout. Les détails anatomiques sont des faits, comme d'autres, et il n'y a pas de raison pour les négliger. L'insertion de détails sur les ovules et les grains de pollen dans les caractères de groupes a consolidé ceux-ci. Il en sera de même des faits qu'on découvre dans les tissus. C'est se montrer bien superficiel de parler des classifications, ou, comme on dit en allemand de « la systématique », avec un certain dédain, car les groupes doivent être basés sur tous les faits, visibles à l'œil nu, à la loupe ou au microscope, selon leur importance , et celle-ci résulte beaucoup de leur fréquence et de leur fixité, dont on s'assure en multipliant les comparaisons. Si quelques botanistes s'attachent de préférence à l'étude des faits microscopiques, c'est un avantage, parce qu'ils acquièrent plus d'habileté dans ce genre d'observation; mais après tout ils concourent à une œuvre commune, et s'ils en comprennent la grandeur , ils doivent arranger leurs publications de telle sorte que les autres botanistes puissent en faire usage facilement,
J'ai indiqué, ici et dans ce qui précède, les moyens d'y parvenir. Ils se résument de la manière suivante :
1° Étudier les faits anatomiques d'espèce en espèce dans un même genre, ensuite de genre en genre, de famille en famille, de cohorte en cohorte.
2** Rechercher pour cela et pour l'exactitude des noms les grands herbiers , surtout les parties de ces herbiers qui sont en bon ordre, et les grandes bibliothèques botaniques.
3® Rapprocher les descriptions des formes linnéennes de style, usitées déjà pour l'anatomie des Crj^plogames.
4® Ne pas multiplier sans nécessité les noms d'or-
ganes et surtout ne pas remplacer un nom existant. même médiocre, tiré du grec ou du latin, par un nom nouveau.
8" Rédiger les mémoires avec des divisions claires, des résumés et des index, de manière à faciliter les recherches d'un auteur à Fautre.