‹ La phytographie; ou, L'art de décrire les végétaux considérés sous différents points de vueChapitre 63 sur 82 · DESCRIPTIONS DES PHANEROGAMES ET DES CRYPTOGAMES · texte numérisé non relu

DESCRIPTIONS DES PHANEROGAMES ET DES CRYPTOGAMES

D'un autre côté les Crjrptogames sont moins faciles a observer vivantes; certaines grandes catégories se conservent difficilement dans les herbiers ; enfin la petitesse des organes reproducteurs a retardé longtemps leur connaissance. Une fois cependant les microscopes améliorés et utilisés les cryptogamistes en ont tiré plus de parti que les phanérogamistes. La difficulté, en excitant aux recherches, est devenue une cause de supériorité. Un grand obstacle a été le polymorphisme des Cryptogames inférieures. Si les classes et familles dans cette division du règne végétal sont évidentes, les espèces et quelquefois les genres le sont peu, surtout parmi les Cryptogames parasites. L'absence de culture habituelle rend les questions d'hérédité très difficiles et prive les botanistes des observations du public agricole et horticole, qui sont un secours dans la botanique ordinaire.

Cet ensemble de circonstances a amené un développement différent, à la suite duquel, ce sont tantôt les ouvrages sur les Phanérogames et tantôt ceux sur les Cryptogames qui l'emportent pour la clarté, l'ordre et la concision. Comme ils méritent tous plus d'éloges que de critiques, j'abrégerai en indiquant celles-ci.

Dans les Phanérogames, nous avons trop négligé les caractères microscopiques. L'exemple des cryptogamistes devrait nous servir de leçon. Je ne saurai trop le répéter, Tanatomie doit devenir comparée, c'est-àdire porter sur les espèces d'un genre et les genres d'une famille au point de vue des différences et ressemblances. Un progrès dans ce sens suppose aussi des observations plus comparatives sur les évolutions des organes.

Inversement, les ouvrages sur les Cryptogames ont des lacunes et des défauts assez communs, surtout

ceux relatifs aux véritables Cryptogames. Quand il s'agit de Fougères et Lycopodiacées, dont les botanistes

habitués aux Phanérogames se sont beaucoup occupés, on ne voit pas de différence sensible d'avec les bons ouvrages descriptifs ordinaires, mais si Ton passe aux Mousses et aux Champignons, aux Algues et aux Lichens, quel contraste !

Beaucoup d'auteurs ne connaissent plus le sens des mots tribus^ coliorte^ section. On dirait que l'usage n'a pas fixé, depuis trente et même cinquante ans, les termes applicables à ces groupes superposés. Même depuis qu'un congrès international de botanistes a reconnu et publié dans trois langues (1) la gradation usitée des classes, cohortes, ordres (ou familles), tribus, genres, sections, j'ai vu un ouvrage de Bryologie dans lequel la classe des Mousses est divisée en sections (!), celles-ci en ordres, les ordres en tribus (!), qui sont enfin divisées en genres. C'est à peu près comme si dans une armée, on divisait des compagnies en régiments, ou si en géographie, on appelait provinces des communes. La conséquence de ces confusions de mots est regrettable pour la synonymie, puisque section chez un auteur n'est pas l'équivalent d'un groupe nommé de la même manière par un autre.

Les désinences des noms de groupes, selon leur degré, usitées dans les Phanérogames (2) sont très souvent embrouillées ou négligées. On voit des tribus terminées en aceœ au lieu de eœ^ des familles en acei^ ce qui n'est point usité.

(1) Lois de la nomenclature botanique, adoptées par le congrès international de botanique tenu à Paris en 1867, art. 10.

(2) Loh de la nomenclature, art. 21, 23.

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Rien de plus commun dans ces mêmes ouvrages de Cryptogamie que des noms de classes, familles, genres, etc, sans désignation d'auteurs, ou sans énoncé de caractères, ou encore avec des noms d'auteurs absolument inintelligibles par suite d'un mauvais procédé d'abréviation. Qui peut deviner, par exemple, que MB, veut dire Molkenbauer, Mnt, Montagne? Une autre négligence plus commune que dans les livres sur les Phanérogames, consiste à indiquer comme auteur d'un nom de famille celui qui a proposé ce nom pour une tribu, ou comme auteur d'un nom de section celui qui l'avait fait pour un genre. La date, nécessaire à connaître pour la priorité, en devient alors douteuse, et vous êtes obligé de la chercher dans plusieurs ouvrages.

En résumé, les cryptogamistes ont donné de bons exemples sur l'emploi des caractères observés au microscope, mais plusieurs d'entre eux ne sont pas aussi avancés que les phanérogamistes en ce qui concerne la nomenclature et la citation, des synonymes. Les uns et les autres gagneraient à être moins spéciaux. En d'autres termes, un botaniste qui désire s'occuper tout particulièrement des Cryptogames, ferait bien de s'appliquer une fois à une monographie de Phanérogames, et vice-versa, celui qui s'occupe des Phanérogames s'habituerait à des. observations délicates s'il faisait d'abord quelque travail sur des Cryptogames.

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