La Picardie historique et monumentale
En l’année 1096, Bernard III de Saint-Valéry obtenait de Henri I0r, comte d Eu, la permission de bâtir un château à Gamaches. Celui-ci consistait en un donjon, au milieu d'une enceinte que défendaient cinq grandes tours. Sa forte position au confluent de la Bresle et de la Vimeuse, l'épaisseur de ses murailles et la hauteur de ses tours, ajoutées à l'illustration et à la puissance de ses seigneurs en faisaient une des constructions militaires de Picardie les plus réputées.
Le donjon, la tour bise, comme on l’appelait, offrait un plan qui sans être exceptionnel n’était pas commun. Il se composait d une tour ronde flanquée de quatre tourelles, comme le donjon de Houdan qui date de la même époque (1), M. Darsy qui put étudier le donjon de Gamaches avant sa démolition (2), nous dit que la tourelle du Sud contenait l’escalier et les trois autres sans doute des cachots, car fixés aux murailles se voyaient des carcans et des chaînes. Ces tourelles étaient donc creuses. Ainsi Houdan et Gamaches se distinguent-ils du donjon circulaire de Visemont (Aisne) et du donjon ovale de Condé-sur-Noireau (Calvados) quepaulent des contreforts en demi colonne plutôt que des tourelles véritables.
Au xtil0 siècle, les constructeurs du donjon de Lucheux reproduisirent ce plan d’une tour ronde à quatre tourelles dont le château de Rambures semble être le plus récent exemple; mais que les constructeurs de Rambures aient songé à faire revivre au xv0 siècle un modèle vieilli, rien d’étonnant, puisqu’ils le trouvaient sous leurs yeux mêmes, à quelques lieues, à Gamaches.
Le donjon de Gamaches, vers i83o, possédait encore une cave voûtée en coupole de i3 mètres de hauteur et de i3 mètres de diamètre. On y parvenait par un escalier de 21 marches. Un puits était percé dans l’épaisseur des murs qui mesuraient 7 mètres.
Des cinq tours plantées à intervalles irréguliers autour de l’enceinte et dont les faces étaient planes du côté de la cour intérieure, deux subsistent encore. L’une n’est plus qu’un monceau de ruines, couvert de lierres et d’arbustes. L’autre, restaurée en 1846 et 1847, mesure une hauteur de 17 mètres et une épaisseur de murs de 3 m. 60 au-dessus de l’empâtement. Toute la partie supérieure ouverte de grandes baies a perdu tout caractère, mais les deux salles des étages inférieurs ont conservé à peu près intactes leurs dispositions anciennes. Une cave de 3 m. 45 de diamètre et voûtée en coupole ne recevait aucun jour extérieur. Elle communiquait avec les caves des autres tours de l’enceinte, car des fouilles découvrirent une galerie souterraine de 1 m. 5o environ de large et on voit dans la cave deux portes se faisant face, points de départ de la galerie. Dans l’épaisseur du mur et au-dessus de l’une des deux portes, une sorte de large conduit de cheminée faisait communiquer cette salle basse, qui servait sans doute de magasin avec les étages supérieurs.
(1) A. de Dion, Le Donjon de Houdan, dans le Bulletin Monumental, t. LX1X, Paris et Caen, 1905, PP- 414-421-
(2) Darsy, Gamaches et ses Seigneurs, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, Amiens et Paris, 1854, 2e série, t. III et IV ; t. III, p. 124.
La salle du rez-de-chaussée est voûtée d’ogives. Les ogives se composent de grosses nervures aux arêtes abattues, coupées à hauteur des impostes. La voûte ne présente ni clef ni formerets.
Deux ponts levis, défendus chacun par deux tourelles donnaient accès dans le château. Sur la droite et vers le Midi se dressait la collégiale Saint- Thomas, mais en 1688, celle-ci fut rebâtie du côté opposé. C’est un bâtiment privé de tout intérêt archéologique.
Quand éclata la Révolution, les derniers seigneurs de Gamaches résidaient au château de Beauchamps. Le château de Gamaches devenu inutile tombait en ruines. Le comte de Rouault l'aliéna en 1783, se réservant seulement le donjon comme marque de souveraineté.