EGLISE SAINT-PIERRE
Autrefois Gamaches possédait deux églises. L’église Saint-Nicolas située sur la place du Marché a entièrement disparu. Le chœur venait d’être reconstruit quand il fut acheté au début de la Révolution par la paroisse d’Aigneville qui le réédifia. Si la nef présentait aussi peu d’intérêt que le chœur, les archéologues n’ont guère à regretter cette démolition.
L’église Saint-Pierre et Saint-Paul qui se dresse à l’autre extrémité du bourg est non seulement le plus beau monument religieux du canton, elle peut figurer, si je ne me trompe, au rang des plus belles et des plus intéressantes églises de notre département, encore que bien restaurée, trop restaurée peut-être, durant ces soixante dernières années. Les échafaudages qui séparèrent longtemps le chœur de la nef tombèrent au mois de septembre 1906, et nous pouvons aujourd’hui contempler un ensemble harmonieux, presque homogène.
Sur l’église, ancien prieuré, où l’archevêque de Rouen, Eudes Rigaud, célébrait la fête patronale de Saint-Pierre, le 29 juin 1260, nous ne possédons aucun document ancien, mais les registres des délibérations municipales, en nous disant les persévérants sacrifices que la commune ne cessa de s'imposer, nous apprennent les réparations successives dont l’église fut l’objet au dernier siècle, et leur lecture ne laisse pas de nous donner des renseignements très utiles aujourd'hui, mais oui deviendront précieux plus tard, quand le temps aura passé sa patine sur les pierres trop blanches.
En 1 85 1 , M. Herbaut, architecte chargé de la restauration du monument établit un devis : les travaux à la tour du clocher coûteront 25. 000 francs et ceux du portail et des murs latéraux 10.000 francs (2). En 1 853, le Conseil décide la vente d’une partie des marais communaux pour une somme de 8.000 francs (3). Deux ans plus tard, sur un emprunt de 3o.ooo francs remboursable en cinquante ans que la commune contracte, 21.867 francs figurent pour travaux à l’église (4). En mai 1860, une somme de 1.408 francs est votée. Elle sera affectée, notamment à la confection d’une porte en chêne à deux vantaux, au clocher et à la pose d’un vitrail en grisaille au-dessus de cette porte. Le même jour on affecte n.5oo francs à la restauration du petit portail (5).
Il) Bibliographie. Darsx, Gamaches et ses Seigneurs, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, Amiens et Paris, 1854, 2' série, t. III et IV. - J. Girard, Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul , à Gamaches t Somme), 1867, 7 plans sans texle, in-4".
(2) Archives municipales, registre aux délibérations 1841-1865, fol. 104.
13) Ibid. fol. 134.
(4) Ibid. fol. 168.
(5) Ibid. fol. 216.
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En septembre 1860, pavage de la tour et confection d'un tambour devant la porte principale. Le 3 décembre i863, un ouragan cause de nombreux dégâts et nécessite de nouvelles dépenses ( 1). L’exercice 1866 se solde par un déficit, l'architecte ayant dépassé de 6.000 francs la somme de 10.000 francs qu'il devait consacrer à la restauration de la façade ouest ; mais les travaux exécutés justifient cette importante dépense. La façade, au lieu de recevoir le simple revêtement prévu, a été reconstruite en entier. De plus « l'architecte d’accord avec l’inspecteur des monuments historiques a jugé utile de réaliser sur cette façade intérieure un système d'arcades du meilleur effet, mais qui a considérablement augmenté le devis ». Enfin, les travaux ont été poussés plus loin encore; pour savoir à combien s’élèvera la restauration intérieure de la nef, on a réparé deux piliers (2). En 1868, tous les piliers du côté gauche sont restaurés (3). L’année suivante, le Conseil affecte une somme de 4.000 francs à la restauration des grandes arcades et des piliers du côté droit (4). Les travaux se poursuivent sans relâche, ménageant encore parfois des surprises En 1870, t5.ooo francs dépensés au bas côté nord ont excédé d'un tiers les prévisions d'un premier devis (5). Ces restaurations avaient laissé en souffrance d’importantes réparations et des traces de 1 ouragan de i863 demeuraient encore visibles neuf ans plus tard. En 1 874- Ie Conseil se décide à voter une somme de 4.000 francs destinée à la réparation de la grande fenêtre et des clochetons du clocher, et à la reconstruction du sommet de la tourelle d’escalier (6). Au mois de mai 1875, le conseil approuve un projet des marguilliers pour la construction d’une sacristie. Celle-ci coûtera 6.000 francs, mais restera à la charge entière de la fabrique 17). En 1877, la maison Bazin et Latteux qui a réparé les vitraux de l’église présente un mémoire de 1 .670 francs ; la fabrique ne pouvant payer, la commune acquittera celte dépense (8).
A M. Herbaut avait succédé M. Duthoit et à celui-ci, M. Danjoy. Ce dernier, en 1896, propose un devis s élevant à la somme de 101.000 francs, sui lesquels les travaux à exécuter au chœur figurent pour 34.000 francs (9).
Depuis cinquante ans, la commune n’avait cessé de voter presque régulièrement chaque année des sommes importantes pour la restauration du monument. Dans cette entreprise, vrai travail de Pénélope, plus le but approchait, et plus les exigences des architectes se faisaient pressantes. La note montait si haut cette fois qu’une Commission fut chargée de contrôler le devis proposé. Le Président de la Commission, tout pénétré de l’importance de son rôle, rédigea un long rapport, consigné dans le registre des délibérations. Il y perce, à l’égard des monuments historiques, une certaine méfiance — les Gamachois sont presque Normands — qui ne parait pas absolument injustifiée.
« Notre avis, disait le Président de la Commission, est que ces travaux, si bien compris qu’ils soient, sont hors de proportion avec les ressources de la commune. De plus, n’allez pas croire qu’en vous saignant à blanc pour ce présent, tout en engageant l'avenir de la nouvelle génération, vous en serez quittes une bonne fois ? Pas le moins du monde, car ces messieurs des monuments historiques caressent
(1) Archives municipales, registre aux délibérations 1841-1865, fol. 269.
(2) Registre aux délibérations 1869-1875, pp. 45-46-
(5J Ibid. p. 291.
(6) Ibid. p. 344-345-
(7) Ibid. p. 578-579.
(8) Registre aux délibérations, 1875-1893, p. 32.
(9) Ibid. p. 268-269.
le projet de reconstruire dans le style non seulement toutes les parties défectueuses disparates actuelles, mais encore dans un avenir prochain, vous doter d’une nef voûtée, d’un parvis, d’un entourage grillé, et enfin de vous faire procéder par un achat de terrain et d'immeubles au dégagement de l’église. Si vous ajoutez à cela bon nombre de dépenses imprévues, vous arriverez, au dire de M. l'Inspecteur lui-même, à dépenser de 450 à 5oo.ooo francs. C'est un chiffre dont l'éloquence se passe de commentaires.
« L'Etat, nous dit M. l’inspecteur des monuments historiques, désireux de perpétuer chez vous le sentiment du beau prend à sa charge une partie des frais que nécessite l'entretien du monument. Le malheur, c’est que l’Etat prend une part trop petite; et comme ces messieurs ne travaillent pas par voie économique, tant s'en faut, il arrrive fatalement que les moindres travaux coûtent très cher. Mais, qu'est-ce que cela vous fait riposte M. l'Inspecteur, puisque c’est pour cette raison que l'Etat vous vient en aide ; et puis enfin, il n'est pas si mauvais enfant que cela l’Etat ; il vous manquerait quelques mille francs pour achever le travail, en vous y prenant adroitement, vous pourriez les obtenir.
« Cette promesse alléchante nous rendit songeurs, et nous ne pûmes ne pas représenter à M. l’Inspecteur que nos devanciers avaient dû n'être guère adroits ou l’Etat fort chiche, puisque nous remarquons que des deux clochetons figurant pour 27.500 francs au devis ci-dessus, un d’eux est resté inachevé, c'est à dire non sculpté, faute de tonds suffisants. Alors, il paraît qu’aujourd'hui, la pierre étant détériorée par les intempéries, il n'est plus possible de procéder à la sculpture des choux qui ornent les arêtiers du clocheton. En voilà pour une douzaine de mille francs, que l'Etat aurait pu nous faire économiser s'il eut eu la générosité de nous donner 3 ou 4.000 francs. Conclusion: nous ne devons guère compter sur l’Etat; dans tous les cas, ce ne serait que dans de faibles proportions, lesquelles ne compensent à gros près, le coût des travaux exécutés sous la direction des monuments historiques. »
Malgré ce véhément réquisitoire, le Conseil jugea qu’il ne pouvait abandonner une restauration poussée si loin déjà et approuva le devis (1)
M. Vinson vient de terminer la voûte du chœur: voilà donc rempli le programme tracé en 1899. Inutile d'ajouter que le devis sera sensiblement dépassé. N’est-ce pas de tradition à l’église de Gamaches ?
Le monument mesure 42 mètres de long et 16 mètres de large en œuvre. La nef, y compris le transept, a 24 mètres de long et le chœur 18 mètres. La largeur de la nef est de 7 mètres et celle des collatéraux de 3 mètres. L’église comprend une nef de quatre travées, accompagnée de deux bas-côtés, un transept, un chœur de quatre travées terminé par un chevet plat, une chapelle orientée dans le croisillon Nord et un clocher construit dans le prolongement du même croisillon, mais non dans le même axe.
La nef construite pour être voûtée, ne le fut peut-être jamais. Cependant, si on ne voit aucun reste de formerets, on distingue encore quelques traces de nervures, dont les premières assises semblent avoir été montées. Le doubleau aurait reposé sur la demi colonne qui part de fond et les branches d’ogives sur les colonnettes, dont les masques receuillent la retombée, à hauteur du premier bandeau. Les trois chapiteaux qui surmontent la demi colonne et les deux colonnettes conservent encore leur corbeille rehaussée de crochets et couronnée du tailloir circulaire si en faveur dans la région normande.
Un large doubleau aurait séparé la net du carré du transept. Deux demi colonnes
(1) Registre aux délibérations, 1875-1893, p. 290-296.
PICARDIE HiSTUKÏSW 'Ë
de la tribune. Le grand arc en plein cintre garni d'un tore retombe sur deux colonnettes d'angle; les deux baies géminées en tiers point avec arête également ornée d'un boudin reposent sur une colonnetîe centrale et deux fûts en délit. Dans les trois premières travées au Nord, les arcs brisés sont meublés d’un trilobé avec écoinçons rehaussés de petits trèfles gravés en creux. Un quatrefeuilie inscrit dans un oculus s’ouvre dans le tympan, sauf dans les trois premières travées du Nord, où un trèfle cantonné de trois petits trèfles gravés en creux remplace le quatrefeuilie. La troisième travée du Nord présente, de plus, deux trèfles gravés en creux autour de l’oculus. Ce petit motif tréflé, d’un usage fréquent dans le gothique normand du xm' siècle, se poursuit sur des bandeaux intérieurs à la Cathédrale de Rouen et aux églises de Louviers et d’Eu; on le trouve également au-dessous des corniches des églises de Pitres et du Plessis-Sainte-Opportune (i).
Les chapiteaux sont à crochets. Les tailloirs comprennent un filet, un onglet et deux boudins séparés par une gorge. Quelques-uns d’entre eux se prolongent sur le nu du mur, mais sans rejoindre toutefois les demi colonnes de la nef, lesquelles montent un peu plus haut. Une gorge entre deux boudins, dont l'inférieur est aplati compose chacune des bases.
M. Lefèvre-Pontalis consacrait récemment un article nécrologique à l’église Saint-Evremond de Creil. Etudiant les tribunes de cette église qui présentaient, comme celle de Gamaches, l’emploi simultané de l’arc en plein cintre et de l’arc brisé, l’auteur cite un certain nombre de monuments où s’observe cette disposition, tels que les églises de Saint-Etienne de Beauvais, de Saint-Germer, de Saint-Leud’Esserent lOise), de Poissy, de Chars (Seine-et-Oise), de I.illers (Pas-de-Calais), du Val-Chrétien, d’Acy-Sainte-Restitute (Aisne). Tous ces exemples appartiennent à l’époque romane. Ajoutons à cette liste un monument du xme siècle, comme Gamaches, et dans notre département: Saint-Pierre de Doullens. M. Lefèvre-Pontalis trouve l’origine de ce mode de construire dans l’école normande, où les tribunes des églises abbatiales de Bernay, de Jumièges et du Mont-Saint-Michel montrent, dès le xi' siècle, de grands arcs subdivisés par deux arcs géminés (2).
Une corniche dessinant un tore, court au-dessus de la tribune, s'interrompant au droit de chaque pilier, pour le passage des nervures de la voûte et soulignant l’étage des fenêtres.
Une fenêtre en tiers point, fortement ébrasée, éclaire chaque travée.
Contre le revers de la façade occidentale et au-dessus d’une porte en tiers point, un passage relie les tribunes. Il coupe l’ébrasement d'une longue fenêtre en arc brisé et communique, de plus, avec la nef par deux arcs en tiers point enveloppant deux petites baies de même forme. Les tympans sont ajourés, au Midi d’un trilobé inscrit dans un oculus, et au Nord d’une petite rose. Comme aux tribunes, les piédroits sont garnis de deux colonnettes d’angle; un fût central reçoit les retombées des deux petits arcs et les chapiteaux sont à crochets, mais les petits arcs ont une double archivolte torique, et une archivolte à boudin contourne les grands arcs.
Ce passage, si heureusement compris et d'un caractère original, serait-il une création moderne, comme semblerait le faire croire le texte des délibérations municipales cité plus haut. Je ne le pense pas. Les moulures et les chapiteaux des deux arcs sont certainement anciens et l’architecte, au xix' siècle, se contenta sans doute d’une simple
i l Pitres, cant. de Pont de l’Arche, arr. de Louviers (Eure).
Beaumont-le-Roger, arr. de Bernay (Eure).
(2) E. Lefèvre Pont.vlis, Saint-Evremond de Creil. dans le Bulletin Monumental Caen, 1904, p. 174.
Le Plessis-Sainte-Opportune, cant. de LXV1I1, Paris et
Hèliog. Dujardin
GAMACHES J j u ne/' de l’Jiglise
restauration en respectant les données du constructeur. D'ailleurs, cette disposition n’est pas unique. On peut la comparer au triforium à jour qui fait communiquer les deux tours de Saint-Hildevert de Gournay et à la galerie de façade de Notre-Dame de Louviers; mais à Louviers, comme à Gournay, un buffet d’orgue masque cette partie du monument qui, à Gamaches, reste complètement dégagée. Le buffet d’orgue de notre église occupe le fond du transept méridional.
Une rose sous un arc en plein cintre dont un étroit passage traverse les tableaux, éclaire le pignon.
Passons dans le collatéral Sud; les doubleaux à deux voussures e! quatre boudins qui en délimitent les travées reposent sur des demi colonnes engagées. Les demi colonnes appliquées contre les murs, en parfaite harmonie de style avec celles qui leur font vis-à-vis ne présentent avec ces dernières que de légères différences de détail : les tailloirs des chapiteaux sont polygonaux, au lieu d’être carrés, et les plinthes, au lieu d'être semi circulaires, polygonales. La dernière travée est séparée du transept, comme à la collégiale de Nesle et à l’église d’Eu par deux demi colonnes avec chapiteaux au-dessous d’un tailloir unique. Les deux doubleaux très rapprochés et séparés l’un de l'autre par une gorge profonde ont les arêtes refouillées de tores, et une double archivolte torique, contournant la voûte de la dernière travée du bas côté, enveloppe le premier de ces doubleaux. Les voûtes reposent sur des ogives profilées en un boudin entre deux cavets. Des ciels à feuillages, toutes refaites, ornent l'intersection des nervures. Des formerets toriques, et, en face des formerets, une archivolte de même profil autour des grandes arcades, complètent la décoration de la voûte.
Une arcature aveugle décore le mur de fond. Elle se compose par travée de trois arcades, en plein cintre à la première et à la dernière travée, en tiers point aux deux autres travées. Des archivoltes toriques sont recueillies par des demi colonnes adossées à des pilastres. Aux tailloirs et chapiteaux, mêmes profils, même décoration qu’aux autres tailloirs et chapiteaux du bas côté, mais les bases qui se composent de deux baguettes, d’une scotie, d'un listel et d’un tore très aplati reposent sur des socles carrés.
Des archivoltes ornées de boudins que dégagent en dessous des cavets, forment sourcils autour des arcades. Des têtes humaines, d’une facture trop moderne et de petits bouquets de feuillages reçoivent les retombées de ces archivoltes.
Ces arcatures du bas côté, d'un charmant effet décoratif, n’étaient pas inconnues à l’époque romane. On en trouve à Cambronne, à Villers-Saint-Paul, à Saint-Taurin d'Evreux, et plus tard à la cathédrale de Noyon. Signalons enfin, encore que d'un caractère tout différent et beaucoup plus simple, les arcs très surbaissés qui se poursuivent au rez-de-chaussée des bas côtés de l’église d’Eu.
Une fenêtre en tiers point, fortement ébrasée et dont le glacis se raccorde à un bandeau torique s'ouvre dans chaque travée. De plus, une fenêtre est percée dans l’axe du bas côté. Le mur occidental présentant moins d'épaisseur dans le bas côté qu’à la nef, il s’ensuit que le collatéral forme un renfoncement couvert par un petit berceau brisé.
Les restaurations modernes ont-elles conservé à cette partie du monument son caractère, nous devons en douter, car Darsy parle de bancs de pierre qui servaient de soubassement aux arcatures et qui ont complètement disparu. La présence de ces bancs suggère à l’historien de Gamaches une théorie qui ne repose sur aucune donnée sérieuse. « Ces arcades, dit-il, étaient destinées aux douze pauvres auxquels le prêtre lavait les pieds le jeudi saint, selon l’ancienne liturgie » (i).
n Darsy, Gamaches et
seigneurs, dans les Mémoires des Antiquaires de Picardie, 2e série, t. IV, 1856, p. 482.
Les deux collatéraux ne se distinguent que par de légères différences, qu il n est pas sans intérêt, pourtant de noter. Dans le collatéral Nord, les deux doubleaux jumeaux qui séparent le bas côté du croisillon ont leurs arêtes simplement abattues, les tailloirs des demi colonnes engagées contre le mur de fond sont polygonaux et non carrés; les fenêtres sont ornées d'une archivolte formée d'un boudin continu; enfin les petites arcades sont toutes en arc brisé. Mais cette arcature du Nord est entièrement moderne (i).
La présence de tailloirs polygonaux au bas côté septentrional me conduit à formuler une remarque très justement faite déjà par le M. le docteur Coutan. Cet archéologue signale dans l'église d'Eu, d’un côté des tailloirs polygonaux, de 1 autre des tailloirs carrés. Il fait observer que le tailloir polygonal décèle un progrès dans la filiation de ce membre d'architecture, et de la différence de profil, il tire une conclusion qu’il convient d’appliquer également à l’église de Gamaches. A Gamaches, comme à Eu, les travaux durent commencer par le côté de l’édifice où se remarquent les tailloirs carrés.
Le carré du transept couvert en charpente, ainsi que les deux croisillons, est circonscrit par de grands arcs en tiers point doublés aux arêtes abattues. La voussure intérieure repose sur des demi colonnes engagées et la voussure extérieure sur des colonnettes. Au-dessus des grands arcs et à la naissance de la voûte, court une sablière du xvie siècle, à double rang de feuillages, où se jouent des animaux. Quatre blochets portent les figures des apôtres : saint Pierre et saint Jean sont facilement reconnaissables à leurs attributs.
Le croisillon Sud qui présente une sablière de même style, rehaussée de deux blochets, est éclairé à l’Ouest par une fenêtre à double meneau et remplage à soufflets. Il communique avec une chapelle orientée, la chapelle du Rosaire, par un arc en tiers point moderne, dont les quatre arêtes toriques reposent sur des colonnettes d’angle; tandis qu’au Nord l’étage intérieur du clocher constitue en quelque sorte la dernière travée de ce bras de transept. Un grand arc en tiers point, qui se profile en un méplat flanqué sur chacune de ses faces de trois cavets et qui pénètre dans deux piliers à pans coupés, relie les deux parties du monument. Au-dessus de ce grand arc, on remarque une galerie ornée de flammes. Une corniche composée d’un cavet que meublent des choux frisés, et d une gorge, du fond de laquelle se détache un bâton écoté entouré d’une banderole, soutient cette galerie qui vient buter contre la voûte du croisillon. Le clocher, primitivement construit hors œuvre, est fortement épaulé à 1 intérieur même de 1 église par un contrefort d’angle qui a conservé deux larmiers et le départ de deux gables à crochets. Sa voûte en pierre, percée d’un œil pour le passage des cloches repose sur des ogives, liernes et formerets profilés en cavets. Quatre consoles à feuillages, logées dans les angles reçoivent les nervures Deux portes s’ouvrent sous le clocher; lune très spacieuse, percée dans le mur du nord et donnant sur 1 extérieur sera décrite plus loin; l’autre petite et pratiquée dans le mur occidental communique avec 1 escalier en vis qui monte aux étages supérieurs. Celle-ci en anse de panier est surmontée d’une archivolte en accolade avec arêts horizontaux. Une petite console couronne l'archivolte.
La chapelle du Rosaire, éclairée au Nord par une fenêtre flamboyante à deux formes, et à l’Est par un oculus, fut édifiée en i63o, comme 1 atteste une date
(i) Darsy, Répertoire et appendice des histoires locales de la Picardie , Gamaches , dans la Picardie, t. IX, année 1874, Amiens, in-8°, p. 188.
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