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RAMBURES

A quelques kilomètres de la charmante vallée de la Bresle, au centre du Vimeu, s’étend, dans une plaine à peine ondulée, le village de Rambures dont le château est l'un des plus remarquables monuments d’architecture militaire du département de la Somme.

Cette forteresse, si imposante qu’elle soit, ne produit peut-être point, de prime abord, tout l’effet auquel on pourrait s’attendre. Cela lient à la grande profondeur des fossés qui l’entourent et font qu’elle semble, de loin, quelque peu « enterrée ». De leur fond, elle dresse pourtant son faîte, jusqu’à 35 mètres de hauteur (2).

Le château de Rambures se compose de quatre grosses tours cylindriques, inscrites dans les angles d’un carré de 29 mètres de côtés et réunies par des courtines arrondies qui ont elles-mêmes l’aspect de tours. Le tout semble former un colossal faisceau. Une cour à peu près rectangulaire se trouve en son milieu.

La brique joue le rôle principal dans tout l’édifice. Cependant une ceinture de mâchicoulis, en pierre du pays, l'entoure complètement, sauf du côté de l'entrée où un remanîment l’a fait disparaître. Des corbeaux, aussi en craie, mais très énergiquement moulurés, soutiennent ces mâchicoulis, dont les linteaux sont surmontés d’une moulure torique. Des ardoises couvrent les toits : ceux des tours sont coniques et percés de lucarnes modernes, tandis que les courtines ont pour couronnement une rangée de créneaux. La partie du château située au fond de la cour est surmontée d'un beffroi hexagonal, ancienne tour de guet qui dépasse de beaucoup le sommet de toutes ses voisines.

(1) E Delignières. Les sépulcres ou mises au tombeau en Picardie , Paris, 1906, in-8°, p. 32.

(2) La plupart des renseignements qui ont servi à rédiger cette compilation, sont extraits de la notice consacrée château de Rambures par M. Pu. des Forts, dans: Bulletin Monumental, t. LXVI1, n° 3. 1903.

L'entrée principale (i) a été profondément modifiée au xvne; siècle, dans le style de l’époque. La courtine arrondie où elle se trouvait, a été en partie démolie, et, de chaque côté de cette brèche (2), fut installée, contre les montants, une pyramide de briques en demi relief, sommée d'un globe de pierre. Une galerie flamboyante se développe maintenant au dessus de l'unique porte presque rectangulaire. L’ancienne était probablement en tiers-point et accompagnée d'une poterne. Des ponts-levis distincts, remplacés par un seul pont dormant, devaient précéder l’une et l'autre (3).

De même que la porte, la plupart des fenêtres du château ont été plus ou moins remaniées, mais généralement leur aspect n’est pas désagréable. Malheureusement on ne peut en dire autant des profondes entailles pratiquées dans la galerie des mâchicoulis pour approprier les appartements de la vieille forteresse aux exigences de la vie moderne, et y faire pénétrer un peu d’air et de lumière malgré l’extrême épaisseur des murailles. Une fenêtre toutefois semble ne pas avoir été modifiée. Elle se trouve dans la partie supérieure de la courtine de l’Est. C’est une baie en tiers-point, pourvue d’un remplage à deux formes, qui vraisemblablement éclairait jadis une chapelle, et déverse aujourd'hui sa lumière sur le grand escalier du château.

Après avoir examiné l'extérieur de la forteresse et admiré son aspect, à la fois si pittoresque et si noble, pénétrons dans sa cour intérieure.

En dépit de maintes modifications qu’y subirent spécialement les portes- et les fenêtres, cette cour a conservé un aspect assez imposant, dont l'austérité est atténuée par les plantes grimpantes qui garnissent ses murailles. Au fond s’ouvre une vaste salle dont l'accès a été facilité grâce à des remanîments modernes. Elle est couverte d’un plafond à poutres apparentes et ornée de blasons sculptés, mais les pièces situées au rez-de-chaussée des tours sollicitent surtout l’attention.

Arrondies à celle de leurs extrémités tournée vers l’extérieur du château, elles sont rectangulaires à l’autre bout, et possèdent des voûtes de pierre dont les nervures reposent sur de petits culs-de-lampes, ou bien se prolongent jusqu’au sol, tandis que les paroies verticales sont en briques. La lumière pénètre actuellement dans ces salles par des fenêtres en tiers-point, dont les larges ébrasements, qui descendent parfois jusqu’au sol, forment eux-mêmes d’assez vastes réduits. Plusieurs des grandes salles des tours ont été aménagées pour l’usage des châtelains actuels de Ram bures, et restaurées avec beaucoup d'habileté et de goût.

Aux étages supérieurs (4) la plupart des appartements ont été modifiés et décorés au xvme siècle dans le style alors en faveur. Ils renferment une nombreuse collection de portraits de famille dont plusieurs sont de véritables œuvres d’art. On peut en dire autant des superbes tapisseries, aux armes de Rambures (5), qui ornent le grand escalier (6).

Il ne nous est pas possible de décrire avec plus de détails le château qui fut considéré longtemps comme l’une des plus importantes places fortes du Vimeu. Pourtant

(1) La porte est actuellement surmontée d'un écusson aux armes de Rambures, surchargées de celles de la Roche-Fontenilles ; soit : d'or à trois fasces de gueules, à l’écusson d’azur chargé de trois rocs d’échiquier d’or, en cœur.

(2) Avant que différentes brèches aient été pratiquées dans les mâchicoulis, on devait pouvoir faire par la coursiére tout le tour du château.

(3, Primitivement le château de Rambures n’avait qu'une seule entrée. De nos jours une seconde porte, aussi précédée d'un pont, a été percée dans la façade du midi.

(41 Les tours du château de Rambures comptent six étages (dont deux de caves) et le logis principal cinq étages seulement.

(5) D’or à trois fasces de gueules.

\6) En plus de celui-ci, des escaliers en vis, entièrement construits en briques, desservent chacune des tours.

ses deux étages de caves, dont la profondeur n’excède guère celle des fossés (i), ne doivent pas être complètement omis. Leurs voûtes en coupoles sont remarquables et entièrement maçonnées en briques. Une cheminée, qu'on ne s’attendrait guère à voir en pareil lieu, se trouve dans l'une des caves.

On accède dans ces souterrains par plusieurs escaliers en vis et par un autre, à paliers droits, susceptible d’être converti, le cas échéant, en un plan incliné par où pouvaient descendre les chevaux et le bétail. A l’exception d’une seule, toutes les caves d'un même étage communiquent entre elles par de larges baies.

Quelle époque doit-on assigner à la construction du château dont on vient de lire une description trop sommaire? C’est une question sur laquelle les auteurs ne sont pas d’accord, mais les derniers venus l’attribuent au début du xv” siècle pour son ensemble et à la fin de la même période pour les mâchicoulis et les parties hautes des tours (2). La forteresse ne semble pas avoir existé en 1346, lors du passage d'Edouard III d’Angleterre en ces parages, quelques jours avant la bataille de Crécy. C’est seulement en 1421 qu’elle apparaît dans l'histoire. A cette date le château était vraisemblablement occupé par une garnison anglaise sur laquelle il fut reconquis par son légitime propriétaire, André de Rambures, qui le remit aux mains des Dauphinois, mais, deux ans plus tard, la forteresse était de nouveau au pouvoir de l’étranger et Henri V d’Angleterre disposait du domaine de Rambures au profit de Collard et de Ferry de Mailly.

En 1432 (3) le château est repris par escalade et fait retour à la France, grâce à la vaillance du célèbre Charles des Marets qui y établit son quartier général d’où il combat la domination anglaise dans toutes les « marches » d’alentours. Il y était encore en 1436. Ce fut donc lui, selon toute probabilité, qui soutint le siège mis devant la place en 1433 par Pierre de Luxembourg, comte de St-Pol, siège au cours duquel ce prince mourut de la peste devant les murs mêmes de la forteresse qu’il voulait conquérir. Nous devons toutefois noter que plusieurs auteurs prétendent que les Anglais avaient de nouveau occupé Rambures, sans doute pendant peu de temps, dès 1434 (4).

En 1471 la place est aux Bourguignons. Charles le Téméraire à qui le seigneur de Rambures avait fait sa soumission, l’occupe en 1472, mais, vers la fin de la même année, elle est reprise par Robert d’Estouteville et par Joachin Rouhault, maréchal de Gamaches, devenu à son tour seigneur de Rambures par la donation que lui en fit Louis XI, après avoir confisqué le domaine sur Jacques de Rambures. Le roi le rendit toutefois à ce dernier en 1475 (5). C’est vraisemblablement de cette époque cque date la ceinture de mâchicoulis qui enserre la forteresse, et qui semble être une adjonction un peu postérieure à la construction du gros œuvre du château.

Mais arrivons au temps des guerres de religion. En 1 585, le 2 juillet, Jean de Fautereau, gentilhomme calviniste, s’empare de la place, bientôt reprise par Jean de Rambures, qui tenait le parti de la Ligue (6). Celui-ci fut le père du « Brave

(1) Il n’existe pas à Rambures de souterrains proprement dits. Pourtant la tradition locale prétend que le château possède deux couloirs souterrains qui vont l’un jusqu’à Oisemont, l’autre jusqu’à la Bresle. Inutile de dire que ce sont là de pures légendes tout à fait invraisemblables. V. Pierre Dubois. Ambiania, n° io, Amiens 1891.

(2) Jadis on attribuait ce château au xive siècle. On a même voulu faire remonter sa fondation, bien à tort croyons-nous, jusqu’au ixe siècle, époque des invasions normandes.

(3) Les historiens ne sont pas d'accord sur cette date. M. de Grattier donne celle de 1431 et Dusevel celle de 1434.

(4) - La chronologie de toute cette période est d’une extrême confusion.

(5) V. Lamorlière : Familles illustres. Art. Rambures.

(6) Le château de Rambures fut sans doute repris par * ceux de la religion », car en 1594 les ligueurs l’assiègent sans succès. Dès 1589, Henri IV y aurait séjourné, après la bataille d’Arques, selon Dusevel.

Rambures » l’un des plus vaillants capitaines du xvne siècle, et le membre le plus célèbre de la famille de Rambures, connuè selon Lamorlière depuis 1107 (1) et même depuis 1090 suivant Le Carpentier (2). Cette race illustre s’éteignit le 28 juillet 1676, en la personne de Louis Alexandre, marquis de Rambures, tué par accident, à l'âge de 18 ans. Après lui, son domaine passa par héritage à la duchesse de Caderousse, puis à la famille de La Roche-Fontenille, à la marquise de Sablé (3), et enfin pour la seconde fois, à la famille de la Roche-Fontenille qui possède encore aujourd'hui le vénérable et splendide château.

Bien digne d’exercer la plume des romanciers et des poètes et le crayon des artistes, autant par son aspect que par le renom de ses seigneurs, cet honneur ne lui a pas fait défaut. Shakespeare a introduit un Rambures dans un de ses drames (4), Victor Hugo a dessiné le castel, et une notice sans prétention historique ou archéologique lui fut consacrée, après tant d’autres, par un futur sociétaire de la comédie française, M. le Bargy (5). La biblographie relative à ce monument est donc des plus étendues et nous a été d’un grand secours pour rédiger cette compilation. Nous la terminons en rappelant que, dans les jardins de Rambures, fut obtenue une variété de pommes connues sous le nom de pommes de Rambours (6). C'est par allusion à la grosseur de ces fruits qu’a été forgée la locution picarde : « avoir d's yux conm’ des rambours », qui s’applique aux personnes dont les yeux sont fortement tuméfiés.

R. de Guyencourt.

TILLOY-FLORIVILLE

Construite au xvie siècle, l'église de Tilloy possède un chœur remarquable par sa décoration franchement Renaissance et qui se termine par trois pans égaux. Les fenêtres à trois formes possèdent un remplage moderne mais la mouluration qui en meuble les piédroits est Renaissance, ainsi qu’à l’église de Feuquières. Les contreforts présentent une ornementation très originale. Un bandeau, diminutif de la corniche classique souligne les fenêtres et se poursuit autour des contreforts. Au dessous du bandeau, un buste d’homme à la tête casquée se détache sur la face extérieure du contrefort; malheureusement une seule de ces têtes est ancienne, les autres furent refaites. Au dessus de cette tête et sur le bandeau prend naissance une demi colonne qui repose sur une base classique ; des gables d’un dessin très lourd sont appliqués aux deux tiers environ des demi colonnes. Celles-ci perdirent

|t) Lamorlière, loc. cit.

(2) Le Carpentier : Histoire de Cambray et du Cambresis, Leide, 1664.

13) La marquise de Sablé était née de la Roche-Fontenille. — V. R. de Belleval. Lettres sur le Ponthieu, p. 384. et de Rosny. Recherches généalogiques, art. Rambures.

14) Shakespeare : Henri V, Act. III, S. VII; Act. IV, S. II.

15) V . Journal d'Amiens, 25 janvier 1877.

(6) Voir Pringuez, Géographie historique et statistique du département de la Somme-, Tiiiébault-Sisson dans: Magasin pittoresque, 1891, p. 255 et passim.

leurs anciens amortissements, lorsque, la voûte s’étant écroulée, on baissa le chœur d'un mètre environ. On a remplacé ces amortissements par des appentis recouverts d'ardoises, qui sont loin de produire un heureux effet.

La voûte actuelle est moderne, mais ses nervures s’arrêtent sur les anciens culots. On y remarque des têtes d’anges ailés, les armes de France sur un écu en forme de cuir découpé et surtout deux têtes d'homme. L’une de ces dernières porte la moustache, la barbe en pointe et la collerette, à la mode sous les derniers Valois. C’est un motif charmant d’un faire très soigné qui décèle le ciseau d’un excellent artiste.

La nef privée de tout caractère archéologique et plus basse que le chœur est précédée d'un clocher rectangulaire sans contreforts, dans l’axe duquel s’ouvre une grande porte en arc surbaissé.

Les fonts baptismaux qui remontent à la fin de l’époque gothique se composent d’une cuve à huit pans séparés par de petits pilastres, et d’une courte colonne cylindrique reliée à une base octogonale par une gorge entre deux tores.

La cloche actuelle date de 1860. L’ancienne cloche portait l’inscription suivante : L’an 1791, j’ai été bénie par M. François Hubert Grisel, curé de ce lieu, accompagné de M. Tavergne, vicaire, et nommée Marie Françoise par M. François Delattre et dame Marie Catherine Rosalie sa sœur,

Charles Garest, marguillier en charge (1).

Nous ne pousserons pas plus avant la description d’une église, somme toute assez secondaire, "mais qui pourtant ne pouvait être passée sous silence dans un recueil tel que celui-ci.

Tilloy-Floriville. — Contrefort de l'église.

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