‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 30 sur 63 · REQUIESCAT IN PACE · texte numérisé non relu

REQUIESCAT IN PACE

Au-dessus de l'inscription règne une course de fleurs de lys alternées avec des fleurons, encore tout à fait gothiques.

Les caractères sont superbes et très bien fondus; deux filets (un gros et un plus léger) délimitent chaque ligne du texte.

Sous l'inscription, course de têtes d’anges et de guirlandes, de style renaissance.

Sur les faussures, on remarque : une salamandre, plusieurs grandes fleurs de lys isolées, sainte Barbe et sa tour, une Vierge-Mère (?), saint Jean-Baptiste portant un agneau (ou peut-être le Bon Pasteur? mais l’agneau n’est pas sur l’épaule du personnage); enfin trois écussons :

Le premier est aux armes de Wissocq, qui sont de gueules à la fasce d’argent accompagnée de trois losanges d'or; le fondeur ou le graveur a, par erreur, mis deux fasces au lieu d'une et remplacé les losanges par des macles. Cet écu, ainsi que le suivant, est grand, saillant, de forme échancrée, et encadré d'un cercle de feuilles d'ache.

Le second est parti de Longueval, parti de Wissocq. Longueval porte : bandé de pair et de gueules de six pièces.

Enfin le troisième écusson, plus petit, est aux armes de France, avec la couronne royale et le collier de saint Michel.

Les anses de la cloche sont en forme de caryatides.

Cette cloche est une œuvre d’art remarquable et mériterait d'être classée comme monument historique (i).

Dans le cimetière qui entoure l’église, on remarque une entrée de souterrains, comme à Hiermont; mais ceux de Maison-Ponthieu n'ont pas été explorés.

(i) Toutes les cloches fondues par les Gourdin sont très belles; voici celles que je connais : Berck, 1546, Ph/ippe Gourdin; Cormont, 1577, me fit MQ Aurel (lisez Ancel) Gourdin (refondue); Brimeux, 1600, faite par Mc Ancel et Jehan Gourdin (refondue). (Cf. Èpigraphie du Pas-de-Calais , t. V, fascicule I, p. i6;fasc. II, p. ib; fasc. VI, p. 122; et Mémoires de la Commission des Mon. hist. du Pas-de-Calais, t. II, pp. 327 et 361); Ramburelles, 1571. nous feit AP Ancel Gourdin. (Darsy, Description du Canton de Gamaches). — « Marché passé entre la municipalité d’Abbeville et Philippe et Ancel Gourdin, père et fils, maîtres fondeurs, pour la façon de deux petites pièces d’artillerie de fonte, de la longueur de onze pieds, de deux fauconneaux et de deux chargons à grandes couleuvrines *, au prix de 529 livres 13 sous 7 deniers, le 29 juin 1555 ». (Mu de Belleval, Chronologie d'Abbeville, 1899, p. 230).

J'ai réservé pour la fin les belles cloches de Coulonvillers et de Frohen-le-Grand, de 1580 et 1584. Voici la description de la première :

L’inscription est en caractères fleuris, de transition entre la majuscule gothique et la capitale romaine. Les e lunaires, les u onciaux et les n retournées sont archaïques. Chaque ligne commence par une grande croix haussée et est circonscrite par deux filets.

>f$ MESS1RE FRANÇOIS DE MOROEVL CUEVALIER DE LORDRE DV ROY SEIGNEVR I)V FRESNOY

^ ST OVIN HRV CAMPS ET DAME MARIE DE FLECHIN SON ESPOVSE LOIS DE

)$< IiOVRNOVILT.E ESCVIER SEIGNEVR DV QVESNOY ET COVLON WILLERS (a) NOs FIT ME ANCEL & IF.FIA GOVRDI.

(a) Ici le volant de la cloche est tout contre le bronze et peut cacher le mot et ou tout autre.

En dessous de ces derniers mots, la date 1580.

Au-dessus et au-dessous de l’inscription, petites courses ornementales.

Immédiatement au-dessous et sur une seule ligne, sont, avec la date 1580 précitée, rangés les sujets suivants :

i° Écu au lion couronné (et à la queue simple ) (Bournonville) ;

20 Une salamandre et une feuille nervée, empreints au vif dans le moule de la cloche (comme la salamandre de Maison-Ponthieu :

3° Un évêque mitré et crossé, bénissant;

40 Vierge-Mère couronnée;

50 Entre deux grandes fleurs de lys écu semé fleurdelvsé, au lion issant (Soissons-Moreuil), enfouré du collier de l'ordre de Saint-Michel, sans timbre ;

6° Un saint, tête nue, tenant de la main gauche un livre, et de la droite, sur sa poitrine, une croix à double croisillon;

70 Écu de France sous couronne fermée; collier de saint Michel;

88 Saint ou sainte, tête nue, grand manteau;

NEUILLY-LE-DIEN

Eglise

iVl. Prarond commet une erreur en disant (i) que l’église de Neuilly-le-Dien n'existe plus; la paroisse, il est vrai, est supprimée et rattachée à Maison-Ponthieu pour le spirituel, mais l'église, dédiée à Saint-Sulpice, est toujours là.

C’est un édifice assez peu intéressant, composé d'une nef et d’un chœur rectangulaire, avec clocher en charpente sur la façade, remplaçant un vieux campenard. Le haut de la façade est daté de 1822. Une épitaphe cintrée, encadrée dans le mur à gauche du portail, a été enlevée.

Le chevet plat était éclairé par une fenêtre, murée à une époque déjà ancienne, et contre laquelle on a plaqué un gros contrefort.

Le chœur a deux travées de voûte en étoile, bien appareillée, du xvc siècle. Les clefs ne sont pas pendantes. Dans la première travée, au centre, écu parti : au 1) à trois fers de moulin, 2 et 1 ; au 2) à la fasce.

Les quatre clefs secondaires portent : une croix fleurdelysée; deux rosaces; et un écu au sautoir cantonné de quatre limaçons. Ce sont les armes de la famille de Lessau, de Saint-Riquier : de gueules au sautoir d'argent, accompagné de 4 limaçons du même (2).

90 Écu parti x) fleurdelysé, au lion issant (Moreuil); 2) à 3 fasces (Fléchin) ;

io° Saint Jean, tenant un agneau devant sa poitrine;

it° Groupe de saint Martin, à cheval, divisant son manteau;

12° Feuille nervée, comme ci-dessus;

130 Sainte Barbe et sa tour.

Cette cloche, comme celle de Maison-Ponthieu, est un chef-d’œuvre de l’art du fondeur.

Quant à la cloche de Frohen (1584), en voici l’inscription telle que M. le vicomte de Calonne l’a relevée le Ier mars 1866 et moi en 1907 :

MESIR FRANÇOIS DE PROVVILLE CHEVAL1' DE ST IEHAN DE HIERVSALEM SGR DV QVINT ET SIXTE DE FROHEN LE GRAD. MONSR EVTACE DE BAIART

ifi. DICT GANTEAV ABBE DE N RE DAME DE CERCAN PARYN EVSTACE DE PROVVILL ESCVIER SR DVDICT LIEV SR DE S* FOVRSI ET DE HOVRGES LIEVTENT

POVR LE ROY DES VILLE ET CHASTEA V DE DOVLLENS PARIN SIRE CHARLES g]rANDHOME CVRE DE FROHEN FRANÇOIS

LEFEBVRE BOVRGEOIS DABBE SR DE SOMBRIN ET DV

FRANCQFIEF ET DAMOISLLE ISABEAV DE CALONNE SA FEMME MARINNE THOMAS DA VLE ET EMOND BARBIER MARGUELIERS IEHAN VASSEVR

% LIEVTENANT PIERRE CARON ANTHOINE LEFEBVRE ANTHOINE LEPAISTRE ADRIEN DVPONT ET LOVIS ALAIN HABITANS ET P AROISSIANS ET MONT FAIT ME ANCEL ET IEHAN GOVRDIN EN LAN M VG IIIlXXun.

Cette inscription, en caractères partie romains et partie gothiques (comme à Coulonvillers), est circulaire sur cinq lignes (les deux dernières non encadrées par des filets), et accompagnée de l’écusson de France, d’un écu portant le monogramme 3lfy£) sous une couronne royale fermée, d’une Vierge-Mère, de plusieurs saints et saintes peu reconnaissables (l’un est à cheval), et d'une salamandre ; celle-ci est sans doute la marque adoptée par le fondeur. Une course de fleurons au-dessus et au-dessous de l’inscription et trois filets à la base, complètent l’ornementation de cette cloche.

Notons qu’au xvne siècle, un Pierre Gourdin fut fondeur à Marseille; M. J. Berthelé a trouvé à Sisteron une de ses cloches, datée de 1675.

(i) Histoire de cinq villes . . Saint-Riquier et les cantons voisins , t. II, p. 410.

(21 Mis de Belleval, Nobiliaire de Ponthieu, 2e édit., col. 61 1.

La clef du doubleau porte un écu à trois fleurs de lys accompagnées de trois étoiles mal ordonnées; ce sont les armes des Ternisien : d’argent à 3 fleurs de lys au pied nourri de gueules, accompagnées de 3 molettes d’éperon mal ordonnées, du même .

La clef du chevet est ornée d'un Agneau pascal; les quatre clefs secondaires n'ont que des rosaces, saul celle de l'Est, où se voient tous les instruments de la Passion.

La clef aux trois fers de moulin est aux armes de Condette : d’argent à 3 fers de moulin de sable. La seigneurie de Neuilly-le-Dien, qui était en 1415 à Robert de Canaples, chevalier, appartenait en 1507 à François de Condette, baron de Colemberg, et en 1540 à Pierre de Maulde, chevalier, qui la vendit, le 24 juin 1548, à Charles Le Vasseur (1).

Ce François de Condette, chevalier, seigneur de Condette, baron de Colemberg, capitaine du châtel de Soissons, épousa Jossine de Saint-Omer (d’azur à lu fasce d’or ; voilà bien le second parti de notre écusson), tille de Charles, sieur de Morbecque, et de Jeanne de Bailleul, et dame de Colemberg, d'où Jeanne, héritière, alliée à Pierre de Maulde (2).

Les culs-de-lampe de la voûte du chœur représentent deux hommes dont l’un sème du grain, qu'il puise dans un sac pendu à sa ceinture; d’autres sacs se trouvent près de lui. L'autre tient deux bâtons; il paraît nu, sauf une ceinture de feuillages, mais le badigeon empâte tous les détails. C’est un vendangeur foulant la cuvée.

La seule pièce remarquable du mobilier est l’autel, à tabernacle de style Louis XV.

Dans le mur sud du chœur est encastré un marbre blanc cintré, portant en lettres noires l’épitaphe qui suit :

Cy Gyt le corps de défunct II Maître François Gulbuin || Prêtre et Curé de la Paroisse || de Neuilli le Dien, Acquêt et || Cumonville, qui a reigné ||

L ESPACE DE CINQUANTE ANS ET || CINQUANTE JOURS ET A FONDÉ || A PERPÉTUITÉ CINQ OBITS LES || CINQ FeSTES DE LA VlERGE, || AVEC LE GaUDÉ ET LE SALUT, || LES PETITES

Vigiles et || Commandaces, le quel est || décédé le 20 Février 1726 || De profundis Requiescat in pace.

Dans le cimetière, sur une croix de fer, se lit l’épitaphe de : Michel Alexandre Houdouart, ancien, capitaine d’infanterie, chevalier ds l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, âgé de soixante-huit ans, décédé le 18 avril i8o3; dame Marguerite Jeanne Dupuis, âgée de soixante et un ans, épouse dudit sieur Michel Alexandre Houdouart, décédée le 14 octobre i8o3; Étienne F. C. Marie Houdouart Durosermit (sic), ancien capitaine d’infanterie, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, âgé de quatre-vingt-deux ans sept mois, décédé. le 16 mars 1808.

L'église d'Acquest, ancienne paroisse, aujourd'hui hameau de Neuilly-le-Dien, est en mauvais état et sans aucun intérêt; on n'y dit plus la messe que pour les enterrements et les fondations. L’autel garde un tabernacle et un gradin du xviié siècle,

11) Mis de Belleval, les Fiefs du Ponthieu, p. 239.

(2) E. de Rosny, Recherches généalogiques, t. 1, p. 400. — François était fils de Raoul ou Rollequin de Condette, écuyer tranchant de Mgr Antoine, bâtard de Bourgogne, marié à Montreuil, le 15 octobre 1480, à Anne de Marie, fille d’Honoré et de Ide de Bernieulles.

bien travaillés, à colonnes torses, guirlandes, tètes d'anges, statuettes de saint Pierre et saint Paul, de style Louis XIV. Notons encore deux statues assises, de saint Maclou, — le patron — au-dessus de l’autel, et de saint Nicolas, dans la nef, avec son baquet aux trois enfants (i).

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