VITZ-SUR-AUTHIE
ÉGLISE
Cp; n'est pas sans quelque surprise qu’on trouve en ce chétif village une église isolée dans les champs, qui, comme architecture et comme décoration, est la réduction de l’église abbatiale de Valloires (i). Malheureusement ce bijou du xvm” siècle est bien mai entretenu et presque à l’abandon.
Par suite de la diminution de la population et des ressources, la paroisse de Vitz-Villeroy est supprimée depuis la mort de son dernier curé; le temple n'a plus de gardien.
La nef est précédée d'un clocher en avant-corps, à fenêtres hautes en plein cintre, couvert d’un dôme bulbeux et d’une flèche. Le portail cintré est flanqué de deux pilastres ioniques soutenant une architrave. Le claveau de la porte est orné d’une coquille surmontée d’une croix. Un grand fronton, très bien sculpté, rappelle beaucoup celui qui décore le pignon de l’église de Valloires : on y voit un ciboire, un calice, un ostensoir, des épis de blé, des pampres, des nœuds de rubans. Plus haut, un œil-de-bœuf. Les contreforts du clocher, posés en diagonale, ont quatre ressauts.
La nef, plus haute que le chœur, se divise en cinq travées à grandes fenêtres en plein cintre, alternativement ouvertes et simulées. Un petit portail s’ouvre sous la première fenêtre. De massifs contreforts, à deux ressauts chaperonnés d’ardoises, séparent les travées et se terminent sous l’architrave de la corniche du toit. C’est exactement l’ordonnance de Valloires.
Le chœur a trois travées, dont une aveugle, et un chevet à trois pans; il n’a de contreforts qu'au chevet. Il y a là une faute de construction que jamais un maçon du moyen âge n’eût commise : les énormes contreforts de la nef ne servent à rien, car cette partie de l’église n'a qu’un plafond en berceau, tandis que les voûtes d'arêtes du chœur ne sont nullement contrebutées ; heureusement les murs sont épais et bien construits, de sorte qu’aucun mouvement dangereux ne s’est produit dans la maçonnerie.
Les culs-de-lampe de la voûte du chœur portent des ornements de style Louis XVI.
Les belles boiseries qui décorent l’église sont plus anciennes, et du plus pur Louis XV. Le confessionnal (comme celui de Valloires) est moins bon que le reste. Mais la chaire, avec son baldaquin à franges et les jolis panneaux à coquilles (posés en biais) de sa montée, est charmante (2). Les petits autels latéraux ne sont pas moins remarquables. Sous l’arc triomphal, un palmier formant cintre en accolade d’une grande finesse d'exécution, supporte un très petit Christ doxal, soutenu par deux têtes d’anges.
(1) Je me demandais, en présence de cette ressemblance frappante, si l'abbaye de Valloires n’avait pas quelques droits sur la cure de Vite. Mais je n’ai rien trouvé de semblable. Le patronage de la cure appartenait au prieur de Ligny-sur-Canche.
(2) La chaire porte une inscription et une date sur le culot, du côté de la muraille. M. Rumaux, curé de Gennes desservant actuellement Vitz, m’écrit que, vu l’heure matinale et le défaut d’éclairage, il n’a pu la déchiffrer: il croit lire cependant (est-ce la signature de l’artiste?) : « mariel 1771 *.
(Note de M. l’abbé Armand).
Les pieds-droits de l’arc triomphal sont garnis de panneaux de chêne de même
style, mais un peu moins finement exécutés : trophées d'ornements d'église, etc .
Enfin les murs latéraux du chœur sont revêtus de hauts lambris de chêne, sculptés avec une délicatesse et une sobriété remarquables; chaque panneau est terminé par une coquille et par une fleur variée : rose, anémone, tulipe, etc.; il n’y a pas deux panneaux semblables.
Le fronton du maitre-autel contenant un Jéhovah dans une gloire, entouré d’anges, complète cet ensemble que je serais tenté d’attribuer à PfafFenhofen. Il ne le cède nullement, en finesse et en beauté, aux meilleures œuvres de cet artiste excellent.
Le maître-autel est en marbre, mais très simple. Les toiles des trois rétables sont tellement gâtées par l’humidité qu'on ne peut plus en reconnaître le sujet, — encore moins en apprécier le mérite.
On remarque dans cette église plusieurs pierres tombales, d'ailleurs peu anciennes : Dans le pavé du chœur, dalle d'oolithe :
SOUS CE MARBRE REPOSE j| MeSSIRE AmÉDEE, VlCTOR, |j DE BoUBERS-AbBE VILLE-TuNCQ , |j
des Vicomtes d’Abbeville-Tuncq-Bô"“s || issus du comte Waldberk || Comte de
PONTHIEU, DE BOULONGNE || ET DE MONTREUIL EN L'aN SIX CENT |j NÉ A ABBEVILLE LE 25 7bre 1791 || ET DÉCÉDÉ A LONG LE 6 AOUT I S I 5 || PIEUX ENVERS DlEU || DOUÉ DE TOUTES LES QUALITÉS QUI [] COMMANDENT L’aTTACHEMENT || IL LAISSE DES REGRETS A TOUS CEUX [I QUI I.'ONT CONNU. || SON PÈRE, SA MÈRE, SON FRÈRE ET |] SES DEUX SŒURS, D ACCORD SUR CES || SENTIMENTS DE LEURS CŒURS, EN ONT || FAIT GRAVER CE TÉMOIGNAGE SUR || CE MARBRE SOUS LEQUEL || IL REPOSE EN PAIX.
Cette inscription est accompagnée d’écussons et de quartiers dont les plus anciens ne doivent pas être plus authentiques que la prétendue descendance du comte Walbert, soit dit sans contester l’illustration de la maison de Boubers, une des meilleures du Ponthieu (i).
(1) Au-dessus de l'épitaphe, écu parti de 2, coupé de 2 (c’est un pennon) :
1) D’or au croissant tourné de gueules, posé en franc-quartier.
2) D’or à 3 fasces de gueules, au croissant de même en franc-quartier.
3) D’or à 3 chevrons de gueules, qui est Crèvecœur.
4) D’or à 3 bandes de gueules.
5) D'or à 3 écussons de gueules, qui est Boubers.
6) Idem.
7) D’argent à la croix de gueules chargée de 5 coquilles d’or. (Boubers).
8) D'or à la croix de sable chargée de 5 coquilles d’argent; au franc-quartier d’or à 3 écussons de gueules. (Boubers-Bernâtre).
Sur le tout : d or à 3 écussons de gueules, au 'chef d'or à 3 bandes de gueules (sic pour a\ur). ( Boubers-Abbeville) . Sur cet écu : heaume de front, couronné, entre une couronne à l'antique et une mitre chargée des initiales s* w. Deux drapeaux, 1 un aux armes de Ponthieu, avec le cri abbeville; l'autre : de gueules, avec la devise : sen warot
KRIEVE KUER.
Sous le même écu, une couronne murale avec la devise : fidelior in adversis.
Les seize quartiers sont : A dextre :
i° D argent à la croix de gueules chargée de 5 coquilles d’or. (Boubers, armes primitives).
20 Echiqueté d’or et de gueules (Auxy).
30 D’or à 3 écussons de vair bordés de gueules. (Fontaines).
40 D’argent à la fasce de sable chargée de 3 fleurs de lys d’or.
5° D’or à la croix de sable chargée de 5 coquilles d’argent. (Rayneval-Bernàtre).
6° D’argent à la croix ancrée d'azur. (Neufmez ? ??).
7° De sable à la bande d’or accompagnée de 8 billettes du même. (d’Anvin de Hardenthun).
8° D’argent au chevron de gueules. (Domqueur).
A senestre :
90 D’azur au chevron de sable (sic), accompagné de 3 croisettes d’or (Mauvoisinpj.
Tout à côté, une dalle de marbre blanc, également dans le dallage, porte l’inscription suivante :