‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 33 sur 63 · ECCE PANIS ANGELORUM QUI DESCENDIT DE CŒLIS · texte numérisé non relu

ECCE PANIS ANGELORUM QUI DESCENDIT DE CŒLIS

(■ Calice et hostie dans une gloire; rinceaux à l'entour).

Icÿ Repose || Le Corps De Dîscrette || Personne || MTRE AntoIne le Blond || Faît Curé de cette Paroisse || en 1743 || décédé le neuf xbre || 1773 || âgé de 3g ans (1). || Requîescat in pace.

(Sablier). ( Tête de mort sur un ossement ). ( Torche et faulx en sautoir).

Dans le mur nord de la nef, losange de marbre blanc :

icy || Repose le corps || Dangelîque Hocquet || Ve du sîeur Françoîs le Blond ||

DECEDEE LE 21 AVRIL 1 746 || ÂGÉE DE 64 ANS || PrÎEZ DiEU POUR SON || AME.

(Tête de mort, couronnée de houx; un ossement).

Autre losange de marbre blanc, plus petit, dans le mur sud de la nef :

(Tète de mort)

SEPULTURE II DE MARIE || MARGUERITE || THELU || FEME EN PREMIERE NOCES || DE JEAN FRANÇOIS TRIPIEZ || EN SECONDE NOCES || DE FRANÇOIS DfJMON [| DCD LE 22 MARS 172g || ÂGÉE DE 45 ANS || REQUIESCAT || IN PACE.

Dans le mur nord du chœur, à l’extérieur, est encastrée une dalle de pierre grise, très endommagée et prête à s’effriter :

SOUS CETTE TOMBE |j REPOSE LE CORPS DE HTE || ET PTE I)LLE MLLE MADELEiNE || SUSANNE DE RAÎNCHEVAL U DAME DE visSE DE PONCHEL || ET AUTRES LIEUX DÉCÉDÉE || LE g gBRE 1 778 AGEE DE || 72 ANS SA DOUCEUR SA || piÉTÉ ET SA CHARGÉ ONT || FAIT SA PRÎNCiPALE ||

occuPATioN durant sa vin. || Requiescat in Pace.

(Tête de mort, ossements en sautoir).

Outre l'église de Vitz, cette paroisse en possède une autre, au hameau de Villeroy ; mais cet édifice, vaste et nu, n’offre aucun intérêt. Restauré en 1754, il a un chœur du xv° ou xyie siècle, dont la voûte disparue a laissé quelques vestiges (2).

io° D’azur à 3 bandes d'or, à la bordure de gueules. (Lisques; lisez : bandé d’argent et d’azur de 6 pièces, à la bordure de gueules).

ii° Écartelé : r et 4, d’argent semé de trèfles de sinople, à deux taus de gueules en chef et à 2 perroquets de sinople affrontés en pointe; 2 et 3, d’azur à 3 fleurs de lys d’or, au bâton péri en bande de.. .. (Gaillard-Longjumeau).

12° D’or à la croix de sable chargée de 5 coquilles d’argent; au franc-quartier d’argent à 3 écussons de gueules. (Boubers-Bernàtre/.

130 De sable à 3 aigles d’or. (Roussel de Miannayi.

14" De gueules au lion d'argent chargé d’une étoile d'azur sur l'épaule. (d'Orthe). IRietstap met le lion de gueules en champ d’argent).

150 D’azur à 3 fleurs de lys d’or, au bâton péri en bande d’argent. (Bourbon-Condé ou Penthièvre ; mais, d’après l’ordre des alliances de la maison de Boubers, il faut voir ici une mauvaise reproduction des armes de Brossard : d'azur à trois fleurs de lys d’or, à la bande d’argent brochant sur le tout).

160 D’argent à la fasce de gueules chargée de 3 fermaux d’or. (Buissy).

Ces armes sont celles de toutes les alliances directes des Boubers. (Les quatre premières ne sont pas prouvées).

(1) Il a été curé pendant trente ans, 11743-1773), et a donc certainement vécu plus de trente-neuf ans.

(2) C’est par erreur que j’ai dit ci-dessus (p. 66, lignes 2 et 7) qu 'une partie de la voûte du transsept de l’église de Dompierre est ancienne, et que l’on n’a pas su raccorder les nervures neuves sur les anciens culs-de-lampe. Ce

Après une exploration complète du canton de Crécy, j’y trouve encore à mentionner sommairement l’église du Boisle, vaste vaisseau à trois nefs et transsept, d'un style gothique attardé (1668-1687); celle d’Yvrencheux, dont le chœur est d’une assez belle architecture du xv° siècle et garde quelques tombes de la famille d’Aumale. N'oublions pas la précieuse châsse de saint Fursy, à Gueschart; cet inestimable joyau du commencement du xiv° siècle aurait eu tous les titres à être reproduit dans ce recueil, s’il ne figurait déjà dans Y Album Archéologique de la Société des Antiquaires de Picardie, (i3° livraison, 1S98).

Mais je m'en voudrais de quitter le canton, sans dire un mot de la belle forêt qui en fait la parure. La forêt de Crécy n’est ni historique ni monumentale , aussi ne peut-elle être citée ici qu’en passant. Ses beautés, hélas! ne seront bientôt plus qu’un souvenir : des coupes sombres ont ravagé ses coins les plus charmants. Victime de l’exploitation à outrance, qui déshonore toutes nos vieilles futaies françaises et provoquerait les anathèmes de Ronsard, le bois sacré perd, d’année en année, sa physionomie d’antan. Ses chasses aussi se sont démocratisées, et bientôt le son du cor n’éveillera plus les échos sylvestres. Ainsi passent les choses de ce monde; ainsi se détruisent peu à peu les souvenirs du passé. Prœterit forma hujus mundi.

n’est pas à Dompierre que se remarque ce fait : c’est à l’église voisine du Boisle. A Dompierre, la voûte du transsept est intacte, et les restaurateurs n’y ont pas touché. Quant à la voûte nouvelle des nefs, elle n’est pas en briques plâtrées, mais en plâtre moulé, imitant la maçonnerie. (Communication de M. l’abbé Armand).

R. RODIERE.

CANTON DE MOYENNEVILLE

NOTICES par M. H. MACQUERON

MOYENNEVILLE

L’ÉGLISE

L’église de Moyenneville, coquettement située au milieu de la place du village et, par conséquent, entièrement dégagée sur chacun de ses côtés, se compose de trois parties bien distinctes, le clocher, la nef et le chœur Elle appartient dans son ensemble à l’architecture ogivale tertiaire ou flamboyante dont il existe tant de spécimens dans les églises rurales de 'l’arrondissement d’Abbeville jusqu’à une époque où ce style avait, dans d'autres régions, fait place à une école toute différente.

Le clocher, surmonté d'une flèche et entièrement bâti en pierres blanches, sauf à la partie inférieure où l’on constate l'emploi du grès, appartient au type si répandu dans la vallée de la Somme et dont le clocher de Notre-Dame de la Chapelle d’Abbeville, élevé en 1620 à la place d'un autre probablement pareil qui avait été détruit par la foudre, paraît être le prototype.

Il fut construit entre 1666 et 1701, pendant que Nicolas Dubourg était curé de Bouillancourt-sous-Miannay et de Moyenneville (1), ainsi que nous l’apprend d’une façon certaine un registre tenu par un de ses neveux et successeurs, l'abbé Robert Dubourg, et dont nous devons la communication à l’obligeance de M. l’abbé Fuiret, actuellement curé-doyen de Chaulnes. M. Prarond, d'après un document provenant probablement d'une source analogue, précise la date de la construction qu’il fixe à 16S9. L'abbé Nicolas Dubourg, fit preuve d’un grand zèle lors de cette construction puisque, dit-on, il apportait lui-même et de bien loin les pierres nécessaires pour les fondations.

La tour est carrée, haute d'environ 18 mètres, flanquée de huit contreforts et sans tourelle d'escalier : elle est divisée en trois parties par des cordons de pierres se rattachant aux larmiers des contreforts et percée, à sa partie supérieure, de quatre fenêtres en tiers point, dépourvues de tout remplage, et dont les jambages sont à nervures prismatiques; une balustrade de bon style flamboyant couronne la plate-forme. La porte d'entrée en plein cintre, dépourvue de tout caractère, est surmontée d’une pierre sculptée très fruste où l'on reconnaît encore les hermines des armes de la famille des Le Roy de Valanglart, seigneurs de Moyenneville depuis le début du xv" siècle.

La flèche est à peu près de même hauteur que la tour. C’est une pyramide octogonale dont chaque face est percée à sa partie inférieure d'une fenêtre rectangulaire à croisillon; ces fenêtres sont séparées les unes des autres par des piliers également rectangulaires, avec amortissements surmontés d’une corniche ou entablement qui fait tout le tour de la flèche : celle-ci s’élève ensuite d’un seul jet. Les arêtes ornées de nombreux crochets se réunissent au sommet dans une espèce de couronne formant dé et surmontée de la croix. A deux étages se trouvent sur chaque face des fenêtres d’importance différente.

(1) A cette époque et jusqu’à la Révolution, le siège de la cure était à Bouillancourt-sous-Miannay, maintenant simple hameau de la commune de Moyenneville dont l’église du chef-lieu actuel n'était que le secours.

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La nef grossièrement bâtie en galets jusqu’à trois mètres au-dessus du sol environ et terminée ensuite par quelques assises de pierres blanches, refaites du temps de l'abbé Dubourg, apparaît à l’extérieur comme sensiblement plus basse que le chœur. Elle est éclairée par cinq fenêtres, — trois à gauche et deux à droite, — d’importance et d’époque différentes et dont trois seulement, coupées par un seul meneau, datent de la construction primitive.

Celte nef est à l’intérieur fort belle et offre le principal intérêt de l’église de Moyenneville. Malgré son apparence extérieure, elle est de deux mètres au moins plus élevée que le chœur. La voûte en berceau repose dans toute sa longueur, — 14 mètres environ, — sur de magnifiques sablières en bois sculpté dont nous retrouverons d’autres spécimens dans différentes églises du canton, mais celles de Moyenneville se font remarquer par leur importance et leur belle conservation.

Elles se composent de trois corps mesurant ensemble 80 centimètres de hauteur en développement. Le premier, le moins important, est décoré d’animaux aux corps allongés à tête d'homme, ou de chiens réunis par leurs queues entrelacées et dont les gueules sont reliées par des tores ou des bâtons noueux. Le corps supérieur est un entrelac de feuilles de chêne et de glands. Mais la partie la plus considérable est le corps du milieu figurant des feuilles de vigne et des grappes de raisins au milieu desquelles picorent des oiseaux et où le sculpteur a semé différents autres sujets, tels que des coquillages, un enfant nu, une tête de fou sortant d’une espèce de coquille de limaçon, une figure de femme chaperonnée, une tête de guerrier coiffée d'un casque à ailettes vu de profil et une figure de juif ayant sur la tête un haut chapeau presque dépourvu de bords.

De chaque côté sortent des sablières quatre bouts de poutres ou blochets de 80 centimètres de hauteur également sculptés et représentant : à droite, un ange, saint Pierre, saint Jean et un ermite qui est peut-être saint Antoine quoiqu’il ne soit pas accompagné de son attribut classique; à gauche, encore un ange, saint Paul, saint Sanson, patron de la paroisse et saint Jacques le Majeur.

La voûte recouverte de placage est divisée en quarante-huit grands caissons formés par des tringles sculptées, d’environ iS centimètres de largeur, sur lesquelles on a figuré des ceps de vigne et des grappes de raisins. Du faitage en forme de tronc d’arbre entouré d’une bandelette en spirale, sortent six clefs pendantes représentant des anges portant les attributs de la Passion, les trois clous, le fouet et les verges, la couronne d’épines, la colonne; un autre est figuré en prière et le sixième soutient un écusson dont les armoiries sont complètement frustes.

Les trois entraits dépourvus de poinçons qui maintiennent l’écartement des sablières sont à peine décorés, mais l’un d’eux porte la précieuse inscription suivante :

en dan de SEAce mid vc eT XXX byt ce cobde sait.

C’est donc dans le premier tiers du xvts siècle que fut construit ce beau travail de charpente. Cette date concorde parfaitement avec les caractères architectoniques du chœur et du remplage de toutes les fenêtres et nous croyons pouvoir affirmer sans crainte que c’est bien à cette époque qu’il faut faire remonter la construction de tout l’édifice, abstraction faite bien entendu du clocher.

Le chœur, qui communique avec la nef par un arc triomphal en tiers point à peu près dépourvu de caractère, est bâti en pierres blanches et soutenu par des contreforts très simples que des réfections successives ont encore défigurés. Il se compose de trois travées droites et d’une travée de trois pans coupés qui le ferme.

lot

Il est éclairé par neuf grandes fenêtres à double meneau dont les fettiplages sont anciens à l’exception de ceux des fenêtres de la travée de clôture. On n'y remarque aucun reste de vitraux anciens.

Intérieurement, il est voûté en croisée d’ogive avec lierne, mais sans contre-liernes ni bercerons ce qui est assez rare à cette époque. A chaque intersection des arcs doubleaux et des arcs ogives sont des clefs pendantes peu importantes, d'un style lourd et cl une ornementation incertaine et sans art, dont une seule, représentant les armes des Le Roy de Valanglart, offre par cela même quelque intérêt.

Le style de ces clefs pendantes ferait croire qu’elles ont été sculptées postérieurement a la construction de l'église et lors de quelque restauration. Sur trois des contreforts du chœur, se trouvent les dates i G3i2, 1 68 1 , 1682. Il ne faut voir là que des dates de restauration, et ne pas croire que le chœur ait été élevé à une époque si postérieure a la construction de la net. En effet, le précieux registre de l’abbé Dubourg nous lait savoir qu en dehors de la construction du clocher, Nicolas Dubourg avait fait ajouter « deux piliers au chœur du côté de la place ». Il s'agit bien là des contreforts en question qui ont été vraisemblablement reconstruits à cette époque et nous pensons que c est lors de cette réparation qu’on a bien pu faire sculpter les clefs pendantes qui étaient restées jusque là simplement épannelées.

Le mobilier de l’église ne mérite guère qu'une simple mention. Toutes les boiseries sont modernes à l’exception d'une chaire du xvme siècle mal restaurée et de deux stalles en bois sculpté qui se trouvent à l’entrée du chœur. Au mur de gauche est accrochée une petite statue en pierre qui parait être du x\T siècle. Elle représente saint Quentin, assis sur une sorte de sellette dans les montants de laquelle ses mains sont entravées : le corps est percé de la lance qui servit au martyre.

Dans le cimetière se trouve une vieille croix en pierre du xvie siècle dont la dégradation augmente chaque année, lille repose sur un socle quadrangulaire qui se termine, au-dessus d'un larmier, par une plate forme circulaire : elle est percée dans sa partie inférieure d'une niche longue et étroite ornée dans le haut d'une ogive redentée et surmontée d un gable avec choux frisés, terminé en amortissement par une croix.

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