LA CHAPELLE DE BIEN FA Y
Bienfay est un hameau de la commune de Moyenneville. Il possède une chapelle assez intéressante dont on peut fixer d’une façon à peu près précise la date de construction. En ellet, dans le registre de l'abbé Dubourg, curé de Bouillancourt et de Moyenneville dont nous avons déjà parlé, nous voyons que deux de ses prédécesseurs, Jean Langlois et Pierre Vallet qui exercèrent leurs fonctions curiales entre 1 528 et 1 538, eurent à plaider contre Pierre Le Vasseur, seigneur de Bienfay, « au sujet de la construction de la chapelle de Bienfay ». C'est donc d'un édifice modeste, il est vrai, mais bâti en pleine époque du style ogival tertiaire, que nous avons à nous occuper.
La chapelle de Bienfay a été bâtie d'un seul jet en une belle maçonnerie de pierres blanches soigneusement exécutée, à l’exception du soubassement et de l'encadrement de la porte d'entrée qui sont en grès. Elle a la forme d'un quadrilatère mesurant à l'extérieur 10 mètres de longueur sur 6 mètres 5o centimètres de largeur.
La façade dépourvue de tout ornement n'est percée que d'une petite porte d’entrée en arc surbaissé avec gorge moulurée, au-dessus duquel court un larmier qui fait tout le tour de l'édifice et sert de base aux croisées latérales et à celles du çhevet.
Au-dessus de cette porte et sur les claveaux du cintre surbaissé sont trois écussons : celui du milieu porte d’argent à la bande d'azur, accompagné de six billettes de gueules, trois en chef et trois en pointe. Ce sont les armes des Le Vasseur, seigneurs de Sailly-le-Sec, Sailly-Bray et Bienfay. Les deux autres écussons, losangés et figurés en relief sur un écu de forme ordinaire, sont dans un état de vétusté tel qu'on ne peut y reconnaître que les memes armes des Le Vasseur sur l'un des partis. Au-dessus du pignon s'élevait il y a encore quelques années, un petit campenard aujourd'hui détruit et qui renfermait une cloche, conservée à la ferme voisine de la chapelle et portant l'inscription suivante : « J’ai été baptisée par Mr Delattre curé de Moyenneville et nommée Rosalie par Mr Louis Delcuse et Me lVPne Angélique Rosalie Olive. J’appartiens à M. O. Füis Delcuse ». Et au bas : « Par Foi? Cocu Picard, fondeur à Abbeville le 21 avril 1 S 1 5 ».
Chacun des deux côtés absolument pareils de la chapelle est soutenu par trois contreforts en partie détruits et percé de deux belles fenêtres en tiers point avec remplages flamboyants à double meneau bien intacts. Ces remplages sont différents pour les fenêtres d'un même côté et sont répétés sans changement à celles qui leur font face. Au mur antérieur, se trouve une grande croisée, aussi en tiers point, qui n’a jamais eu de remplage et a dû être bouchée dès l'époque de la construction de la chapelle. Les pierres qui la ferment sont en effet exactement de la même nature et de la même taille que celles de tout le pignon et les assises correspondent exactement.
Cette chapelle était voûtée en berceau; la voûte enlevée laisse voir une belle charpente soutenue par deux entraits. Sur la poutre du faîtage, sont deux figures grimaçantes et les armes des Le Vasseur, encore répétées sur les sablières décorées simplement d'un ornement en forme d'oves et de très légère saillie. On y voit six beaux blochets remarquablement sculptés, figurant des têtes d'hommes et de femmes et qui pourraient bien être des portraits : l'une des têtes de femme dont la coiffure rappelle celle d'Anne de Bretagne, est particulièrement intéressante.
Au-dessus de l'autel était un retable disparu depuis longtemps et encastré dans un ornement mouluré rectangulaire dont une partie est en arc surbaissé. Le rebord intérieur figure un bâton noueux et dans la gorge qui lui fait suite se trouvent quatre anges aux ailes relevées et à longues robes, puis les instruments de la Passion, la colonne et la lance, les clous, le marteau et les dés. De chaque côté subsistent les restes de deux statues en pierre reposant sur des socles artistement fouillés, ornés de feuilles de chardons et sur lesquels on retrouve encore les armoiries des Le Vasseur. L'une de ces statues représente une sainte; celle de droite figure saint Nicolas, mais comme il n'y avait pas de place sur le socle pour y mettre les trois enfants, on en a ajouté un autre oblong et soutenu par deux culs de lampe ornés de raisins.
Ce petit édifice, qui est un bon spécimen de chapelle rurale du xvie siècle, ne sert plus au culte depuis longtemps. Il y a une trentaine d'années, il était couvert en chaume. Il a maintenant un toit en ardoises et le propriétaire actuel le conserve en bon état.
CHEPY
L’église de Chepy entièrement construite en briques avec encadrement pierres blanches aux fenêtres, offre cette particularité qu'elle est bâtie dans orientation différente de celle du clocher et qui n'est guère moindre de 2 5 degrés à gauche. Le clocher lui-même flanqué à gauche d'une tour ronde en briques est barlong et mesure, y compris la largeur des contreforts, 8 mètres 3o centimètres sur une épaisseur de 4 mètres 80 centimètres seulement.
La nef est éclairée par six fenêtres en plein cintre, trois de chaque côté : les ébrasements sont remplis par des faisceaux de colonnettesà nervures prismatiques et les meneaux très simples avec un trumeau central aussi prismatique rappellent ceux de la Renaissance. Dans la partie supérieure de
deux de ces fenêtres sont quelques restes de bons vitraux où on voit un dais, draperies, la Résurrection, Jésus descendu de la croix.
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Le rétable d'autel provenant, paraît-il, de l'église Saint-Georges d'Abbeville est de style Louis XIV. Une grande niche entourée d'un cadre sculpté, arrondi dans le haut y est accostée de deux colonnes à chapiteaux corinthiens, une de chaque côté, qui supportent un entablement presque dénué d'ornementation.
Les fonts baptismaux, hauts d'un mètre, sont fort élégants. La cuve en pierre sur socle carré est ronde dans le bas et devient octogonale à mi-hauteur. Sur chacun des huit côtés, mesurant environ 25 centimètres, est une ornementation en remplage
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d autres fenêtres, mais dont presque tous les sujets se rapportent à la vie de la Sainte Vierge. Chacune des formes contient trois sujets superposés.
Celle du milieu représente, à partir d’en bas, d’abord le donateur et sa femme, tous deux à genoux, le mari en premier devant un prie-Dieu, ne portant aucun écusson, date ou inscription; derrière eux est une riche tenture rouge bordée d’or. Au-dessus, Jessé est couché sur son lit ; de sa poitrine sort l'arbre qui est arrêté au-dessus du premier roi figuré dans les branches; à la partie supérieure est une collection de fragments où l'on retrouve de nombreux personnages provenant les uns de 1 arbre de Jessé, les autres d'autres vitraux : rois, guerriers, etc., et généralement d une exécution très soignée.
Dans la forme de droite sont figurés en partant d'en bas, la Présentation de la Vierge au Temple, le Mariage de la Vierge et l’Annonciation où fange est représenté assis devant Marie à laquelle il tend une banderolle avec l'inscription ave maria gratta plena. Les faits de la vie de la Vierge se continuent dans la troisième forme où se trouvent encore trois sujets : la Visitation, l’Ange ordonnant la fuite à Joseph (ce tableau est neuf), — on aperçoit par une porte entr’ouverte la pièce du fond dans laquelle Marie est couchée, — et enfin la Fuite en Égypte. Dans les trois grands compartiments du haut de cette fenêtre à remplage Renaissance, on voit au milieu la Vierge assise sur une fleur épanouie et entourée d'une branche flexible fleurie de lys et de liserons et sur les côtés deux anges en prière.
Au-dessous de cet intéressant vitrail est encastrée dans la muraille une pierre bleue portant au-dessous d'armoiries, l'inscription suivante :
CY GIST MARIE MARGUERITE DE MONTMIGNON DAME DE WARFUSÉ ÉPOUSE DE ROBERT WULFRAN SANSON ECU IER SEIGNEUR D'HERCOURT, LEMOKCHEL ET AUTRES LIEUX ANCIEN MAIEUR COMMANDANT POUR LE ROY A ABBEVILLE LAQUELLE EST DECEDEE LE 3o OCTOBRE I 762 ET INHUMÉE EN LA PAROISSE D'HERCOURT LE 2 NOVEMBRE I 762.
Au-dessous, une tête de mort et une banderolle avec :