BOU VA IN COU RT
L église de Bouvaincourt a échappé en 1869 à une réparation qui lui aurait enlevé tout son caractère. Plans et devis dorment aujourd'hui dans les archives de la fabrique pour n’en jamais sortir, espérons-le. Dans cet intéressant édifice, en forme de croix latine et qui comprend une nef flanquée de collatéraux, un transept, un chœur et un clocher à 1 entrée de la nef et dans son axe, nous relevons des restes importants des xii', xm" et xv" siècles.
Des grandes arcades en tiers point, dont trois cavets constituent le profil, divisent la nef en quatre travées. Les piliers monocylindriques se raccordent à des bases octogonales par un groupe de trois moulures : deux tores et un talon renversé ; les bases reposent sur des socles carrés. De petites consoles renversées ménagent le passage entre les socles et les bases. Les chapiteaux très réduits sont meublés de frises de feuillages ou de cordelières. Les tailloirs octogonaux se composent de deux méplats séparés par une gorge. Cette nef couverte d’un lambris appartient au xv' siècle. Les collatéraux sont voûtés par des demi berceaux en charpente ; celui du Nord conserve quelques blochets, les uns ornés de petits anges, un autre décoré d’une tête barbue. Dans ce même bas côté, un bandeau larmier passe sous l’appui des fenêtres depuis le mur occidental jusqu à la porte latérale. Un banc de pierre s’appuie contre le mur, au-dessous du bandeau.
Les deux bras du transept dépassent légèrement le mur de fond des bas côtés. Ils appartiennent en partie à la seconde moitié du xm' siècle ou au xiv” siècle comme le prouvent les moulurations des fenêtres des deux mu-rs pignons, ainsi que le style d’une charmante tête formant cul de lampe dans le croisillon Nord ; toutefois, dans le mur oriental du croisillon Sud, contemporain du chœur s’ouvrait une fenêtre en tiers point très haute et très étroite, bouchée lors de la construction de la sacristie.
Le chœur séparé de la nef par un grand arc en tiers point fut bâti pour recevoir une voûte. Il compte deux travées et se termine par un chevet à trois pans égaux. Les demi colonnes appliquées contre les murs et destinées à recueillir les nervures de la voûte possèdent encore leurs chapiteaux à crochets surmontés d'un tailloir circu- Iaiie, et sous 1 enduit on semble distinguer la trace des formerets. Les fenêtres en tiers point et très ébrasées se font remarquer par leur étroitesse et leur hauteur, sauf les fenêtres des deux pans du chevet, élargies à une époque moderne.
Le clocher non voûté forme porche. L’épaisseur de ses murs a dispensé le constructeur de l’épauler par des contreforts. Deux portes en tiers point aux piédroits et à l’archivolte de grès s’ouvrent vis-à-vis l’une de l’autre au Nord et au Sud, dis-
(il Harcelaine, commune de Maisnières ; Monthiêres, commune de Bettencourt; Oisemont, chet-1. de cant. arrondissement d’Amiens ; Villeroy, cant. d’Oisemont.
(2) Je ne veux pas quitter l’abbaye dé Séry sans remercier son très aimable propriétaire, M. Houdant qui a bien voulu me guider dans mes recherches. ’ H
position qu’on trouve plus tard à AUery. 11 fut appliqué après coup contre la façade dans la première moitié du xur siècle, et remonte à la même époque que le chœur. D’étroites fenêtres en tiers point, presque des meurtrières, en éclairent les étages inférieurs. Quant à l’étage des cloches, ses fenêtres étaient divisées par un meneau. Les deux formes dessinaient un trilobé, et un triangle curviligne s'ouvrait dans le tympan, une seule des fenêtres a conservé en partie cette ancienne disposition. Une corniche affectant le profil d’un crénelage renversé court au-dessous d’un toit en batière.
Bouvaincourt. — Plan de l’église.
Un escalier relié à la nef par une demi tourelle circulaire et pratiqué dans l’épaisseur des murs monte au premier étage du clocher. Il comprend plusieurs rampes droites couvertes par une série de petits arcs en plein cintre qui correspondent à chacune des marches.
La façade, la partie la plus ancienne du monument, remonte au xn" siècle, Sa porte en plein cintre est enveloppée d’une quadruple archivolte. Chacune des archivoltes intérieures se compose du même corps de moulures : un méplat, un talon, un tore et un cavet, mouluration qui se poursuit le long des piédroits. Quant à l’archivolte extérieure, elle fait saillie sur cet ensemble et comprend un méplat et un cavet rehaussé de boutons de fleurs.
Avant la construction du clocher, une rose de im3o de diamètre éclairait le pignon de la nef. L’architecte du xiu* siècle en conserva la décoration extérieure : une première moulure formée d'un quart de rond et d’un cavet se détache en saillie autour d’un méplat et d’un tore entre deux cavets.
Au xn ie siècle on suréleva le pignon de l’église et on construisit au-dessus de l’oculus un grand arc de décharge en tiers point.
Une porte en anse de panier pratiquée au-dessous d’une fenêtre donne accès dans le bas côté Nord. Des moulures prismatiques séparent deux gorges profondes ornées de rinceaux de feuillages.
Deux fenêtres seulement du collatéral Nord, dont on a baissé les appuis à une époque moderne, accusent par leurs moulures prismatiques et leurs cavets le xve siècle. De lourdes archivoltes avec retours horizontaux et des pignons aigus le couronnent.
Les deux fenêtres en tiers point qui s’ouvrent dans l’axe des croisillons sont entourées par un tore continu et une gorge à bec. La présence de cette dernière moulure qu’on rencontre au xme siècle à Gassicourt, â Taverny et dans notre département à Villers-sur- Authie et à l’une des petites portes latérales de la cathédrale d’Amiens, permet de dater cette partie du monument de la deuxième moitié du xme siècle, plutôt que du xiv° siècle.
Contre le chœur, dont toute la base est en silex, s’appuient six contreforts amortis en talus. Nous avons vu que les fenêtres du chœur, du moins celles qui ne furent pas remaniées, se distinguent par leur longueur et leur étroitesse ; ajoutons que leurs arêtes, à l’extérieur comme à l’intérieur, sont dépourvues de toute moulure. Aucune baie n'ajoure la deuxième travée-
Les fonts se composent d’une cuve cylindrique en grès, taillée dans le même bloc de pierre qu’un socle très bas également circulaire, auxquels ils se relient par un biseau. Ils appartiennent à une date fort difficile à déterminer.
Bouvaincourt. — Fonts baptismaux.
BUIGNY-LÈS-GAMACHES