‹ La Picardie historique et monumentale (volume 2)Chapitre 8 sur 63 · SAINT-ETIENNE DE BOUTTENCOURT · texte numérisé non relu

SAINT-ETIENNE DE BOUTTENCOURT

Si vous descendez la charmante vallée de la Bresle par la route picarde, à peine Blangy dépassé, vous apercevez sur votre gauche une grande église blanche loin de toute habitation et comme perdue au milieu de la plaine, c’est saint Etienne de Bouttencourt.

Le village de Bouttencourt n'est qu’un faubourg de Blangy qui a différentes reprises, mais toujours sans succès, chercha à l’absorber. Sur son territoire s'élevaient la célèbre abbaye de Séry de l’ordre de Prémontré, un hôpital fondé par Guillaume de Cayeu sous l'invocation de saint Jean-Baptiste, une maladrerie placée sous le vocable de saint Barthélémy, enfin un couvent de Cordeliers fondé par Jean de Mailly en 149g. L’abbaye de Séry seule n’a pas entièrement disparu.

L'église saint Etienne, dont une charte de Thibaut, évêque d'Amiens, fait déjà mention en 1 1 85 était l’un des bénéfices de l’abbaye de Séry. Le curé vivait en communauté dans l’abbaye.

En 1743, les habitants de Bouttencourt et d’Ansenne faisaient citer les religieux de Séry en qualité de gros décimateurs de la paroisse par devant le lieutenant au bailliage d’Amiens, pour les faire condamner à reconstruire le chœur, la chapelle et le clocher de l’église saint Etienne qui se trouvaient en mauvais état La nef compro-

fn Pour : d’azur au chevron d’or accompagné en chef de deux étoiles (alias : deux molettes) de même et en pointe d’une rose aussi d’or.

Bouttencourt. — Plan de l’église.

Exactement orientée, entièrement construite en moellon blanc, l’église saint Etienne comprend une nef avec bas côtés, un transept, un chœur à chevet rectangulaire et un clocher.

La nef compte quatre travées Les grandes arcades en tiers point montrent sur chacune de leurs arêtes trois cavets. Elles reposent sur des piliers monocylindriques établis sur des bases octogonales. Des gorges entre deux tores ménagent le passage de l'octogone au cylindre. Des demi colonnes appliquées contre les revers de la façade et contre les piliers du transept réçoivent les retombées des grandes arcades extrêmes. Sur le chapiteau — véritable frise — qui surmonte chacun des piliers se détachent des palmettes d’acanthe ou de bâtons écotés enroulés de rubans. Les tailloirs se profilent en une gorge .entre deux boudins. Une corniche ornée d’un ruban autour d’un bâton écoté court immédiatement au-dessus des grandes arcades du Nord. Au Midi au contraire, la corniche offre la même décoration, mais celle-ci placée beaucoup plus haut atteint la sablière. Cette différence s’explique par un repentir de

(i) Histoire ou recueil des choses les plus remarquables de ceste abbaïe de Séry, recueillies des tiltres, chartes et papiers, par frère Hyacinthe Sauvage, souprieur de Séry, ez années 1675 et 1676. Bibl Nlc ms. fr. 88 r2, page 423. Le manuscrit contient en marge des notes du xviii* siècle.

nr'

l'architecte qui en commençant la construction par le côté Nord avait prévu une net moins élevée. La nef malgré sa grande hauteur ne reçut jamais aucun jour direct.

La voûte qui décrit un tracé en tiers point se compose de caissons séparés par des baguettes de bois moulurées. Les sablières sur denx rangs oftreni une riche décoration. Des médaillons ornés de têtes et des animaux fantastiques rehaussent des rinceaux de feuillages. Elles sont les plus belles du canton de Gamaches et comptent parmi les plus riches de tout le Vimeu. Seize blochets complètent l'ornementation de cette voûte. On y distingue : saint Pierre, sçiint Paul, saint Jean, saint Thomas, saint Nicolas, deux fois répété, saint Christophe, une sainte avec une palme à la main, un saint vêtu du costume monastique.

Les deux collatéraux appartiennent comme la nef au xve siècle, à l'exception

du mur du bas côté Sud

entièrement refait à une

époque moderne. Des voûtes de charpente en demi berceau les couvrent.

Les fenêtres du collatéral Nord, fortement ébrasées décrivent un arc surbaissé.

Les quatre piliers du carré du transept remontent au xmc siècle. Ils conservent les demi colonnes adossées à un pilastre et les colonnettes d’angle qui recevaient les retombées des doubleaux,

sauf à l'entrée du chœur. Demi colonnes et colonnettes ont encore leurs chapiteaux à crochets et leurs tailloirs carrés, mais un seul des doubleaux primitifs, celui qui termine la nef, subsiste. 11 se compose d’une archivolte en tiers point et doublée; chacune de ses arêtes est refouillée par un tore. Au Nord et au Midi, entre le carré et les croisillons, deux grandes arcades à cavets, du xve siècle, remplacent les doubleaux primitifs. Une poutre de gloire terminée aux deux bouts par des gueules de monstre

de l’agneau crucifère et deux autres écussons aux attributs de la Passion en meublent la face occidentale, mais le Christ primitif qui la surmontait a malheureusement disparu. Le Christ qui le remplace est d'une trop petite échelle ainsi que les deux statues qui l'accompagnent.

Les deux bras du transept communiquent avec les collatéraux par des arcs en tiers point, aucune moulure n'allège l'arc du Nord, tandis que des cavets ornent les arêtes de celui du Midi. Celui-là remonte au xive siècle comme le croisillon qu'il précède, celui-ci au xv° siècle, comme le croisillon méridional. Le transept septentrional sert de souche au clocher. Une fenêtre à l'archivolte torique et aux piédroits ornés de colonnettes l'éclaire au Nord. Aucun escalier ne donne .accès à l'étage des cloches. C’est par une grande échelle et une trappe ouverte dans le plafond qu’on y parvient.

Le transept méridional ne présente également qu'une seule baie dans son axe. Celle-ci, par son style, par ses moulures prismatiques, décèle le xvc siècle. Une

arcade en tiers point et doublée faisait communiquer ce bras de transept à une chapelle orientée. Aujourd'hui séparée de l’église par une mince cloison, cette chapelle sert de sacristie. Elle appartient au xv° siècle, comme l’atteste le style d’une petite piscine à l’arc trilobé, creusée dans le mur. Elle communiquait avec le chœur par un arc en tiers point doublé et aux arêtes toriques, dont la cloison qui ferme la sacristie a fort heureusement sauvegardé les anciennes dispositions. Les six colonnettes et les chapiteaux à crochets qui recueillent les retombées de l’arc furent conservés. L’église primitive possédait peut-être deux chapelles symétriques, à droite et à gauche du chœur, comme dans un si grand nombre d’églises du xm° siècle. Des fouilles pratiquées dans le cimetière au Nord fourniraient à ce sujet une précieuse indication. Quoiqu’il en soit, le reste du chœur appartient à une date plus récente. Ses murs latéraux furent élevésà lafin duxine siècle ou au commencement du xive ; comme le prouve le style des petits chapiteaux à feuillages qui recueillent les archivoltes toriques des fenêtres. Quant au mur de fond, éclairé par une grande fenêtre dont le r e m p 1 a g e à d e u x f o r m e s e s t moderne, il fut remonté au xve siècle. En effet, à l’extérieur, les moulures prismatiques qui ornent les piédroits de la fenêtre et l’archivolte à retours horizontaux qui couronne celle-ci accusent par leurs profils la dernière période de l’école gothique, Toutefois, les deux colonnettes avec leurs chapiteaux, qui garnissent à l’intérieur les piédroits de la fenêtre, appartiennent à la fin du xme siècle ou au xive et furent réemployés.

La voûte du chœur plus basse que celle de la nef appartient à la même date : le xv° siècle. De nombreux blochets représentant des saints avec leurs attributs s’espacent de distance en distance. Les sablières, d'une sculpture moins méplate qu’à la nef, offrent une moins grande variété; elles se composent simplement de rinceaux ^de feuillages.

L’extérieur du monument ne comporte pas une longue étude. Une porte en anse de panier s’ouvre dans la façade occidentale entre deux contreforts. Elle est enveloppée de moulures prismatiques entre des gorges profondes Son archivolte d’encadrement rejoint à hauteur d’imposte le bandeau qui forme ceinture autour de l’édifice, soulignant les fenêtres et contournant les contreforts. Une grande fenêtre en tiers point garnie d’un remplage moderne sans caractère surmonte la porte d’entrée. L’archivolte qui la couronne, par une recherche peu commune, dessine une sorte de crenelage. On la voit se retourner horizontalement à hauteur d’imposte pour se relever ensuite à angle droit et se terminer enfin par un bandeau horizontal. Un gable en contre courbe, rehaussé de crochets s’appuie sur l’extrados de l’archivolte.

Les trois fenêtrès qui éclairent le bas côté septentrional, ouvertes dans des pignons, dessinent un petit trilobé sous un arc en accolade.

Le clocher est une massive tour qui manque d’élévation et dont la haute toiture d’ardoise en forme d’éteignoir est loin de corriger la lourdeur extrême.

Le chœur montre encore quelques vestiges d'une jolie corniche ornée de palmettes.

Les fonts baptismaux, bien difficiles à dater en l'absence de toute sculpture el même de toute moulure, se composent d’une cuve assise sur une courte colonne cylindrique. La cuve cylindrique en dessous passe à la forme carrée.

Un beau Christ en bois de 0,43 de hauteur est conservé dans la sacristie.

En 1 858, quand Darsy écrivait son histoire du canton de Gamaches, on voyait encore dans le bas côté Nord un puits, dont l’eau passait pour guérir des accès de fièvre. De nombreux pèlerins venaient y puiser le jour de la fête de saint Etienne.

ABBAYE DE SERY Commune de Bouttencourt

L’abbaye de Séry, de l’ordre de Prémontré, n'était à l’origine qu’un simple prieuré. Fondée en 1127 sur les hauteurs, dans les bois de Bouillancourt, elle descendit une cinquantaine d'années plus tard (en 1 1 85), dans la vallée (1). Quelques centaines de mètres seulement la séparent de l'église saint Etienne. De charmantes prairies l’entouraient, les eaux de la Bresle en battaient les murs, car c’est au passé qu'il vaut mieux parler. Aucun élément ne permet de reconstituer le plan de l’église, il ne reste rien des primitives constructions, et le grand corps de logis qui contient une partie des cloîtres et qui date du xviiF siècle est loin de compenser la disparition d’une église, où la sœur d’un roi de France, Marie-Catherine de Valois, sœur de Philippe IV, avait reçu la sépulture (2) et dont deux magnifiques chapiteaux du xmc siècle nous révèlent la splendeur. Ces chapiteaux sur la corbeille desquels se détachent de grands crochets ou des palmettes d’une sculpture très simple, mais large, couronnaient sans doute les piliers du tour du chœur. Un fragment de meneau de la fin du xme siècle ou du xivc siècle conserve sa feuillure, ses deux colonnettes et ses deux chapiteaux à feuillages, et sans avoir autant de style est un bon morceau.

La charpente qui couvre les bâtiments actuels est l’ancienne charpente de l’église abbatiale, dont elle nous permet d’apprécier la largèur et la longueur. Elle rappelle par ses dispositions celle de l'église saint Etienne et appartient à la même époque, au xv1 siècle. Toutefois les sablières qui montrent encore quelques blochets figurant des anges, offrent une décoration beaucoup moins riche.

De ces magnifiques abbayes, filles de saint Norbert, qui au moyen âge faisaient la parure de l’ancien diocèse d’Amiens : Saint-Josse-au-Bois, Saint-Jean-d'Amiens, Selincourt, Saint-André-au-Bois, Dommartin, Séry, rien ne demeure que des ruines.

Plusieurs églises de la région ont recueilli des épaves de l'abbaye de Séry : Harcelaine, un rétable du XVIIIe siècle; Monthières, un devant d’autel représentant en

(il F. I. Darsy. Bénéfices de l'église d'Amiens , Amiens 1871, 2 volumes in-40, Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, documents inédits, t. II, p. 94.

(2) E. Pkarond. Histoire de cinq villes et de trois cents villages, 30 partie, Saint-Valéry et voisins, 18(13, P- 281.

les cantons

demi relief Jésus tombant sous la croix, de la même époque ; Oisemont et Villeroy(i), deux magnifiques confessionnaux en chêne, également du xvm" siècle (2).

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