Aspect Général
Les dates de 1 488 et de 1 53g qui sont celles des premiers et des derniers travaux de l’église de St-Vulfran pour le portail, les tours, la nef et ses collatéraux, ainsi que les chapelles de côté, sont par elles-mêmes une première révélation du style suivi dans la construction de la partie principale de l'édifice, en dehors du chœur qui n’a été élevé que plus tard, vers le milieu du xvn" siècle et avec une architecture toute différente et bien inférieure.
On est arrivé à la fin de la dernière période du style gothique et à l’avènement de celui de la Renaissance ; tout l’indique à St-Vulfran où se déploie, surtout au portail, un ensemble architectural d’une grande richesse d’ornementation. Les élancements des grands frontons ou gables à pointe aigüe, qui surmontent les trois
arcades aux profondes voussures, très ornementées, des portes; les délicates moulures prismatiques, entre lesquelles passent des entrelacs évidés d une grande délicatesse, qu’on remarque sur les côtés, aux archivoltes et dans les voussures des portes ; les petites et légères arcatures pannelées qui, presque partout, tapissent les parois des murs; les découpures à jour des balustrades des trois galeries superposées; les nombreuses et magistrales statues qui décorent la partie inférieure des contreforts de la façade, sans oublier celles qui, avec d'autres sujets, garnissent les voussures ; le sommet du pignon central avec ses clochetons qui se découpent sur le ciel; les hautes et élégantes fenêtres étroites, géminées, qui atténuent la lourdeur massive des deux grosses tours quadrangulaires ; la grande baie du milieu avec sa splendide et luxuriante rosace ; le tout, encadré et rehaussé de nombreux détails de sculpture ornementale, forme un ensemble de belles proportions, d’une grande richesse au point de vue décoratif, et d'une unité de conception peu commune.
Ce portail de St-Yulfran a fait, du reste, l'admiration de bien des touristes ; « on se croit transporté, a dit M. Garnier, au Château de Gaillon, bâti vers idoo par le Cardinal d’Amboise ». C’est, a écrit Victor Hugo dans ses œuvres inédites. Voyage en France et en Belgique , 1 835, « un fouillis de merveilleux détails ». Dans son étude, de X élégie en France avant le Romantisme, qui a valu à son auteur le grade de docteur ès-lettres, notre confrère artésien, M. Henri Potez, parlant de Millevoye, né presque en face de St-Vulfran, s'extasie devant « la masse énorme de pierre ciselée qui se dresse, véritable folie architecturale, où de merveilleuses découpures unissent presque les deux tours jusqu'à leur sommet.... première vision qui a rempli les yeux du poète enfant, ascension gigantesque de pierres vivantes et fleuries qu'emplissent les cris des oiseaux et le chant des* cloches ». Enfin, Mr Paul Bergmans, de Gand, dans une récente relation de voyage, considère cette façade comme admirable et comme « l’un des plus remarquables spécimens du gothique flamboyant, constituant dans toutes ses parties une caractéristique et inoubliable manifestation du génie puissant, de l’inépuisable imagination des maîtres du gothique fleuri ».
On ne retrouve plus à l’intérieur du monument la même richesse et la même profusion de motifs de décoration qu'au portail, mais on est frappé de la hauteur prodigieuse de la nef, eu égard surtout à sa largeur un peu restreinte, et aux dimensions également réduites, comme élévation, des deux collatéraux. On admire la sveltesse des piliers dont les découpures prismatiques, d'une rare élégance, arrivent, en s'élevant progressivement, à former les arceaux des grands arcs
formerets, puis les nervures des voûtes des bas-côtés et enfin celles de la voûte centrale ; on admire aussi le grand et large triforium qui règne contre les grands murs de la nef dans l'intervalle entre les formerets et les hautes fenêtres, le
gracieux arc triomphal récemment élevé à la première travée pour consolider les
tours et les piliers d'entrée, enfin la belle disposition et les nombreux sujets décoratifs des six chapelles latérales. Tout vient imprimer à cet édifice, mais surtout au portail, un caractère d’élégance et de hardiesse qu'on ne rencontre pas dans les périodes antérieures.
Cette église, malheureusement, est restée inachevée ; on s’est arrêté, par
insuffisance de fonds, au premier mur du transept. Mais on peut s’imaginer le merveilleux aspect qu'aurait présenté le monument s'il avait été construit en entier selon le plan primitif d'ensemble, avec un transept flanqué de quatre tourelles d'angle, puis un chœur de même proportions et également entouré de chapelles. On a pu s'en rendre compte par les plans complets qu’en a dressé M. Vinson,
architecte, inspecteur des monuments historiques, et qui ont figuré à l’Exposition d'œuvres d’art et de curiosités à Abbeville, en 1897.
Toutefois, telle que nous la voyons, et bien que non terminée, l’église St-Vulfran, surtout à cause de sa façade, est encore, ainsi que l’écrivait M. Garnier en 1 83g, et que d'autres l’on dit après lui, « l’un des monuments les plus remarquables de la fin du style ogival de la dernière période ». Le portail, a dit à son tour M. Viollet-Leduc « est d’une grande valeur comme œuvre d’art du xvie siècle, et le plus bel ornement de la ville d’Abbeville ».
Son emplacement, au centre de la partie la plus ancienne de la ville, devant une assez grande étendue libre (la place du marché aux Herbes), au fond de laquelle s éleve le charmant hôtel Bail du xvn” siècle, permet d'embrasser d’un seul coup d’œil et à bonne distance son importante et riche façade orientée au Nord-Ouest ; on la voit aussi, un peu obliquement, mais d’une manière non moins favorable, en se plaçant au point voulu, sur l’ancien port du Guindal, aujourd’hui comblé, si pittoresque avec sa rangée d’anciennes maisons à pignons. On peut enfin l’admirer, dans son ensemble et par le travers de la rue Alfred Cendré (auparavant rue des Lingers), à la hauteur de la rue de l’Hôtel-de-Ville.
Les abords de l’église étaient autrefois obstrués par un pâté de maisons se trouvant presque en face du Guindal et par d’autres plus petites qui l’enserraient sur les côtés; toutes ont disparu. D’anciennes vues de la ville, conservées notamment dans la belle collection de M. Henri Macqueron, en ont gardé le souvenir. L’édifice est maintenant bien dégagé, surtout du côté Nord-Est, depuis le comblement du canal Marchand qui baignait le mur, et par suite de l'élargissement de l’Avenue du Rivage.
IL — Indications Historiques
Les fondations de St-Vulfran remontent au cours de l’année 1487 ; d’après le P. Ignace, la pose solennelle de la première pierre fut faite le 7 Juin 1488 par Postel, maïeur, au nom du roi Charles VIII, comte de Ponthieu, et au nom de la ville, comme aussi par le Doyen du Chapitre des Chanoines. La construction se fit d’abord sous l’épiscopat de Pierre Versé, évêque d’Amiens (1483-1 5oi), puis sous ceux de Philippe de Clèves, de François de Halluin et de Charles Hémart de Dénonville (1).
On ne connaît pas malheureusement les noms de l’Architecte ou des Architectes, ni des sculpteurs de cette église ; ils devaient sans doute être mentionnés dans quelques pièces des archives du district d’Abbeville à l’Hôtel de la Gruthuse qui était le siège du Présidial, mais l’incendie de cet hôtel, dans la nuit du 4 au 5 janvier 1795, a détruit une masse de documents dont la perte est irréparable. Ces noms cependant pourront se retrouver un jour, car, si l’on en croit Gilbert qui parait avoir reproduit une note de M. Delignières de Bommy, on aurait encastré, lors de la construction, au centre de la première assise du pilier qui soutient le
(1) Les travaux pour la partie principale furent terminés, nous l’avons dit, en 1539, mais, dès 1534, le service divin y fut célébré, ainsi qu’on peut le croire d’après un manuscrit de la Bibliothèque d’Abbeville où M. René Crusel a relevé cette note : « 9 mars 1534, résolution de mettre au plus tôt la nef en état pour y célébrer le service divin ».
D’autre part, une note de Dom Grenier nous dit : <r le jour de la Toussaint, en l’an 1524, fut, en l’église, dite la première messe qu’y jamais y fut ditte depuis quelle fût réédifiée et fut chantée en la Chapelle de St-Yves (?; ».
grand portail à droite en entrant, une boîte contenant des plaques indicatrices ; et l’auteur précise et parle même du plan de l'édifice qui s y trouverait (i).
Nous savons toutefois, d’apres une délibération du Chapitre des Chanoines, du 4 avril i5!3o, que l’entrepreneur pour la maçonnerie était un nommé Crelel, maître maçon à Tours en Yimeu qui » avait été commis par les gens du roi pour
conduire l'œuvre de l’église ». Ce nom a été retrouvé aussi par notre collègue
M. Crusel en compulsant d’autres registres des Archives.
D'autre part, Mgr Dehaisnes a relevé les noms de quelques sculpteurs imagiers
qui ont travaillé au portail : Jean Lefebvre, dit / entaillent' , né à Bellifontaine, en
Vimeu, Pierre Lefebvre, Pierre Lheureux et son fils Jean. Enfin, M. Ernest Prarond, dans ses Quelques faits de l’histoire d’Abbeville , nous apprend que le blason de la ville, mis au portail en i5oq, a été peint par Jean Ricquier. Nous devons nous borner, quant à présent, à ces seules indications.
L’église fut bâtie aux frais de la ville et des habitants ; cela résulte d’extraits de comptes des argentiers relevés par M. Ernest Prarond et aussi par M. Alcius Ledieu ; ils mentionnent que de grands dons furent faits le 7 Juin 1 488, « jour oû l’on commença la fondation des clocquiers, devanture et portaux, par les lieutenants, le sénéchal et les officiers du roi, les maïeur et eschevins et grand nombre de notables gens et habitants de cette ville ». Des processions eurent lieu les jours suivants, ajoute M. Prarond, sans doute pour provoquer de nouvelles libéralités; M. Ledieu a relevé enfin sur le registre, des subventions accordées successivement dans le cours des années 148g, 1492, 1494, i5oi, t5o2 et Ô04.
Gilbert nous apiprend de son côté que Louis XII, en sa qualité de comte de Ponthieu, contribua aussi aux frais de construction et chargea son ministre, le cardinal d'Amboise, d’en surveiller l’exécution ; le portail du milieu aurait été dit particuliérement à la munificence du roi (2), ce que témoignaient les écussons armoriés sculptés au fronton et dont les emblèmes ont été grattés à la Révolution. Le portail latéral gauche fut construit aux frais du cardinal d’Amboise, à en juger également par les écussons; le même auteur nous cite encore le pape Léon X, l’archevêque de Reims, les abbés de Picardie et toutes les communautés religieuses, comme ayant concouru par leurs dons à l’édification de l’église. Les clefs de voûte de la nef centrale sont décorées des armes de Louis XII, d’Anne de Bretagne, de François I" et de son fils le Dauphin Henri ; ces armoiries témoignent encore des munificences royales. Le porche de droite aurait été fait aux frais particuliers de la Ville, ainsi que l'écusson à l'angle aigü du fronton, et où l’on reconnaît, dit Gilbert, quoique les armoiries aient été grattées, celles d’Abbeville. Enfin les statues nombreuses qui décorent le portail ont été données par les différentes paroisses de la ville et par les corporations, alors nombreuses et florissantes ; les emblèmes qui figurent aux socles de la plupart d’entre-elles ne laissent pas de doute sur leur provenance.
Il faut dire, pour expliquer toutes les munificences dont fut gratifiée l’église, que le saint auquel elle est consacrée est le patron de la ville entière et de l’ancien
(1) Un article du Memorial d'Abbeville du 8 mars 1828, non signé, fait connaître que dans le chœur (sans dire à quel endroit), fut également placée une plaque indicatrice en cuivre avec pièces d’or et d'argent, lors du commencement de sa construction en 1661.
(2) On sait que le mariage de Louis XII avec Marie d’Angleterre, fille de Henri VII et sœur du roi Henri VIII, se fit à Abbeville le 9 octobre 15x4. Louis XII était arrivé dans la ville le 2 octobre, et il fut conduit en procession à St-Vulfran, alors en construction. Il s’y rendit de nouveau le 4 octobre, et l’on chanta un Te Deum à l’occasion de la paix avec l'Angleterre ; enfin le 8, la jeune princesse y fut reçue en grande pompe. — Notice sur le mariage de Louis XII, par M. Alcius Ledieu, Mèm. de la Société d' Emulation, tome 17, 4me série, p. 32 et suiv.
comté de Ponthieu ; il y a toujours été l'objet d’une grande vénération, et ses reliques sont considérées comme le Palladium de la ville. Et puis, cet édifice est un des plus beaux, surtout pour le portail, et des plus intéressants de la Picardie; aussi, et chaque fois que des réparations y ont été nécessaires, on a toujours trouvé de tout temps, et dans ces dernières années encore, le concours le plus empressé et le plus généreux de la part des administrations et des habitants (i).
La construction de St-Vulfran remonte à une époque où la France se ressaisissait après les guerres désastreuses qui l’avaient bouleversée. Abbeville, notamment, avait été particulièrement éprouvée sous la domination Anglaise, aussi a-t-on appelé, de tradition, le monument Abbevillois, l'hymne de délivrance de la guerre de cent ans.
Saint Vulfran, qu’on écrivait naguère Wulfran et qu’on prononçait autrefois Oultran, n’était pas originaire de Picardie. D’après un manuscrit de 729 écrit par Jonas, moine de l'Abbaye de Saint-Vandrille en Normandie, relevé dans Mabillotte et dont une copie se trouve renfermée dans la chasse contenant ses reliques, St Vulfran naquit à Milly en Gâtinais, dans File de France. Il était issu d’une grande et noble famille de ce pays ; son père s’appelait Fulbert. Il fut élevé à la cour des rois Clotaire III et Thierry Ier; nommé, jeune encore, archevêque de Sens, il ne conserva pas longtemps cette haute dignité, et, en la quittant, il alla se recueillir pendant quelque temps dans la retraite et la prière au Monastère de Fontenelle en Normandie. Puis il partit par mer pour aller évangéliser la Frise où, d’après les Bollandistes, il fit de nombreux miracles en continuant l’œuvre de St-Villibrod premier apôtre des Frisons. De retour en France, St-Vulfran se retira à l’Abbaye de Fontenelle où il mourut le 20 mars 720. Son corps y fut retrouvé de 1009 à 1026 par l’abbé Gérard en creusant les cryptes d’une nouvelle église (voy. les reliques de Fontenelle par Armand Van Robais, 1889). En io58 ou 1060, ses reliques furent transportées à Abbeville par les soins de Guillaume de Talvas, comte de Ponthieu, ou plutôt, selon M. Van Robais, de Guy, son aïeul. Elles furent déposées d’abord dans une chapelle dédiée à St-Nicolas qui était alors le patron d’Abbeville, et aussi à St-Firmin, puis en 1 363 dans une église qui occupait la place du chœur ; elle fut remplacée plus tard par l’édifice actuel. Guillaume II avait fondé un collège de chanoines dont le nombre, fixé d’abord à onze, fut successivement porté à vingt-six par Jean Ier, puis, selon Gilbert, à trente-deux par Guillaume III, en 1205 ; mais, d’après M. Prarond, ce serait une erreur, il n'y en eût jamais que vingt-six. Ce collège subsista jusqu’en 1790 (2).
Les chanoines de St-Vulfran étaient nommés par le roi ; ils formaient un corps religieux prépondérant dans la cité et qui participait même, dans une certaine mesure, à la vie municipale ; ils figuraient dans les grandes cérémonies et avaient droit d’assister aux assemblées générales extraordinaires de l’Echevinage. Ils élisaient même chaque année parmi eux un maire qui, sous le nom de Prévôt , exerçait
(1) Louis XIII manifestait une dévotion particulière à St Vulfran et il a dû aussi faire des libéralités A l’église, notamment quand il vint à Abbeville consacrer la France à la Ste-Vierge, dans la chapelle des Minimes le 15 août 1637. Il y fit encore une visite en 1639 et il y aurait reçu dit-on, des mains de Mgr Faure, évêque d’Amiens, une relique de l’os du bras de St-Vulfran.
(2) Les comtes fondateurs s'intitulaient dès 1150 abbés de St-Vulfran et ce titre fut dévolu aux rois de France, lors de la réunion du comté de Ponthieu à la couronne. Un tableau conservé dans les archives de la Fabrique donne les noms des fondateurs depuis 1033, rois, reines, comtes et comtesses de Ponthieu, cardinaux et évêques, autres dignitaires ecclésiastiques, archidiacres d'Amiens et du Ponthieu ; puis vient la liste des doyens, chanoines, trésoriers, chantres et chapelains de St-Vulfran. M. Prarond a, de son côté, dressé une liste de ces derniers; elle doit être la plus complète.
l'autorité municipale pendant cinq jours à partir du surlendemain des fêtes de la Pentecôte. Le Chapitre de St-Vulfran avait ses armes portant : semé de France, à la croix patriarcale, tréflée d'or, accostée de deux lettres de même, S à dextre et W à senestre ; enfin il faisait frapper des mereaux en cuivre qu’on donnait dans certains cas à ceux qui assistaient aux offices ; il y en avait aussi en plomb pour les confréries (Van Robais, notes ci Archéologie 1877). Les chanoines étaient très fiers de leur Collégiale, et, en 1727, leur trésorier, Demiannay, écrivait à Dom Grenier une lettre reproduite in extenso dans son grand recueil tome 5q ( B i b 1 . Nat. Archives) ; il y priait le savant bénédictin de taire figurer cette église dans un grand ouvrage que celui-ci entreprenait sur les antiquités de la France ; les chanoines étaient prêts, ajoutait-il, à faire dessiner le portail par le même artiste qui avait fait celui de St-Riquier, estimant « qu'il était sans comparaison plus magnifique que celui de cette église ». Nous ne savons pas s’il a été donné suite à ce projet de publication par Dom Grenier. Il fut fortement question en 1773 de faire d'Abbeville un évêché, et de St-Vulfran une Cathédrale ; l’Evêché aurait embrassé toutes les dépendances de l’Archidiaconé de Ponthieu.
Il y avait à St-Vulfran, dès la fin du xve siècle, une confrérie de Notre-Dame du Puy de la Conception analogue à celles qui existaient à Amiens, à Rouen, à Arras, à Caen et ailleurs ; elle fut très florissante surtout au xvie et au xvne siècle et elle se continua, mais en perdant de plus en plus de son importance, jusque vers la fin du xviiic siècle. Les princes ou bâtonniers du Puy donnaient, lors de leur nomination, et à l’occasion des concours de poésie, des tableaux et autres œuvres d’art dont quelques-uns, trop rares hélas ! ont pu être conservés à l'église et au musée. Vers 1714, les tableaux de N.-D. du Puy remplissaient encore le bas de l'Eglise ; on les appelait alors des épitaphes.
Une seconde paroisse bien distincte existait dans la même église, c’était celle de Saint- Nicolas en Saint-W ulfran ; elle avait son autel particulier contre le dernier pilier de droite, (celui de N.-D. du Puy était à celui de gauche), et son cimetière du côté de l’Hôtel-Dieu.
Deux fêtes sont consacrées chaque année au Saint à qui l'église est dédiée ; l’une se célèbre en mai dans l'octave de l'Ascension ; on l'appelle la fête des reliques car elle est destinée à rappeler leur translation de Fontenelle à Abbeville. Elle coïncide avec l’anniversaire de l'ouverture de la première châsse, le 21 mai 1662, par Mgr François Faure, évêque d’Amiens ; cette châsse, détruite à la Révolution fut remplacée, en 1 835, par celle actuelle; elle est portée processionnellement, dans la fête d'été, autour de 1a- place principale de la ville appelée aujourd’hui du nom de 1 Amiral Courbet, le glorieux enfant d'Abbeville. L'autre fête, dite patronale, se célèbre, depuis 1 8 3 5 , du i5 au 22 octobre, et le buste reproduisant le Saint, plus un bras renfermant chacun des reliques, restent exposés dans l’église pendant ces journées.
Il existe plusieurs portraits de Saint Vulfran ; quatre d’entre eux, où il est mentionné comme patron d’Abbeville, ont été relevés par M. Henri Macqueron dans son important ouvrage Y Iconographie picarde , p. 545 ; un de ces portrait, superbe, a été gravé en i65o par Wisscher, d’après Southman, à Harlem.
Disons, pour terminer ce court aperçu, qu’en 1793 l'église devint le temple de la Vérité et de la Raison et que plusieurs fêtes républicaines y furent célébrées de 1793 à 1799. Elle servit, en 1797, de lieu de réunion pour les fêtes décadaires. Ce n'est qu'en i8o3 qu'elle fut rendue au culte, mais les chanoines n'y rentrèrent pas.