‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 2 sur 79 · III. — Mode de Construction. — Restaurations · texte numérisé non relu

III. — Mode de Construction. — Restaurations

L’endroit où devait être édifiée l’église, au fond d’une vallée, tout à côté d’un bras de la Somme, sur un sol marécageux et compressible dont la tourbe forme l’élément principal, nécessita l’établissement d’un pilotage dans des tranchées creusées à quatre mètres de profondeur. Les pieux, en chêne, de 2 m. à 2 m. 5o de long, ont été enfoncés assez près les uns des autres ; ils furent reliés à leur extrémité par un radier épais sur le quel on établit un massif énorme de béton, composé de morceaux de craie agglutinée et noyée dans un mortier résistant ; on a pu s’en rendre compte lors des grands travaux de consolidation commencés en 1 8g 5, en creusant des trous de sondage, dont l’un fut poussé à la tarière à quatorze mètres de profondeur, jusqu’à la partie solide du sous-sol. Puis s’élevèrent les murs, les contreforts et les piliers sur trois premières assises de grès, au-dessus desquelles on employa de la pierre dure jusqu’à la première galerie pour le portail et les murs latéraux, et jusqu’à la hauteur de 1 m. 25 environ pour les piliers ; on se servit ensuite, sans doute par mesure d’économie, de pierres de craie provenant des carrières voisines de Liercourt et de Pont-Remy, peut-être même de Caubert, qui, moins dures et plus légères, chargeaient moins les assises inférieures, mais ne présentaient pas une grande force de résistance. Malheureusement encore, ces pierres ne furent employées que pour le revêtement de chaque paroi, et l’intervalle fut rempli d’une sorte de blocage de mortier et de craie. Ce mode de construction, malgré son épaisseur apparente, ne devait pas donner à l’édifice une solidité suffisante et un tassement a dû se produire dès l’année 1494, au cours des travaux, et alors qu'on était arrivé à la première galerie, soit au tiers à peu près de la hauteur. En effet, à cette époque, le chapitre des Chanoines sollicitait un secours qui fut de cinquante livres, pour, est-il dit au registre des comptes de la Ville, 0 employer et aidier à faire le clocquier de nouveau encommencié d’icelle église ». Le fait d’un tassement parait confirmé par des cassures remarquées en 1895 dans le bloc des fondations, et aussi par une légère déviation des lignes verticales des arcatures, entre la première et la seconde partie du monument, dans l’intérieur, à la première travée de la nef (1).

Mais l'édifice subit plus tard diverses autres causes de détériorations ; c'est ainsi que les chanoines firent, dit-on, tirer plusieurs fois le canon sur la plate-forme des tours, au cours du xviue siècle ; d’autre part, l’explosion du magasin à poudre de la ville, survenu en 1773, amena certains désordres; puis, en 1801, ce fut un orage épouvantable pendant lequel, dit-on, 24.000 arbres furent déracinés dans la forêt de Crécy. Ajoutons que l’orientation de la façade, au Nord-Ouest, la rend exposée aux intempéries, sous l'action du vent régnant plus généralement de ce côté.

Dès 1771, un rapport de l’architecte Rousseau conservé aux Archives départementales, signalait des réparations à faire; elles n’eurent lieu qu’en 1817, sous la direction de M. Léon, attaché à la Commission des Monuments historiques, et furent continuées en 1843 par M. Ramée, architecte. Plus tard, d'autres travaux furent exécutée par M. Carpentier, entrepreneur, sous la direction de M. Verdier, et ensuite de M. Herbaut, au sommet de la tour Nord et à la partie supérieure du grand pignon. On soutint la voûte de la nef centrale au moyen de cintres en bois

(1) Une note de M. Traullé trouvée dans les archives, dit que les eaux de la mer, au moment des marées, venaient baigner les fondations et emportaient le mortier», même encore en 1512.

placés sous les arcs doubleaux, et l'on établit tout un assemblage de tirants en fer destinés à empêcher l'écartement des grands murs de la nef ; on n a pas encore osé les faire disparaître. \ ers le même temps, on reliait au mur du transept, par

un fort chaînage en fer, la tour penchée de Saint Firmin qui, depuis, n'a plus fait

de mouvement; dès l’année 181:2, on avait parlé de 1 abattre.

En décembre 1 852, sur un rapport alarmant de Viollet-le-Duc, l’église fut

fermée, on ne la rouvrit qu'en 1 853 ; un projet de restauration fut dressé en 1 85 5

par M. Massenot architecte diocésain. Il ne fut exécuté que plus tard.

Fnlin, de 1 865 à 1873, les six arcs boutants qui étaient disloqués et n'étaient

maintenus que par des pièces de charpente furent l’objet, sous la direction de

M. Massenot, d'une réfection complète qui fut confiée à M. Folie, entrepreneur. La dépense s’éleva à 425.000 francs. Malheureusement, le style primitif ne fut pas observé ; nous y reviendrons plus loin.

Dans ces dernières années, de grands travaux de restauration ont été exécutés

aux tours et au portail sur l’avis favorable de la Commission des Monuments

historiques après visite de l'édifice, le 14 mai 1895, sous la présidence de M. Henri Roujon, directeur des Beaux-Arts, membre de l'Institut, qui a bien voulu s'intéresser à cette œuvre et a pu obtenir un large secours de l'Ftat. Les subventions de la Fabrique, de la Ville et du Département, sans oublier les souscriptions des habitants, ont pu arriver à compléter le montant total du devis s'élevant à 36o.ooo fr.

Ces travaux, dans lesquels on a employé 56o mètres cubes de pierre, ont été exécutés, de i8q5 à 1899, sous la direction de M. Danjoy, l’éminent architecte du Gouvernement, par M. Boutré, entrepreneur à Paris ; ceux de charpente par M. Bertrand, d'Abbeville ; ceux de sculpture par M. Chapot, de Paris. Ils assurent désormais, eu égard aux soins qui y ont été apportés, la conservation, pour plus d'un siècle peut-être, de ce qui constitue la partie la plus belle et la plus intéressante du principal monument d'Abbeville classé, d’ailleurs, comme monument historique.

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