‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 22 sur 79 · CS · texte numérisé non relu

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d'un certain Guérard de Pardieu qui, en juin 1 332, navra d’un coup de hache Jehan Crinen à « la bâtisse du St-Sépulcre ». Se fondant sur je ne sais quelle assertion, l’abbé Buteux dit que cette église du xue siècle était faite de bois et de placage, ce qui ferait supposer un édifice de bien minime importance qui fut remplacé, vers le milieu du xvc siècle, par celui qui existe encore en partie.

C’est à cette époque, en eifet que divers titres authentiques permettent de fixer la construction des portions anciennes de l’église du St-Sépulcre. En 1458, Jehan le Roy, bourgeois d’Abbeville, fait les frais de la chapelle de Ste Madeleine-; en 1459, Jean de la Warde donne mille livres tournois pour achever le chœur et l’autel ; un peu plus tard, vers le milieu du xvt' siècle, Jean du Bos, bourgeois d’Abbeville, fait une donation pour la construction de la chapelle du St-Sépulcre. Au surplus les caractères architectoniques de l’église confirment entièrement ces documents ainsi que nous aurons l'occasion de le vérifier.

L’église élevée au xvc siècle n’était pas un édifice bien remarquable. Elle se composait d’une nef avec deux collatéraux, d’un transept peu saillant et d’un chœur terminé par un mur droit. La façade centrale était formée par les murs de clôture de la nef et du collatéral gauche et par la tour du clocher, sensiblement en retrait à droite et laissant un angle dans lequel était une tourelle d’escalier de quelques mètres seulement de hauteur. Le portail central était percé d’une porte en tiers point surmontée d’une grande croisée à meneaux : au mur fermant le collatéral gauche et qui existe encore, est une autre grande croisée aussi en tiers point, ornée de choux frisés et surmontée d’un arc en accolade avec amortissement en forme de bouquet ; au-dessus s’ouvre une petite fenêtre en arc très surbaissé avec arcature redentée.

Une reconstruction presque complète, effectuée en 1 863, n’a laissé subsister de l’ancienne église que la tour du clocher, les piliers et les archivoltes de la nef centrale, les deux collatéraux et la chapelle du St-Sépulcre. C’est de ces parties seules que nous avons à nous occuper.

La tour carrée du clocher est en pierre, soutenue par huit contreforts légèrement moulurées dans la seconde partie de leur hauteur. Elle est percée d’une seule porte en arc surbaissé et pourvue d’une niche sur son côté Sud, d’une fenêtre près de la tourelle d’escalier, de deux petites ouvertures à mi-hauteur et de quatre grandes croisées en tiers point sur les quatre faces de sa partie supérieure. Au-dessus de ces croisées sont des écussons : le premier de France, le second écartelé de France et de Dauphiné, le troisième de Navarre et le quatrième chargé seulement d’une croix.

Cette tour était autrefois surmontée d’un beau clocher en bois recouvert de plomb qui devait être d’une hauteur à peu près égale à celle de la tour elle-même d’après la représentation, imparfaite du reste, qui nous en a été conservée par les vues et plans d’Abbeville publiés par Montdevis en 1641 et par Robert Cordier en 1 655 . On peut cependant croire que ce clocher, dont le type était assez répandu dans la région, puisqu’il parait avoir eu de grands rapports avec ceux de l’église Ste-Catherine d’Abbeville et de l’église Notre-Dame de St-Riquier, était d’une époque sensiblement postérieure à celle de l'achèvement de l’église, peut-être du milieu du xvi" siècle. Nous n’avons trouvé sur lui presque aucun renseignement et il fut démoli vers les premières années de la Révolution (1).

Les piliers de la nef, de forme octogonale, pénétrés par les moulures prismatiques

(1) Deux délibérations du Conseil de Fabrique, communiquées par M. l'abbé Dufourny, traitent de diverses réparations faites au clocher en 1735 *738* En I735i on refait à neuf la seconde galerie. Le plomb de l’ancienne, toute

crevassée et trop courte, servira aux attaches et soudures de la neuve et à couvrir la balustrade.

des archivoltes, sont au nombre de deux à droite et de quatre à gauche. Cette différence s’explique par la présence à droite de la tour du clocher déjà en retrait

sur la façade et qui, avec ses contreforts apparents dans l’église, compense deux

travées du collatéral gauche. Le dessous de cette tour communique avec la nef et le collatéral par deux arcs en tiers point reposant sus de gros piliers ronds avec frise ornée de feuillages et. d’animaux.

Les voûtes des collatéraux, comprenant deux travées à droite et quatre à gauche, sont en croisées d’ogive avec liernes, contre-liernes et tiercerons : à chaque intersection des liernes et des tiercerons ainsi qu’aux clefs centrales, sont des pendentifs d'un goût douteux dont une partie est en plâtre et datés à droite de 1622, à gauche de 1625. Les arcs de retombée des voûtes reposent sur des culs-de-lampe de genres très différents, dont deux seulement, dans le collatéral droit, sont anciens; ils représentent l'un le Père-Eternel et l’autre le Saint-Esprit.

La Chapelle du St-Sépulcre dont la construction n’offre rien de particulier s’ouvre à la dernière travée du collatéral gauche par une grande arcature ogivale dans les moulures de laquelle a été sculpté par MM. Duthoit un élégant cordon où, au milieu des feuillages et des fruits, se trouvent de charmants petits personnages

j Ml représentant les gardes endormis ou veillant autour du tombeau; à la clef on

voit les armes de la famille de St-Pol.

Le tombeau date du xvic siècle et se compose de deux arcatures ornées d’un cordon de feuillages, dont les arcs retombent au milieu sur une clef pendante qui sert elle-même de support à une niche surmontée d'un clocheton. Chacun de ces arcs, redenté intérieurement, se termine par un gable orné de choux frisés sur ses rampants et finissant en un amortissement orné de même manière. A chaque extrémité, sont des contreforts réunis au-dessus des arcs par deux frises sculptées entre lesquelles est une arcature aveugle pénétrée par les gables et par le clocheton du milieu.

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du collatéral gauche ont reçu de magnifiques verrières sortant de l'atelier de Didron (i).

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