ÉGLISE SAINT-GILLES
L'église St-Gilles, pour la plus grande partie du moins, est absolument contemporaine de St-Wulfran. Une note du chroniqueur Hermant citée par M. Prarond nous dit que sa construction fut commencée en 1485 et qu'elle remplaçait deux autres églises dont la première fut fondée en l'an 1200.
En admettant cette date de 1485 pour celle du commencement des travaux il nous faut attendre encore vingt années pour avoir des nouvelles sur la marche des constructions. Mais alors les documents abondent et les recherches que M. le Comte de Galametz a bien voulu faire pour nous dans les registres de la fabrique, nous mettent au courant de tous les détails de la construction. En 1 507, la fabrique loue à Antoinette le Barbier, un jardin près le Pont des Prés pour y déposer les pierres arrivant par eau et destinées au clocher ; la même année des paiements sont faits « au couvreur d’esteules pour avoir torqué à l'entour du clocher où sont les cloches », et pour l’achat de 5o pieds de grès, livrés à l’église pour mettre autour du clocher; puis ce sont d’autres paiements en i5o8, « pour les traits et cordes pour haller les pierres au clocquier », en i5io « pour la chaux à maçonner aux clocquiers », en 1 5 1 1 « pour les issues de chêne employées au beffroi fait de neuf et dans le beffroy de pierre pour pendre les cloches ». En 1 5 1 1 et 1 5 1 2, mention est faite de travaux au grand et au petit portail; en i522 et 1524, nous trouvons des fournitures de pierres de Beaumez, Pont-Remy et la Faloise, pour les trois petits pignons et pour celui du grand portail, en 1524, des bâtelées de pierres pour le grand portail; en 1527 et en 1528, les registres mentionnent la construction de la voûte du clocher et des voûtes de l'Eglise ainsi que la pose du pavage nous annonçant la fin des travaux.
Cette église n’était pas solide : dès i522, avant l’achèvement du portail, il avait fallu refaire quelques-uns des piliers. En 1546, la grosse tour du clocher menaçant ruine en partie, des experts qui étaient venus surveiller les travaux de St Wulfran firent une visite à la suite de laquelle on dut, en i55q, entreprendre une réparation qui nécessita l’emploi de 141 pieds de pierres de la Faloise et qui fut payée par les quêtes faites dans la paroisse. En 1 5g 1 , il fallut reconstruire en partie la voûte de la chapelle du Saint Nom de Jésus.
Ce n’était pas la fin des vicissitudes. Un siècle et demi plus tard, en 1729, deux des piliers de la nef, du côté de la chaire, s’écroulent avec la voûte qu’ils soutiennent : les habitants de la paroisse les font refaire à neuf. En 1753, trois autres piliers, de l’autre côté cette fois, cèdent à leur tour ; les architectes consultés estiment que, si on les refait à neuf, la voûte pourra tomber et on se contente de les maintenir avec de bonnes pièces de chêne, des cercles de fer et des agraffes,
(1) Bibliographie. Essai sur l’Eglise de St-Sépulcre d’Abbeville, par l’Abbé Lefèvre. Amiens, Lenoël-Hérouart
— L’Eglise du St-Sépulcre d'Abbeville, par Ernest Prarond. Paris, Dumoulin, 1872.
mais, en 1776, ils menacent ruine de nouveau et on décide leur réfection totale. Les travaux, adjugés moyennant 8.000 livres à un entrepreneur d Hesdin, sont terminés le 18 octobre 1777 -
Fermée pendant la Révolution, l'église St Gilles fut rendue au culte en l'an IV. On la remeubla avec des statues et autels offerts par les paroissiens et provenant de tous les couvents sécularisés ou bien de l’ancienne église, et elle demeura en cet état jusqu’en 1 863 où des travaux considérables la transformèrent entièrement.
Telle qu'elle se présente actuellement, l’église St Gilles se compose d’une nef avec collatéraux, d’un transept et d’un chœur autrefois à chevet carré et se terminant maintenant en rond-point, par suite de la surélévation des murs de l'ancienne sacristie effectuée en 1 863.
La partie la plus intéressante de l’église est le portail de style purement flamboyant. Il est flanqué d’une grosse tour fermant le collatéral gauche, haute d’environ 25 mètres et plus large qu'épaisse (elle mesure intérieurement 6m25 sur 5mio). Elle est soutenue par huit contreforts dans lesquels ont été ménagées, à la partie inférieure, des niches vides de leurs statues. Ils sont ornés au-dessus de ces niches de plusieurs rangs de pyramides superposées. Une double corniche sculptée, qui à chaque angle s’arrondit en encorbellement pour couronner les contreforts, termine cette tour d’une façon fort heureuse.
La tourelle d’escalier n’offre aucun détail à signaler.
Une petite porte en tiers point à tympan ajouré avec arc orné de choux frisés et terminé par un fleuron en amortissement, est, avec une fenêtre sur le côté gauche, la seule ouverture qu’il y ait au bas de la tour. Quelques rares jours y sont encore ménagés çà et là et, à la partie supérieure, quatre grandes fenêtres y éclairent la chambre des cloches; trois d’entr’elles sont en tiers point, ornées de choux frisés et de fleurons, mais celle qui s’ouvre du côté du portail est simplement percée dans la maçonnerie sans ornements d’aucune sorte; il est probable que c’est de ce côté qu’eut lieu la réfection partielle de la tour en 1554. Une lourde charpente recouverte d’ardoises et avec flèche, couronne cette tour; elle fut construite en 1720, afin de pouvoir surélever le beffroi des cloches, car les paroissiens se plaignaient que ces dernières placées trop bas dans la tour elle-même ne se faisaient pas entendre suffisamment. La dépense fut de 10.000 livres.
La porte principale à double entrée en arc surbaissé avec trumeau central orné d’une statue de St Gilles due au ciseau de M. Duthoit et remplaçant une autre du même saint, détruite en 1777, est surmontée d'un tympan ajouré.
Dans les voussures de l’archivolte ornée d’une arcature à redents festonnés, se trouvent huit petits sujets en pierre avec dais formant aussi supports, représentant des épisodes de la vie de St Gilles et qui, fort mutilés, ont été en partie refaits par M. l’abbé Dergny, vicaire de la paroisse ; à la clef et dans la voussure même, on voit un Père Eternel présentant le Christ en croix ; au-dessous de ce groupe un écusson écartelé est trop mutilé pour qu'on le puisse identifier; on croit pourtant voir trois chevrons à l'un des quartiers. Dans la partie comprise entre les contreforts, l’archivolte de la porte et la galerie supérieure, un réseau d'arcatures flamboyantes aveugles, qui est peut-être la seule partie de l’édifice n’ayant pas subi de restauration, donne au portail sa caractéristique. Au-dessus de la galerie, un pignon à rampants ornés de crochets et percé d'une grande fenêtre, forme le couronnement de cette partie centrale.
La porte Sud de moindres dimensions que la précédente offre avec elle la plus grande analogie. Le tympan, les voussures, le pignon qui la termine, moins élevé
que celui du centre, sont absolument du même genre; notons toutefois que l’arcature aveugle qui orne le mur des deux côtés de l’archivolte est d'un dessin tout différent. Toute cette partie de l’église est du reste complètement neuve.
Cinq fenêtres au Nord, sept au Sud, (deux, de ce côté, compensent la partie occupée par la tour), sont percées dans les murs des collatéraux. Elles sont toutes du même modèle, en tiers-point, surmontées d’une accolade avec choux frisés et amortissement. Entre chacune d’elles est un contrefort à pyramides. Sous la troisième fenêtre à partir du portail se trouvent les débris de plusieurs monuments funéraires et des inscriptions : l’un d’eux, fort mutilé, paraît représenter l’entrée de Jésus à Jérusalem, l’autre la résurrection de Lazare. Ils surmontent les épitaphes de Pierre Rohault et de Nicolas Rohault, marchands tanneurs.
Le chœur et le transept ne nous retiendraient pas longtemps, s’il n’était probable qu’ils sont plus anciens que la partie déjà décrite. Dans son remarquable ouvrage sur la topographie d'Abbeville, M. Prarond donne cette partie de l’église comme étant du xivc siècle. A défaut du moindre texte, il faut vérifier par l’examen du monument lui-même l’exactitude de cette assertion.
Il est certain que nous trouvons tout d’abord une grande différence dans les contreforts et dans l’ensemble de la construction. Celle du chœur est de la plus grande simplicité ; les contreforts et ceux du transept n’y ont aucun ornement ; c’est de la simple maçonnerie : les fenêtres ne sont pas ornées comme celles de la nef. De plus, en pénétrant dans l’intérieur, nous remarquons que les colonnettes des fenêtres sont à boudin profilé en demi-cercle, avec petits chapiteaux à feuillages, ce qui ne se rencontre jamais au xve siècle. Ces fenêtres ont été, il est vrai, restaurées, mais la persistance de ces colonnettes rondes aux deux fenêtres du transept et à celles du chœur nous fait croire qu’il en est bien resté quelques-unes des primitives. Enfin la construction de la nef est entièrement indépendante de celle des autres parties : les pierres de la première sont collées contre celles du transept sans liaison ni chaînage d'aucune sorte. En l’absence de plus fortes présomptions, nous sommes donc autorisés à croire que le transept et le chœur font partie d’un édifice plus ancien, et que la construction de 1 485 - 1 5a 1 ne comprenait uniquement que la nef, les collatéraux et le portail.
Avant d’aller plus loin, notons que le rond point tout entier, les fenêtres percées au fond de l’axe des collatéraux, les rosaces des transepts, tous les remplages des fenêtres et les galeries qui courent tout autour de l'église ainsi que celle de la tour, sont de construction récente.
Il y a peu de chose à dire de l’intérieur. La nef est à cinq travées avec piliers dont les faisceaux de nervures prismatiques se continuent dans les archivoltes. Elle est ainsi que le transept et le chœur voûtée en bois et en berceau. Les deux collatéraux à peu près de même largeur, mais très différents de hauteur, sont voûtés en croisée d’ogive sans liernes ni tiercerons. Tout cet intérieur a été orné de statues polychromées et badigeonné du haut en bas avec une profusion de couleurs criardes et de sujets bizarres au milieu desquels l’œil a peine à distinguer, dans le collatéral droit, un remarquable tableau de Quentin Varin représentant le Christ en croix entre la Vierge et St Jean. Un jubé séparait autrefois la nef du chœur ; il a été détruit en 1716.
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