REFUGE DE L'ABBAYE DE SAINT-VALERY
Au n° 17 de la rue de l'Hôtel-Dieu, autrefois rue Frettelangue, se trouve l'ancien hôtel ou refuge de l’Abbaye de St-Valery dont la façade nous a été conservée, non toutefois sans avoir subi de nombreuses modifications.
Cette façade se composait primitivement de cinq arcades dont les deux extrêmes ont été en partie détruites lors de la reconstruction des maisons voisines Chacune de ces arcades en pierres blanches, très saillantes et très larges, à arc fortement surbaissé et ornées à l’intrados de trois boudins moulurés, repose sur un faisceau de trois colonnettes rondes à base prismatique : ces colonnettes avec chapiteaux faiblement ornés sont surmontées, au-dessus des tailloirs, d’une corbeille de chapiteau dont une seule, entre les deux portes, est sculptée et représente des animaux et des feuillages. Au-dessus des arcades et sur toute la longueur de la façade règne une large frise en briques de construction évidemment postérieure, dans laquelle ont été encastrés des cartouches en pierres blanches de formes différentes, dont l’un porte la mention : Stulta est sapientia sine Deo ; sur les autres sont des lettres entrelacées.
Toutes ces arcades sont fermées par un mur en briques formant façade, percé sans aucune symétrie de deux portes d’entrée et de fenêtres et qui est loin de rappeler ce que pouvait être l’état primitif. Un dessin de la collection St Amand nous montre l'aspect que présentait cette façade en 1817. Les fenêtres percées au hasard dans le mur existaient déjà, mais on avait conservé les deux anciennes portes en ogive surmontées d’archivoltes ornées de choux frisées ; la petite porte fut démolie en octobre 1817 et la grande en 1821.
D’après M. Louandre, ce refuge de l'abbaye de St-Valery fut temporairement occupé en 1642 par les religieuses d’Epagne qui attendaient l’achèvement de leur nouveau couvent de la rue St Gilles. Il appartient maintenant à l’administration des hospices d’Abbeville.
A quelle date faut-il fixer la construction de ce monument ?
Deux chartes font mention du refuge de l’Abbaye de St-Valery.
L’une datée de février i3o6, émanant de l’abbé Jean II, porte « Corne nous avons acquis I manoir en le vile d’Abbevile séant en le rue Fretelengue le quel manoir fu maistre Raoul le Berton acostant au manoir maistre Esteule Gorre ». Plus tard une autre charte de l’abbé Baudouin Quiéret se termine par ces mots : « Donné en nostre hostel à Abbeville le vme jour de may l’an mil cccc et quarante-sept ».
Il en résulte clairement que dès les premières années du xive siècle, les religieux de St-Valery avaient un refuge à Abbeville ; mais c’est tout au plus si l’on peut supposer que la charte de l’abbé Quiéret a été donnée dans l’hôtel nouvellement reconstruit. Si, en effet, au milieu des mutilations qu'a subies la façade, on considère les bases à nervures prismatiques et la sculpture du seul chapiteau qui subsiste en entier et où nous retrouvons les mêmes animaux que dans les cordons sculptés de St-Vulfran, et encore l’énorme surbaissement des arcades, nous sommes portés à croire qu'il faut reculer jusqu’à la fin du xvc siècle, l’époque de la construction de cette curieuse façade.
Il ne reste rien de cette époque à l’intérieur des bâtiments. Dans la cour se trouvent un logis du xvne siècle en briques et pierres et un petit bâtiment à pan de bois avec charpente apparente.