‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 28 sur 79 · MAINTENANT ECOLE SAINT-STANISLAS · texte numérisé non relu

MAINTENANT ECOLE SAINT-STANISLAS

Le io ^octobre 1642, les Ursulines d'Abbeville entrèrent dans leur nouveau couvent de la Chaussée du Bois. Le Père Ignace nous dit « qu'il est un des plus beaux, des plus réguliers et des mieux bastis qui soient en tout l'Ordre des Ursulines. Et ce qui est remarquable, c'est qu'une religieuse de cette maison en a dressé le dessin et conduit toute l’architecture qui est admirée des plus experts architectes, de voir qu'une fille, entrée jeune en religion, ayt eu tant d'adresse et d'esprit pour conduire en sa perfection un si fameux bâtiment ».

Le monument élevé par la R. Mère Anne de Saint-Paul, dans le monde Mllc Bourgeois, se composait de quatre grands corps de bâtiment avec cour carrée au milieu et formant cloître sur les quatre côtés. Un peu en dehors sur le côté droit était la chapelle, sur laquelle donnait le chœur des religieuses installé dans un des côtés du quadrilatère.

Malheureusement, le beau Couvent des Ursulines ne devait pas nous parvenir intact. Un siècle à peine après son inauguration, le samedi 29 août 1739, les religieuses firent pour la fête de St Augustin une quantité de pâtisseries et les Sœurs converses commirent la grave imprudence de ranger dans le fournil, voisin du chœur des religieuses, les braises mal éteintes ; celles-ci se rallumèrent dans le tonneau où on les avait placées, le feu gagna des paquets de chandelles, puis la charpente, le clocher et, sur les trois heures du matin, le dortoir et le chœur des religieuses. C’en était fait de l’intégrité du monument.

Les Ursulines y restèrent jusqu’à la Révolution. Le bâtiment abandonné servit alors à toutes sortes d’usages : on en fit un lieu de dépôt pour les équipages militaires et une caserne pour la troupe; la chapelle servit de magasin aux fourrages. En 1806, on y établit un dépôt d’étalons ; les arcades du cloître furent fermées

par des clôtures de toutes sortes et les choses restèrent en cet état jusqu’en 1867,

époque à laquelle Mgr Roudinet, évêque d’Amiens, y installa l’institution ecclésiastique d'enseignement secondaire de Saint-Stanislas qui l’occupe encore aujourd'hui. De grands travaux de restauration et d’appropriation qui y furent faits alors ont donné au monument l'aspect qu’il présente actuellement.

La grande cour presque carrée est entourée de trois côtés par des bâtiments en briques et pierres blanches, dont le rez-de-chaussée forme cloître. Celui du fond a neuf arcades, ceux de chaque côté en ont dix, et à l’extrémité de droite se trouve encore une arcade formant retour, seul reste de l'aile incendiée en 1739. L’architecture de chaque travée est uniforme. Les piliers du cloître, hauts de 3in5o sont en pierres blanches, cantonnés sur la face extérieure d’un pilastre à chapiteau ionique surmonté d’une urne funéraire ornée de draperies. Au-dessus de chaque cintre à peine surbaissé réunissant les piliers, est une fenêtre rectangulaire trop basse pour sa largeur, entourée d’un boudin et de chaque côté de laquelle se trouve sur le chaînage de pierres un ornement peu saillant en forme d'aileron. Cet ornement se répète à toutes les fenêtres du premier étage, sauf à l’extérieur du côté gauche qui est probablement d’une construction un peu plus récente. Entre le haut de chaque fenêtre et la corniche supérieure règne un bandeau de pierre avec une sorte d'attique aveugle qui a été légèrement surhaussé lors de l’installation de Saint-Stanislas.

A chacune des arcades du cloître et à chaque fenêtre, mais seulement à la partie du fond et aux deux premières travées du côté gauche sont des clefs sculptées représentant des anges aux ailes éployées et divers autres ornements. A toutes les autres travées, il n’y a ni chapiteaux ioniques, ni urnes funéraires, ni clefs sculptées.

Un dessin fait en 1867, lors de la suppression du haras, nous montre que chaque travée du bâtiment du fond était surmontée d’une lucarne de grenier en pierres blanches, ornée d’ailerons semblables à ceux des fenêtres du premier étage et d’un fronton en arc surbaissé” avec clef sculptée; celle du milieu était plus considérable que les autres. Lors de la restauration, ces lucarnes ont été démolies. On en construisit alors d’autres semblables sur les trois faces du bâtiment, tant du côté de la cour que sur le jardin, avec cette différence toutefois que les frontons sont alternativement triangulaires et en arc surbaissé.

Le côté extérieur sur les jardins est absolument de la même architecture que le côté intérieur sur la cour : c’est aussi une construction en briques et pierres blanches où les arcades du cloître ont été remplacées par des fenêtres et 0C1 nous retrouvons les mêmes clefs sculptées aux lenêtres, et les ailerons à celles du premier étage. Exception est faite toutefois pour le corps de bâtiment du côté gauche, entièrement dépourvu de sculptures et n’ayant pour tout ornement, si l’on peut s’exprimer ainsi, que son chaînage de pierres et de briques autour de chaque croisée.

A droite de la cour et un peu en avant se trouve la chapelle, vaste et lourd édifice en briques dont le portail seul offre quelqu’intérêt comme spécimen bien complet du style de l’époque Louis XIII.

Quatre pilastres en pierres blanches à refends reposant sur des bases fort élevées et avec chapiteaux de style composite, sont surmontés d’une frise dont la partie centrale est un peu en retrait sur le plan de la façade. Cette frise ornée de rinceaux forts lourds peut être divisée en trois parties, celle du milieu ayant au centre une tête d’ange aux ailes éployées, celles de côté une fleur-de-lys épanouie. Entre les pilastres et de chaque côté, à peu près à mi-hauteur, est une niche avec soubassement sculpté et ornée à la clef d’un cœur enflammé.

La porte d’entrée, très élevée, entourée d’un boudin rond, à linteau droit surmonté d’un fronton triangulaire, est dominée par une balustrade aveugle au-dessus de laquelle s’ouvre une grande fenêtre à arc très surbaissé ornée d'une clef sculptée rejoignant la frise.

Le couronnement de la façade au-dessus de la frise, est formé par un fronton surbaissé et brisé, laissant place à une niche centrale de chaque côté de laquelle sont de lourds ornements en spirale remplissant les deux écoinçons.

L’intérieur de la chapelle n'offre aucun intérêt. Du temps des Ursulines, on y remarquait, dit Y Almanach de Picardie de 1757, un tableau placé vis-à-vis la grille du chœur et représentant Ste Ursule percée d’une flèche et soutenue par deux anges. Cette chapelle renfermait aussi une statue en marbre blanc de Pfaffenhofen, représentant Ste Angèle de Mérici, et qui est maintenant perdue. Enfin le Maître-autel en bois sculpté, consacré le 19 octobre 1759, était l’œuvre d'un artiste abbevillois, Pierre Lecadieu et avait coûté 600 livres. Cet autel fut, après la Révolution, transporté dans l'église du St-Sépulcre.

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