CANTON DE NOUVION
NOTICE PAR R. de GUYENCOURT
GAPENNES
Le canton de Nouvion possède seulement deux monuments dignes d’un instant d’attention : le chœur de l’église de Forest-l’Abbaye et le clocher de celle de Gapennes.
Nous nous bornerons à citer le premier de ces édifices, — modestement caché dans une pâture où l’on a quelque peine à le découvrir, — car, dans son magistral ouvrage sur « L’Architecture romane et de transition dans la région picarde », M. C. Enlart en a donné une description et des dessins, auxquels il nous suffira de renvoyer le lecteur. Le chœur de Forest-l’Abbaye appartient au troisième quart du xn* siècle, et, selon M. le chanoine Hénocque (t), c’est un débris de la chapelle que les Templiers possédaient en ce lieu (2).
Le clocher de Gapennes appartient à une famille qui compte encore des représentants à Bailleul, Bouchon, Bourdon, Cocquerel, Fontaines, Moyenneville, La Chaussée-Tirancourt, et Long (3). Ces clochers étaient plus nombreux autrefois et l’on regrette toujours la destruction de ceux de Beauval et de la Chapelle, à Abbeville. La flèche de celui de Longpré-les-Corps-Saints était du même genre, malheureusement, elle fut reconstruite sans reproduire exactement celle qu'elle a remplacée.
Ces clochers de pierre, dits clochers anglais, on ne sait pour quelle raison, semblent être les dernières manifestations de l'art gothique dans l’Amiénois le Ponthieu et le Vimeu. La plupart d’entre eux s'échelonnent, en effet, entre le milieu du xvic siècle et le milieu du xviii' siècle.
La flèche de Gapennes parait dater du règne de Louis XIV (4). L’édifice est tout en pierre et se compose d’une tour quadrangulaire cantonnée de puissants contreforts et ceinte de larmiers à diverses hauteurs (5). A sa base, s'ouvre un élégant petit portail classique dans le style de la fin de la Renaissance et une fenêtre ogivale ajoure chacune des faces de son sommet.
Au faite de la tour, une galerie moderne, d’un dessin grêle et trop compliqué, entoure la plate-forme d’où s'élance la flèche. Celle-ci se compose d’une base octogonale et presque verticale, ornée de fenêtres rectangulaires simulées avec memeaux cruciformes et d’une colonnette en avant-corps à chaque angle. Ces colonnettes supportent un entablement au-dessus duquel prend naissance une pyramide munie de crochets le long de toutes ses arêtes et ceinte, à sa base, de guirlandes relevées par des têtes de chérubins.
Bien que remanié, ce clocher n’en est pas moins assez remarquable, "race à l’élégance de son galbe et à la richesse de son architecture.
(1) Mém. in-40 de la Soc. des Antiq. de Picardie; Hist. de St-Riquier, par l’abbé Hénocque, T. I. p. 144
(2) Dès le .\ne siècle, les Templiers possédaient une maison à Forèt-l’Abbaye. V. Trudon des Ormes Mém. in-8° de la Soc. des Antiq. de Picardie, T. XXXII. p. 124, — Etude sur les possessions de l'Ordre du Temple en Picardie.
(3) M. Roux a déjà publié cette liste dans la P. H. et M. — Nous y ajoutons Bailleul et Long-.
(4) Peut-être la tour est-elle quelque peu antérieure.
(5) Une tourelle hexagonale est accolée à son angle S.-E. Elle renferme un escalier et s’élève jusqu’à la plate-forme Cette tourelle est surmontée d’une petite toiture pyramidale en pierre.
Le vaisseau de l'église de Gapennes ne mérite pas d etre décrit ; nous noterons seulement que tout le monument est bâti sur une carrière où il fut sur le point de s’abîmer, dans la nuit du i3 février 1834. Ce souterrain, inconnu avant cette date, se trouve à quatorze mètres sous le carrelage de l’édifice (1).
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(1) v. Bouthors, les Cryptes de Picardie, dans Mém. in-8° de la Soc. des Antiq. de Picardie, T. I, p. 312.
R. de GUYENCOURT.