CANTON
D’HALLENCOURT
NOTICES par M. Ph. des FORTS
ALLERY
L’Église d'Allery, construite en moellons blancs, se compose d'une nef et d’un chœur de belles proportions, et d’un clocher.
L’intérieur présente la disposition suivante : un grand arc en tiers-point repose de chaque côté sur une demi-colonne engagée qui fait saillie sur le nu du mur et sépare, en deux parties à peu près égales, la nef du chœur.
La nef est éclairée par quatre fenêtres, le chœur par six fenêtres, l'abside
à trois pans par trois fenêtres. La travée voisine du clocher en est dépourvue. La fenêtre du fond du sanctuaire, aujourd’hui murée, était plus large que les autres, comme le cas est assez fréquent dans notre région, à Liercourt, à Hocquincourt et à Cocquerel par exemple, et comporte trois meneaux. Toutes les autres, à deux meneaux seulement, ont mêmes dimensions. Le remplage flamboyant qui en garnit le sommet est semblable de chaque côté, mais dilférent à chaque travée ; les deux fenêtres des pans coupés ont une fleur de lys.
Un jubé appliqué contre les piédroits de l’arc triomphal séparait la nef du chœur. L’escalier à vis, logé du côté Sud contre la demi-colonne, a ses marches usées et aux demi-colonnes demeurent encore visibles des traces de scellement.
Le jubé n’a donc pas été seulement prévu dans le plan de l’architecte, mais
exécuté. Il était sans doute construit en bois.
Une poutre de gloire supportant le Christ en croix, entouré de la Vierge et de Saint Jean comme à Folleville, surmontait peut-être le jubé. Le scellement conservé à la clef du grand arc et qui semble avoir été destiné à maintenir la croix, permet cette supposition. Appuyé au jubé du côté de l’épitre, se dressait un autel comme l’indique une piscine amortie par un petit arc en anse de panier qui s’ouvre sur le mur méridional, à l’extrémité de la nef. De même qu’à Folleville, la nef seule a pu servir d’église paroissiale aux habitants d’Allery, le chœur constituant la chapelle seigneuriale.
Au-dessus du chœur, on avait projeté de construire une voûte. On voit encore, contournant les fenêtres, des traces de formerets.
Derrière l’autel, dans le mur de fond du chevet et sous un arc en anse de panier, s’ouvre un enfeu qui abrite un sépulcre. Une archivolte en accolade, dont la gorge est ornée de salamandres et de serpents et sur l’extrados de laquelle se détachent des crochets rehaussés de gros choux frisés, surmonte l’arc. Le sépulcre, en pierre peinte, est une œuvre grossière sans mérite artistique. Dans le fond, la Vierge soutenue par Saint Jean et entourée de trois saintes femmes, est debout. Sur les côtés, Joseph d’Arirnathie et Nicodème, soulèvent le linceul. Les têtes ont été refaites pour la plupart ; mais certains détails de costume ne manquent pas complètement d’intêret. Le Christ est la figure la plus complète.
Les deux fenêtres du chevet conservent quelques traces de vitraux, malheureusement bien mutilés. La fenêtre du côté de l’Evangile, retraçait l’Adoration des Bergers, l'Adoration des Mages et probablement une Présentation au Temple. Au sommet, un chevalier, sans doute le donateur vêtu de son armure, la tête cou-
verte d’un large chapeau violet, tient une épée. Un lion est à ses côtés. Dans les mouchettes et les soufflets de cette fenêtre et des fenêtres voisines, des anges musiciens et des séraphins s’enlèvent sur fonds bleus ou rouges.
La partie basse du clocher forme porche. Celui-ci fait maintenant partie intégrante de l’église et constitue la chapelle des fonts. 11 convient donc d'en parler avant de passer à 1 examen extérieur du monument. Ce porche est carré, couvert d'une voûte d’ogive, dont les branches reposent sur des culots dessinant des têtes humaines d'une facture barbare et ouvert sur trois de ses faces de portes en tiers point. Le côté Ouest, situé dans l'axe de l’édifice, n'a pas de portes.
Plusieurs archivoltes en tiers point surmontent celle des portes qui communique avec la nef de l'église. Elles se raccordent à de petites bases prismatiques et se profilent entre des gorges profondes. Quant à la dernière archivolte qui couronne l’ensemble, elle décrit un arc en accolade ; une course de feuilles de vigne et de grappes de raisin en meuble la gorge, des crochets à feuillages découpés en garnissent le pourtour extérieur. Deux salamandres rampant sur les retours horizontaux et les armes des du Hamel, sculptées au sommet, complètent la décoration.
Les fonts placés au milieu du porche présentent un intérêt archéologique véritable. Ils appartiennent à l’art de la Renaissance avec des réminiscences du style flamboyant. Ils sont en grès et dans un excellent état de conservation. Ils se composent d’une gaîne carrée, aux angles abattus, ornés de pilastres, reliés au sol par une base ronde moulurée ; une tablette octogonale se rattache au support par une série de moulures rehaussées de feuillages. Sur chacune des quatre faces est sculpté un petit sujet emprunté aux scènes du baptême.
On peut dater, avec certitude, les fonts d’Allery de la première moitié du xvie siècle, grâce aux armoiries qui les décorent et qui portent parti du Hamel : d’argent à la bande de sable chargée de trois sautoirs en croix de Saint-André d'or, et parti d’Occoche : d’argent à la tasce de gueules, sommée de trois coqs de sable, crétés, becqués et membres de gueules. Ce blason est celui de Léon, dit Lyonel du Hamel, qui avait épousé Françoise d’Occoche et qui ne vivait plus en 1544. (1)
L’église, comme les fonts, doit appartenir à la première moitié du xvb siècle.
Au-dessus du porche et communiquant avec l’église par l’escalier à vis qui monte dans la tourelle, se trouve une haute pièce voûtée d’ogive, éclairée par une fenêtre fortement ébrasée et garnie d’une cheminée monumentale. Nous voyons dans le manuel d’archéologie de M. Enlart, que les clochers avec cheminée sont une exception. Dans notre département, M. Enlart cite encore avec Allery, le clocher de Crécy, qui offre une disposition semblable. Cette chambre destinée sans doute à un guetteur ou à un sacristain, servit longtemps d’école communale.
Le clocher construit hors œuvre en avant de l’église, est une massive tour carrée comme on en rencontre plusieurs dans la région, a Warlus, à Saint-Maulvis, à Citernes, par exemple. Il est cantonné à chacun de ses angles de deux puissants contreforts et coupé dans sa hauteur de bandeaux moulurés. A l’étage supérieur, s’ouvre sur chacune des faces une grande fenêtre en tiers-point : les abat-sons en remplissent la partie supérieure, tandis que sur les deux autres tiers, clos par un mur de remplissage, sont appliquées quatre arcatures aveugles.
(1) M. Laine. Archives généalogiques et historiques de la Noblesse de France, Paris, 1834, xi vol. in-8, t. 4, art. du Hamel.
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