CITERNES
Le Bois de l'Abbaye, Cents (les cents journaux souvenir de la puissante
le Sentier des Moines, les rappellent à Citernes le abbaye de Saint -Valéry.
Citernes est cité dans une charte de 1284, où le roi de France Philippe III le Hardi prend l’abbaye de Saint-Valéry sous sa protection (1) ; mais depuis longtemps déjà l'abbaye possédait dans la région des biens importants, puisque, dès 1220, le pape Honorius III autorisait les religieux à construire une chapelle à « Cythernes » (2).
L’église ne remonte pas à une époque aussi reculée. Sur une poutre appliquée à l’intérieur, contre le revers de la façade, se lit en caractères cursifs, l’inscription suivante : En lan 1549 fut fait le comble neuf le IIIe jour de may mil cincq cens quarante huit fut l’autre par feu détruit (3).
Le monument entièrement en briques, sans aucun style, peut être postérieur à cette date ; mais le massif clocher -porche, construit moitié en œuvre moitié hors œuvre, qui précède la nef, se rattache par plusieurs caractères à notre école flamboyante.
Une porte en anse de panier est entourée de moulures prismatiques et couronnée d'une archivolte ; une
petite niche trilobée surmonte la porte ; les nervures de la voûte, dont les arrachements subsistent aux quatre angles du porche, ont encore le profil gothique ;
(1) Arch. Nat. Q1 2 3 1536.
(2) Abbé Caron. Histoire de Saint -Valéry . Abbeville, 1893, in-8°, p. 115.
(3) Cette inscription fut relevée déjà par M. Naillon, curé de Citernes, et publiée dans P. Roger. Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique et littéraire de la Picardie et de l’Artois, Amiens, sans date, in-8°, p. 156.
une double arcaturê trilobée garnit la partie aveugle de chacune des fenetres supérieures. Bâti suivant les mêmes principes que les clochers d Allery et de Saint-Maulvis, dont j’ai parlé déjà, le clocher de Citernes se distingue de ceux-ci par son appareil. 11 est en briques avec des cordons et des moulures de pierre. On trouve peu de clochers en briques dans la région et le plus voisin, celui de Yillers-Campsart, n’offre pas ces imposantes proportions.
Le clocher de l'église de Citernes qui peut se dater de la fin du xve ou du commencement du xvV siècle, fut peut-être construit par ce curé Arnoud Jacquemain qui eut son heure de célébrité. Maître du Puy d’Amiens en i5oo, Jacquema.n, offrit à la confrérie un tableau représentant les soldats de David s’emparant d une citerne des Philistins : au bas du tableau, le nouveau maître rappelait par un jeu de mots, son pays d’origine : Digne citerne, à 1 eau désirée, d)
En 1887, trois cloches nouvelles remplacèrent une cloche du xvim siècle, pesant q36 kilos, qui portait cette inscription :
J’ai été nommée Marie-Pétronille tar le Révérend Père Mathieu
Foret, prieur de l’Aebayf. de Saint -Yalery-sur-Somme, de l’Ordre de
Saint-Benoît, congrégation de Saint-Maur, et demoiselle Marie-Antoi-
N ETTE— GaBRIELLE, FILLE DE Mr PlERRE DE FuZILLIER, CONSEILLER DU Roi AU
Présidial d’Abbeville. M' Adrien Dubus, curé, Facque, marguillier, i73i.
L’église possède un de ces beaux lutrins du xviu' siècle, auxquels les cures ont fait une guerre acharnée et qui deviennent si rares dans nos églises de campagne.