CAHI HISTORIQUE ET ■ ' 'TALE
en tiers point ; pour loger les ahat-sons on détruisit les remplages dont les arrachements se voient encore. Une galerie moderne, ornée de soufflets, couronne le clocher, dont quatre fausses gargouilles, également modernes, se profilent aux angles. Une flèche octogonale en pierre, aux arêtes rehaussées de fleurons, se raccorde assez gauchement à ce massif carré. Elle se rattache comme style aux flèches du même genre, assez nombreuses dans cette partie de la vallée de la Somme (Voir plus haut page 121) et semble remonter au xvi' siècle, sans qu’il soit permis d’être très affirmatif ; car au xvn" et même au xviii' siècle, ce mode de construire était encore en faveur dans la région.
La nef, avec ses quatre travées, n’est guère plus longue que le chœur dont une abside à trois pans continue les trois travées. Les. grandes arcades ont leurs arêtes finement moulurées et les moulures pénètrent dans les piliers. Ceux-ci sont cylindriques, montés sur des socles carrés ; de petites consoles renversées et des pans coupés ménagent le passage du rond au carré. Deux piliers seulement sur les douze qui séparent les trois nefs, présentent une forme différente : les piliers qui marquent l’entrée du chœur sont octogonaux. Une archivolte dont la gorge est meublée de rinceaux, encadre l’arc triomphal.
La nef n’a pas d’éclairage direct. Dans le plan de l’architecte elle devait recevoir une voûte en pierre comme les deux bas-côtés où sont conservés les formerets qui encadrent chaque fenêtre. La chapelle de la Vierge, prolongement du bas-côté Nord, et le chœur sont les seules parties du monument couvertes de voûtes. La voûte de la chapelle de la Vierge, particulièrement remarquable, porte la date de 1 56 1 ; elle fut certainement construite après l’achèvement de l’église. Conçue encore dans le style gothique, elle constitue un exemple de plus à ajouter aux autres, si nombreux déjà, qui montrent la persistance de notre vieux style national en Picardie. Elle se rarnifie sans exagération et ses nervures portent des rinceaux de feuillages finement sculptés où se jouent de petits animaux. Les clefs pendantes, au nombre de douze et de 60 centimètres de hauteur, méritent la description détaillée que M. l’abbé Le Sueur leur a consacrée. Notre confrère a pu, il y a quelques années, les étudier de près et à loisir grâce aux échafaudages élevés pour la restauration.
« La première clef représente le serpent, autour de l’arbre de la science du bien et du mal, parlant à Adam et Eve. Au bas du pendentif, ces deux mots : Adam, Eve.
<( Sur la seconde clef, au milieu de la voûte, on voit Dieu reprochant aux coupables leur désobéissance. Au bas le mot : Sapience , et au-dessus de la statue autour du dais, ces paroles de l’Ecriture : Pœnitet me fecisse hominem.
« Ce pendentif central est accompagné de deux autres, celui de gauche représente la Miséricorde, sous la figure d’une femme debout, les mains jointes et les cheveux épars. Elle est vêtue d’une robe et d’un manteau. Devise : Misericordia.
« Sur le pendentif de droite est figurée la Vérité, sous la forme d’une femme aussi vêtue d’une robe et d’un manteau retenu sur la poitrine par une agrafe Les mains sont jointes pour prier. A ses pieds on lit : Veritas. Autour du dais sur une banderole, sont gravés ces mots : Misericordia et veritas obviaverunt sibi.
a Au revers du deuxième pendentif central est sculptée la statue de la Paix. Au bas le mot : Pax. Au-dessous, sur une banderole, ces paroles : Jnslitia et Pax osculatae sunt.
« La Justice est représentée au pendentif voisin. Elle porte une couronne sur la tête, et tient dans la main gauche une balance, dans la droite, une bourse. A ses
pieds, le mot : Justitia C'est le commentaire de cette parole de l’Ecriture qui nous dit qu'au jour de la venue du Messie, la Justice de Dieu se tût et embrassa la paix que Jésus venait apporter aux hommes de bonne volonté par l'intermédiaire de Marie.
« Derrière le troisième pendentif du milieu, sont sculptés deux anges aux ailes éployées, vêtus de robes courtes, serrées à la taille et ouvertes aux genoux . ils tiennent une banderole sur laquelle on lit ces paroles : Excita po tentiam et vêtu. C’est la prière des anciens patriarches, pour nous exciter à demander le secours de Jésus, par sa mère.
« La même prière continue au revers. Nous y voyons trois personnages avec turban sur la tête ; on n’aperçoit que la figure et les épaules de celui du milieu. Au-dessus d’eux et sur le dais sont gravés ces mots : Inclina coelos et descende. C’est toujours la même prière des patriarches soupirant après la venue du Messie, suppliant Dieu d’incliner les deux vers la terre et de descendre parmi les hommes par l’intermédiaire de Marie.
« Le quatrième pendentif représente le prophète Isaïe, tenant une bandeiole sur laquelle on lit : Ecce Virgo concipiet. C'est le signe qu Isaïe donne à Achaz, pour l'encourager dans sa lutte contre les Syriens ; c est en meme temps 1 annonce de l'enfantement virginal de Marie et de la Rédemption des hommes.
« Au revers est un groupe d’anges ailés. Ils tiennent une banderole portant ces mots : Aperi manum tuam , prière adressée à Dieu pour le supplier d ouvrir la main et de laisser descendre sur la terre, son fils unique. Au bas l'écusson de France.
« Le cinquième pendentif représente un prophète (t) ou un grand prêtre dans une attitude prophétique, vêtu de l'habit à clochettes ; sur le sceptre qu il tient de la main gauche, est enroulée cette inscription : Dicite natiombus. C'est 1 annonce de la venue future du Rédempteur.
K Au-dessus, Dieu le Père : il porte le globe terrestre. L’écusson d’Egmont est sculpté au bas.
« Le sixième pendentif représente David jouant de la harpe, la couronne royale sur la tête, les jambes et les bras nus, le manteau royal flottant ; au bas est écrit
ce mot : David , et sur le dais qui surmonte la statue, on lit : Redemptionem
annuntiabit populo stto.
« Au revers, l'Annonciation. Marie, un genou ployé, tient un livre ouvert et reçoit le message céleste de l’Ange, avec ces paroles : Ecce Ancilla Domuu.
« Un écusson porte la date 1 5(3 1 et ces mots : Pars mea Deus.
<[ Le septième pendentif représente la Vierge tenant l’enfant Jésus, un grand voile lui couvre la tête. Elle est assise sur un âne ; un ange tient au-dessus d’elle une banderole sur laquelle on lit : Fuge ai Egyptum .
« Au revers, deux statues représentent des femmes revêtues de longues robes serrées à la taille par une ceinture. Elles ont l’attitude de personnes qui se rencontrent ; c’est la Visitation. Sainte Elisabeth réçoit la Sainte \ierge, et semble lui dire ces paroles, gravées sur le dais an-dessus des deux statues : Unde tnihi
ut reniât mater domini ad me. Sur un écusson sont gravées ces trois lettres
N. F. L., et autour ces paroles qui sont les paroles finales de l’artiste : Virgo virginum ora pro nobis.
(i) Probablement David, comme l’indique le texte du pendentif, extrait du \ exilla regis : Impleta sunt quæ conduit David fideli carminé dicendo nationibus .
« Cette chapelle était, avant 1700, indépendante de la fabrique. Il est probable qu’elle fut fondée sous le vocable de Notre-Dame, par la famille d’Egmont, alors propriétaire de la seigneurie. Elle avait un chapelain et des revenus qui montaient, d’après la déclaration de 1728, à i5o livres. Le 4 mai 1711, elle fut réunie au chapitre de Saint-Vulfran d'Abbeville, qui déjà avait le patronage de l’église et nommait à la cure. »
Le sanctuaire, composé de deux travées droites et de trois pans coupés égaux, n’a plus aujourd’hui que quatre fenêtres ; celle de l’axe, qui présentait la même largeur que les autres, est aveugle. Les dernières restaurations, en supprimant les boiseries qui garnissaient le sanctuaire, ont découvert, sous la première fenêtre de droite, une jolie piscine dont l’arc en chaînette est rehaussé d’un trèfle redenté.
Loin d’offrir la richesse de sa voisine, la voûte du chœur et du sanctuaire est d’un style tout à fait different. L’influence de la Renaissance s’y fait visiblement sentir. Les claveaux qui composent les nervures sont pour la plupart simplement moulurés ; quelques uns cependant, semés comme au hasard entre les claveaux unis, sont garnis d’oves. Faut-il en conclure que cette voûte soit postérieure à la voûte de la chapelle de la Vierge ? Je ne le crois pas. En 1 56 1 , on est assez avancé dans le xvie siècle pour faire usage d'une ornementation qui n'appartient plus déjà à un style nouveau et il eut été téméraire, semble-t-il, de jeter une voûte sur un bas-côté avant que la nef centrale ne fut elle même voûtée de pierre. Les deux voûtes contemporaines, sans doute l’une de l’autre, ne furent pas exécutées par les mêmes artistes, et cette seule raison explique une si grande différence de style.
On compte sept clefs pendantes.
« Le sculpteur a pris pour sujet des faits de la vie de Notre Seigneur.
« Le premier pendentif, du côté de l’autel, représente le Père Eternel, la tiare sur la tête, enveloppé d'un manteau royal retenu sur la poitrine par une agrafe ; il tient entre les mains le Christ en croix. Au-dessus, le Saint-Esprit plane sous la forme d’une colombe, les ailes étendues.
« Sur le second pendentif, on voit le Christ ressuscité ; devant lui, des Anges.
« Sur le troisième, Saint Jean-Baptiste recouvert d’une peau de chameau, une oriflamme flottante à la main gauche, la droite levée. Au dos, Notre-Dame de Pitié. Le haut du dais est sculpté en forme de flammes.
« Le quatrième pendentif est divisé en trois parties où sont : la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple, la Fuite en Egypte, et Jésus ressuscité apparaissant à ses disciples.
« Sur le cinquième sont représentés deux personnages tenant un bassin d’où s’échappe de l’eau ; en arrière, un saint, la main droite appuyée sur une épée, la gauche tenant un livre ouvart : c'est probablement Saint Paul.
« Le sixième pendentif porte l'écusson royal de France.
« Sur le septième et dernier, le Christ guérit les malades ; par devant se trouve un écusson aux armes de la famille d’Egmont »
Le bas-côté Sud, beaucoup moins large que l'autre, se raccorde assez gauchement à la chapelle Saint-Joseph qui le prolonge. On observe dans cette partie de l’église, à l'intérieur comme à l’extérieur, des différences sensibles. Quelques unes des fenêtres sont moins hautes que les autres, leur hauteur d’appui n’est plus la même, leur axe ne correspond pas à celui des travées et les moulures qui les sertissent sont d’un dessin plus ondulé et moins ferme. Il semble évident que l’enveloppe extérieure de ce bas-côté marque la dernière étape de la cons-
traction. A l'extérieur également, on peut remarquer un faire tout autre. Partout des archivoltes encadrent les fenêtres, partout les murs s’élèvent sur un soubassement formant une légère saillie, partout des contreforts délimitent chaque travée ; ici au contraire, absence d archivoltes, absence de soubassement et de contreforts. Les artistes du Moyen Age, gens pratiques, réservaient pour les façades et pour les parties bien en vue de leurs monuments toutes les ressources de leur talent. Bien souvent, ils construisaient très simplement et très économiquement ce qu’on ne devait pas voir. Tout le mur Sud de l’église de Fontaine donne sur un flanc de coteau, loin des rues du village et des habitations ; si donc à l’extrême pauvreté de la construction du bas-coté Sud ne se joignaient pas les autres détails que j'ai signalés, l’attribution de cette partie de l’église à une époque moins ancienne ne serait nullement justifiée. Remarquons l'économie mal comprise des constructeurs qui n’ont pas épaulé leur mur de contreforts. La présence de formerets dans ce bas-côté montre cependant que lit aussi, comme partout ailleurs, une voûte de pierre fut prévue : et sans contreforts, comment la construire sans risquer peut-être la ruine de l'édifice tout entier.
Les deux dernières fenêtres du bas-côté Sud mises à part, toutes les autres fenêtres sont homogènes de style. Un meneau central les divise, un remplage à soufflets les décore. Cependant, les deux fenêtres des pans coupés et trois fenêtres des bas-côtés portent des fleurs de lys.
A en juger par les restes de vitraux malheureusement bien clair-semés et jetés ca et là au milieu des verres blancs de certaines fenêtres, on doit profondément regretter la disparition des anciennes verrières. Quelques scènes, malgré leur mauvais état de conservation, sont encore reconnaissables.
« Dans la chapelle de Saint-Joseph, nous voyons des fragments de vitraux représentant l'histoire de cette femme qui, en 1290, promit à un juif de lui apporter une hostie consacrée, à la condition que celui-ci lui rendrait pour aller faire la communion pascale, la robe qu’elle avait mise en gage chez lui. Nous pouvons encore distinguer le prêtre donnant la communion à celte femme. On aperçoit l’église, l'autel orné d'un crucifix au fond du sanctuaire, puis l’hostie jetée dans une cuve par ce misérable juif qui se tient d un côté et la pauvre femme de l'autre. Un peu plus loin, un jardin avec des ruches â miel ; l’hostie va chercher un refuge au milieu des abeilles qui lui font un ostensoir du fruit de leur travail. Elle est ensuite reprise par le Juif, puis elle voltige au-dessus de l’eau, rougie par le sang du Sauveur qu a fait couler le fer du déicide. Au-dessus de l’hostie s’élève le Christ en croix ; la femme le regarde, le juif le menace, un bâton à la main.
1. A l’une des fenêtres de la chapelle de la Vierge, un personnage, la couronne sur la tête, revêtu d’une robe tissée d’or, et d’un manteau parsemé de lys d’or,
tient un livre ouvert de la main gauche et dans la droite deux clefs. Dans le
panneau voisin, la Sainte Vierge debout, tenant l’enfant Jésus sur le bras gauche, la main droite levée ou pour bénir ou pour accepter les clefs que semble lui offrir le personnage placé vis-à-vis d elle. On a pensé que ce personnage était Saint-Riquier consacrant son abbaye à la Vierge. Au-dessous, Saint Michel en costume de chevalier ; un nimbe lui entoure la tète, la main droite tient une épée.
« Dans une autre fenêtre, ou voit le baptême de Notre Seigneur ; le Sauveur est plongé dans le Jourdain, représenté avec ses ondes et ses roseaux ; le
Précurseur lui verse de l’eau sur la tête. Ça et là, des têtes d'évêques ou d’abbés
mitrés, des moines paraissant chanter. »
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Les autres fenêtres ont des vitraux modernes.
A l’extérieur, l'étude de la façade Nord et de son portail est particulièrement intéressante. Des contreforts élevés entre chaque fenêtre délimitent les différentes travées et accusent la disposition intérieure. Quelques différences de style se remarquent au premier coup d’œil. D’abord, les contreforts offrent deux types bien distincts. Le bandeau mouluré qui passe sous l’appui des fenêtres, les contourne tous, mais tandis qu’un simple talus droit couvert d’ardoises amortit les quatre derniers et que la face de ceux-ci ne porte pour toute décoration qu’une simple moulure profilée en larmier, au contraire, on voit les cinq premiers contreforts se distinguer nettement des suivants, par un éperon triangulaire orné de clochetons à crochets qui pénètre le massif carré à hauteur du bandeau. Une flèche unique réunissant les deux gables monte jusqu’au sommet du contrefort que termine un chaperon de pierre profilé en contre-courbe. Ajoutons que les archivoltes qui enveloppent le sommet des fenêtres, se poursuivent à hauteur des impostes par une moulure et que celle-ci contourne les premiers contreforts, tandis qu’elle s’arrête contre les seconds.
Le portail occupe toute la quatrième travée. Le quatrième et le cinquième contrefort qui l'encadrent présentent une décoration supplémentaire. L’étage inférieur sur ses trois faces et les deux faces latérales de la partie intermédiaire sont tapissés d’arcatures aveugles méplates qu’un trilobé pris sous une anse de panier termine. Cette décoration maigre et sèche, dont les artistes picards firent un usage excessif, couvre des murs entiers de l’église Saint-Vulfran d’Abbeville et gâte complètement la façade de Saint-Riquier. On la rencontre également à la façade de la cathédrale de Beauvais et à l’église de Conty.
Les faces triangulaires de ces deux contreforts ont de plus reçu comme surcroît de décoration deux petits clochetons rehaussés de moulures, de crochets et de fleurons, qui en garnissent les bases.
Les premières travées se font remarquer non seulement par la richesse de leurs contreforts, mais encore par la corniche qui reçoit la toiture Elle se compose de simples moulures dans les trois dernières travées, tandis que dans les premières, elle présente une course de feuillages qui se dégage d’une gorge.
D’après ces différents caractères, on peut distinguer dans cette partie du monument deux dates, sans toutefois mettre un grand nombre d’années entre les deux périodes de construction. Les premières travées appartiennent au début du xvie siècle, comme l’indiquent les deux médaillons portant la salamandre et le porc-épic qui se voient au-dessus du portail ; les dernières travées peuvent remonter à la fin du xvc siècle
Dans le portail, dont la sculpture est vraiment remarquable, fusionnent le style flamboyant et l’art de la Renaissance. Sous une grande arcade, s’ouvrent deux portes surmontées d’un typan ajouré. M. Palustre dans son architecture de la Renaissance, croit voir dans cette disposition une caractéristique de l’art tourangeau au début du xvi° siècle (i) C’est se montrer exclusif. Sans doute en Touraine les portails de ce genre sont nombreux : citons en passant le portail de Saint-Symphorien, près de Tours, qui, avec ses trois statues au-dessus des portes, offre avec le nôtre d’incontestables ressemblances ; toutefois le type du portail de Fontaine se retrouve encore non-seulement en Picardie, comme à Conty, par exemple,
(i) L. Palustre. L’Architecture de la Renaissance. Paris, sans date (Bibliothèque de l’Enseignement des Beaux-Arts) in-8°, p. 260.
à Péronne, à Saint-Vulfran gne, comme à Saint-André,
et à Saint-Gilles d'Abbeville, dans les environs de Troyes,
mais aussi en Champaà Rumilly-les-Vaudes, et
ailleurs.
Un trumeau et deux arcades secondaires en anse de panier divisent la porte en deux vantaux. Les petits cartouches traités en méplat qui se détachent sur le trumeau décèlent peut être une main italienne. Ils peuvent se comparer aux fragments de pilastres en terre cuite, retrouvés à Amboise et dont M. P. Vitry a prouvé la même origine étrangère (i). Une archivolte encadre chacune des portes et se poursuit le long des tableaux extérieurs ; elle s’arrête au sommet du trumeau. Une gorge large et profonde sépare des baies les archivoltes, et finement sculptées dans la gorge, des fleurs de lys stylisées en demi-relief et ornées de bagues sont retenues par des rubans enroulés, dont des angelots soutiennent les extrémités. Une seconde gorge, voisine de l'autre, meublée de rinceaux de feuillages d’un style tout autre, monte de chaque côté dans l’angle des deux contreforts. Au-dessus des portes, une frise ornée d’arabesques renaissance est coupée par la console qui supporte la statue du milieu. Deux autres statues plus petites reposent sur des consoles d’angle. Des feuillages décorent les trois culots.
Le tympan ajouré qui complète ce beau portail, a les dimensions et les caractères d’une véritable fenêtre. Il se compose de trois formes en anse de panier dont un redent treflé occupe le sommet. Les deux arcades latérales sont vitrées celle du milieu est pleine et contre elle s’adosse une statue que couronne un dais de pierre découpé à jour. Un soufflet et quatre mouchettes disposées dans deux sens différents constituent la partie supérieure du remplagc. Une double gorge encadre la fenêtre et les deux styles bien distincts dont nous avons reconnu tout à l’heure la présence dans la décoration du rez-de-chaussée, se rencontre également ici. On retrouve les fleurs de lys et les rubans dans la gorge intérieure et dans l'autre des rinceaux de feuillages. Une troisième gorge, moins importante que les deux premières contient aussi une décoration plus sobre : une cordelière. L’ancien château de Sarcus, dans l'Oise, renfermait cet élément très simple en même temps que très décoratif, qu’on retrouve également dans une nervure du bas-côté méridional de Saint-Riquier. Enfin, une troisième archivolte rehaussée de crochets décrit une courbe en accolade; son fleuron, coupant une corniche à double rang, se perd dans un pinacle qui divise en deux parties une balustrade flamboyante. Celle-ci flanquée de deux autres pinacles élevés sur l'aplomb des contreforts couronne l’ensemble du portail. Des deux gargouilles qui se voyaient de chaque côté, au pied de la balustrade, une seule demeure intacte. Le porc-épic de Louis Xll et la salamandre de François I" ornent les deux écoinçons au-dessus de la corniche.
Les trois statues sont encore dans un état remarquable de conservation. Au centre, Saint-Riquier, le patron de l'église, porte une lourde chape et une mitre ; il soutient de la main gauche un livre ouvert et de la main droite il retient sa crosse. A sa droite, Saint-Pierre, tête nue et chauve, porte toute sa barbe ; Il est drapé dans un ample manteau. De la main gauche, il soutient un livre appuyé contre sa poitrine, et de la main droite il tient une clef. Le personnage qui lui fait vis-à-vis, facilement reconnaissable à l'enclume qu’il porte sur le bras droit, attribut caractéristique de Saint-Adrien (2) est le plus intéressant au
(!) p. Vitry. Michel Colombe et la sculpture française de son temps. Paris, iqoi. in-8°, p. 191.
2) Renseignement de M. l’abbé Le Sueur.
Fontaine-sur-Somme. baptismaux.
double point de vue de la sculpture et du costume. Son manteau bien drapé et ramené à droite dégage le bas des jambes, de la main droite il tient un bâton. Un chapeau à plumes lui couvre la tête ; un lion est couché aux pieds du personnage.
En poursuivant la visite extérieure du monument du côté du chœur, nous remarquons dans les soubassements la présence d'un appareil en damier composé de grès et de silex. L’étude de l’extérieur nous apprend aussi que trois fenêtres placées dans les trois axes de la nef et des bas-côtés furent bouchées.
La sacristie, bâtie au-dessus des caves du château, fut construite en 1722, sur un terrain donné par Louis de Mailly.
Trois combles à double rampant couvrent le monument. Les bas-côtés se terminent par des pignons droits dont les sommets sont ornés de crochets et de fleurons ; un cinquième pignon, offrant une ornementation analogue, sépare du chœur la nef dont la toiture est sensiblement plus basse.
Pour conclure, je résumerai ainsi les différentes dates de construction :
i° Clocher, commencement du xv’ siècle.
2° Chœur et chapelles, courant et plutôt fin du xv' siècle.
3° Nef et bas-côtés, commencement du xvte siècle. Il faut remarquer que dans cette troisième campagne de travaux, on commença la construction de l'enveloppe extérieure par la façade du Nord et qu’on la termina par la façade du Sud.
Enfin 4° construction des voûtes en 1 56 1 .
Trois pièces du mobilier, les fonts-baptismaux, la chaire et le maître-autel avec son retable, méritent d'être mentionnés.
Les fonts-baptismaux surtout, présentent un intérêt archéologique incontestable. Une courte colonne en pierre à huit pans rattachée à un socle par une baguette et un talon renversé, se relie par une scotie à une tablette profilée en bandeau. La tablette supporte une vasque de marbre rouge dont chaque pan est creusé de trois cannelures. Le couvercle monumental, en chêne, se manœuvre à l’aide d’une potence comme celui de Saint-Riquier. 11 se compose dans la
partie inférieure d’une frise dont le plan octogonal se raccorde à la vasque et qui comprend huit petits panneaux séparés les uns des autres par des masques. Des cartouches entourés d’arabesques décorent chaque panneau. L'un des cartouches
porte la date de 1590. Trois ordres d'architecture se superposent au-dessus de la frise. Toutes les colonnes appartiennent fi 1 ordre corinthien ; elles diminuent de hauteur à chaque étage et le monument, se rétrécissant à mesure qu il monte, se termine par une petite coupole supportant une sphère et une croix.
« La chaire, de style Louis XIV, est en chêne sculpté. Dans ses panneaux sont représentés Jésus tenant dans la main le globe du monde surmonté de la croix ; Saint Paul, l'épée dans une main, le livre de ses épitres dans l'autre ; une abbesse, un grand voile sur la tête, porte d'une main une croix serrée contre la poitrine, de l’autre une crosse. L’abat-son est entouré d’une guirlande finement sculptée et surmonté d'une grande fleur de lys.
« Le grand autel est en chêne peint et doré ; un retable à colonnes le surmonte ; au milieu du rétable, un tableau peint par Choquet, d'Abbeville, représente l’Ascension.
a Ce rétable et cet autel, œuvre de Carpentier, sculpteur à Amiens, datent de 1783 ; le prix fut de i53o livres. Le tableau coûta 200 livres ; Bourgeois et Mathieu, d'Abbeville, reçurent 424 livres pour peinture et dorure.
« Quant à l'autel et au rétable de la chapelle de la Vierge, ils furent achetés en 1778, à Vimeux, sculpteur à Amiens, pour la somme de 244 livres. Ils n'étaient pas neufs et turent restaurés, dorés et peints pai le sieur Sivie, d’Abbeville. » (1)
11 ne faut pas oublier de citer, enfin, les deux beaux anges adorateurs en chêne, œuvres du xvnfl siècle, qui complètent la décoration du maître-autel.
Une pierre encastrée sous le porche porte l'inscription suivante : « En lan 1753, le clocher étant tombé en ruine par le défaut des toicts, a été fait neuf et en 1754, aux trois cloches cassées pesantes 36oo ont été mis 3200 de métail pour faire la quatrième grosse, par messire Charles Leprestre, curé de ce lieu, qui en a fait toute la dépense ainsi que la 5' petite en l'an 1754. »
La sonnerie de l’église qui jouissait d’une grande réputation dans la vallée, n’a rien perdu de son charme, mais des trois cloches qui appellent à l’église les habitants de Fontaine, une seule est ancienne. En voici l'inscription :
A LA PLUS GRANDE GLOIRE DE DlEU EN 1^4, JAY ETE BENIE ET DONNEE A CETTE ÉGLISE PAR MESSIRE CHARLES LEPRESTRE MAITRE ES ART EN LE FACULTÉ DE PARIS
ET CURE DE CETTE PAROISSE LEQUEL ASSISTE DE GaBRIEL ELISABETH LEPRESTRE SA SŒUR RELIGIEUSE DE Si FRANÇOIS, MONT NOMMEE CHARLOTTE ELISABETH RlQUIER^