TRIA HORUM MAJOR EST CARITAS
Sur la panse, on distingue trois médaillons : un évêque bénissant, mitre en tête, crosse en main ; un Saint Nicolas ; un Saint Martin partageant son manteau et un cartouche portant le nom des fondeurs Philippe et Florentin C[a]vii.lier fondeurs a Carrépuis près de Roye. Le cartouche est accostée de ia date , d’un côté 17, de l’autre 54.
Il faut savoir gré à M. Le Sueur d’avoir trouvé dans les archives communales et d’avoir publié la relation faite par Charles Le Prestre, curé de Fontaine, pour la refonte de ses cloches, le 10 juillet i754. La souscription à laquelle Charles Le Prestre avait tout d'abord songé, n’avait produit aucun résultat. « Alors,
iq 1 Abbé Le Sueur. Notice citée, pp (2) N une autem manent fides, spes, Corinth. Chap. XIII. — Deux cloches de la Foi et de l’Espérance.
charitas, tria haec : major autem liorum est charitas. Saint plus petites que celle-ci étaient placées sans doute sous le
Paul, I.
vocable
porte la date de 1590. Trois ordres d’architecture se superposent au-dessus de la frise. Toutes les colonnes appartiennent à l’ordre corinthien ; elles diminuent de hauteur à chaque étage et le monument, se rétrécissant à mesure qu il monte, se termine par une petite coupole supportant une sphère et une croix.
dit-il, je pris le parti de me mettre pour ainsi dire au-dessus de moy-même, et me regardant seul dans la famille, je crus qu'il convenait que je claréfiasse une partie des biens que la Providence m’avait procurés, par la mort de mes frères et sœurs ». Il refuse de traiter avec ces fondeurs lorrains qui, sans cesse, parcourent le pays, mais dont l'honnêteté est suspecte. Il a entendu parler des frères Cavillier, fondeurs dans un petit village des environs de Roye, à Carrépuis ; il va les trouver, les voit à l’œuvre et satisfait de leur travail, s'empresse de conclure avec eux un marché : il fournira tous les matériaux et leur paiera 200 livres pour la façon. Les fondeurs arrivent à Fontaine le 3 juin 1754. « La probité jointe à toutes les lumières en ce qui concerne leur profession, me procura mille sujets de consolation, aussi je les forçai à demeurer chez moi pendant les cinq semaines qu’ils passèrent à faire leur travail... Le feu fut mis au fourneau le ier juillet à minuit et à huit heures du matin le métal a coulé dans les moules avec heureux succès tel qu’il se voit aujourd’hui... Ces cloches ont un son agréable également de loin où elles se font bien entendre, comme de près où elles charment et ne laissent rien à désirer. » Et sur cette parole satisfaite, le bon curé qui, en effet, avait bien mérité de sa paroisse, termine sa relation.
Contre le portail, une pierre tombale rappelle que Gabrielle Gaillard de Boencourt décéda le 27 mai 1818, âgée de 81 ans. Elle porte son écusson losangé : d’azur, au chevron d’argent, accompagné de trois croix pattées de même.
Une litre funèbre aux armoiries des Boencourt est encore visible sur plusieurs contreforts de la façade du Nord. (1)
FRUCOURT
En 1541, un Jean de Vaux, fils de Gilles de Vaux, vend a Antoine de Montomer la seigneurie de Frucourt qui passe ensuite et successivement de fils en fils à François, à Oudart et à Henry de Montomer. Celui-ci, par son testament, daté de 1649, laisse la seigneurie à son frère Charles-Michel, lequel n'a pas de fils. Sa fille, Marie-Anne de Montomer, épouse Louis de Saint-Simon, marquis de Sandricourt, Le marquis de Sandricourt vend la terre de Frucourt en 1745, à Jacques Morgan, écuyer, et à sa femme Marie-Anne Boicervoise. Le château et le magnifique domaine qui en dépend, appartiennent aujourd'hui à un descendant de Jacques Morgan, le comte de Pleurre.
Ces détails sont consignés dans le terrier que conservent les Archives du château.
Le château, situé dans la partie haute du village, est une imposante construction en briques et en pierres, de l'extrême fin du xvne siècle, peut-être même du xvin' Il s'élève sur les fondations d’un château beaucoup plus ancien dont furent conservés les caves et les sous-sols. Ces vastes sous-sols donnent sur des
(il Le vicomte d’Auberville, neveu de Gabrielle de Boencourt, épousa Marie-Paule-Sophie de Montagu et non pas de Montagre. Elle demeurait à Fontenay, canton de Rosay (Seine-et-Marne) et non pas canton de Rosoy (Seine-Inférieure). — Rectification à la notice de M. Le Sueur, p. 260.
douves sèches. Leurs murs dépassent un mètre d’épaisseur ; les voûtes sont les unes en berceau de pierre, les autres en berceau de brique ; deux pièces conservent encore leurs cheminées à hotte. Le départ d'un escalier à vis, construit sur un berceau rampant en briques, rappelle beaucoup ceux qui montent dans chacune des tours du château de Rambures ; cet escalier s'arrête au plafond du sous-sol. Il faut voir dans ces importantes et intéressantes substructions, les restes d’un château du xvb siècle, sinon même de la fin du xv‘.
Le château se compose en outre d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage. Deux ailes, disposées en retour d'équerre, accusent à l'Ouest, sur la façade principale, deux saillies prononcées. Deux petits pavillons à pans coupés et ouverts de nombreuses fenêtres, forment le prolongement de ces deux ailes. Ces pavillons supportent un toit inansart.
Un toit d’ardoise très élevé sur lequel se détachent de hautes cheminées couvre le reste de la construction et lui donne un grand caractère.
Un fronton triangulaire orne la partie centrale de la façade.
La façade opposée est flanquée à chacun de ses angles d’une tourelle ronde et une rotonde à pans coupés se développe au centre. Cette rotonde qui correspond au grand salon est la partie la plus soignée du château. Des têtes sculptées ornent les clefs des fenêtres et le bas-relief, représentant une femme couchée au milieu des fleurs, qui en décore le tympan est un très bon morceau de sculpture.
L’intérieur comprend des pièces spacieuses ornées pour la plupart de jolies cheminées Louis XV en marbre et de trumeaux sculptés. Le poêle Louis XVI de la salle à manger mérite une mention. Il est en tôle et d’un dessin original. Le tuyau de fumée présente la forme d'un vase dont la panse est rehaussée de guirlandes de laurier autour d'un médaillon. Le tuyau s amincit ensuite pour se terminer par une gerbe de flammes.
Le grand salon, octogonal, a reçu une décoration Louis X\ l tout à fait charmante. Ses boiseries d’une extrême finesse rappellent certains détails du château de Saint-Gratien publiés dans la Picardie historique et monumentale, (t) Les grands panneaux portent une branche de chêne et une branche de laurier qui se croisent au-dessus d'une hampe de lance pour former trois couronnes superposées. Dans la partie supérieure du trumeau, est sculpté un vase accompagné de rinceaux, et dans la partie inférieure, une délicate guirlande de roses retenue par des rubans. Les quatre petits panneaux qui entourent les trumeaux sont ornés de longs vases d’un profil délicieux. Les deux trumeaux qui se font vis-à-vis contiennent au sommet des médaillons peints, de forme ovale. Des guirlandes de roses, reliées à des cornes d’abondance descendent sur les glaces.
Les six jolies têtes qui ornent le sommet des portes et des fenêtres et qu'on a reliées avec beaucoup d'adresse à la décoration Louis XVI du salon, sont antérieures à cette décoration et datent de la construction du château. Elles représentent les quatre saisons : le printemps couronné de roses, l'été couronné d'épis, l'automne couronné de pampres, 1 hiver couvert d un turban, et se faisant face, le jour et la nuit reconnaissables au croissant et au soleil. Trois têtes absolument identiques à celles-ci et représentant le printemps, l’été et l'automne se retrouvent au beau château d â ville en Normandie, construit par le financier Lave au début du xvine siècle. (2)
li) Tome Ier p. 247.
2 La Normandie monumentale et pittoresque, (Seine-Inférteure), Havre, 1894, in-fol. p. 257. — Une partie de la façade-est de l'abbaye de Saint-Acheul, date du courant du xvmc siècle. Cf J. Roux, Histoire de l'Abbaye de Saint- Acheul-lès-Amiens, Amiens, 1890, in-.f, p. 238. (Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie). Les saisons y sont également sculptées.
«g*g««3^èw JOJuitJ' ■ ■ — '■«
^ - - ».l*BÎ'-'~-
FRUCOURT
Panneau et glace dans le salon du château
En 1692, les procès-verbaux d'une visite pastorale font mention de la chapelle du château (1); cette chapelle serait-elle le petit oratoire qui occupe une des pièces du premier étage du château actuel de Frucourt ? peut-être; mais il faut croire plutôt qu’il s'agit ici de la chapelle du premier château et que la construction actuelle ne date que du premier quart du xvine siècle.
Les communs construits en contre bas du château se composent de grands bâtiments, tous en briques, entourant une vaste cour, dont un beau colombier également en briques occupe le centre. Une partie de ces constructions remonte à 1 époque Louis XIII, comme l'indiquent les quatre lettres en fer 1, 6, 3, 3, qui servent d'ancres à la charpente de l’un de ces bâtiments.
Un moulin fortifié en briques s’élève sur le territoire de la commune, mais à une certaine distance du village. Les murs atteignent presque un mètre d'épaisseur et au-dessus des deux portes percées l une en face de l’autre et assez larges pour permettre à une bête de bât chargée, de pénétrer à l’intérieur du moulin, on voyait, il y a peu d’années encore, des mâchicoulis. Une seule des deux portes a conservé aujourd’hui cette ancienne disposition. J’attribuerais volontiers cette construction au xvi” siècle, si au-dessous des armoiries martelées de Montomer on ne lisait tracée en briques noires la date de 1641. Dans le magistral tableau de la France qui ouvre son histoire de Richelieu, M. Hanotaux a exposé l'insécurité qui régnait encore à cette époque dans les campagnes. II est tout naturel dès lors, qu'un moulin éloigné de toute habitation fût solidement construit et en mesure de résister à une troupe de maraudeurs.
GRANDSART
Grandsart est un hameau qui dépend de la commune de Bailleul. Un ancien chapiteau en grès sert de piédestal à une croix de fer. Il se trouvait encore il y
Grandsart. — Base d une croix.
(1) Bibl. d’Amiens, ms. 514, p. 239.
a une quarantaine d’années dans le cimetière de Bailleul et pourrait bien provenir de l’ancien château. Il a o,53 de hauteur et sa corbeille se compose de grandes feuilles méplates terminées par des crochets. Le tailloir octogonal se profile en un bandeau et un tore. Ce chapiteau présente tous les caractères de la sculpture du xiii' siècle.