ÉGLISE SAINT-FIRMIN
Saint-Firmin est une ancienne paroisse qui a toujours fait partie de la commune du Crotoy et Mayoc depuis le xiu' siècle, mais a conservé, au point de vue spirituel, son autonomie paroissiale et son curé propre, malgré le peu d’importance de sa population. La position écartée de ce village, à une lieue de Rue et à une lieue et demie du Crotoy, est sans doute la cause qui lui a fait garder son indépendance.
Ce lieu s’appelait autrefois Berthaucourt-sur-Mer (i), puis Bétaucourt. Le nom du patron de l'église, comme il arrive souvent, a fait disparaître 1 ancienne dénomination du village.
L’église est beaucoup trop grande pour les quelques maisons qui en dépendent seules aujourd’hui, et semble avoir été construite pour abriter un peuple plus nombreux. Sans être un monument, cet édifice n’est pas indigne de quelque attention. Sa nef a été incendiée en mai 1901 (2); je l’avais visitée avant ce désastre, ce qui me permet d’en donner la description et de relever bon nombre d’insc.riptions aujourd’hui disparues. Voici donc mes notes de 1895 :
Le plan comporte une nef de plusieurs époques, sans caractère, et un chœur du xv' siècle, avec une forte tour, élevée vers le xvu' en avant-corps. Les murs extérieurs sont tout en grés, sauf pour la nef, construite irrégulièrement avec divers matériaux, parmi lesquels la brique domine.
La tour a été très solidement bâtie; ses épaisses murailles de grés, épaulées par de robustes contreforts construits dans I axe du mur, semblaient défier les siècles; mais elle a été foudroyée trois fois, vers 1825, vers 1837 et en i8q5 (3), et les ravages du feu du ciel, joints à la violence du vent de mer, n’ont jamais été bien réparés. Le mur sud est très endommagé, lézardé du haut en bas, et menace ruine. De plus, à une époque déjà ancienne, on a dû détruire l’étage supérieur de cette tour, jusqu’à l’imposte de ses grandes fenêtres cintrées, qui, depuis lors, sont coupées aux deux tiers de leur hauteur. Un beffroi en charpente, avec capuchon en forme de dôme bulbeux, remplace aujourd’hui cet étage; je suppose que ces travaux ont pu être exécutés au lendemain de la Révolution.
(1) Berlaucourt au pouillé de 1301. CF. Dars 1, Bénéfices Je l'Église d' Amiens, t. Il, p. 225, qui donne d'intéressants détails sur l'histoire de la dîme, et la limitation du territoire (1487) d’avec celui de Saint-Jean des Marais; sire Jehan Brocquet étant alors curé de Saint-Fremin de Béthaucourt. — *■. Le presbytère est ;1 une portée de fusil de la mer et exposé aux vents ». (Déclaration de 1728). - Une charte du Chapitre d’Amiens, octobre 1211, traite : de
personatu de Bertaucort ; une autre, de mai 1220 : * proventus . de Bertaucort ». (Cartulaire du Chapitre d’Amiens,
t. I,pp. 180,209).— En 1589, le hameau de Froizes en Marquenterre était de la paroisse Saint-Firmin de Béthaucourt. (Minutes Poullet, notaire à Montreuil).
(2) Le feu a pris en plein jour, sans doute par un cierge laissé sur l’un des petits autels. La nef a été entièrement détruite; il a fallu démolir les quelques murs restés debout, qui menaçaient ruine. Le chœur et la tour n’ont pas souffert. J’ai pu revoir l'église en décembre 1902, avant la reconstruction, et compléter mes notes sur le pavé encore en place.
(3) Praroxd, op. cit., p. 217.
Le portail, en cintre surbaissé, s’ouvre à l’ouest; il n’a aucune moulure, non plus que les fenêtres hautes. Deux larmiers divisent la tour dans sa hauteur, et les contreforts ont quatre ressauts. Une tourelle octogone engagée, accolée au mur
nord, contient un escalier de 67 marches de bois.
Les murs intérieurs sont en briques; tout l'intérieur de la tour est en fort
mauvais état, presque en ruine; il ne reste que des vestiges des anciens planchers; seule la charpente des cloches, à demi pourrie de vétusté, est encore en place à une vingtaine de mètres au-dessus du sol. L’ascension en est périlleuse, mais le
chercheur qui la tente est bien récompensé de ses peines, car dans le vaste beffroi, près d’une mauvaise tinterelle d’acier, toute rouillée, sortie des ateliers Jacob Holtzer à Unieux, se trouve une grande et belle cloche du xvie siècle, dont le poids entraînera quelque jour sa charpente vermoulue. Elle est ornée de trois filets à la base, et porte sur sa panse une croix haussée à trois gradins, entièrement couverte de rinceaux gracieux; à la partie haute, deux plaques carrées contiennent : i° le Christ en croix, entre la Vierge et saint Jean; 20 la Vierge Mère accostée d’une grande fleur de lys.
Voici l’inscription :
* bam iacquce 6rocquct prieur bc fovemontiev cure bc cljiciw ma boife a non mar e fan mi î vcc et $ 1 $ franchie bc mofort nom? ||
a fait (1).
La nef est très mal bâtie; son mur sud menace ruine; les contreforts sont à demi écroulés, et il est probable que tout serait déjà tombé, sans quelques anciens et solides parements de grés qui soutiennent le reste (2). La charpente est apparente, avec berceau surbaissé en planches. Un portail latéral carré s’ouvre dans la première travée du mur nord; un autre, en tiers-point très aigu, existait au sud; il est muré. Toutes les fenêtres sont en plein cintre; il y en a trois au nord et deux au sud, percées sans aucune symétrie. Autrefois la dernière travée était flanquée de deux chapelles, dont il ne reste plus aujourd'hui que deux petits réduits inégaux, de un mètre environ de profondeur, éclairés chacun par une fenêtre carrée, et s’ouvrant sur la nef par une grande arcade romane doublée, à arêtes arrondies, qui repose d’un côté sur un pied-droit et de l’autre sur une console (3).
L’arc triomphal est en tiers-point, de hauteur moyenne, et percé dans un mur doxal très épais, qui, antérieurement à la construction de la tour actuelle, portait un campanile. On voit encore, du dehors, les restes de ce çampenard de grés, la baie de l'arcade inférieure, et la base de la supérieure.
Le chœur, couvert de tuiles, se compose de trois travées droites et d’un chevet à trois pans. Les murs sont de grés au dehors, de craie taillée au dedans. Chaque travée est étayée d'un robuste contrefort à deux ressauts, terminé en bâtière. Un cordon en larmier règne sous l'appui des fenêtres et contourne les contreforts.
Les fenêtres, surmontées extérieurement d'une archivolte de grés, sont au nombre de sept, trois au chevet et quatre dans le chœur. La première travée, où
(1) Il est probable que cette cloche provient de Forestmontier, car il n’est guère possible que le prieur de Forestmontier ait été en même temps curé de Saint-Firmin. En 1487, sire Jehan Brocquet, sans doute un de ses parents, était curé de cette dernière paroisse. — Quant au fondeur François de Monfort, son nom était inédit quand je l’ai cité en 1901 dans les Mémoires de la Commission départementale du Pas-de-Calais, t. II, p. 319. Depuis lors j’ai retrouvé sa signature sur les cloches de Sanghem (1487), Belle (1496) et Bellebrune (même date) (Pas-de-Calais, arrondissement de Boulogne).
(2) On voit que l’incendie de 1901 n’a pas détruit un monument qu’il faille regretter.
(3) Tout ce qui précède, sauf la tour, je le rappelle, a péri par le feu.
s’accole au sud la sacristie, et où s’ouvrait au nord un portail aujourd’hui muré, est aveugle. Ces fenêtres, simples, étroites et très aigues, en forme de lancettes, sembleraient antérieures au xv' siècle, si leur double moulure intérieure n’était prismatique et ne retombait sur des bases piriformes.
La voûte est belle, tracée en étoile, avec liernes et tiercerons. Ses épaisses nervures retombent en faisceaux sur des culs-de-lampe en pyramide renversée. Mats si les supports n’offrent aucune variété, il n’en est pas de même des clefs. Les trois principales portaient sans doute des écussons qui ont été bûchés; mais les autres subsistent intactes.
p» travée : Instruments de la Passion : i° marteau, tenaille et 12 deniers; 2° croix, échelle et trois clous; 3° verge, corde et trois dés; 40 coq, colonne, lance, sabre et couteau. Enfin la clef des ogives, si elle a perdu son écusson, a gardé la couronne d’épines qui le ceignait Sur le doubleau, fleur de lys florencée.
2e travée : les anges des quatre vents. Sur le doubleau, saint Antoine et son cochon.
3' travée et chevet : six clefs : les quatre attributs des évangélistes, le soleil, un ange avec un phylactère.
A droite du maître-autel, une piscine en cintre surbaissé est encadrée d une moulure à bases piriformes.
Le mobilier n’a aucun intérêt. Une affreuse toile, représentant saint Firmin, surmontait autrefois le maître-autel; on l’a reléguée dans un coin de la nef, et c’est encore trop d’honneur (1).
Le pavé est très hétérogène : grés, stinkal, briques, tuiles, et (surtout devant les petits autels) quelques carreaux de Sorrtts, en terre cuite vernissée, où 1 on voit : une tête sur un coussin, une poitrine avec bijou en forme de croix, des mains jointes, un pied, divers ornements géométriques et des fragments d inscription :