‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 58 sur 79 · LE CROTOY · texte numérisé non relu

LE CROTOY

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dames : Vu-ville, compat- -ant a an hère» •• a soi, malheur. Vainement

assiégée n iq36 par les troupes françaises et bourguignonnes, maintenant réunies sous la même bannière, la forteresse demeure le boulevard de l'Angleterre en Pont u jusqu'en >450, où enfin Philippc-lc-Bon s'en rend maître. Il ne reste rien de cette place de guerre, sinon un pan de mur absolument informe.

L’ancienne église Saint-Pierre du Crotoy, s’il faut en juger par la description de M. Pr ond (4), ne manquait pas d'intérêt. On 1. emplacée par un édifice affreux et' du plus mauvais goût. De la vieille mtlise on n’a conservé que la tour occidentale, onstruclion barlongue de forn arre mut en grés et anterieure nu xv' siècle. La façade occidentale est pem un ; ri ai I en tiers-point, orné d'un irt boudin .jui descend sur les pieds-dr archivolte qui le surmonte se relie

un cordon contourne la tour. A s mvre un œil-de-bœuf dont le

remplage est moderne. Beaucoup plus h 1 • Jeux cordons rompent l’uniformité de le, qui n'a aucune ouverture à • supérieur.

ngoult e« honoré A Montreuil, < avait jadis une chapelle sous son vocable; — aujourd'hui • tfne du Gr>. ./ Saint-Gengoultl

'ivoire du » toy : Prarond, Notù précitées, tome II, pp. 130 à 218. — Fl. Lkkils, Histoire 'h '• • et Js su m, Abbeville, i.> , pp. m-12. — Le même, Le Crotoy, Paris, 1861, 185 •

1. I iqueur 1 1> npilateur rt du Crotoy pendant les quinze années

t . içais reprenant cette place en ifl ', et encore en 1376, puis en 1385, 'ai

comn. i iraient toujours.

Au sud, la tour est éclairée au rez-de-chaussée par une simple fenêtre aiguë, sans ornements ni archivolte. A l’étage supérieur s’ouvre une autre fenêtre, à tiers-point peu accusé, dont l’archivolte se raccorde au cordon supérieur de la tour. Deux fenêtres semblables accolées, avec deux archivoltes distinctes, éclairent la face Est au-dessus des toits de l’église.

Au nord se trouve l’escalier; de ce côté la tour n’est éclairée que par sept ouvertures irrégulières, dont cinq sont de vraies meurtrières.

La tour est flanquée de contreforts placés dans le prolongement de la muraille, et divisés en sept ressauts peu accusés. Elle est couronnée par une plateforme sur laquelle s’élèvent, au sud, un capuchon en charpente et ardoises; au nord, une tourelle de guet. L’ensemble de cette construction est bizarre et original (i).

Devant le portail, à l'extérieur, gît à l’injure de l'air une grande pierre tombale bleue du xive siècle, malheureusement en très mauvais état, mais qui jadis a été fort belle : deux personnages, mari et femme, sont figurés au trait, couchés sous deux arcades aiguës à redents et séparés par une belle colonnette à chapiteau à crochets; les dais surmontant les arcades semblent avoir été fort riches. Les têtes et les mains jointes, qui devaient être en incrustation de marbre, ont disparu. L’effigie de l’homme est presque détruite, mais celle de la femme est encore assez bien conservée, et l’on pourrait compter les plis de sa robe. La pierre, sorte d’ardoise, est d’une grande épaisseur; il est regrettable qu’on ne l'ait pas laissée dans l’église, où elle se serait probablement moins endommagée. On ne lit plus une seule lettre de l’inscription.

L’autel latéral de droite garde un magnifique morceau de sculpture sur bois, le plus bel ornement de l’église : c’est un rétable de chêne sculpté (xvu ou xvie siècle), représentant trois scènes de la vie de saint Honoré, évêque d’Amiens : sa consécration, sa messe miraculeuse et l’invention des corps des saints Fuscien, Victoric et Gentien à laquelle il assista.

« Le compartiment du côté de l’Evangile », dit M. l’abbé Lefebvre (2), « représente la consécration épiscopale de saint Honoré. Quatre évêques en chape, la tête couverte de la mitre, entourent le récipiendaire qui, revêtu de la chasuble, les mains jointes, est assis sur le siège épiscopal et reçoit l'imposition de la mitre. Dans le fond apparaissent un chanoine, l’aumusse sur le bras, et un officier d'église. Au premier plan, deux jeunes clercs sont debout de chaque côté, l’un porte le livre, l’autre la crosse.

a Le compartiment du milieu rappelle un des faits miraculeux de la vie de saint Honoré : l'apparition, au-dessus de l’autel, d’une main divine, bénissant le calice au moment où le vénérable prélat prononce les paroles de la consécration. Le bienheureux Honoré revêtu de ses ornements pontificaux est à l'autel, le diacre et le sous-diacre sont à genoux, tandis que deux prêtres en chape, faisant face au public, placés debout de chaque côté de l’autel, portent, l’un la mitre, l'autre le bâton pastoral de l’évêque. Deux jeunes clercs aussi à genoux, tiennent chacun un cierge, et complètent la scène. A la vue du prodige, ils sont dans l’admiration. La main miraculeuse qui devait se trouver vers le haut du rétable a été brisée.

(1) En 1856, M. Prarond écrivait : « La décoration la meilleure, et la plus pittoresque de ce clocher est fournie par les herbes sauvages qui, enracinées entre toutes les pierres, grimpent depuis le bas jusqu’en haut et, dans ce pays de sable, résistent, première verdure, aux vents de la mer ». ( Op. cil., t. If, p. 198). On a, depuis, hélas! ravalé la façade et fait disparaître ce tapis romantique.

(2) La Chartreuse de Saint-Honoré à Thuison près d'Abbeville, 1885, p. 173 et sq. — Cf. aussi E.w. Deligxières, Les retables de l’église Saint-Paul d’Abbeville et de l’église du Crotoy, ap. Mémoires de la Société d'Êmulation d’ Abbeville.

« I.e troisième sujet représente la cérémonie de l’invention des reliques des saints Fuscien, \ ictoric et Gentien, martyrisés au village de Sains, par ordre de Rictius Varus, préfet de la Gaule Belgique. On ignora pendant plusieurs siècles le lieu de la sépulture des saints martyrs; le bienheureux Honoré eut le bonheur de les retrouver, d’après les. indications données en songe à Lupicin, prêtre de la ville d'Amiens. Saint Honoré, en chape et couvert de la mitre, encense les corps des trois saints que l’on vient de découvrir. Le fossoyeur est encore là, dans une attitude de pieux recueillement, s’appuyant sur sa bêche. Près de l’évêque, se tiennent un prêtre en chape et un chanoine, l’aumusse sur le bras; ce dernier porte d’une main la crosse et de l’autre la navette. Sur le côté, un personnage couvert d’un haut bonnet, la main derrière le dos, relève les longues manches de sa robe. Au second plan se trouvent deux autres personnages laïques, et dans le fond deux femmes avec des coiffures en forme de turban, une femme du peuple et trois jeunes clercs.

« Sur les volets placés pour garantir ce magnifique rétable, on avait peint le Sauveur faisant la cène avec ses disciples, et les apôtres dormant, tandis que leur divin maître prie dans le jardin des Oliviers. Au-dessus du rétable, se trouvaient les statues de saint Honoré, de saint Nicolas et de saint Hugues de Lincoln. (Ms. Siffait).

« Les dais qui surmontent les divers sujets traités dans » ce rétable, « sont d’une grande richesse, parfaitement ordonnés et fouillés avec une délicatesse telle que la sculpture semble vouloir rivaliser avec l’orfèvrerie. Chaque compartiment présente un dais qui fait saillie et se subdivise en pans coupés, séparés par de gracieuses colonnettes et de légers contretorts, surmontés de clochetons. Les pans sont ornés d’arcs surbaissés à contre-courbures enjolivées de crochets et d’amortissements feuillagés. L’ensemble est relié par des ornements formant fenestrages et délicatement découpés à jour ».

Ce rétable parfaitement conservé est remarquable « par la beauté et le fini du travail. Le relief est fortement accusé; les personnages du premier plan se détachent même complètement de l’ensemble, les groupes sont heureusement disposés et prouvent un véritable talent de la part des artistes qui ont dessiné ces bas-reliefs. Il y a là un sujet d’étude d’autant plus intéressant que le sculpteur s’est servi des costumes de l’époque où il créait son œuvre. Ornements épiscopaux et sacerdotaux, habillements d’hommes et de femmes, coiffures, accessoires, tout présente le type du xv' siècle ».

Ce rétable provient de la Chartreuse de Thuison, près Abbeville (i), ainsi qu’un autre qui lui faisait pendant, et qui se trouve aujourd’hui dans l’église Saint-Paul hors les murs d’Abbeville (2).

Voici les très intéressantes inscriptions des cloches du Crotoy (3) :

ir‘ cloche : 1641. Françoise svis noee par havt et pvissant sg» Mue François

SIRE DE RAMBVRE BOVLINVILLER CHLER SGr DVD* LIEV COMTE DE COVRTENE SR DE DONPIERE

(1) « M. Dusevel, dans une lettre â M. Boucher de Perthes (Mémoires de la Société d' Émulation d'Abbeville ), pense que ce rétable provenait de l'église Saint-Wulfran, mais cette opinion n’est pas admissible lorsqu'on connaît les détails donnés par les auteurs du manuscrit Siffait (qui ont décrit, avant 1789, l’église des Chartreux de Thuison et son mobilier) — Le rétable de Saint-Honoré a été acheté et offert à l’église du Crotoy par Doin Florentin-Félix Delahaye. Cet ancien bénédictin de l’abbaye de Saint-Nicaise de Reims, après avoir été curé de Favières, était venu mourir au Crotoy *. (Note de M. Lefebvre).

(2) Ce dernier a gardé sa peinture primitive, tandis que celui du Crotoy est verni.

(3'' Communiquées par M. Alfred Julia. Cf. Prarond, loc. cit.

BARON DV VAVDREVIL VICOMTE DE ANBERCOVRT SGR DE HORNOY AVTHIE ET AVTRES LIEVX GOVER DES VILLE ET CHASTEAV DV CROTOY M« DE CAMP DE REGIMENT A PIED FRANÇOIS DE LISLE DE FRANCE POR SA M ATE AGE DE l6 ANS (i) ET MADAME CHARLOTE DE RAMBVRES SA SOEVR FAICT DV TEPS DE ME ESTIE DE PISSY CVRE.

2e cloche : Françoise est mon nom par mesire iean de chvldeberge comte

DE MON DE SE VX MARESCHAL DE CAMP DES ARMEES DV ROI MAISTRE DE CAMP DVN REGIMENT DINFANTRIE ET CAPITAINE DVNE COMPAGNIE DE CHEVAVX LEGERS GOVVERNEVR DES VILLES ET CITADELLE DE R VE ET CROTOY ET MADAME FRANÇOISE MAGDELEINE DE FORCEVILLE SON ESPOVSE FAIT EN LAN 1 643 (2).

A l’issue du Crotoy sur le chemin de La Bassée, dans la garenne, s’élève un monument composé de trois pierres tumulaires remarquables, trouvées en janvier 1 85 1 sur l’emplacement de l’ancienne chapelle Saint-Pierre (3).

La plus ancienne, du xm° siècle, est placée à la partie supérieure du monument; de forme trapézoïdale, plus large à la tête qu’aux pieds, elle mesure environ 2 mètres 20 de long; le champ de la pierre porte en relief une croix fleurdelysée, et l’inscription, en gothique majuscule, est profondément gravée sur les bords de droite et de gauche :

cl)i ■; g : jS : isn^esj ; PHvmeoe ; erp ; ie^Hne ; ||

: Berne ; pqie^ ; povq ; itevq ; Hmejst.

La seconde, très bien conservée, est aussi du xiii® siècle; elle a 2mio de long, un mètre de largeur à la tête et om70 aux pieds; de plus, ses angles sont abattus. Une croix haussée, dont les bras se terminent par des losanges, est gravée au trait dans le milieu. L'inscription se déroule en haut, à droite et en bas :

* cljl : Gl^fP : omqoi II

e : iHDijÿ : senne . qcmeq'r : modb : bovhc1| || e : pqie^ : Poq : BHS1) || G.

Remarquer ce nom de Molle fouache, qui signifie en picard : Tendre galette.

La troisième pierre, placée au revers du monument, est très endommagée; elle date du xive siècle, et porte deux petits écussons : le premier, à la nef ou bateau; le second, à la voile de navire (?). C’est bien un blason de gens de mer. Cette dalle, rectangulaire, mesure 2"’20 sur imio. Voici ce qu’on lit encore de

(1) François de Rambures, seigneur de Rambures par la mort de son frire Jean, en 1637. Dès 1633, il devint mestre de camp du régiment de son nom, par démission du même Jean, son frère consanguin. En 1634, âgé de 14 ans, il le commanda à l’armée de Lorraine, au siège de Spire et à la prise de Bingen en 1635, au secours de Colmar en 1636, aux sièges d’Ivoy et de Damvilliers en 1637, à celui du Catelet en 1638, au siège et à la bataille de Thionville en 1639, aux sièges d’Arras en 1640, d’Aire, de La Bassée et de Bapaume en 1641. Il fut tué à l’attaque de Honnecourt le 26 mai 1642, avec une vaillance bien digne de sa race. Il était fils de Charles, dit le brave Rambures, et de sa seconde femme Renée de Boulainvilliers. (Ml3 de Belleval, Nobiliaire de Ponthieu , 2e édit., col. 787. - Abbé Berton Courtenay et ses seigneurs, p. 143).

(2) Le marëchal de Schulemberg maltraita et martyrisa odieusement, sans aucune raison, sa malheureuse femme héritière d’une des plus riches branches de la maison de Forceville, fille d’Adrien de Forceville, seigneur de Bezencourt Argoules, Ainval et Applaincourt, et de Barbe de Hille. On montre encore à Arras la tourelle où il la séquestra M. le vicomte de Calonne, arrière-neveu de Françoise Madeleine de Forceville, a consacré à cette infortunée une très curieuse notice, où il narre ses tribulations, son évasion mouvementée, ses requêtes à la reine-mère etc (Françoise Magdeleine de Forceville, maréchale de Schulemberg et comtesse de Montdejeux (1620-1675), Arras, 1876 in-8°, 20 pp.).

(3) Prarond, op. cit., p. 208.

l’épitaphe, qui commence sur la ligne de gauche et s’étend en haut et à droite; les caractères sont beaucoup plus petits que ceux des inscriptions précédentes :

* cïji. GifsT. ememne. bovibi . e. d |j e. i^HYev. qy [i. e y. petite . .

(manque la moitié de la ligne supérieure) . Pïjie^. POVq. ^Htlte PATGï^

NOjSTGq.

Il est regrettable que ces trois curieuses dalles ne soient pas datées.

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