‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 63 sur 79 · CHATEAU · texte numérisé non relu

CHATEAU

Il existe un dicton picard relatif à Nampont-Saint-Martin :

Quand François Ier les côtes de Flandre visitoit,

Dens men catieu y venoit couquer.

Ce brocard fait allusion, sans doute, à un événement que rappelle Dusevel (2)

« On ne voit plus à Nampont les restes du château dans lequel François Ie

(1) D’après une communication de M. le curé de Machiel, sur copie de M. Ch. Langlet.

(2) Lettres sur le Département de la Somme, y édition, Amiens 1840, p. 21.

séjourna en 1 5 1 7, lorsqu'il visita la côte de Picardie. Pendant longtemps on montra aux étrangers comme une curiosité la vaste salle de ce château, dans laquelle le monarque reçut les députés du Parlement, et agréa leurs excuses du retard que cette Cour mettait à enregistrer le Concordat, qui abolissait la Pragmatique Sanction, après leur avoir tenu ce langage sévère : « Je sais qu'il y a dans mon « Parlement des gens de bien et des gens sages, mais je sais aussi qu'il y a des « fous turbulents et téméraires; je les connais, je suis instruit des discours qu'ils « osent tenir sur ma conduite. Je suis Roi aussi bien que mes prédécesseurs, je ,. veux être obéi comme eux. Vous me vantez sans cesse Louis XII et son amour « pour la justice; sachez que la justice m'est aussi chère qu’à lui; mais ce Roi « si juste a quelquefois chassé du Royaume des rebelles, quoiqu'ils fussent membres « du Parlement. Ne m'obligez pas à l’imiter dans sa rigueur. Si l’on me résiste « davantage, j'enverrai les réfractaires à Bordeaux, à Toulouse, et plus loin « peut-être; j’ai de plus honnêtes gens qu’eux, tout prêts à les remplacer ». (Gaillard, Histoire de François 7", tome III, page 33q) ».

Je me permettrai de relever ici une singulière bévue de Dusevel.

« On ne voit plus à Nantpont », dit-il en commençant, « les restes du château dans lequel... ., etc. ».

Or, le vieux château féodal de Nampont-Saint-Martin existe encore aujourd’hui, non à l'état de restes, mais presque entier. Il est étrange que Dusevel n'en ait rien su.

Le Père Ignace, mieux informé, avait dit en parlant de Nampont : « Il y a châtellenie, et un vieux château sur la rive gauche de l'Authie, au bas de la montagne du côté de la mer » (1).

Cette vieille forteresse est d'ailleurs très peu connue, et je crois devoir en esquisser ici une courte description, crayonnée à la hâte après une rapide visite.

Le château de Nampont est une ancienne maison-forte, qui doit dater du xv' siècle. Sa porte, dont le cintre a été postérieurement renouvelé en briques, s’ouvre entre deux tourelles en forme d’éperon, percées de meurtrières et couronnées de toits aigus. Un étage de créneaux à mâchicoulis surmontait la porte; on n’en voit plus que les corbeaux.

Les fossés existent encore, mais le pont-levis a été malencontreusement supprimé, il y a une quarantaine d’années, par M. du Maisniel, alors châtelain, dont les armes sculptées surmontent l’entrée : d'argent à 2 fasces de gueules chargées chacune de 3 besants d’or; devise : Os ad hostem.

Cette porte donne accès dans la cour du château, cour à peu près rectangulaire, spacieuse, et entourée de bâtiments sur ses quatre faces. Au sud, la porte entre ses deux tourelles. A l'est, le corps de logis, qui est très petit, sans étage, et semble avoir été refait au xvni" siècle.

(1) P. Ignace Le Carlier, capucin d’Arras, Recueil du Diocèse d'Arras, t. IV, p. 135. (Mss. à la Bibliothèque d'Arras). Voici d’ailleurs tout son article sur Les deux Nem ponts; il ne manque pas d’intérêt :

« On appelle aussi ces deux villages Nemponts de cy ou de chy, et Nemponts de là. Ce sont deux paroisses à droite et à gauche de l’Authie, traversées par le grand chemin d’Abbeville à Montreuil, qui est en cet endroit une chaussée dans le marais pour passer l’Authies. Il y a sur cette rivière une porte et un corps de garde pour empêcher la fraude. Elle est située entre les deux Nemponts. Celui qu’on appelle S'-Firmin, où le curé réside, est à demie-côte, et descend dans la vallée. L'autre, qui n’est qu’un secours de Montigny, est entièrement au bas de la montagne. La cure de S'-Firmin est à la présentation de l’abbé de S'-Josse-sur-Mer. Il est du doïenné de Montreuil, et Nemponts-S'-Martin de celui de Rue. Touts deux à sept lieuës d’Abbeville, et à trois de Montreuil. Il y a châtellenie, et un vieux chateau sur la rive gauche de l’Authies, au bas de la montagne du côté de la mer. La cure de Nemponts-Montigny est à la nomination de l’archidiacre de Ponthieu. La seigneurie appartient à un magistrat ou officier de judicature à Abbeville [ Becquin ».

A l’angle nord-est s’élève une fort belle et grosse tour, à poivrière, dont les nuirs ont une grande épaisseur; le rez-de-chaussée contient une vaste salle et des réduits; l’étage, trois chambres et une antichambre. Une tourelle d’escalier en vis- Saint-Gilles, adossée à la grosse tour, s'ouvre sur la cour par une porte en accolade; l’escalier, jadis en pierres et briques, a été refait en bois. Les charpentes de la tour sont en chêne, et remarquables de solidité. Les murs sont de pierre, et les soubassements de grés et silex. La largeur des fenêtres ne permet pas d’attribuer cette tour à une époque antérieure à la fin du xv“ siècle.

Le côté nord de la cour est bordé par un bâtiment à étage, de la même

époque, dans lequel est pratiquée une porte cochère moins ancienne. Le mur extérieur de ce bâtiment est d’une telle épaisseur, qu’on a pu pratiquer dans toute son étendue un couloir suffisamment large pour qu’un homme y passe à l’aise; ce couloir est éclairé par des meurtrières; il régnait sans doute jadis tout autour du château, et servait de chemin de ronde.

Après ce bâtiment, du même côté, on en voit un autre qui porte le nom de grenier à sel; c’était, en effet, sous l'ancien régime, un entrepôt pour la gabelle. Cette construction a un étage et date du xvnL’ siècle.

Enfin la face ouest de la cour est formée par des écuries très vastes, et dont

le mur extérieur, percé de meurtrières, est très bien conservé et a gardé son air

de forteresse.

Telle est la physionomie de ce manoir, encore cerné de fossés bien diminués maintenant, mais cependant reconnaissables sur lout le pourtour. Appuyé sur la rivière d’Aulhie, dont le flot pouvait aisément inonder ses douves, le château de Nampont, bien défendu, devait autrefois être de quelque importance militaire. Ce n’est plus aujourd’hui qu’une gentilhommière des plus modestes, mais qui garde encore son cachet du moyen-âge et tranche vivement sur la banalité de nombreuses résidences campagnardes du voisinage.

Peut-être le lecteur lira-t-il avec quelque intérêt les lignes suivantes, extraites d’une lettre de M. de Ricault, curé de Montigny, en date du 7 septembre 1711 :

« La terre en question (Nampont) est recommandable par trois clochers ou trois églises où le seigneur est recommandé, savoir à Nempont-Saint-Martin, à Vercourt, et à Nempont-Saint-Firmain. Il y a à Nempont-Saint-Martin le chasteaux batty sur pillotty qui a de très beaux fossés à nettoyer, et la place pour restablir un pont-lever. Le dit chasteaux est plus beaux par dedans qu'il ne paroist par dehors, plus beaux et fort. Devant, il y a une grande pasture quy contien bien 5o mesures ou environ avec des enclots pour y laire des jardins et pour le seigneur et pour le fermier qui seroit. Il y a encore un reste d une belle futé, etc. » (1).

L’état des lieux n’a guère changé depuis deux cents ans.

Le château de Nampont avait pour commandants, en 1671, le sieur de Vaujoye, et en 1700, François Courtin, tous deux capitaines des gardes du sel. En l'an 1606, fut passé au même château le contrat de mariage de Louis Testart, écuyer, sieur de La Folie, et damlle Claude de Sobruicq.

La terre de Nampont-Saint-Martin a appartenu successivement aux familles : de Nampont (xii* et xmc siècle); du Quesnor (Jehans du Quesnoy, escuyers, sire de Nempont vers Buires, 1 352), jusqu'en 1454 au moins (Guillaume du Quesnoy, 1" mars 1454); de Biencourt (Jean de Biencourt, d’où Marie, dame de Nampont,

(1) Lettre originale, aux archives de l’abbaye de Valloires, scellée du cachet de M. de Ricault : ècu de . au

chevron de . accompagné de 3 croissants de . . au chef de . à 3 étoiles de . Heaume et lambrequins. — Ce

sont probablement les armes (inédites' de la vieille famille de Ricault, du Boulonnais,

alliée à Josse de Waudricourt, 1464); de Wau iricourt (Adrien de Waudricourt, fils des précédents. 14991; de Monchy , par le mariage de Louis de Monchy d’Hocquincourt avec Anne de Waudricourt (1 570); Becquin, par achat du 16 juillet 1712. Des Becquin, Nampont passa aux du Maisniel par alliance de Charles-François du Maisniel, chevalier, avec Marguerite Becquin de Nampont (3o septembre 1764); aujourd’hui le vieux château appartient, par héritage, à la famille de Bertoult.

Quant à Nampont-Saint-Firmin, cette terre appartint à une famille de Nampont ; différente de la précédente (xue siècle à 1377); à Raoul de Bernastre, 1417-1425; à Colart de Campmaisnil (ou Caumesiiil), écuyer, seigneur de Bétencourt, époux d'Isabelle de Bernastre, 1426; puis aux Miannay, aux Boulainvilliers, et fut réunie à celle de Nampont-Saint-Martin par l'achat qu'en fit, le 3o décembre 1617, Georges de Monchy-Hocquincourt. Les deux domaines n'ont plus été séparés depuis lors (1).

L’église Saint-Martin de Nampont n'a aucun caractère. Au-dessus d’un portail latéral muré se voit encastré un petit bas-relief d'albâtre (om50 x om25) représentant l’Annonciation; il appartient à la catégorie de ces bas-reliefs que l’on fabriquait par grandes quantités sur un même modèle (2), et qui se retrouvent de tous côtés (3); celui-ci est bien conservé et assez gracieux ixve siècle). Au-dessous, on a gravé sur la muraille ce distique bien connu et qui se voit en divers lieux avec des variantes (4) :

si l’amovr de marie

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