‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 66 sur 79 · CHATEAU · texte numérisé non relu

CHATEAU

Le beau château de Regniérécluse a été en grande partie rebâti sous le second Empire, et les parties anciennes ont été très fortement restaurées. Aussi ne peut-on en donner ici une description détaillée, comme on ferait d'un édifice resté dans son état primitif.

Regniérécluse. — Une cheminée du château

L’aile orientale, à simple rez-de-chaussée sans étage, est du xvie siècle, encore gothique et sans mélange de renaissance, mais extrêmement retouchée il y a cinquante ans. Elle mesure 25 mètres de long. Le pignon sud est flanqué de deux tourelles rondes, rappelant un peu celles de l'église de Tilloloy, construction des Soyecourt. Deux cordons en larmier limitent les étages. Les fenêtres sont étroites, en anse de panier, avec moulures prismatiques. Les couronnements de ces tourelles

sont refaits. Les murs sont de pierre; les soubassements en damier de grés et de silex vers l’extérieur, de grés seulement sur la cour.

Au bout de cette aile vers le nord, s’élève un grand pavillon carré de 8 mètres de côté, à étage sur rez-de-chaussée. Dans les combles, on remarque une belle lucarne de pierre, primitive et bien conservée; la baie est large, en anse de panier très surbaissée, surmontée d'un tympan plein où se dessine un trèfle à lobes aigus, encadrant la date i553 en relief. Une accolade se détachant sur deux écoinçons en briques, couronne le tout. De chaque côté, le pied-droit est décoré de deux étages d’arcatures à frontons triangulaires Le style de cette lucarne rappelle beaucoup celui du château de Blois (t).

Le corps de logis du nord et l’aile de l’ouest ont été construits sur le plan de l'aile orientale, également sans étage, avec des lucarnes imitées de celle qui vient d'être signalée. La date de 1 5 53 a été reportée en plusieurs endroits.

L'intérieur du château ne renferme qu’un seul reste ancien : c’est une grande et belle cheminée de grés, dans l’ancienne salle des ventes, au premier étage du pavillon nord. Elle porte la date de i 553, mais est complètement de style renaissance. Les montants sont deux caryatides en gaines; celle de gauche est un homme à la longue barbe frisée, les bras croisés sur la poitrine; celle de droite, une femme aux cheveux épars, mais assez courts; ces deux personnages sont nus. Au-dessus de leur tête, un modillon à forte saillie, avec coquille et volute, supporte le linteau monolithe, orné d’une frise à métopes, où huit groupes de triglyphes à guttules séparent alternativement des bucrânes et des rosaces.

Un parc à l’anglaise, disposé sur les deux rives de la Maye, entoure le château et s'étend jusqu’à la forêt voisine; on ne peut rien voir de plus gracieux et de mieux dessiné. Dans la partie basse, on voit encore les vestiges informes du château du haut moyen-âge, qui a précédé celui d’aujourd’hui (2).

La terre de Regniérécluse a été apportée, dans le xve siècle, à Jean II de Soyecourt par Péronne de Soissons. Elle est restée dans la maison de Soyecourt, puis dans celles de Belleforière et de Seiglière qui lui furent successivement substituées; enfin ce domaine est passé par alliance aux comtes d’Hinnisdal. Le sympathique comte Eugène d’Hinnisdal, si dévoué à la cause de l’archéologie, en est aujourd’hui possesseur.

ÉGLISE

L’église, sous le vocable de Saint-Martin, est contemporaine du château. Elle se compose d’un chœur daté de i5o6, d’une chapelle latérale nord, de 1 582, et d’une nef qu’on dit plus ancienne, mais je n’en crois rien (3). Les murs sont en craie appareillée, les soubassements en damier.

Toutes les fenêtres sont géminées et flamboyantes (4). La façade occidentale a été remaniée. Un larmier, sur le mur nord, passe à mi-hauteur des fenêtres et

(1) Dans les caves, un graffite porte le nom de Bocquillon, majister, (sic!), 1793.

(2) « On ne sait â quelle époque fut bâti le plus ancien château, à quelle époque il fut détruit. On en découvrit cependant l’emplacement en 1842; cette découverte fut faite par des ouvriers terrassiers dans la propriété de M. d’Hinnisdal. (Journal d'Abbeville, du 12 juillet 1842). On appelait cet ancien château, le château de Wacogne; il était situé près de la rivière; des fortifications, des fossés et des marais le défendaient ». (Prarond, op. cit., p. 312).

(3) Longueur totale : 30m5o (dont 19 pour la nef). Largeur du chœur : 7 mètres; de la nef : 7m5o. La chapelle mesure 4m50 de profondeur sur 4 d'ouverture.

(.;) 4 dans la nef, 2 dans la chapelle et 6 dans le chœur. Notons des fleurs de lys dans les remplages.

îi

les pourtourne dans toute leur étendue, disposition singulière et que je ne me souviens pas avoir rencontrée ailleurs. Dans la première travee sud de la nef est

percé un petit portail surbaissé, à triple voussure; le larmier qui règne sous les fenêtres se recourbe en archivolte au-dessus de ce portail. Entre les deux fenêtres voisines se trouve un contrefort de plan carré, orné de deux étages de deux arcatures chacun, accolées et de très peu de relief, en forme de tiers-point sub-trilobé (i).

La chapelle latérale est datée par un grés piqué, placé dans les fondations du mur ouest, et portant le millésime i582. Malgré les soixante-quinze ans qui séparent cette date de celle du choeur, on ne perçoit aucune différence de style.

Le chœur, qui se termine par un chevet à trois pans, a une voûte en étoile. Dans la première travée, les clefs représentent : au centre, un écu parti d’hermines et de 3 bandes; alentour, un écu à 3 bandes ou barres; un autre à une croix de Lorraine, un autre écartelé (toutes ces armes paraissent de fantaisie), et enfin la date i5o6 en chiffres arabes du temps, assez remarquab'es.

La deuxième travée contient, au centre, les armes de Soyecourt : d'argent frellè de gueules; entourées de : un écu à 3 cœurs, 2 et t ; puis un écu indéchiffrable, avec le chiffre ifiu, et une rosace.

Le premier doubleau est orné d’une tête de sauvage coiffée de plumes. La clef de l’abside porte un agneau pascal.

Les nervures prismatiques retombent sur des culs-de-lampe en forme de pyramide renversée, surmontés d'un cavet et d un bourrelet.

Quant à la chapelle, elle s’ouvre sur le chœur par une arcade aiguë, moulurée. La voûte, en étoile, a cinq clefs : celle du centre porte l’écu de Soyecourt dans un encadrement de feuillages; deux autres sont à feuilles de chêne et de vigne; une autre à feuilles et lambrequins; enfin la cinquième est un écu de France dans un encadrement également feuillagé. Les culs-de-lampe sont aussi à feuillages (2).

(1) M. Siffait de Moncourt a peint récemment, sur les murs de la nef, le trait bien connu de Saint-Martin divisant son manteau pour en donner la moitié à un pauvre. Légende :

Saint Martin no patron o copè sen maintien En lan trois chais et pis XXXV II.

L’artiste s’est évidemment souvenu de l'ancienne inscription de Saint-Martin-aux-Jumeaux, d Amiens .

Saint Martin chy divisa sen mantel.

En l'an trois cens, adiouste\ trente sept

(2) Cette église a été restaurée, il y a quelques années, par les soins de la famille d Hinnisdal.

Le mobilier est remarquable, surtout par ses statues. Le maître-autel est d’un style grec assez riche. La chaire a son dossier orné de quatre panneaux de chêne sculpté; le sujet représenté est fréquent au xvie siècle : dans des cercles, bustes affrontés d'hommes et de femmes, accompagnés de rinceaux et d’arabesques. Les deux panneaux supérieurs sont mutilés.

Dans le chœur, sur le gradin du maître-autel, sont placées de curieuses statuettes en bois, du xvie siècle, de très petite dimension, avec peinture primitive :

i° Saint Christophe appuyé sur son bâton et portant le Christ.

2° Un seigneur à genoux, vêtu d’un grand surcot et de genouillères, tête nue, mains jointes. Derrière lui, saint Jean-Baptiste debout avec un agneau sur un livre.

Devant, un prie-Dieu couvert d’une écharpe et d'un livre d’heures. Les deux

personnages sont vêtus de blanc; saint Jean a un manteau brun. Le gentilhomme est sûrement Jean II de Soyecourt, seigneur de Regniérécluse vers i5oo.

3° Groupe ; la Vierge entre saint Jean et la Madeleine; les trois personnages sont vêtus de robes brunes et de manteaux blancs. La Vierge est coiffée d'un capuchon, Madeleine d’un turban noir; saint Jean est tête nue. Sous ce groupe, s’ouvre une caverne.

4° Autre groupe : la Vierge est assise, les mains jointes, la douleur empreinte

sur son visage. Elle a une robe bleue et un manteau blanc. Madeleine est coi li ée

d’un turban rouge, vêtue d'une robe bleue, d’une écharpe brune et d’une ceinture blanche. Saint Jean, debout, soutient la Vierge; sa robe est brune, son manteau blanc, sa tête nue.

5° Autre groupe : la Vierge se pâme (i), et les deux autres personnages la soutiennent. La robe de Marie est bleue, son capuchon blanc. Saint Jean est vêtu de blanc, ainsi que Madeleine, dont le turban est également blanc (2).

6° Un saint tenant une navette.

70 Une sainte tenant un livre (sainte Catherine?)

8° Un saint, tête nue, vêtu d'une robe bleue.

90 Sainte Barbe, tenant dans ses mains la tour et les chaînes, souvenirs de sa captivité. Elle est dans une position très contournée, et servait probablement de patronne à une dame qui devait se trouver agenouillée devant elle, et qui a disparu.

Dans le chœur, on voit encore une petite Pieta très fruste; Roger et Dusevel (3) nous apprennent qu’en 1844 elle était à l’extérieur, au-dessus du portail.

Les deux fenêtres du chevet étaient autrefois ornées de très belles verrières; vers 1880, on les remplaça par des vitraux neufs, et les anciens, remisés dans une caisse au presbytère, y furent retrouvés en mille miettes lorsqu’on voulut plus tard les remettre en œuvre. On ne saurait trop déplorer cette destruction, d’autant plus que les auteurs qui ont vu et signalé les verrières de Regniérécluse ont eu le tort de n'en donner aucune description (4).

(1) « Cet évanouissement sur le Calvaire, au pied de la croix, est contraire à l’Evangile et à la tradition ecclésiastique, affirmée par cette strophe d'une séquence de l'office de Notre-Dame des Sept-Douleurs :

« Stabat mater dolorosa « Juxia crucem lacrymosa « Dum pendebat Filius ».

(Mgr Barbier de Montault, La Bibliothèque Vaticane, p. 69).

(2) J’ai noté ces couleurs parce qu’il est curieux de les voir varier à chaque groupe pour un même personnage.

(3) Bibliothèque historique , monumentale , ecclesiastique et littéraire de la Picardie et de l'Artois , 1844, p. 93 : « A l’extérieur, la porte est décorée d'un groupe représentant la Vierge tenant le Christ sur ses genoux ».

(4) « Les deux fenêtres du sanctuaire sont ornées de vitres de couleur. Les personnages se détachent sur des fonds d’architecture et de paysages ». (Roger et Dusevel, loc. cil.) — * Celles qui avoisinent le plus l’autel ont

Dans la chapelle latérale est placé une grande toile représentant le tombeau de Marie-Anne-Florence-Thérèse de Berchem, dame héritière de Tongelaer, Craihem, Saint-Pierre et Saint-Lambert sur Woluwe, Stockel, issue de l’antique et illustre famille de Berthout de Mechelen, morte le 3 décembre 1697, épouse de François, comte de Hinnisdael, seigneur de Betho, Soumagne, Melen, Olye, Grantaxhe, Saint-Etienne sur Woluwe, etc. Ce tombeau est à Tongres, dans le Limbourg belge (1).

Voici l'inscription de la cloche :

►F MARIE RENEE DE LONG VUE VILLE (S2Cj HAVLT A PVISSANT DAME MARQVISE DE SOIECOVRT DAME DE RENIERECLVSE ET A VT RE

►£< LIEVX IA Y ESTE BENITE PAR M« CHARLE ROGEAV CVRE DE CE LIEV & NOMMEE IEANNE VRSVLLE PAR M« CHARLE

►F DANZEL ESC VIER SIEVR DV RIAQVET & PAR DAME IEANNE VRSVLLE BOVLON ESPOVSE DE M« FRANÇOIS DANZEL

►F ESCVIER SEIGNEVR ET DAME DE FAVEILLE IEAN ROVSSEL LIEVTENANT PIERRE TILLARD IACQVE ROVSSEL MARGV1LL1ER.

En bas : petrvs chapperon me ff.cit anno 1697.

Sous la grande inscription, écu avec couronne ducale, posé sur cartouche : semé de fleurs de lys sans nombre Ce sont les armes de Belleforière-Soyecourt : de sable semé de fleurs de lys d'or 11).

conservé tous leurs vitraux il. es fenêtres de la nef, . gardent encore quelques vestiges de vitraux ». (Prarond,

op. cil ., I II, p. 312). Il n'est pas possible, après cela, de dire quels sujets représentaient ces précieuses et regrettables verrières. Quant au voyageur anonyme de 1697 (voir Mémoires de la Société d' Emulation d'Abbeville , t. XXI, p. 299), il s’est borné à noter trois vitres aux armes de Sovecourt, parties respectivement de Gouv, de Soissons-Moreuil et de Mailly.

M. Prarond, qui signale aussi les sculptures de la Passion, la chaire, etc., dit que » M. le curé de Regnières-Ecluse conserve avec soin dans l’église une clochette assez ancienne, portant le nom du fondeur et ornée de fleurs de lys, un encensoir et un petit seau à eau bénite, aussi très anciens .... J’ai vu chez M. le curé », dit-il encore, » deux beaux bahuts, dont l’un offre dans ses panneaux la représentation des quatre Evangélistes ».

(1) L’épitaphe est reproduite par le Bon de Herckenrode, Collection de lombes , épitaphes et blasons recueillis dans les églises et couvents de la Hesbaye, 1848, p. 734. 11 y a de sérieuses variantes (et des omissions) entre le texte de cet auteur et celui du tableau de Regniérécluse, ce qui me décide à reproduire ici ce dernier :

D. O. M. Il ET memoriæ || Perillustris Dominæ Mariæ Annæ Fi.orentiæ II TIIERESIÆ DE BERCHEM || Dominæ et heredis de Tongelaer Craihem s™ Pétri || et st| LambÉRTi super Woluwe Stockel || ex Perantiqua et Illustri Ststirpe (sic) || de Berthout de Meciilinia oriundæ || defunctæ 3 xbh's (jr Xbr‘s Herckenrode) 1697. Conjugis Charissimæ II Posuit Perillustris Dnus II FRANCISCUS COMES DE HINNISDAEL j| Do.minus de Betho Soumagne Melen Olye Grantaxhe || Sti Stephani super Woluwe.

Au-dessus de cette inscription est figurée une jeune femme couchée, accoudée sur un coussin. Au-dessus, une console drapée d’une écharpe noire est surmontée de l’écu d’Hinnisdal, de forme héraldique, et d’un autre écu ovale en blanc, sous un heaume de profil cimé d’une aigle essorante entre deux proboscides. Lambrequins. Supports : deux lévriers gardants, tenant des bannières aux armes d'Ilinnisdal. — Le tout est dans un encadrement de marbre noir, de forme cintrée, avec tête de mort, sablier et flambeaux renversés; au-dessus, fronton cintré interrompu. Sur les côtés, deux urnes sur colonnettes basses.

Quartiers : à droite : de Berchem — Bocholtz — Bovelaxa — Kestelt — Tserclaes — Vanderhulst - Altuma — Ackeren dit Norris, — A gauche : Kieffel — Asseliers — Vanderburch — Smalevelt — Vanderburch — Smalevelt — Sneeck — Schoordeck van Ranonwen. (Plusieurs de ces noms sont différemment orthographiés par Herckenrode).

(1) Au-dessus du portail est encastrée dans une niche vide une pierre fendue en plusieurs morceaux, et portant l’épitaphe de « Messire Jean-François Préclin, prêtie, décédé à Regnière-Ecluse le 8 avril 1831, âgé de 77 ans 6 mois », après avoir été curé de cette paroisse 29 ans.

Autre épitaphe sur plaque de cuivre, contre le mur ouest de la chapelle latérale, à l’extérieur : ici repose || Dorothée de Nayrod, tendre ùpousf || fidelle amie regretée a justes titres || sa belle ame guidée par la vertu || RETOURNA vers SON CRÉATEUR SUPRÊME II LE 13 JANVIER I 8 1 1 a l’agf, de 38 ANS II PRIEZ dieu pour le repos de SON AME. Il fait par de poilly a abbeville. Cette inscription est remarquable par le style sentimental de l’époque.

On voit aussi dans le cimetière, sur une pla jue de cuivre attachée â une grande croix de fer, l’ép:taphe d’un homme qui a joué un rôle dans le pays sous la Révolution : ici || repose le corps || de M“ Jacques Petit, ancien || CONSEILLER DU ROY, DÉCÉDÉ A || REGNIÈRE-ECLUSE LE 23 JUILLET 1824 || AGÉ DE 87 ANS || PRIEZ DlEU POUR SON AME.

la chapelle latérale est pi ,è une grande toile rcpr mbcau

M.iric- Anne-Florence-Thérèse Je Berchem, dame héritière de Tongelaéi i raihem, erre et Samt-Lam' sur Woluwe, Stockel, issue de l'antique 1 . -tre 1 1 une de Berthout de \l helcn, morte le 3 décembre 1697, épouse de I ranç iis, .mte de Hinnisdacl. -cigneur de Retho, Soumagne, Melen, Olye, Granta\lie, .1 ; u t- Kt ienne sur W.-lmve, etc. Ce tombeau est à Tongres, danJ le Limbi.i.rg belge (1).

Voici l'inscrip >n de la cloche :

g. MARIE RI s ! K I1E LONGVUEVILLE (SIC) HAVLT & PVISSANT DAME MARQVtSE DE SOIECOVRT DA MK RENIERECLVSE ET AVTHE

g. I.IKVX ESTE BENITE PAR M« CHARLE ROGEAV CVRE DE CE LIEV & NOMMEE

IEANM VRM I I I \R Ma CHARLE

DANZEI 1 SCVIER S1EVR DV RIAQVKT & par daSie ieanne VRSVLLE BOVLON ESPOVSE DE M> 1 RAM' 1 ■ S DANZKL

ÿ ESC VII 11 SEIGNEVR ET DAME DE FA VEILLE IEAN ROVSSEL LIEVTENANT PIERRE TILLARD lACliVR ROV-sEL MARGV1LL1ER.

En bas : petrvs chapperon me eecit anno 1697.

Sous la grand inscription, écu o >.é • tr c to i.he :

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M. Prar.md, qui signale aus>i les sculptur< de la Passion, la chair- . etc.,dit qu M. le eu i ^n.- res-Ecluse conserve .«-c soin dans l'église une clochette nuNCî ancienne, portant le nom du fondeur et ornée de fleurs de lys, un encer ,in petit seau à eau bénite, aussi très anciens .... J’ai vu chez M. le curé ». dit-il encore, « deux beaux

bahut- 'un offre dans ses panneaux la représentation des quatre Evangélistes >.

l) ]l aphe est reproduite par le B°" de Herckenrode, Collection de lombes, épitaphes et blasons recueillis

dans les < . es et couvents de la Hesbaye , a 8.|8, p. 734. 11 y a de sérieuses variantes (et des omissions) entre le texte

de cet au'.< et celui du tableau de Regniérécluse, ce qui me décide à reproduire ici ce dernier :

D. || et MEMORt.+t || Pbrillustris Dominai jMariæ An.n.k Florent I »: || THERESIÆ de BERCHEM ||

Domina i .redis de Tongblaer Craiiiexi s*» Pétri || et sti Lamberti super Woluwe Stockel || ex PeraNTIQUA et 11 lu si tirpk (sic) || de Berthout de Meciilinia oriundæ || defum « 3 XbrU Herckenrode) 1697.

Conjugis C imæ || Posuit Pkrillustris Dnüs || FRANCISCUS COMKS i: IIINNISDAEL || Douinus de Betho Soumagne M- I Olyb Grantaxhk II S™ Steptiani super Woluwe.

Au-dc- - 1. cette inscription est figurée une jeune femme coucli- - «udéc sur un coussin. Au-deus, une console drapé écharpe noire est surmontée de l’écu d'Hinnisdal, de forme héraldique, et d'un autre écu ovale

t-n blanc, sous ui .urne de profil cimé d'une aigle essorante entr • d«-ux prohoscides. Lambrequins. Supports : deux vriers gardants, t. nt des bannières aux armes d'Hinnisdal. — Le tout est dans un encadrement de marbre noir, de s cintrée, a^ le mort, sablier et flambeaux renVersés; au-dessus, fronton cintré interrompu. Sur les côtés,

rocs sur col o • s liasses.

1;,. ,. , • «errhcni - - Bod.olt/ K it - Tsercla-s — V.inJerhubt -Altuma--

1 ’-îorris, — he : Kieffel — Asseliers Y . derburch — Smalevelt — Vanderburch — Smalevelt —

hoordeck v Fanonwcn. (Plusieurs de ce* n.«ro* «ont différemment orthographiés par Herckenrode). -J» lu por ncastrée dans une nich- • ! .ne pierre fendue en plusieurs morceaux, et portant

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1* R SUPRkWe I ' n JANVIER 1811 A 1 . K DE 38 ANS || PRIEZ DIEU FOUR LE REPOS Dl J» AM|

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VILLERS-SUR-AUTH1E

ÉGLISE (i)

L'église Notre-Dame de Villers-sur-Authie se compose d’une nef du xm' siècle, fort mutilée, avec tour en œuvre, et d’un chœur du xv' siècle ou de l’extrême commencement du xvi'. Les vitraux de l’abside sont les plus beaux du Ponthieu et d’une valeur incontestable; il est surprenant qu’aucun auteur ne les ait jusqu'ici étudiés sérieusement (2).

Voici les dimensions de l’église :

Longueur : Nef : 17 mètres. — Chœur : 11 mètres. — Total : 28 mètres.

Largeur : 7m5o.

Hauteur : 10 à 1 1 mètres environ.

Les murs sont en craie taillée, les fondations (dans le chœur seulement) en damier de grés et silex. Trop de réparations ont malheureusement été faites en briques de la pire qualité.

Il y a certainement des reprises dans la construction : une grande arcade sur le mur ouest de l’église, à l’intérieur, prouve que la tour n’était pas prévue dans le plan primitif, mais elle a dû être faite peu de temps après, car ses arcades intérieures sont au plus tard du xtv° siècle. L’étage supérieur, du xv', a été réparé au xix' siècle : refaçons ridicules, petites colonnettes absurdes, qui ne supportent rien; j’épargne au lecteur le détail de cette piètre restauration. Un capuchon trapu d’ardoises couronne sans grâce ce clocher.

Quant au portail, il est du xm' siècle, et assez remarquable. Dans le tympan est gravé en creux un grand trilobé; les voussures, en tiers-point, sont au nombre de trois; les deux extrêmes sont de simples tores; la médiane est formée de palmettes d’acanthe (une par claveau, vingt en tout). Elles retombaient de chaque côté sur trois colonnettes dont on ne voit plus que les chapiteaux à jolies feuilles recourbées en crochets; ces chapiteaux sont séparés, dans les creux, par d’élégantes palmettes. Deux autres colonnettes, dont les bases rondes ont seules subsisté, flanquaient les pieds-droits en avant d’une profonde voussure, comme à Longpré-les-Corps-Saints. Toutes ces colonnettes étaient sûrement indépendantes, car le mur n’a pas souffert de leur destruction; il est intact (3).

Au nord, une tourelle octogone d’escalier flanquait la tour jusqu’au premier de ses trois étages; elle menaçait ruine, étant lézardée du haut en bas; on l’a refaite en briques vers 1902.

(1) Je remercie cordialemenl mon érudit collègue et ami, M. Ph. des Forts, dont la science archéologique m’a été fort utile pour élucider certains points obscurs dans la construction de l’église de Villers.

(2) M. Prarond (op. cil., t. II, p. 250) se borne à dire : « Les trois [fenêtres] du fond sont chargées de vieux vitraux d’un beau mérite. Quelques-unes des autres fenêtres conservent aussi quelques restes de vitraux peints, mais à peine assez pour indiquer qu’elles en étaient autrefois couvertes comme les premières ». Roger et Dusevel (Bibliothèque historique de la Picardie , Amiens, 1844, p. 158) ne sont guères plus explicites : -r Presque toutes les scènes de la Passion se trouvent reproduites sur les vitraux peints ».

(3) Il n’y a pas encore longtemps, on a pratiqué dans le tympan une baie grossière et bâtarde en briques, qui forme le portail actuel; on dirait une porte de boutique plutôt qu'une entrée d’église; c’est hideux.

La tour, ayant été bâtie après coup en empiétant sur la nef, est moins large quelle; à droite et à gauche existent deux petits réduits, dont l’un contient les fonts baptismaux et l'autre le confessionnal. Ils n'ont pas de jour à l’occident, mais une fenêtre, semblable aux autres fenêtres de la nef, — c'est celle de la première travée — les éclaire sur les murs latéraux. Ces réduits n'ont pas été voûtés primitivement; leurs voûtes actuelles, très grossières, sont des berceaux en briques. Au nord, on voit encore un faisceau de trois belles colonnettes cylindriques qui devaient soutenir la voûte projetée de la nef, qui n'a jamais été exécutée, je pense; elles se terminent, selon un procédé usuel dans l’architecture normande, en cul-de-lampe conique à quatre pieds du sol. Au sud, on ne voit plus qu’une seule colonnette. Chacune de ces chapelles communique avec la tour par une arcade basse en plein cintre, largement moulurée de trois tores séparés par des gorges, et d’un chanfrein; et avec la nef par une étroite arcade en tiers-point presque suraigu (encore un détail bien normand), également à trois tores et un chanfrein. Le stylobate des pieds-droits de ces arcades a une moulure en talon d’un style très avancé, xive siècle au plus tôt; les arcades sont mal raccordées sur ce stylobate; on ne doit cependant pas voir là une refaçon, mais plutôt une maladresse d’ouvrier. Malgré l'archaïsme des grosses moulures toriques et du plein cintre des arcades intérieures, il faut, je pense, atlribuer toute la tour au xiv° siècle.

Le bas de la tour a une voûte d'ogives, refaite au xv° siècle, avec œil à la clef pour passer les cloches, et huit nervures prismatiques. Une haute arcade aiguë donne entrée sur la nef; ornée de moulures toriques qui retombent sur la plinthe courante en talon, signalée ci-dessus. Plus haut, traces d’une ancienne porte au deuxième étage de la tour, sur la nef.

La nef se divise en trois travées. Actuellement, elle n'est pas voûtée; la voûte d’ogives a été certainement projetée. A-t-elle jamais été exécutée.' C est peu probable (i). Les supports se composaient d’un pilastre peu saillant, flanqué sur les côtés de deux colonnettes cylindriques portant les formerets (elles existent encore), et, sur le devant d'une autre colonnette, supportant le doubleau et les ogives, qui a été bouchée et a complètement disparu (sauf dans la première travée, oû sa partie basse est conservée et supporte l’arcade d'entrée du petit réduit cantonnant le clocher de chaque côté). Toutes les bases sont mutilées, sauf dans la première travée au sud. Les chapiteaux des colonnettes des formerets sont à 4 ou 5 mètres de hauteur du sol. Quant aux colonnettes des doubleaux, de deux choses l'une : ou elles avaient leurs chapiteaux beaucoup plus haut (deux ou trois mètres) que celles des formerets; ou bien l’arc doubleau et les ogives s'élevaient d'abord verticalement et ne prenaient leur courbe que beaucoup au-dessus du tailloir. Cette dernière disposition est la plus probable, et voici pourquoi : dans le chœur, la voûte retombe sur des culs-de-lampe en forme de pyramide renversée, placés très bas; or, les nervures, s’élevant de ces culs-de-lampe, montent verticalement et parallèlement pendant 3 mètres environ, avant de s'épanouir en éventail. Il est donc probable que les architectes du chœur (xve siècle), s’inspirèrent des dispositions qui devaient encore exister, de leur temps, dans la nef.

■ Le mur nord, bien qu’en assez mauvais état, peut encore être étudié; il n'a

(1) Dans beaucoup de nos anciennes églises, les voûtes se sont fréquemment effondrées. Tantôt elles n’ont pas été rétablies, tantôt on les a refaites plus ou moins adroitement. A l’hôpital de Rue (voir p. 188), les reprises des nervures sont très visibles; les bases, reposant sur des culs-de-lampe, sont fines; le raccordement est mal fait; la partie supérieure des nervures est médiocrement moulurée et ne suit pas le même tracé que la base. La date 1755, gravée sur une clef, doit être celle de cette réfection.

guère été réparé. Les fenêtres, en lancette, fortement ébrasées au dedans et au dehors, sont ornées à l’extérieur de deux colonnettes à chapiteaux à crochets, supportant un boudin qui contourne l’arc brisé de la fenêtre; au-dessus, une archivolte en larmier avec retours horizontaux reliant les fenêtres entre elles. A l’intérieur, l’ébrasement a son arête ornée d’un cavet amorti par un congé, comme à la petite porte du croisillon nord de la cathédrale d’Amiens.

Ce mur, qui n’a pas de corniche, n’avait pas non plus de contreforts extérieurs.

Le mur sud est beaucoup plus maltraité que celui du nord, étant exposé au vent de mer. On l’a caparaçonné de briques et percé de larges fenêtres en plein cintre, sans aucun caractère et contrastant avec les jolies baies gothiques d'en face. Cependant, c’est de ce côté, dans la première travée, sous l'arcade voisine de la tour, que restent les seules bases primitives conservées des colonnettes de la voûte Ces bases comportent une scotie, puis un tore débordant relié par de petites consoles au socle octogone.

L’arc triomphal, en tiers-point, est à plate-bande avec deux tores sur les arêtes, sans colonnettes et sans autre ornementation (xine siècle). Il n’est pas percé au milieu du mur doxal, mais reporté vers le nord, bien que l'église ne soit nullement désaxée.

Le chœur, avec chevet à trois pans, est très bien bâti, haut, élancé et presque à claire-voie, tant ses fenêtres sont larges et spacieuses. D’une solidité à toute épreuve, il n’a guère souffert des injures du temps et est encore en bon état.

Le pan central de l’abside est plus étroit que les pans latéraux; disposition rare, qui se remarque cependant à Aumale et à Riencourt; le contraire (pan terminal plus large) se voit plus fréquemment.

Les contreforts, carrés à la base, prennent ensuite la forme d’éperon; ils sont garnis de niches à dais et pinacles, doubles sur la partie inférieure, simples vers le haut. L’une de ces niches, sur le second contrefort sud, garde encore sur son socle la figure informe et monstrueuse d’une chimère contorsionnée, reste probable d’une statue de saint Michel ou de saint Georges terrassant le dragon. Les autres statues ont complètement disparu.

Un larmier règne sous les fenêtres, tant au dedans qu'au dehors. Les fenêtres ont des archivoltes à l’extérieur. Dans la première travée sud s’ouvrait jadis, aujourd'hui murée, la petite porte seigneuriale. A droite de l’autel, une piscine fort simple est creusée dans la muraille, avec une seule moulure trilobée dans son arcade en cintre surbaissé, sans archivolte.

Pas de sacristie, si ce n’est un retrait en appentis entre les deux contreforts du chevet, derrière le maître-autel.

La voûte, à liernes et bercerons, est très élevée et très belle; ses nervures prismatiques retombent, par faisceaux de sept dans le chœur et de trois dans le chevet, sur des culs-de-lampe en console ou pyramide renversée, sans ornementation. En revanche, toutes les clefs sont délicatement ouvragées.

La première clef d’ogives représente la Vierge Marie debout, coiffée d’une couronne fleurdelysée, et tenant sur le bras droit l'Enfant Jésus qui la regarde; à sa gauche, apparaît saint Joseph; la représentation de ce patriarche est rare à cette époque, ailleurs que dans les représentations de la Nativité.

Les quatre clefs environnantes contiennent des adorateurs du Messie enfant. Celui du sud n'est pas bien déterminé : j’y verrais pourtant volontiers l’un des Rois Mages, car voici les deux autres, couronnés, agenouillés, un pied relevant par derrière la longue traîne du manteau royal. Celui de l’ouest tient une boîte assez

aplatie, qui doit contenir la myrrhe. Celui du nord offre un vase élevé en forme d'encensoir. Quant à la clef du levant, elle représente un berger avec sa houlette, debout entre deux moutons et les mains jointes.

La seconde clef d'ogives représente la crèche de Bethléem : Marie et Joseph, debout, contemplent l'enfant étendu à terre. Entre les deux personnages apparaissent les têtes superposées du bœuf et de l'âne. Sur le tout, un toit triangulaire. Les clefs qui précèdent ne sont pas peintes.

La clef d'ogives du chevet porte un écusson écartelé, dont je n’ai pu qu’à grand’peine distinguer d'en bas les quartiers : aux i et 4. d'argent au lion de gueules ; aux 2 et 3, échiqueté d'or et d'a-iir. Je ne réponds pas absolument de cette lecture, l'écusson est très petit et la voûte si haute! A la fin du xv' siècle, Villers appartenait aux Du Boys, issus de la maison de Fiennes ( d'argent au lion de sable). L’écu est timbré d'un heaume taré de front, avec un oiseau éployé pour cimier, et deux hommes sauvages pour tenants. Cette clef, de même que les suivantes, est ornée dune peinture soignée, contemporaine de la construction, et qu'011 projetait sans doute d'étendre à tout le chœur.

Six clefs entourent la précédente : celle de l’est représente un ange, vêtu d'une longue robe blanche, tenant un large calice noir. Est-ce Lange de l'Eucharistie, ou bien celui que l'Apocalypse nous montre, versant sur le monde coupable le calice de l’amertume et de la vengeance divine?

La clef du nord-est figure un personnage couronné, David peut-être.

Celle du nord est encore un ange tenant un phylactère sans inscription.

Celle de l'ouest est un berger, avec sa houlette, entre un mouton jaune et un chien noir.

Celle du sud est une sainte, appuyée sur un objet bleu que je ne puis définir, et adextrée d’une plante portant trois belles fleurs blanches. Serait-ce la Vierge dans le Hortus conclusus dont parle le Cantique?

Enfin la clef du sud-est représente encore une sainte, mais je ne la saurais nommer.

Les arcs doubleaux de la voûte (ainsi que les formerets) sont en tiers-point, ce qui accuse bien le xv' siècle et non le xvû, où les voûtes sont généralement surbaissées.

J'en viens aux fenêtres; aussi bien, c’est le grand intérêt de l’église de Villers. Ces fenêtres sont au nombre de sept, dont trois pour le chevet Elles mesurent environ 7 mètres de haut, et sont divisées en trois lumières par des meneaux prismatiques, croisés à mi-hauteur (1). Les remplages des tympans sont très variés : mouchettes, soufflets, etc Les moulures des chambranles reposent sur des bases déprimées.

Les quatre fenêtres du chœur ont eu certainement des verrières; il en reste des fragments dans les tympans. Mais on a, plus tard, enlevé ce qui restait de ces vitraux pour boucher les trous des fenêtres du chevet.

Dans les trois verrières qui restent, les spécialistes noteront les tons bleus, très remarquables et spéciaux à la région : Argoules, Lanches-Saint-Hilaire, (près Domart), etc. Il y a là un procédé d'école locale.

Fenêtre du nord — La fenêtre du pan nord de l’abside contient, dans le tympan, dix anges dont deux adorateurs et les autres portant les instruments de la Passion : torche, lance, éponge, clous, etc. Dans le soufflet du haut, le Christ assis et bénissant, nu sous un manteau de pourpre.

(1) Ces fenêtres flamboyantes à une division perpendiculaire, fréquentes en Boulonnais (Erabry, Mont-Cavrel), n se voient jamais au sud de la Somme.

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