‹ La Picardie historique et monumentale (volume 3)Chapitre 69 sur 79 · AULT · texte numérisé non relu

AULT

L’ÉGLISE

Le seul monument remarquable du canton d’Ault se trouve précisément au chef-lieu. L’église de ce bourg (i) est en effet un intéressant spécimen d’architecture appareillée en damier de pierre et de silex, comparable et même supérieur ù l'ancienne église de Cayeux-sur-Mer et à celle de Saint-Valery-sur-Somme.

L’édifice que nous entreprenons de décrire se compose d’une nef de quatre travées, au bas de laquelle s’élève à l’occident et en avant-corps la tour rectangulaire du clocher. Cette nef est accompagnée de collatéraux (2) sur l’alignement desquels les bras d’un transept font quelque peu saillie. Le sanctuaire polygonal est précédé d’un chœur accosté de chapelles sises dans le prolongement des collatéraux de la nef, mais communiquant avec lui par de larges arcades en tiers-point.

La construction appartient à différentes époques, mais, pour sa plus grande partie, elle date du début du xvi' siècle ou de la fin du précédent, temps où l’on dut réparer les ravages des guerres antérieures qui l’avaient presque totalement ruinée. Selon quelques historiens, elle aurait pourtant été fondée dès 1341, grâce aux largesses de Mathieu de Trie, maréchal de France et de sa femme, Ide de Rosny, dame de Saint-Valéry, Aull, Gamaches et autres lieux, veuve en premières noces de Jean III de Dreux (3), de qui elle tenait ces domaines en douaire. Ce sanctuaire, dédié sous le vocable de saint Pierre, aurait succédé à une église située beaucoup plus près de la mer et menacée d’être détruite par les flots.

Une partie des matériaux de cette ancienne construction fut sans doute utilisée dans la nouvelle, ce qui expliquerait notamment l’aspect archaïque de sa nef où l’on reconnaît quelques-uns des caractères de l'architecture de la fin du xnc siècle ou du début du suivant. Ses grosses colonnes cylindriques font même songer à celles de l’église de Berteaucourt-les-Dames (4); toutes sont couronnées par des chapiteaux uniformes et très déprimés que décore une simple rangée de crosses végétales. Les tailloirs suivent le tracé de ces chapiteaux, trop larges pour les retombées des arcades en tiers-point et à double voussure qu’ils sont chargés de supporter.

I.es voûtes des bras et de la croisée du transept, du sanctuaire, du chœur et

(1) Avant la Révolution, le bourg d’Ault, appelé par ses habitants soit Ault en faisant sentir 17 et le t, soit le bourque d’Au en supprimant dans ce second cas 17 et le /, était une simple paroisse du doyenné de Gamaches. Le Prieur de Cayeux était présentateur à la cure.

(2) Nef et collatéraux sont compris sous une même toiture revêtue d’ardoises.

(3) Le registre aux décès de Dargnies (canton de Gamaches) rapporte, le 26 mars, jour du vendredi saint 1717, à l’occasion de la mort à l’âge de quatre-vingt-dix ans du nommé Jean Houchart, natif d’Oust, qu’après avoir longtemps exercé la profession de cordonnier, le défunt était devenu charpentier si habile qu’il fit et éleva la charpente du toit de l'église d’Ault avant même que celle-ci ne fut bâtie. — V. Darsy, Description du canton de Gamaches, art. Dargnies — Nous ne savons comment faire concorder la date fournie par cette note avec l’âge réel du monument.

(4) Église datant du premier quart du xne siècle, selon M. Enlart, dans: Monuments religieux d'architecture romane, etc.

de ses chapelles latérales, sont du xvie siècle. A leurs ogives s’ajoutent parfois des liernes et des tiercerons, aux entrecroisements desquels sont des culs-de-lampe assez simplement ornés de feuillages.

Ici encore, il convient de remarquer que les retombées de ces nervures sont supportées dans le chœur par des faisseaux de colonnettes, et dans le sanctuaire, par des colonnettes uniques, dont les chapiteaux feuillagés appartiennent vraisemblablement au début du xiiic siècle

Les remplages de toutes les fenêtres en tiers-point ont été refaits, mais il n'est pas douteux qu’ils tiennent la place de ceux qui existèrent dès l'origine. Ajoutons que le mobilier de l'église d’Ault est tout à fait insignifiant.

L’édifice doit extérieurement son principal intérêt à son appareil en damier, obtenu au moyen de pierres blanches, extraites des carrières voisines de Woignarue, et de silex « pincés ». Tout le monument est conçu d’après le même mode de construction et la brique n’y apparaît que pour quelques réparations et adjonctions assez maladroites, à l’abside et à l’extérieur des chapelles qui accompagnent le chœur.

Le clocher est une puissante tour quadrangulaire cantonnée de contreforts. Cinq larmiers de pierre l’enserrent à diverses hauteurs, et, sur chacune de ses faces, vers le sommet, a été ménagée une grande baie en tiers-point. Ce clocher se termine par une plate-forme à laquelle la corniche sert de parapet. A chaque angle de celle-ci, une gargouille représentant un animal monstrueux se projette dans le vide.

Une porte, maintenant condamnée, mais cintrée en anse de panier et surmontée d’une accolade ornée de choux frisés, existait jadis dans chacune des deux faces latérales de cette tour, qui est aussi pourvue, vers son angle nord-est, d’une tourelle hexagonale dépassant son sommet et couronnée d'une jolie galerie ajourée; dans cette tourelle se trouve un escalier.

Les façades des collatéraux sont semblables au nord et au midi. De part et d’autre elles étalent leur vaste damier, interrompu à intervalles réguliers par des contreforts alternant avec des fenêtres en tiers-point sous lesquelles passe un larmier. Pourtant on appliqua au xvme siècle, contre l’extrémité du bas-côté du nord, un porche en pierre, sans caractère et posé obliquement, pour abriter une entrée qui semble avoir toujours été la principale de l’église.

Cette porte, presque rectangulaire, est entourée d'un triple cordon de feuillages qui lui fait un encadrement d’une grande richesse, sinon d'un goût exquis et d’une exécution parfaite. Elle est surmontée d’une statue de saint Pierre coiffé de la tiare. C’est une œuvre d'un art peu savant, mais qui rachète par son énergie ses autres imperfections.

Les extrémités des bras du transept sont terminées par des murailles percées chacune d'une vaste baie ogivale et surmontées d’un pignon.

Nous ne dirons rien du chevet du monument, car c’est là que les réparations en briques ont joué leur rôle néfaste, et il reste seulement, pour terminer la description de l’église d’Ault, à signaler, au-dessus de la fenêtre condamnée qui ajourait jadis l’extrémité du bas-côté méridional, un écusson couronné paraissant être celui de France.

Le Château d’Escarbotin, d’après un dessin de la collection Duthoit

FRIVILLE-ESCARBOTIN

LE CHATEAU D'ESCARBOTIN

Après l’église du chef-lieu, le monument le plus intéressant du canton d’Ault est l’ancien château d’Escarbotin.

Cette construction comprend aujourd’hui un seul pavillon rectangulaire dont une des façades latérales, du côté de l’est, est ornée d’une assez élégante tourellela partie opposée est obstruée par des annexes dépourvues de style. Ce pavillon paraît n’être qu’une portion du château primitif. Il est bâti en pierres de taille dont toutes les assises sont marquées par une profonde rainure. Ses étages sont indiqués par trois fenêtres superposées qui ne présentent rien de particulier. L’édifice est couronné par une corniche dont les angles sont munis de gargouilles représentant des animaux fantastiques : un toit pyramidal abrite le tout.

La tourelle latérale est en briques. Des cordons de pierre indiquent ses divers étages et elle est éclairée par quelques étroites fenêtres, trop larges cependant pour qu’on puisse les appeler des meurtrières. Un petit toit conique la surmonte et sa silhouette joue agréablement avec la pyramide ardoisée du pavillon principal.

Il est inutile de s'attarder à décrire longuement les épaves modestes d’un château qui paraît cependant avoir possédé une réelle beauté lors de sa construction soit vers la fin du xvi‘ siècle, époque où la famille d’Ailly possédait la seigneurie

d'Escarbotin (i). Elle passa depuis, par alliance, à la famille de Roussé, puis, par vente, en 1700, à celle de Montmignon.

Pringuez (2) a signalé divers bas-reliefs mutilés qui ornaient jadis la tourelle. Ils représentaient un combat « livré par un ancien seigneur du lieu à un château du voisinage ». M. Prarond (3) qui a reproduit ce passage ne paraît pas avoir vu ces sculptures, et pour notre part, nous les avons vainement cherchées. II paraît certain qu’elles n'existent plus, mais on nous a indiqué par contre un souterrain très profond qui dépendait du château.

Après la Révolution cette seigneuriale demeure fut convertie en atelier de serrurerie, industrie qui, à notre époque, procura une si grande importance au village d’Escarbotin, naguère bien modeste.

Ce n’est pas toutefois la dernière transformation qu’eut à subir le vieux manoir, car il est enfin devenu l’école communale spécialement affectée aux petites filles de la localité.

OUST-M ARAIS

L’ÉGLISE

L’église d'Oust-Marais passerait absolument inaperçue dans toute région moins pauvre en monuments que le canton d’Aull.

La nef et le clocher de cet édifice, tant en dehors qu’en dedans, ne peuvent être le sujet d'aucune étude, mais, son chœur et son sanctuaire construit sur un plan en demi cercle, remontent à la fin du xue siècle ou au début du suivant. Intérieurement ces deux parties de l'édifice ne sont point voûtées et la charpente du toit y est apparente. Seules quelques fenêtres longues et étroites, mais terminées en tiers-point et pourvues d’assez larges ébrasements, leur donnent quelque caractère.

11 faut aussi noter, près de l’autel, une jolie piscine formée de deux arcades aiguës et jadis trilobées, qui retombent sur une colonnette centrale et, latéralement, sur deux autres colonnettes à demi engagées.

Un Christ en bois, sculpté au xvc siècle et orné aux extrémités des branches de la croix de la représentation des animaux évangéliques encadrés dans des quatrefeuilles redentés, est suspendu au-dessus de l'arc triomphal qui sépare le chœur de la nef et, au pied du maître-autel, cachée même en partie par ses degrés, on remarque une pierre tombale (4) gravée au trait, qui recouvre le corps d’un chevalier mort en 1269, Messire Raoul d'Aoust (5j.

Celui-ci est entièrement revêtu d’une complète armure de mailles, comprenant chausses, haubert à manches et coiffe. Le haubert est couvert d’une cotte d’armes ou surcot non armorié; des ailettes (6) protègent les épaules. Le visage est découvert,

(1) Cette terre était tenue de Bouillancourt-en-Sery.

(2) Géographie historique et statistique du département de la Somme.

(3) Histoire de cinq villes, etc.

(4) C’est une grande dalle en pierre blanchâtre en très mauvais état.

(5) Ancienne forme du nom du village d'Oust.

(6) Les ailettes ne furent guère employées que pendant la seconde moitié du xmc siècle. Communication de M. A. de Francqueville.

I e mol e.ïp.’icil, indiquant que l'inscription est terminée, doit être remarqué, il est rarement employé en si le épigraphique.

Du côté de l’évangile une vaste baie ogivale sur le bord de laquelle sont sculptés une banderole enroulée autour d'un bâton noueux et un cordon de feuillage,

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les mains sont jointes et les pieds reposent sur deux chiens (i). Une épée pend à la ceinture du défunt dont la tête est abritée par une arcade trilobée surmontée d un gable garni de crosses végétales, accompagné latéralement de clochetons et soutenu par deux colonnettes à chapiteaux. Des anges thuriféraires occupent les écoinçons formés par le gable et les angles supérieurs de la dalle, qui est brisée en un grand nombre de morceaux et assez effacée. Sur ses bords, on lit l'inscription suivante tracée en capitales gothiques :

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Le mot explicit, indiquant que l'inscription est terminée, doit être remarqué, car il est rarement employé en style épigraphique.

OUST - MAR AI S Sépulcre dans l 'Eglise

Du côté de l'évangile, une vaste baie ogivale sur le bord de laquelle sont sculptés une banderole enroulée autour d'un bâton noueux et un cordon de feuillage,

(i) Nous nous servons, en la corrigeant de notre mieux, pour la description de cette pierre aujourd'hui en partie cachée par les degrés de l’autel, de la description qu’en a donnée D. Lebeuf dans son Histoire de la ville d'Eu , description malheureusement très fautive, et de celle de M. R. de Belleval, dans Les Fiefs et les Seigneuries du Ponthieu et du Vimeu.

donne accès à une chapelle construite au xvie siècle. Selon D. Lebeuf (i), cette entrée était fermée autrefois par une clôture de pierre ajourée. Cette chapelle est voûtée et possède encore une piscine au dais richement sculpté, mais l'œuvre la plus curieuse qu’elle renferme, est une « mise au tombeau », un « sépulcre » de pierre, qui exige une description.

Le groupe (2) comprend, outre la figure du Christ mort, sept personnages qui procèdent ou assistent à son ensevelissement. Le sarcophage, sur sa face antérieure, — la seule qui soit visible, — est orné de huit rosaces variées. Placés à ses extrémités, deux disciples y déposent le corps du Sauveur étendu sur un linceul. Cette statue, d'un art assez réaliste, n’est pas absolument dépourvue de mérite. La Vierge, soutenue par saint Jean, se penche vers le visage de son fils et trois saintes femmes portant chacune une botte à parfums en forme de tourelle complètent la scène.

Les costumes de tous ces personnages seraient à décrire plus minutieusement qu’on ne peut le faire ici. Celui de la Vierge se distingue par l'ampleur de ses draperies; son manteau est bordé d'une riche broderie.

La Madeleine a un vêtement beaucoup plus compliqué et plus recherché. Au-dessus d’un voile, est posé sur sa tête un chapeau à larges bords, car on ne peut reconnaître un nimbe, qu’elle serait seule à porter en ce groupe, dans le disque qui abrite son chef. Le manteau de cette sainte est curieusement attaché sur sa poitrine au moyen d'une passementerie retenue par un bâtonnet. Saint Jean a revêtu un manteau muni d’une pèlerine galonnée et les deux femmes qui sont près de lui se font remarquer par l'étrangeté de leurs « escortions », — sortes de coiffures qui pour la forme rappellent les turbans, — et, l’une de ces saintes au moins, par l’abondance-et la richesse de ses bijoux.

Toute cette sculpture, actuellement assez, abîmée, a été maintes fois repeinte et d'une façon déplorable. Ce - n'en est pas moins une œuvre qui, malgré une certaine raideur, présente dans plusieurs de ses parties des qualités appréciables.

Comme il a été dit ci-dessus, l'extérieur de l’abside de l’église d'Oust-Marais est arrondie. Sa nudité est corrigée par des contreforts peu saillants presque entièrement reconstruits en briques, et par les longues et étroites fenêtres en tiers-point qui ont été déjà signalées en décrivant l'intérieur du sanctuaire.

Cette paroisse, dédiée à saint Martin (3), dépend de Méneslies. Sous l'ancien régime, le chapitre de Noyelles-sur-Mer en était le présentateur et elle faisait partie du doyenné de Gamaches.

(1) Loc. cit.

(2) Ce groupe a eu beaucoup à souffrir du temps et des hommes.

(3) Selon Darsy : Bénéfices de l'église d'Amiens; à saint Pierre, selon Pringuez, loc. cit.

YZENGREMER

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