AVANT-PROPOS
Les Éditeurs appellent tirés-à-part des pages d’un livre ou d’une revue imprimées séparément. En voici un, extrait de la magnifique revue Connaissance des Arts.
Mais les anciens procédés d’imprimerie permettaient de rétablir la pagination à partir des feuilles de garde et d’effacer les première et dernière pages des textes précédant et suivant l’article retenu ; les techniques actuelles interdisent de telles modifications. Elles compensent cette intransigeance par une profusion d’admirables illustrations.
Ces servitudes nouvelles nous valent d’ouvrir le présent opuscule à la page 55 et sur le portrait de la sémillante Jeanne Vignier par Fragonard. En 1773, nous dit M. Alexandre Ananoff, M. Bergeret de Grancourt partait pour l’Italie. Il invitait sa gouvernante — comme le xvme siècle savait en modeler — et Fragonard à l’accompagner. Bientôt le premier faisait un enfant à la seconde et le troisième son portrait. Régularisation accomplie, ainsi qu’il advint, M. van Robais, ce huguenot qui n’avait rien d’Anatole France, eut pu recevoir le ménage en sa maison des champs ; Frago y eut été le bienvenu en tout temps et je l’y vois acceptant avec une pointe de condescendance les avis de Perronneau et trouvant motif à croquer Sedaine et Manon Roland, voire Monseigneur le duc de Bourbon, le Prince de Croy et quelques autres des habitués et des passants qui apprécièrent la bagatelle du grand manufacturier.
A l’autre bout, je veux dire à la page 62, la plaquette s’achève par un Cours des Ventes.
Si quelques-uns des meubles décrits rappellent ceux qui ornent Bagatelle, l’inélégante présence de ce marché n’a rien de commun avec l’ordonnance des pages antérieures. Sauf à mes arrière-grands-parents qui acquirent leur nouvelle maison toute garnie en 1810, rien n’en a jamais été vendu — jusqu’alors ; jusqu’alors, car désormais, il nous faut compter avec les prétentions multiformes de l’État.
En sandwich, si je puis dire, on comprendra que je tienne à porter mes hommages aux auteurs de l’article.
Madame Schlumberger a mis dans son texte autant d’intelligence que d’esprit. Sans avoir le loisir de s’attarder à plusieurs pittoresques anecdotes qui assaisonnent son histoire et donnent du caractère à l’afféterie du décor, elle a « pigé » l’esprit de Bagatelle : même en négligeant celui des visiteurs qui s’étonnent de n’y trouver ni échauguettes, ni oubliettes, ni lit de maîtresse royale, cette préhension n’est pas si fréquente.
Bien que, me semble-t-il, le goût contemporain de l’ antiquaille conduise les meilleures dispositions à un étalage excessif d’objets inutiles à l’harmonie d’amicales réunions, on ne pouvait douter des traditions de sa maison et craindre que Madame la Princesse Aymon de Broglie ne sût mettre en page les images de Bagatelle : il est évident qu’elle y a réussi.
A quelle défectuosité enfin se heurterait-on en examinant les photographies prises par M. Roger Guillemot ?
Toute une journée qui me parut courte, j’ai suivi les évolutions de ce brelan d’as à travers la vieille maison et j’ai profondément admiré, je l’avoue, le sérieux mêlé de gaîté, l’attention, la compétence et l’incroyable patience, sans discourtoise impatience, mis à disposer un objet, à déterminer un éclairage, à compulser une liasse d’archives, à prendre des notes, à régler un appareil ; tout simplement, pour approcher de la perfection.
Ce sont de ces joies que la vie apporte de temps à autres et que l'on n’oublie
pas.
Jacques de WAILLY.
Comment le “ rendez-vous d’affaire ” d’un industriel du Nord a été transformé du temps de Louis XVI en une des plus jolies petites maisons de cette époque que l’on puisse visiter de nos jours.
Le sort plaisant d'une Bagatelle Louis XV