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La Picardie historique et monumentale

La ville de Doullens fut longtemps l'un des boulevards de la France sur la frontière de l'Artois et la citadelle qui la domine encore décèle son passé militaire.

L'enceinte de la forteresse déjà importante sous le règne de Henri IV. reçut sous Louis XI\' de nouvelles défenses; son énorme périmètre basiionné couvre près de cinquante hectares.

Gaston d’Orléans y vint expier ses trahisons, le duc du Maine compromis dans la conspiration de Cellamare y fut retenu prisonnier. Plus tard, Dupont put méditer derrière ses murs sur la faute qu'il avait commise en capitulant à Beylen. Aujourd'hui ses pensionnaires sont moins illustres. La porte d’entrée porte cette inscription quelque peu mensongère : Ecole de préservalion de jeunes filles. Ln réalité la vieille citadelle est toujours une prison.

Ça et là, dans la vallée de l'Auihie, en amont et en aval, des usines dressent leurs cheminées, et les toits de pannes rouges des habitations ouvrières se détachent

(i) Bibliographie : E. Dklgove, Histoire de la Ville de Doullens. Amiens, 1865, in-.']." (Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Documents inédits, tome V).

Je tiens à remercier mon ami M Rodiére qui a étudié avec moi les monuments du canton de Doullens. Il a bien voulu me communiquer ses notes, dont j’ai tiré grand profit.

sur la verdure des arbres. Une vie paisible et laborieuse a conquis désormais la cité où les guerres accumulèrent jadis tant de ruines.

Sacrifiant aux idées du jour, les Doullenais viennent d'élever sur l’emplacement de l'ancienne abbaye de saint Michel un palais municipal qui ne serait pas déplacé dans une très grande ville. Ils eurent du moins le bon goût de respecter 1 ancien hôtel de ville et son vieux beffroi, témoins de plusieurs siècles d'histoire. Quand Richelieu et Louis XIV vinrent à Doullens c’est là qu'ils séjournèrent. Reconstruit en i6i.^, l'édifice d'un style banal, se compose de pierres en bossages et de briques. La tour carrée qui le domine garde tidèlement sa cloche i /a JedHHC d Ce

nom évoque une belle page des annales locales. La cloche prise à Auxi-le-Château par les soldats de Malborough fut reprise par les Doullenais qui conservèrent leur trophée. La cloche actuelle, refondue en 1774, rappelle sa glorieuse devancière (i).

Doullens possède, grâce à la munificence d'un de ses entants, M. Lombart, un joli musée, fondé en 1908. I.e généreux Mecène a groupé, dans l'ancienne chapelle des dames de Louvencourt et dans un bâtiment construit spécialement pour les recevoir, des objets de tout genre, mais surtout une importante collection de tableaux, dont le plus remarquable paraît être un marmiton de .loseph Bail.

Dans le jardin sont rangés quelques chapiteaux provenant de l'église Saint-Pierre, la margelle du puits des marmousets qui se trouvait devant l’ancien hôtel de ville et une belle cuve baptismale du xn" siècle qui appiartenait à 1 abbaye de Saint-Michel. Ces fonts repiroduisent un type fréquent en Picardie et qu on trouve à Fouencamps, à Buleux, à Gentelles, ù Wiry-au-Mont. Ils affectent la forme d'une grande cuvette arrondie au-dessus d'un cadre rectangulaire. Des faisceaux de trois colonnettes avec chapiteaux ornés de feuilles de pilantin décorent chacun des angles du cadre.

Quant aux pierres tombales adossées aux murs du jardin, elles proviennent l'une de Paris (XII P arrondissement), l'autre de F’ontenay-aux-Roses. Elles sont toutes deux fort mutilées.

L'étude des monuments religieux nous retiendra davantage.

ÉGLISE S.VIXT-PIERHE,

Cette charmante église est l'un des joyaux de l'architecture gothique dans notre département, aussi, n'est-ce pas sans un serrement de cœur qu’on pénètre dans sa nef dévastée. Une étable, une écurie, une charreterie, un magasin à fourrages la déshonorent depuis de longues années ; une destruction plus complète la menace. Elle est frappée d'alignement car elle entrave la circulation; la circulation à Doullens!

L'église Saint-Pierre a tenté la plume de plusieurs archéologues. Après Garnier et Dusevel, -M. Durand lui a consacré une substantielle notice que je me contenterai de résumer ici (2). Le pauvre monument dont notre confrère raconte la lamentable histoire souffrit mille dommages avant d’être vendu comme bien national en 1792, et après tant de désastres, ce ne sont pas ses mutilations, mais son existence même qui nous étonne aujourd'hui.

Plusieurs particularités intéressantes distinguent l'édifice.

Il ne reste qu'une partie de l'enveloppe extérieure du chœur avec des arcatures en tiers point et des piles dérasées à environ 3 mètres du sol. Bien que la tonclion

elgove donne l'inscripiion de cette cloche. Ouv. cité. p. 347.

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