‹ La Picardie historique et monumentale (volume 4)Chapitre 2 sur 28 · in-8“, 19 pp · texte numérisé non relu

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de la première pile flanquée de trois colonneties demeure assez énigmatique, nous pouvons reconstituer assez bien le déambulatoire sans chapelle composé de quatre pans seulement. Ce plan présentait donc une disposition peu fréquente. Le déambulatoire sans chapelle, qu'on rencontre à Mantes et à Gonesse, peut se prévaloir il est vrai d’un illustre exemple, puisque Notre-Dame de Paris ollrait primitivement un tracé analogue; il reste pourtant exceptionnel. De plus, en général, le rond point du chœur est formé d'un nombre de pans variables, mais presque toujours impairs; les pans en nombre pair nécessitaient la présence d’une pile dans Taxe (i).

Doullens. — Église Saint-Pierre. — Plan.

La nef accompagnée de collatéraux et comprenant cinq travées demeure à peu près intacte. Les fûts sont en calcaire dur, quelques-uns monolithes, les autres composés de deux ou trois tambours scellés au plomb. Groupés deux par deux (2) dans le sens de l'axe sur des bases attiques au tore inférieur très aplati et armé de griffes, ces piliers reçoivent des chapiteaux d'une sculpture riche et variée. Bien que des crochets et des feuilles appliquées contre les corbeilles en constituent l'unique décoration, nous pouvons admirer une fois de plus ici la souplesse des artistes du moyen âge qui savaient tirer un si heureux parti de motifs très simples. Un seul tailloir rectangulaire couronne les deux chapiteaux.

(1) Comme à Vignory, Moricnval, Saint-Martin d’Etampes, Caudebec, Saint-Maclou de Rouen, Saint-Pierre de Caen, Jumièges (église paroissiale). On peut citer parmi les absides anguleuses, celles de Caudebec-en-Caux. du Neubourg (Eure), de Montmajour (Bouches-du-Rhône), de Chappelaine ^Marne), de Picquigny.

« L’abside de la petite église de Deuil-sous-Montmorency (Seine-et-Oise), à peu prés contemporaine de la nôtre, et qui présente avec elle une grande analogie, peut donner une idée, dit M. Durand, de ce que devait être celle de Saint-Pierre de Doullens. Elle est à huit pans et présente la même particularité d’un angle sortant à l e.Ktrémité », iG. Durand, ouv. cité, p. lo).

(2) Les colonnes jumelles, suivant M. Lefèvre Pontalis indiqueraient une influence Champenoise. On les trouve à la cathédrale de Sens, à Montierender (Haute-Marne), à Saint-Jacques de Reims, â Champeaux (Seine-et- .Marne) et à Saint-Martin d'Etampes. Lefévre-Pontalis, le Déambulatoire Champenois de Saint-Martin d'Étampes. dans le Bulletin monumental. Paris et Caen, 1905, in-8'’, f. LXIX, p. 242.

Les grandes arcades portent double archivolte. Deux tores amincis dégagés par des cavets ornent l'arête extérieure de chaque voussure. Des dosserets armés d'une demi-colonne et de deux colonnettes prennent naissance sur les tailloirs, face à la nef. Ils s'élèvent jusqu'à hauteur d'appui des fenêtres où ils reçoivent des chapiteaux

à crochets. Deux cordons moulurés coupent horizontalement la surface des murs; mais la s'arrêtent les ressemblances entre les deux côtés de la nef. Il arrive fréquemment dans une église qu'une différence de style se remarque d'une travée à l'autre, et cette observaiion s'applique même à nos plus grandes cathédrales, mais presque totijours les travées sont symétriques. Ici rien de pareil, et ce n'est pas une des moindres originalités du monument.

Au nord, un élégant triforium s'ajoure sur le comble des bas-côtés. Une arcade en plein cintre, entourée d'un boudin continu, encadre deux petits arcs en tiers point qui retombent sur une petite colonnelte avec chapiteau à crochets. Par suite d'une disposition peu commune, et afin sans doute de conserver au triforium ses proportions élancées, les retombées extérieures des petits arcs, au lieu de correspondre à des demi-colonnes ou à des pilastres, viennent se fondre dans les piédroits de l’arcade principale. Deux fenêtres en tiers point, enveloppées d'un tore continu, s’ouvrent au-dessus du triforium. Des formerets décrivent un arc brisé au-dessus des fenêtres, mais les doubleaux et les ogives montrent seulement quelques amorces.

Au sud, l’ordonnance est plus simple; il n'y a pas de triforium. Bien que les piliers des grandes arcades soient sensiblement plus hauts, et que les clés de ces arcades soient portées à un niveau plus élevé, un espace vide s'étend entre les deux bandeaux horizontaux. La fenêtre, au lieu d'être géminée est simple, un boudin continu l'encadre; dans son tableau perpendiculaire au parement se trouve inséré un remplage flambo3'ant. Au sud, nous ne voyons ni formerei, ni ogive, ni doubleau et les chapiteaux qui couronnent demi-colonnes et colonnettes semblent n'avoir jamais eu d autre but qu un but décoratif et un désir de symétrie, qu'explique suffisamment d'ailleurs la disposition du côté nord.

Il ne paraît pas douteux que si le projet primitif comportait une voûte d’ogive, ce parti fut abandonné peu de temps après.

Les bas-côtés ont beaucoup souffert. Le mur extérieur du collatéral sud date du XV* siècle, comme en témoignent ses fenêtres avec moulures prismatiques et bases piriformes; le mur extérieur de l’autre collatéral ne remonte pas au-delà du xviii* siècle; mais les deux doubleaux qui les séparaient du transept gardent encore leur riche mouluration rehaussée de quatre tores amincis.

Le pilastre établi sur le tailloir des chapiteaux géminés ne sert pas de piédroit à un doubleau comme on pourrait le croire, il tient lieu de contrefort pour épauler le mur de la nef. Les bas-côtés ne furent jamais voûtés, et comme aucune trace de plancher n apparaît au-dessus des grandes arcades, il en faut conclure qu’ils

que le triforium du côté noril communiquait

montaient jusqu'à la toiture, et

directement avec le bas-côté. Saint-Pierre de Doullens présentait donc une ordonnance quelque peu semblable à celle de l’église d'Eu et de la cathédrale de Rouen.

On pénètre aujourd hui dans la ne! par une porte du xviit* siècle, en arc surbaissé, qui s'ouvre à 1 ouest dans l'axe du collatéral nord, mais le reste du mur occidental conserve encore ses dispositions anciennes. Deux arcs en tiers point avec arête biseautée occupent le rez-de-chaussée, l'un plus grand dans l'axe de la nef, 1 autre plus petit dans l'axe du bas-côté sud. Au-dessus, deux fenêtres en plein cintre et très ébrasées. de grande et belle proportion, éclairaient la nef; un meneau les partageaient en deux formes brisées, et une traverse de pierre les coupaient à mi-hauteur.

I.es deux piles ouest de la croisée sont encore debout et permettent de rétablir le transept dont les deux bras ne faisaient aucune saillie extérieure. Chacun des piliers est flanqué de deux colonnes et de quatre colonnettes. Des gorges et non des angles rentrants, comme c'est l'usage ordinaire, séparent colonnes et colonnettes. Cette disposition, pour n’être pas exceptionnelle puisqu'on la rencontre dans quelques monuments, par exemple à la cathédrale de Meaux, est pourtant assez rare.

Sur des chapiteaux à crochets ou à feuillages prend naissance le grand arc occidental ; il décrit un arc brisé et se compose de deux voussures. Un tore aminci entre deux cavets décore la voussure extérieure, la voussure intérieure porte un simple biseau sur l'arête.

Le triforium extérieur qui développe sur la face nord ses élégantes arcades constitue la principale originalité de l’église Saint-Pierre, et la distingue de toutes nos églises picardes. De l'étude intérieure du monument se dégage un intérêt archéologique incontestable, mais ce morceau d’architecture aux délicieuses proportions provoque notre admiration et nous déconcerte.

A hauteur des fenêtres et devant elles règne un passage qui traverse les contreforts et qu’abrite une arcature géminée en tiers point reliée au mur par de petits berceaux brisés. Les petits arcs toriques reposent d'un côté sur une gracieuse colonnette en délit avec chapiteau à crochet, de l'autre sur une demi-colonne placée dans l'angle du contrefort. Quant aux fenêtres, elles montrent sur leurs arêtes, comme à 1 intérieur, un simple boudin continu. Cette heureuse disposition est une particularité de l’école germanique, et i\L Enlart pense que Saint-Pierre de Doullens fut bâti par un maître d'œuvres tournaisien (i).

La façade méridionale ne possède pas cette élégante galerie J’ai dit que chaque travée, au lieu de compter deux fenêtres, comme au nord, n'en comptait qu'une seule. Ces baies, entourées d'un boudin continu et à tableau droit, occupent en hauteur tout l’espace laissé libre. Elles s'appuient sur le solin de la toiture du bas-côté et leurs clés se perdent dans la corniche.

Le collatéral ne présente pour toute décoration qu'un bandeau horizontal qui contourne le cintre des fenêtres. Remaïquons l'absence de contrefort aussi bien à la nef qu'au bas-côté.

Il est indiscutable que la nef de Saint-Pierre n’est pas homogène. Dans les deux angles sud-ouest et sud-est, les assises ne correspondent plus et le point de rencontre demeure visible; le côté sud appartient à une époque plus récente, mais je ne partage pas l'opinion de M. Durand. « Sans doute, écrit notre confrère, par suite de 1 ellondrement des voûtes, il fallut au xvP siècle refaire complètement tout le mur goutterot de gauche (côté de l’épître) à partir du sommet des grandes arcades.

(i) C. Enlart. Munuel d'archéologie fraii<;aise, tome [, architecture religieuse. Paris, 1902, in-S®, p. 486.

en supprimant le triforium et reconstruire également tout le mur extérieur du collatéral de ce coté. Des fenêtres à remplages flamboyants dans le style du xvi® siècle, les moulures prismatiques et une diflcrence d'appareil très caractéristique ne laissent point de doute à cet égard « u).

Suivant moi, la réfection de l'époque flamboyante s’applique seulement aux remplages des fenêtres hautes et au mur du collatéral, et nous avons sous les yeux tout un mur du meilleur xm' siècle. Les moulures toriques des fenêtres, les chapiteaux des colonnettes intérieures d’un style si pur permettent-ils la moindre hésitation? Je ne crois pas non plus à l'ertondrement des voûtes. Voici comment je comprends la marche des travaux. Pour un motif qui m’échappe, mais peut-être alin de conserver provisoirement un mur plus ancien, au lieu d'élever la net travée par travée, on construisit le mur du nord, la façade occidentale, le grand arc oriental, et l’architecte projeta une voûte d'ogives. Dans une seconde campagne de travau.'C très rapprochée de la première, et qui nous laisse dans le premier quart du xiii® siècle, on bâtit le mur du sud. Par raison d’économie, l’architecte prévit, dès le début, une ordonnance beaucoup plus simple, et c'est parce qu'il voulut supprimer le triforium qu'il donna plus de hauteur à ses grandes arcades. L'absence de contrefort nous prouve qu à ce moment le projet de voûte avait été abandonné.

Un bas-relief est encastré dans le mur extérieur du bas-côté sud. Sous un trilobé que soutiennent deux colonnes, on peut distinguer encore, malgré la détérioration de la pierre, une Ascension. Assistés de leurs patrons saint Antoine et saint Jean- Baptiste et accompagnés de leurs trois entants, le donateur et la donatrice sont à genoux devant des prie-Dieu armoriés. M. Durand avait pu déchiflrer dans le trilobé

Hierosme ï5g3 Carovd,

sans dotile le nom du sculpteur. Cette inscription a complètement disparu, mais au-dessous du groupe on lit encore les cinq lignes suivantes, en caractères romains :

Ci . DEV.4NT . GIST DE . LANSAI . QVl • SEPT . ET . SA

LE CORPS . DE . AnTHOINE . DESCEDA . LAN . V' OCTAN 1' . ET .

FEME . Jehane . Barbier . laq.velle

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