CANTON DE DOMART-EN-PONTHIEU
NOl’ICES PAR M. R. DK GUYENCOURT
DOMART-EN^PONTHIEU (.)
L’ÉGLISE
Par sa position au sommet d'une colline, dans l’enceinte d'une ancienne forteresse dont subsistent encore quelques débris, notamment une tour bien conservée ainsi qu'une poterne danquée de deux petites tourelles, l’église de Domart rappelle celle de Poix, mais là s’arrête l'analogie, car, si de part et d’autre le paysage environnant offre le même gracieux aspect, ici l’intérêt est minime en comparaison de celui que présente le monument pohier.
Le plan de l’église de Domart a la forme d'une croix latine; tout l'édifice est en pierres, avec abside à trois pans et collatéraux longeant une nef de cinq travées, dont l’une, près du transept, est très étroite. Le clocher s’élève sur la travée la plus occidentale du bas côté du midi.
Toutes les époques, depuis le xin’ jusqu'au xviP siècle, ont contribué à la
construction de l'édifice, sans parler des restaurations considérables qu’on y exécuta de nos jours, et qui, à l'intérieur, l'ont rendu absolument insigniliani (2).
La façade occidentale, quelque peu enterrée, comprend, outre la clôture de
la nef centrale, la tour du clocher au midi, et au nord, la muraille qui de ce côté termine le collatéral; cette dernière est percée d'une fenêtre en tiers-point. Deux grands contreforts à larmiers étayent cette façade.
Le portail, actuellement bouché, possède un tympan converti en une fenêtre dont le remplage est moderne. La voussure peu profonde de ce porche en tierspoint, qui paraît dater du xv" siècle, est simplement ornée de moulures; une série
de modillons décore le larmier horizontal qui règne un peu plus haut, entre les
contreforts latéraux. Au-dessus s'ouvre une fenêtre en tiers-point, pourvue d’un remplage nouvellement construit; une moulure torique qui traverse toute la façade contourne celte baie en manière d'archivolte, puis s'allonge, à la base d'un pignon refait, une corniche redentée, à modillons variés, qui paraît dater du xii' siècle.
On peut négliger toute la façade septentrionale de l’église, ainsi que celle du bras du transept situé du même côté. Après, se développent le chœur cl l'abside, le tout épaulé par des contreforts et ajouré par sept fenêtres en tiers-point, surmontées d’archivoltes et ornées de moulures. Celles qui éclairent le sanctuaire sont pourvues de remplages et toute cette partie de l’édifice fut construite au début du xvii® siècle.
La façade du croisillon méridional du transept est plus intéressante. Elle est comprise entre deux contreforts et surmontée d'un pignon non exactement construit en son milieu. Un larmier règne à sa base, puis s'épanouit une rosace à remplage moderne, qui ne se trouve pas davantage sur la médiane (3) de la façade. Trois
(1) En écrivant « Domart-en-Ponthieii ». on se conforme à t'usage, mais il serait peut-être plus juste d'écrire « Dumart-lès-Ponthieu ». Voir : Èittdc sur Doiuari-lcs-Pouthieii, par MM. A. Janvier et Ch. Bréard. 1898.
(2) Dans cette église, seul un grand bas-relief en buis mérite de fi.xer l'attention. Il représente l'apotliéose de saint Éloi et fut sculpté au xvui'’ siècle par Vimeux, pour l.i cathédrale d'Amien.s, d'où on l’enleva au xix' siècle.
(3) Sur ce bras du transept s'élevait jadis un clocher en charpente, de soixante pieds de haut, ciui s’écroula en 1585 en écrasant le chceur. — Le soubassement de l'église de Domart est, par endroits, appareillé en damiers de pierre et de silex.
longues fenêtres en tiers-point, actuellement aveuglées, s'ouvraient jadis sous cette rosace; la plus orientale d'entre elles était séparée de sa voisine par un contrefort. Tout cet ensemble présente les caractères du xiii' siècle.
Il est inutile de décrire l’extérieur, trop remanié (i), de la nef et de son collatéral du sud, malgré la petite porte cintrée en anse de panier, percée en 1627, bordée de multiples moulures prismatiques et couronnée d'une accolade moderne, ornée de bouquets de feuillages, qu'on y remarque; le clocher doit retenir plus longtemps.
C'est une puissante tour rectangulaire du xvn' siècle (2), cantonnée, dans le prolongement de ses façades, de contreforts amortis en bahuts. Sept larmiers ceignent ce clocher, qui, au-dessus de sa corniche, est couronné, à la base de sa toiture pyramidale en charpente recouverte d'ardoises, d'une galerie moderne en pierres ajourées 1 3).
Une ornementation compliquée, plus riche que belle, et constituée par trois encadrements superposés, décore cette tour au midi (41.
La première de ces sculptures (5), vers le sommet de la tour, présente deux sphinx formant cariatides, qui soutiennent un enlablcment surmonté dune platebande où l’on distingue un mascaron accompagné de divers ornements. Le tout se développe entre deux consoles qui supportent une sorte de fronton en forme d'accolade fleuronnée. Le champ de cet encadrement est occupé par un ornement végétal, d’un dessin très confus.
Au-dessous, un second motif ornemental, assez semblable (6) au précédent, est constitué par deux colonnettes à chapiteaux pseudo-corinthiens, soutenant aussi un entablement et une plate-bande décorée de deux mascarons, entre lesquels des animaux monstrueux afl'rontés sont séparés par une coupe, surmontée d'une couronne ouverte. Un fronton en hémicycle, échancré et orné de globes, se déploie au-dessus, mais le champ du panneau est garni seulement de quelques bossages.
Enfin, plus bas encore (7), un troisième encadrement de même style, comprend, latéralement, des pilastres cannelés qui supportent un entablement, p>uis une platebande où apparaît une tête de chérubin entre deux consoles. Celles-ci soutiennent un second entablement, servant de base à un fronton triangulaire échancré, orné, en son centre et ù ses extrémités, de globes posés sur des piédestaux en forme de balustres. Le panneau ainsi encadré est vide, mais l’on peut juger, par cette description sommaire, qu'ici le bon goût n'a pas toujours guidé les auteurs de cette décoration (S).
L’église de Domart, consacrée sous le vocable de saint Médard, doit son origine à un prieuré bénédictin fondé à la fin du xi* siècle, par deux seigneurs du lieu. Gauthier et Bernard de Saint-Valéry; le collateur en était primitivement l’abbé de Saint-Germer-de-Fly (gq puis ce lut l'évêque d’Amiens (10 ; le présentateur à la cure était le prieur de céans et la paroisse, avant la Révolution, faisait partie du doyenné de Saint-Riquier.
(1) Presque totalement refait par M. Deleforterie, jadis architecte à Amiens.
(2] Elle fut terminée en 1681, selon MM. Janvier et Bréart; sa construction coûta plus de 1500 livre?. Elle contient quatre cloches modernes.
131 Le sommet de la tour est ajouré sur chaque face d'une ouïe en tiers-point.
Sur la façade est de ce clocher on remarque une statue de la Vierge, sans mérite artistique, et un écusson de la famille de Créquy qui posséda le domaine de Domart, de 1407 à 1687.
(5) Datée de 1632 (ou 1637 MM. janvier et Bréard ont lu 1623.
(6) Daté de 1670.
(7) Un petit cadran solaire en pierre et de furme circulaire est appliqué contre le clocher vers cet endroit.
(8) La tourelle de l'escalier du clocher est située du côté nord de la tour qu’flte dépasse en hauteur.
(9) V. Darsv, Bénéfices de l'ilglise d'Amiens, et Janvier et Bréard, litnde sur ])onmrt-les-Pon/!iietc L’abbaye de Saint-Germer avait fourni les premiers moines qui peuplèrent le prieuré.
(loj Fouillé de la Société des Antiquaires de Picardie ixvm* siècle'.
L édifice qui est parvenu jusqu'à nous eut beaucoup à souffrir pendant la guerre de Cent ans et pendant celle qui ravagea la Picardie sous Henri IV et Louis XIII. Le chœur, écrasé par la chute du clocher primitif en i 585, avait été rebâti et s écroula de nouveau en i6io. Enfin, l'église venait de se relever de ses ruines lorsqu un incendie accidentel la dévasta en lôqa. A la suite de ce sinistre elle fut abandonnée pendant vingt-deux ans, et alors l’on dut parfois célébrer en plein air les cérémonies du culte (i), quand on ne pouvait utiliser pour cet usage la seconde église de Domart, actuellement détruite (2).