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LA MAISON DES TEMPLIERS

Il paraît certain que les Templiers n'ont jamais possédé de biens à Domart. M. 1 rudon des Ormes n'en parle pas dans son « Etude sur les possessions de 1 ordre du lemple en Picardie » (3), et ,MM. Janvier et Bréard {4) approuvent son silence. Mais alors quelle est l’origine du nom donné à une intéressante maison de ce bourg? C’est un problème qui reste sans solution. — Quoi qu'il en soit, la façade en pierre de cet immeuble mérite un rapide examen.

Elle est orientée à l'est et s’élève dans l'une des rues principales de Domart, la rue de l'Arbret, sur un soubassement surmonté d'une moulure qui forme une très forte saillie.

Au rez-de-chaussée, cette façade est percée d'une large porte et de cinq fenêtres inégalement espacées (5) dont plusieurs ont été très modifiées et bouchées en partie.

Toutes ces baies sont en tiers-point et surmontées d'un larmier continu qui se courbe en archivolte au-dessus de chacune d'elles.

Un autre larmier règne au-dessus de ce rez-de-chaussée et marque l'étage. Une moulure du même genre s'allonge un peu plus haut.

Sur cette dernière, à la droite de l’observateur qui contemple la façade, étaient percées trois fenêtres dont elle forme l'appui. Ces fenêtres, actuellement aveuglées en partie, possèdent chacune un encadrement cintré en arc surbaissé qui enserre une baie en plein cintre garnie d'un remplage. Celui-ci était constitué jadis par un support central soutenant deux arcades en tiers-point, ornées, dans leurs lancettes, d'un trèfle souligné, à la hauteur de l’imposte, par un meneau légèrement arqué. Un larmier continu se recourbe en archivolte au-dessus de ces fenêtres.

Actuellement, la façade de l’étage, à la gauche du spectateur, présente seulement un mur nu percé de deux fenêtres modernes. Cette partie de la construction e>t aussi moins haute que celle située du côté opposé, mais le tout est couronné d’une corniche. Un vaste pignon, — peut-être disposé jadis en escalier, — termine cette maison vers l’ouest; du côté du midi, la construction est sans intérêt.

A quoi cet édifice était-il destiné?

Selon Dusevel et selon MM. Janvier et Bréard, qui adoptent la même opinion, conforme sans doute à la vérité, c'était jadis la maison échevinale de Domart. Actuellement c'est une demeure particulière, dont l'intérieur, très remanié, ne mérite pas une mention.

(1) V. Janvier et Bréard, passim.

(2) La paroisse Saint-Georges.

(j! Mém. in-8“ de la Société des Antiquaires de Picardie, i. XXXII. — Michelet n’en dit pas davantage. — La maison, du xv"" siècle, est de cent cinquante ans postérieure à la disparition de l’ordre du Temple.

{4) Loc. cit.

(5) Deux fenêtres sont à la gauche du spectateur placé devant la porte, et trois à sa droite.

Une antre maison ancienne existait dernièrement encore à Domart. Elle était construite en pans de bois diversement combinés et son unique étage en saillie était supporté par cinq consoles en bois sculpté. Toute rornementation de cette demeure accusait le style du xvi' siècle. Elle fut détruite voici quelques années.

BERNEUIL

E-ÉGEISE

La Picardie historique et moiuimeniale, si elle n'avait jamais dévié de son but, devrait être uniquement consacrée à la description des monuments de premier ordre, mais la force des choses y introduisit parfois des notices relatives à de modestes églises de villages, constructions souvent très secondaires, mais pourtant recommandables par un détail, par un objet mobilier intéressant ou pour tout autre motif, 1 église de Berneuil est de ce nombre.

Entièrement construit en pierres sur le pilan le plus simple, — une nef, tin chœur avec abside à trois pans et un clocher bâti en avant-corps, qui forme la façade de l'ouest,

le gros de l'œuvre semble avoir été entièrement terminé entre le début et la fin

du xvp siècle.

I.e chœur et le sanctuaire à trois pans en sont les parties les moins anciennes, mais leur architecture est fort semblable à celle de la nef, et une seule description peut suffire pour le tout. C'est une œuvre aussi peu compliquée que possible, étayée par des contreforts ti) et percée de fenêtres ogivales qti un premier larmier contourne en archivolte à retours horizontaux, tandis qu'un second règne au-dessous d'elles d'une manière continue, mais en se relevant contre les trumeaux.

Le soubassement, surmonté d'un talon, permet encore de distinguer à certaines places un appareil en damiers de pierres et de silex.

Du côté du midi, une porte donne accès dans l'église. Elle est cintrée en anse de panier et surmontée d'une archivolte en accolade, dont la pointe est brisée, mais qui piossède une ornementation composée de feuillages et d animaux monstrueux.

Le clocher, bâti en avant-corps à l'extrémité occidentale de la nef, est, à la fois, la partie la plus moderne et la plus intéressante du monument. Il semble dater de l'extrême fin du xvi” siècle et paraît plus large au sommet qu'à la base, grâce aux encorbellements dont il va être question.

C'est une tour quadrangulaire, ceinte de six larmiers et étayée à l'occident par des contreforts construits dans le prolongement des façades, sans monter jusqu'à leur sommet. Ils soutiennent les encorbellements en nids d hirondelles, bases des tourelles d'angles octogonales situées de ce côté. L'une d'elles, qui contient un escalier, est surmontée d'une pyramide de pierre ornée de crosses le long de ses arêtes. Des tourelles similaires, mais de plan circulaire, existent à l’orient. Elles sont aussi cotistruiles sur des encorbellements, mais ceux-ci ne sont pas soutenus par des contrelorts

j (i| La nef coiupte cinq contreforts au midi. — Au nord, un contrefort posé obliquement, indiciue que là prenait

naissance une abside primitive et que l'église a été rallongée depuis cet endroit. Pareil fait se remarquait à l’ancienne ! église des Cordeliers d'Amiens. — La corniche de la nef de Berneuil est formée extérieurement par un simple surplomb,

celle du chœur et de l'abside par un talon renversé.

Quatre fenêtres ogivales sont percées dans les façades de la tour. Elles sont bordées de moulures et d’un feston dans la lancette. Jusqu'à la moitié de leur hauteur, elles sont aveuglées par une maçonnerie contre laquelle est appliquée une arcature trilobée. Une corniche denticulée couronne la tour (i) et sert de base à un parapet, daté de 1741, où l’on a découpé à cru, sous prétexte d’ornementation, un quintefeuille et un ovale, puis le cœur, le pique, le trèfle et le carreau, c’està-dire toutes les c< couleurs » des cartes à jouer.

I,e portail principal s'ouvre à l’ouest entre les contreforts du clocher. Son plein cintre est orné de moulures classiques et l’archivolte qui le surmonte est parsemée de cabochons. Sur le claveau central, on distingue encore une statuette très mutilée de saint Pierre, patron de l’église, et latéralement, appliquées contre la paroi occidentale des contrelorts, subsistent des niches vides dont l’ornementation a presque complètement disparu.

U’intérieur de l’édifice est d’une extrême simplicité. La nef unique est recouverte d’une voûte lambrissée moderne qui repose sur des sablières du xvi' siècle, dont la décoration consiste en accolades comprises entre des blochets, — il y en avait cinq de chaque côté, — terminés par des têtes grossièrement sculptées (2).

La voûte du chœur est lambrissée de la même façon, mais elle repose sur des sablières à deux corps, tous deux décorés de feuillages et, de plus, celui du dessous montre des mascarons et quelques animaux. Les six blochets de cette partie de l'église sont aussi d’une facture plus soignée, et représentent de grosses têtes rieuses d'hommes et de femmes.

Le chœur compte cinq fenêtres dont trois à l’abside. Celle du fond est toutefois bouchée. Les autres sont pourvues de remplages à deux formes, surmontées de soufflets. Une fenêtre de la nef est à trois formes et sa lancette est garnie de trois cordimorphes ; au-dessous de cette dernière on voit une piscine trilobée creusée dans la muraille, car à proximité devait se trouver l'autel principal avant que l'église ait été rallongée

Il faut encore remarquer qu’à travers le robage de la voûte moderne, on a laissé pointer, au chœur et au sanctuaire, une partie de l’ornementation de la voûte primitive, dont les nervures de bois étaient agrémentées, à leurs points d’intersection, de petites têtes humaines et de divers culots sculptés (3).

On lit sur les murailles de la nef les trois inscriptions suivantes :

Près de la chaire, sur un marbre noir (4).

Hic repositi sont cineres Petr- I Mabille et Catharin.-e Ozenne

CONJUGUM EX PAGO DE NlBAS ORIUN- DORUM, IN AGRO VlMACENSI, dUlBUS SUOS COMMISCERI MANDAVIT

Franciscus Deeafosse, EORUM NEPOS, PAROCHUS OPPIDl DE Do.MMART,

VIR NON MEDIOCRIS DOCTRIN-E AC

i) Ce clocher se termine en terrasse. Des gargouilles peu remarquables sont disposées sous su corniche.

{z) Les entraits et les poinçons ont été conservés; de plus, quelques-unes des fenêtres qui éclairent la nef <jiit gardé des traces de remplages.

(31 T.’église de Berneuil conserve trois statuettes du xvr‘ siècle, représentant saint Eioi, sainte Catherine et sainte Anne, qui ne sont pas sans intérêt.

(4) Une tête de mort, posée sur deux tibias en sautoir, est gravée au début de l’inscription.

SUMMÆ EXPECTATIONIS, QUEM MA- TURUM MORS PRÆMATURATA ABSTULIT ANNO ÆTATIS SUÆ VIGESIMO SEPTIMO- In LEVISSIMUM TRISTISSIMI DESIDERII SOLATIUM HANC TABELLAM APPENDI CURAVIT FrANCISCUS MaBILLE HUIUSCE PAROCHIÆ RECTOR ANNO DOMINI

De l'autre côté de la nef, sur la paroi du nord, on lit : (i)

Gy GisT

LE CORPS DANTOINE

Faite décédé

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