‹ La Picardie historique et monumentale (volume 4)Chapitre 16 sur 28 · NOTICES PAR M. R. RODIÈRE · texte numérisé non relu

NOTICES PAR M. R. RODIÈRE

BÉALCOURT

piGLISE DE MONS-BÉALCOURT

Cette église isolée au milieu des champs, seul vestige du village disparu de Mons, sert de paroisse à Béalcourt, qui est bâti dans la vallée d’Authie, à peu de distance.

La nef était autrefois accompagnée d'un bas-côté vers le nord; on a réuni l'édifice en un seul vaisseau et supprimé les piliers, sauf le dernier vers l'est, grosse colonne octogone, restée seule à l'entrée de la chapelle latérale qui forme comme un croisillon de transsept. La chapelle a une voûte très ornée, tracée en étoile; les nervures sont sculptées et la clef médiane très pendante forme un dais en pierre, auquel est suspendue une statuette en bois de la Vierge-Mère. Une des clefs secondaires porte la date 1672 qui ne peut être que celle d'une restauration.

Le chœur, du début du xiii' siècle, a deux travées voûtées d'ogives; les nervures, toutes primitives, se composent, savoir : les ogives et le doubleau, d'un tore entre deux tores plus petits; les formerets, d'un seul tore. Elles retombent sur des groupes de trois colonnettes engagées, à chapiteaux ornés de crossettes et de feuilles; plusieurs de ces chapiteaux ont été refaits récemment, avec une préoccupation visible d archaïsme; ceux qui sont primitifs sont d'un style nettement gothique et n'ont rien de roman. Tous les arcs sont en tiers-point.

Les fenêtres du chœur sont refaites, celles du nord sans caractère, celles du sud peut-être en iSSq, d’après un graffite (i) qui se voit dans la première travée sud, à côté de la fenêtre ; en haut, le monogramme i fi e en lettres entrelacées, et le titre Î.IO.K.J'. ; puis, en dessous :

Le maître-autel est orné d’un très grand rétable à pans coupés, richement sculpté, quoique avec un peu de lourdeur, dans le style Louis XIII. A droite, statue de la Vierge; à gauche, le Sauveur tenant le globe du monde. Au milieu, Dieu le Père, à mi-corps, dans les nuages, au-dessus d’un tableau peint sur toile ; Sainte-Famille, sans valeur; dont le cadre est sculpté d'une guirlande de laurier et soutenu par deux anges (2).

Un coup d'œil, maintenant, sur l'extérieur de l’église.

Le chevet est droit. Dans le pignon, et pas du tout au centre, on distingue encore un ancien œil-de-bœuf ou fenêtre en plein cintre aveuglée, mais dans laquelle on a laissé une ouverture en forme de croix, éclairant les combles.

(1) Aujourd’hui caché par un tableau.

(2) L’abbé Th. Lefèvre mentionne le contrat passé en 1585, pardevant Seguin, notaire à Doullens, et par lequel Jehan de Fransiéres, tailleur d'yniaiges à Amiens, s’engage à faire l'autel de l'église de Mons-Bèalcourt, avec, « au passet de la table d’autel, une histoire de la Vierge Marie qu’il pouvoit tailler à sa discrétion *; il devait, en outre, racüustrer quatre anges et leur faire des ailes et des mains. Cet autel a disparu. ( .Vo/ice historique sur le canton Je Bernavillc , p. 38, .

La corniche du chœur, très mutilée et très retouchée, est en quart de rond, sculptée de roses et de disques. Au-dessus, on a remis au xvi' siècle une deuxième corniche. Presque tout le mur sud est refait (xvi’ et xix' siècles'.

La façade occidentale est également refaite sans art. Un œil-de-bœuf, au-dessus du portail, est surmonté d'un claveau saillant, sur lequel on lit :

Pierre francois pcrier curé frouhant healcourt mémoire (?)

Les fenêtres du bas-côté nord sont du xv' ou xvi' siècle: autour de l'une d'elles, le cordon qui règne sous les appuis se décroche et contourne la baie (i). Au contrefort voisin, tout en haut, un écusson bûché.

Dans la même muraille, près de la chapelle latérale, s'ouvre un petit portail en anse de panier, dont l'archivolte est surmontée d'un socle saillant, formant cul-de-lampe, orné d'un ange tenant un écu écartelé : i et 4. à la bande accompagnée de six billettes en orle: 2 et 3. à deux bandes et une bordure. Ce sont les armes de Ferry de Saveuse. seigneur de Béalcourt en iSoy. écartelées de celles de sa mère. Antoinette de Beauvoir (2).

A gauche, dans l'angle de la chapelle, subsiste la statue mutilée d'un saint, les jambes armées de fer. Le cul-de-lampe est décoré d'un ange portant un écu

écartelé : au i, à trois soleils ou étoiles à huit rais; au 2, à cinq losanges posés

en bande (d'Heilly?); au 3, à deux chevrons; au 4, à trois oiseaux, 2 et i. Ces armes me sont inconnues.

A côté de là. graffite formant quatre assonnances :

ARET TOI . CEVR ■ EN | DVRCI- ET . CONTENPLE ■ T | ON ■ DIEV- ICI ■ QVI ■ POVR ■ TON ■ I ENORfme] l'ECHE ■ EST ■ ICI ■ A I TACHEZ (3).

Au-dessus, la date 1689.

D'après cette inscription, il est probable que la statue qui surmontait la porte devait être un Crucifix ou un Dieu de Pitié; il n'en reste aucune trace (4).

La fenêtre ouverte dans le pignon nord de la chapelle latérale est large, basse

et peu gracieuse, comme celles du chœur d'Heuzecourt. Dans le même mur est encastrée une épitaphe sur plaque de marbre blanc :

(il Même disposition A l’église de Regniérécluse. Cf. tome III. p. 240. figure.

(2' *• Au moment de la rédaction de la Coutume locale (1507). la seigneurie de Béalcourt appartenait ;i Monseigneur Ferry de Saveuse, chevalier 'ïh. r.KFKVRK, op- cil., p. 31). Ferry n'eut, de Charlotte de La Viefville, que des filles. Sa mère était Antoinette, dame de Beauvoir, fille de Jean, sire de Beauvoir, et de Louise de .Mailly- Conty. Beauvoir, en Ponthieu, porte : d'urgent d deux bandes de gueules, et Saveuse ; de gueules à la bande d'or, accompagnée de 6 billettes de même.

■'31 Dans cette inscription, les N sont renversées : y;.

141 On v<)it d'autres graffites, assez nombreux, sur le mur nord de la nef. Notons celui-ci :

lACQVE QVILT.ET PINTRE 1655.

(larme) Cy GiST (larme)

.Iacque Trogneux Lieutenat (sic) Receveur

DE Beaecourt decedf: le 10 luiN 1704

Antoinette Baudelot sa femme

DECEDEE LE 12 AVRIL I74I

Iean François Pierrin SEIGNEUR

DE MoNCHEAUX DECEDE LE I9 JANV. I 760

Antoinette Trogneux sa Femme

DECEDEE LE 7 DECEMBRE 1763

Requiescant in race.

{Calice et flambeau en sautoir sur une patène: larmes).

Cy gist

Maître Louis Pierrin très Digne Prêtre Curé du quesnoy en vimeu

DECEDE LE 2 JUILLET 1793

Jacque François pierrin Fermier

DECEDE LE 9 OCTOBRE 1809

Marie ieanne rose Trogneux sa

Femme decedée le 26 octobre

1808 Requiescent {sic) in race.

(Tête de mort ailée; ossements; larmes.)

Dans le dallage de la nef. on remarque trois grandes dalles bleues de stinkal, qui devaient être très intéressantes; malheureusement elles sont fort elfacées. Sur Tune, on voit encore la silhouette d'une dame gravée au trait, coiffée d'un hennin carré; la tête, les mains, les écussons étaient incrustés, sans doute en cuivre (vu le peu de profondeur de l'incrustation) et ont disparu. L'épitaphe, en bordure, est lisible en partie :

[Cy gist dame] 1| marie qiiicrettc yn] fon 'vivant . || [qui trcfpaffa fc [jour de] î,

faint marc fa» mif CCCC CÎÎ3 priicij Mc» pour fon amc.

Les Quiéret ont possédé au moyen-âge la terre de Béalcourt (i).

Les deux autres dalles avaient également des légendes gothiques en bordure.

Il est bien regrettable qu'on n'en puisse plus rien tirer que ceci : . îni moio .

prico bien pour . (2).

Un escalier tournant en bois, à rampe, monte au fond de la nef et donne accès aux combles. Le clocher, en charpente, surmonte la première travée du chœur et renferme trois cloches peu anciennes. Les deux plus fortes datent de 1827 et ont été fondues par Gorlier, de Frévent; la troisième est de la seconde moitié du xix* siècle (3).

(il En avril 1 292, « Jehan Keres, esquiers, sires de Bealecourt *■. (Cartulaire de Cercamp. — Abbé Lefèvre, p. 301. Cet auteur ne cite plus ensuite d’autre seigneur de Béalcourt avant Ferry de Saveuse en 1507. On voit, par cette épitaphe, que les Quiéret possédaient encore cette terre en 1453; mais la généalogie de cette famille publiée dans le Nobiliaire de Belleval ne mentionne pas la branche de Béalcourt.

^2) Dans le cimetière git abandonnée une ancienne table d'autel.

(3) Les inscriptions de ces cloches ne sont qu’en partie lisibles, à cause de la situation du beffroi. La plus grosse a été nommée, en 1827, Marie-Josèphe par M. Casimir F. J. Cailly, doyen du canton de Beriiaville, et dame Marie Pierrin. veuve de Jean Delgove, en présence de François E. Marchand, maire de Béalcourt. La seconde a été nommée Geneviève Césarine par M. Pierrin et Madame Tempez, de Béalcourt. La troisième, dont je n'ai pu lire ni la date ni le fondeur, a été bénite par M. Louis Fliche, curé doyen de Bernavüle, et nommée Alphonsine par M. Alphonse Kavaux, adjoint.

A un quart de lieue de l’église, dans les champs, on montre un prétendu dolmen, table de grès en forme d'hexagone irrégulier, de i"'8o de diamètre sur o"'55 d’épaisseur moyenne; bosselé de creux et de saillies, il semble un grès erratique, vaguement taillé de main d’homme. On dit qu'il reposait autrefois sur trois autres grès, mais il ne reste aucun vestige de ces supports. Ce dolmen est d'une authenticité fort douteuse (i).

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