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Toutf.ncourt. — I.ï'glise en 1855.
Il n'y a pas de fenêtres hautes, et la voûte en bois, en carène de navire, qui couvre la nef. repose à peu de distance des clefs des arcades longitudinales. Sans être une des plus belles du département de la Somme, qui en possède, comme on le sait, de très remarquables, elle est loin d'être sans mérite, bien qu'elle ait été recouverte d'un enduit; seuls les entraits, les poinçons et les sablières sont restés apparents. Les sablières sont simplement moulurées, avec un petit motif sculpté. Il faut remarquer surtout aux extrémités des entraits, des têtes de monstres marins sculptées d'un très beau caractère, de la gueule desquelles la poutre semble sortir, motif assez original et d'un très bel etîet (2). Les blochets, au nombre de huit, quatre
1 (i) Au-dessus de deux de ces colonnes, on aperçoit assez difficilement, masquées qu'elles sont par des tableaux,
les dates 1545 (côté nord,; 1550 icôté sudi.
(2' On peut encore en trouver d'autres exemples, notamment à la poutre de gloire de l'église de Saint-Ktienne, commune de Bouttencourt (Somme, canton de Gamaches), et à celle di- l'église de Seringes .\isnel. V. Murkau- ' Nelaton, les églises de che^ uüus, t. I, fig. 938.
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de chaque côté, sont également pour la plupart sculptés et représentent des têtes humaines grimaçantes, parlois à double visages. Les deux derniers, vers le chœur, sont simplement tournés, et ils doivent avoir été refaits.
La porte principale de l'eglise, en arc surbaissé et simplement moulurée, s’ouvre dans le mur de façade, à l’occident de la nef. Elle est surmontée d'une grande baie en cintre brisé dénuée de remplage.
Le grand arc en plein cintre qui sépare la nef du chœur paraît dater du même temps que celui-ci. Sa ciel seule a été ornée par un tailleur de pierres peu habile, vers la nef, d’un petit fronton cintré, mouluré, et d’un écusson dont les pièces héraldiques sont devenues aujourd’hui méconnaissables, et, vers le chœur, d’un ostensoir entre deux chandeliers.
Il y a peu à dire sur les bas-côtés, dont les murs extérieurs ont dû être sinon entièrement refaits, du moins considérablement remaniés à des époques modernes. Ils sont aujourd’hui couverts par de mauvais appentis apparents mais plafonnés, et descendant assez bas.
A peu près au milieu du mur latéral de chacun des bas-côtés est percée une porte secondaire en arc surbaissé et mouluré,
A 1 extrémité de chacun des croisillons du faux transept s’ouvre une grande fenêtre en cintre brisé, sans remplage.
Tout l’intérieur est couvert d’un badigeon récemment renouvelé, d’une blancheur éblouissante, avec l’indication d’un faux appareil. Les colonnes de grès viennent d’être peintes à l’huile de la même couleur. Il faut dire qu’elles étaient précédemment mouchetées d’une imitation de jaspe qui ne valait pas beaucoup mieux. Il eût été bien préférable d’en laisser le grès apparent.
Extérieurement, l’intérêt de l’édifice est encore plus médiocre. Cependant, sa situation sur un fond de verdure, son irrégularité même, ses toitures qui chevauchent les unes sur les autres, lui donnent un certain aspect qui ne manque pas de pittoresque. Il a été malheureusement gâté, depuis quelques années, par des espèces de lucarnes prétentieuses en faux gothique, dont l’effet est pitoyable.
iMais cette église est surtout intéressante par son mobilier qui date entièrement du xviii' siècle.
La chaire, appuyée à la dernière colonne isolée de la nef, vers le chœur, du côté de l’Epître, porte les caractères du début de ce siècle. Elle est en chêne sculpté, assez sobre de décoration, mais les quelques motifs sculptés dont elle est ornée sont d’une très grande finesse.
Les bancs à balustres qui garnis.sent l’église ont une forme assez élégante. Ils ont été placés par le curé Antoine Heü, mort en lySS (i).
Une fort belle grille en fer forgé, en partie doré, sépare la nef du chœur. D’après Cardevacque (2), elle serait « l'œuvre d’un enfant de Mailly, nommé Candeller » (3). Elle comprend deux parties dormantes et une porte centrale séparés par des pilastres. Les deux pilastres extrêmes sont surmontés de pots à feu; ceux qui accompagnent la porte ont chacun pour couronnement un écusson ovale timbré
fl) V. ci-dessus, l’acte de décès du curé Antuine Heü.
(2) Op. cit., p. 37Q.
(3I Sur ce Candellier, v. ci-dessus, p. ()/.
d'une couronne de marquis. Vers la nef, l'écu porte : écartelé, aux i et 4 fascé d’argent et d'a:;ur. de six pièces, les fasces d'argent chargées de six fleurs de lis de gueules posées 3, 2 et i, qui est de France d'Hézecques, aux 2 et 3, d'or à trois maillets de sinople, qui est de Mailly. Vers le chœur, il porte : d'or à cinq cotices de gueules, qui est de Harchies. Chacun des deux écussons est accompagné de deux bannières en sautoir. Tune aux armes de France d’Hézecques, 1 autre, d argent à la croix de gueules, qui est de Bouchaut. Charles-lsahel-Désiré-Guilain de France, chevalier, comte d'Hézecques, héritier de la baronnie de .Mailly et des privilèges de la branche aillée de cette illustre maison, après la mort de Louis, marquis de Mailly, son oncle, arrivée en 1774, avait épousé Berthine-F'rançoise-.losèphe de Harchies. C'est donc incontestablement à lui qu'il faut attribuer le don de cette superbe grille, qui fut peut-être son présent de bienvenue dans la seigneurie de Toutencourt qui lui était échue avec beaucoup d’autres par la même succession (i).
Au-dessus de cette grille, à la retombée du grand arc qui sépare la nef du chœur, règne une traverse ornée d’une sorte de fronton surmonté d’une croix et accompagné de deux pots à feu, le tout également en fer forgé. Cette traverse remplace certainement l'ancienne poutre de gloire.
L'appui de communion, en fer forgé comme la grille, provient certainement de la même main que celle-ci.
Tout le chœur est garni de boiseries sculptées d’un style rococo assez réservé. Elles viennent d'être malheureusement couvertes d’un vernis luisant et les sculptures d’une argenture, dont l’effet est le plus criard et le plus désagréable qui se puisse voir.
Le maître-autel est en bois sculpté, peint en imitation de marbre et doré. Les disciples d’Emmaüs sont sculptés en bas-relief sur le devant.
Un immense retable également en bois sculpté, peint et doré, occupe, au-dessus de l’autel, tout le fond de l'abside. Il consiste en un ordre de quatre colonnes composites qui encadrent un tableau surmonté d'un .Jéhovah entouré d’une gloire formant fronton, et, à droite et à gauche, deux niches dans chacune desquelles est placée une statue sans valeur et qui n’est certainement pas celle qui devait s’y trouver à l’origine. Le tableau central, peint sur toile, représentant la Résurrection du Christ, est assez bon; on n’y voit pas de signature.
L’autel de la Vierge, placé dans la chapelle latérale nord, a été certainement formé de morceaux divers de bois sculpté rapportés d’ailleurs. L’autel proprement dit, de style rocaille, est fort beau et très finement sculpté. Les têtes de chérubins sculptées sur le devant sont certainement l’œuvre d’un maître; de charmantes guirlandes de fleurs ornent le gradin. Les morceaux qui ont servi à faire le retable sont d’une autre provenance; les chutes de fleurs qui en ornent les pilastres sont d’une excellente exécution, mais la sculpture du fronton est assez grossière. Malheureusement un barbouilleur de village a gâté ces sculptures par les plus maladroites imitations de marbres. Un fort mauvais tableau peint sur toile, représentant l’Assomption en occupe le centre.
L’autel de Saint-Nicolas qui lui fait pendant du côté sud. plus homogène, n’est pas non plus sans valeur artistique. Il doit dater du second quart du xviii’ siècle. Une belle guirlande de laurier encadre le tableau central peint sur toile, très médiocre d’ailleurs, et représentant saint Nicolas.
(Il Dans la généalogie de la famille de France d'Hézecques donnée par l’abbé Gosselin (Mailly et ses seigneurs), le titre de baron de Bouchaut est porté par plusieurs chefs de cett-* famille depuis le .\vu'‘ siècle jusqu'à Cliarles- Alexandre, aïeul de Charles-Isabel-Désiré-Guilain, exclusivement.
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Près de chacun des autels latéraux, il y a un fort beau confessionnal en chêne sculpté, toujours de la même époque.
L’église possède eniin un fort beau tableau de la Cène datant vraisemblablement du xvip siècle et parfaitement conservé, dont malheureusement l’auteur est inconnu (i). Au centre Jésus, vêtu d’une robe violette, est assis à une table sur laquelle il y a un agneau rôti, un pain, un verre de vin, une salière. A sa droite et à sa gauche, saint Pierre lui parle, saint Jean appuie sa tête sur l’épaule du Sauveur. Les autres apôtres sont rangés autour de la table, dans diverses attitudes. Judas, à la chevelure rousse, détourne la tête. Le cadre, sculpté d'une guirlande de chêne, est de la même époque que le tableau.
(t) Ce tabiea'i a été dnnné, il y a quelques années, par une famille e du pays.