‹ La Picardie historique et monumentale (volume 4)Chapitre 24 sur 28 · MAILLY · texte numérisé non relu

MAILLY

L’EGLISE

Mailly-au-Bois, Mailly-le-Franc, plus connu aujourd’hui sous le nom de MaiUy- Mailîeî^ ou plutôt Mailly tout court, fut le chef-lieu d'une seigneurie très importante dont le nom fut porté par une des plus illustres familles de la Picardie.

(i) Sur Mailly, v. J. Taylor. Ch. Nodier et A ue Cailleux, Voyages pittoresques et romantiques dans î'aucieiuic France. Picardie, t. 1. Paris, F. Didot, i8q5, in-fol., fig-. — Abbé Françui.s-Simon Decagny, l'iiglise de Maillv, dans Fglises, chdteaux, h-ffrois et hôtels de ville les plus remarquahles de la Picardie et de l'Artois, t. I, 1S.J5. in-8‘',

— Dusevkl, le Département de la Somme, ses monuments anciens et )n<'dernt's, ses grands hommes et scs souvenirs historiques. Amiens, 1850. in-S^. Dessins par 1.. Duthoil. — A. de (-'AKOEVACyUE, te Canton d'Achcii.x, dans la revue

Jean Il[, chevalier, baron de Mailly, comte d'Agimonl, seigneur de Rouiliancourt lès Montdidier et autres lieux, capitaine d'une compagnie d hommes d armes, gouverneur du comté d'Eu et de la baronnie de Saint-Valéry, naquit vers 1 an 1427 de Jean II de Mailly et de Catherine de Mametz, dont il était le second fils. Il assista le i5 août 1461 au sacre de Louis XI, auquel il fut tait chevalier et lu lonction de pair de France (i).

Il reçut la seigneurie de Mailly avec celles de Colincamps et de Martinsart, par donation de son père, le 28 mars 1463, à l'exclusion de son frère aîné Nicolas ou Colart, qui mourut sans postérité et probablement sans alliance, vers 1475.

Successivement chambellan de Charles \ III, qui le ft chevalier de Saint-.Michel, et de Louis XII. il mourut le 27 mai i5o5, et fut inhumé dans l'église du couvent des Cordeliers de Mailly qtie lui-même avait tondé.

Le i3 octobre 1471), il avait épousé Isabeau d'Ailly, fille de Jean d'Ailly, vidante d'Amiens, seigneur et baron de Picquigny, Haineval, et autres lieux, et d'Yolande, fille naturelle de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. 11 est inutile de dire que la famille d'Ailly était non moins illustre que celle de Mailly. L'une et 1 autre se trouvèrent donc alliées à la rovale maison de Bourgogne. Au surplus, depuis longtentps déjà, elles avaient donné de nombreuses preuves de leur sympathie pour le parti bourguignon.

Isabeau d'Ailly survécut à son mari jusque vers l'an i5ig.

A défaut de documents précis, une tradition, confirmée par le monument lui-même, lui attribue la reconstruction de l'église paroissiale Saint-Pierre de .Mailly. Le fait qu'elle est seule représentée en donatrice au portail de cette église permet d’en induire que cette reconstructittn n'eut lieu qu'après son veuvage, c'est-à-dire entre i5o5 et 1519.

Peut-être Isabeau d'Ailly avait-elle hérité de son aïeul le duc de Bourgogne l'amour des belles choses; ce qui reste de cette église montre du moins que celle-ci fut élevée avec un très grand luxe.

Sans parler des avaries qu'elle eut à subir durant les guerres du xvi" siècle, cette église soull’rit considérablement de l'incendie allumé dans le village par les Hongrois et les Croates de Jean de Verth en i636; puis, elle fut presque entièrement détruite par un violent incendie dont on ignore la cause, et qui, en i663, consuma aussi une partie du village et des dépendances du château. A la suite de ce désastre, on la reconstruisit avec la plus grande économie, en conservant de l'ancienne ce que l'on a pu. Elle dut subir encore d'autres accidents, notamment des tempêtes en 1705 et en 1720 I2).

Actuellement, la partie centrale et inférieure de la façade occidentale jusqu'audessus de la rose, en un mot le portail, est tout ce qui subsiste de l'édifice élevé au commencement du xvi' siècle piar Isabeau d'.'Villy. Il suffit de jeter un coup d œil sur une vue de cette façade, pour distinguer ce qui reste d'ancien des adjonctions postérieures, sur lesquelles nous reviendrons.

La Picardtr, 2' série, t. V. 18S3, p. 30. Tiré à part. — Abbé Gosselix, Mailly et scs seigneurs. Péronne, Trépant, 1876, 358 p., in-8®. fig^. — Abbé Ledru, Histoire de la maison de Mailly. Paris, 18^3, 2 vol., gr. in-S®, fig. — Pierre Dubois, Monuments et sites de Picardie. Maiîly-Maitlet. dans la revue Notre Picardie, 2' année, 1907, pp 263 à 267, fig. Abbé Paul Dec.agnv. Histoire de. l' Arrondissement de Peronne et de plusienrs localités circonvoisines. Péronne, Quentin, 1865, t. 1. pp. 439 à 453, - etc.

(i) Il remplit les mérae-s fonctions au sacre de Charles VIII.

12) Gosselin, Mailly et ses seigneurs, p. 253.

— Sy —

Tout entier de style gothique flamboyant avancé, ce portail comprend une grande porte ébrasée à trois ressauts simplement moulurés, en cintre brisé, surmontée d’une accolade, dont la partie supérieure figure un arbre feuillu (i). Le cintre est occupé par un tympan orné d'un fenestrage aveugle, descendant plus bas que la moitié de la hauteur totale de la baie. Celle-ci est partagée par un trumeau en deux baies divisionnaires amorties chacune en arc très surbaissé surmonté daine accolade à crochets feuillus, au centre de laquelle est un écu aux armes de Mailly : {d'or} à trois maillets (de sinople). Un grand oculus sans remplage {2) s’ouvre un peu au-dessus de la porte; il est entouré d'une très jolie guirlande de branchages où viennent se mêler douze écussons dénués de pièces héraldiques (3), d'un effet très heureux et très original. A droite et à gauche s'élèvent deux contreforts terminés en talus et ornés de grands pinacles à leur partie antérieure.

Des statues ornent le trumeau, les piédroits et les écoinçons de la porte, ainsi que les pinacles des contreforts. Un grand sujet sculpté en demi-relief occu[)e tout l'intervalle compris entre le cintre de la porte et le bas de l'oculus. En dehors du contrefort septentrional, un groupe sculpté occupe toute la largeur du mur occidental du collatéral de ce côté.

Malgré la perfection de l'exécution, malgré la finesse et l'excellent style de la sculpture ornementale, il faut convenir que, dans son ensemble, ce portail est agencé d’une façon un peu maladroite et un peu incohérente Les lois de l'échelle y sont méconnues; les dais y sont surmontés d'amortissements piriformes aussi étranges uue disgracieux.

En revanche, la statuaire est en général d'une valeur artistique et d'une beauté qu’on ne s'attendrait pas à rencontrer dans une église de campagne.

Avant de passer outre, il est bon de rappeler que ce portail a été l'objet, en 1844, d'une assez importante restauration, qui fut confiée par l'abbé François-Simon Decagiiy, curé doyen de Mailly, à Théophile* Caudron (4), sculpteur picard, qui s'était déjà fait connaître par la restauration des sculptures de la cathédrale d'Amiens et d'autres églises, mais dont les travaux prêtaient déjà, dès celte époque, à la critique des gens éclai rés.

Quelques années plus tard, ces réparations, qui n'avaient pas été faites assez solidement, notamment dans le groupe du bas-côté nord, durent être reprises par les frères Duthoit (5).

Le 24 mai i5io, juste à l'époque où, très vraisemblablement, Isabeau d'Ailly faisait construire l'église de Mailly, Jean Morel, maréchal à .Amiens, donnait à Antoine More! « eniailleur d'ymages demouranl à Mailly », son iils, « une maison séant audit lieu de Mailly », pour s'acquitter envers ledit Antoine d'une somme de dix francs à lui léguée par défunte Perrine Ancquier, sa mère, alors qu'il était encore mineur et qu'il avait pour tuteurs et curateurs Olivier Sativalle et Jehan Ancquier; la susdite somme était garantie par une hypothèque sur une maison appartenant à Jean Morel, sise à Amiens basse rue Notre-Dame, tenant à la maison

(i) Le fleuron terminal de cette accolade qui était tombé, a été plusieurs fois refait. (21 II est difficile de savoir s'il y eut primitivement un remplage.

(3I Elles devaient sans doute être peintes.

(4) F. Decag.vy, l'Eglise de Miiilly dans Eglises, châteaux, beffrois, etc., t. 1, p. i6.

(5) Gosseli.v, Maillyet ses seigneurs, p. 252.

des « Rouges Lupars (léopards) », et que celui-ci vendit peu après à Simon Ancquier, éperonnier à Amiens, oncle d'Antoine .Morel, par conséquent frère de sa mère (i).

Quelle raison pouvait attirer à Mailly un tailleur d'images d'Amiens? On est bien tenté de répondre : les travaux qu y faisait exécuter Isabeau d Ailly, notamment la construction de l'église. Le soupçon sera encore fortifié lorsque 1 on saura qu’en iSad, après la mort J'isabeau d'Ailly, Antoine Morel avait quitté Mailly et qu'il était établi à Amiens. Une curieuse sentence de l'échevinage de cette ville du i5 mai de cette même année nous montre Antoine Ancquier et lui, tous deux entailleurs d'images à Amiens, engagés envers les marguilliers, manants et habitants de Formerie, à exécuter pour l'église paroissiale dudit lieu, une table d autel en beau bois de chêne d'Irlande et de Neuville (en Haye), ou d aussi bon, représentant .lésus en croix, à l'instar de celle du maître-autel de Saint-Martin au Bourg d'Amiens, pour le prix de i3o I. Sur ce prix les marguilliers de Formerie versèrent 5o 1., mais refusèrent de solder le reste, se déclarant mécontents du travail. Pour se faire payer, nos imagiers firent arrêter à la loi privilégiée de la ville le premier habitant de Formerie qui vint s’aventurer à Amiens, un nommé Pierre Lievrois. L'affaire vint donc devant l'échevinage de cette ville. Les marguilliers eurent beau protester que la table d'autel était « petite, meschante, de maulvaise estoflfe, quy ne porte ladicte

hauteur de vi pietz et demy, en ladicte histoire du millieu, ne ladicte longueur de

IX pietz et demy, . et ne vault icelle table la moictié de celle de ladicte église

Saint-Martin au Bourcq », les échevins n'admirent pas ces raisons, et, maintenant l'arrêt, donnèrent gain de cause aux artistes.

Ces deux documents n'ont évidemment pas la certitude d'une affirmation formelle, mais on ne peut s'empêcher d'en retirer une très forte présomption, d'une part qu'.Antoine Morel serait l'auteur des sculptures de l'église de Mailly, et de 1 autre

qu'il serait proche parent d'Antoine Ancquier. l'habile artiste auquel nous devons

la belle statue funéraire d'Adrien de Hénencourt, peut-être aussi certaines parties des clôtures du chœur et un grand nombre des miséricordes des stalles de la cathédrale d’Amiens et qui, certainement, par les renseignements assez nombreux que nous possédons sur lui, a joui à Amiens d'une grande réputation (2).

On sait combien il est rare, en France, avant le xvii" siècle, de pouvoir mettre un nom sur une œuvre d'art. C'est donc déjà bien beau, pour notre portail, de pouvoir approcher d'aussi près de la vérité.

Dans cette statuaire tout n'est cependant pas de même valeur.

A côté de morceaux exquis, il en est tel autre où l'on ne peut méconnaître bien des défaillances. Il serait cependant téméraire d’y rechercher différents ateliers et même différentes mains. Le talent des artistes d'alors, et surtout des artistes français, ne se soutenait pas toujours. Un maître tailleur d'images a pu confier certains travaux à des serviteurs moins habiles; il a pu avoir soigné davantage tel sujet que tel autre.

Dans tous les cas, c'est bien de la bonne sculpture picarde de cette période florissante et féconde à laquelle nous devons les clôtures du chœur et les stalles

(i) Arch. de la ville d'Aunens, Contrats, FF 3}, fol. 115 v°.

(a) Antoine Mord épousa en premières noces Madeleine lA)rlier, qui mourut vers le ii août 1525' demeuraient alors rue Mehaut Fournière, aujourd’hui rue des lluchers linvent. après le décès de Madeleine Lorlier, du Il août 1525. Arch. de la ville d'Amiens, FF iSii. Il acheta, vendit et accnsa plusieurs fois des maisons dans cette même rue [ibiJ., FF 52. fol. 2\ v". et 15 1; CC 120, fol. 80 Vi. Remarié avec .Marguerite Waucquet. il dut mourir un peu avant le 30 octobre 1535, laissant, de sa première femme sans doute, trois enf.ints ; Pierre, saiteur; Robert, entailleur d’images comme lui, et Catherine, jeune fille à marier. A cette date, ces derniers vendirent à Marguerite Waucquet leur part indivise sur la maison de la rue Mehaut Fournière lArch. de la ville d'Amiens, FF 66, fol. 2 v“).

de la cathédrale d'Amiens, les belles statuaires de Saint-Vulfran d'Abbeville., de Saint-Riquier et de Rue, mais avec quelque chose, par endroits, d’assez personnel.

Dans le choix des sujets qui en composent l'iconographie, il ne faut voir, bien entendu, autre chose que la dévotion d'Isabeau d'Ailly, qui les a très vraisemblablement indiqués à l’artiste; dévotion d'ailleurs en général conforme aux idées de son époque. Le temps n’était plus des grandes thèses théologiques étalées en des sujets judicieusement choisis sur les façades des églises.

Sur le trumeau, au milieu du tympan, est une représentation du Christ entièrement nu, couronné d'épines, les mains liées d'une longue corde qui traîne jusqu'à terre et qui vient s’enrouler dans les pieds, et assis sur une pierre couverte d'une draperie. Cette manière de figurer le Christ a eu un énorme succès au xv* siècle et au xvi^ et il nous en reste encore une infinité d’exemples. M. E. Mâle (i) l'a très justement distinguée de V Ecce Homo; c'est le Christ attendant le supplice, que l'on appelait autrefois, en France du moins, le Dieu de pitié (2). Celui-ci peut compter parmi les plus beaux qui nous soient parvenus. Le nu y est traité avec une véritable science, la pose est naturelle et pleine d’aisance, mouvementée sans recherche. Si la ligure n’est pas d'une grande distinction, avec quel soin n'esl-elle pas étudiée ! Quel sentiment profond et saisissant de résignation dans la douleur ! Les cheveux, comme tirés par la souffrance, tombent sur les épaules en longues mèches déirisées. C'est une œuvre vraiment magistrale.

Dix statues debout sont alignées le long des piédroits de la porte et des deux contreforts : cinq figures de saints du côté nord, c'est-à-dire à la droite du Christ qui occupe le centre du portail, et cinq figures de saintes à sa gauche. Les uns et les autres ont été choisis parmi les saints dont le culte était alors le plus populaire, dans les costumes et avec les attributs de rigueur, différenciés seulement par le tour et par les nuances de détails que l'artiste leur a donnés suivant son génie propre.

Côté nord (en partant de la porte) :

F Saint Pierre, patron de la paroisse, a le type traditionnel, aux cheveux et à la barbe crépus, que l'on donne d’ordinaire au prince des Apôtres; vêtu d'une longue tunique serrée à la taille par une courroie, sur laquelle est drapé un ample

manteau bordé d'une frange, il tient des deux mains une énorme clef.

2® Saint Antoine, ermite. Le visage orné d'une longue barbe descendant en tire-bouchons bien alignés et tête nue, comme on le représente toujours à cette époque, il porte l’habit des religieux de Saint-Antoine du Viennois : la robe ceinte d'une courroie, le scapulaire et la chape à pèlerine et à capuce. Le tau patte, qui est comme le chiffre de l’ordre, est figuré sur l'épaule droite de la pèlerine. D'une main il tient un livre ouvert, et de l’autre une patenôtre, s'appuyant sur une béquille en forme de tau, un de ses attributs habituels, formé d'un bâton écoté. Cette béquille, suivant le P. Cahier (3), symboliserait le soin des malades, qui était la principale occupaiion des religieux Antonins. Il a à côté de lui le cochon, son populaire compagnon, rappelant le privilège des religieux de cet ordre de laisser leurs porcs divaguer dans

les rues des villes du moyen âge. Il marche enfin sur des flammes, parce qu’il était

le plus souvent invoqué pour la guérison d'une maladie de peau appelée le feu

(1) L Art religieux de la fin du moyen âge en France, p. 86.

(2) Qu’il ne faut pas confondre avec le Christ de pitié de saint Grégoire V- E. Malk, op. cit., p. 91.

(3) Caractéristiques des saints, &\x mot Béquille.

saint Antoine et que les Anlonins faisaient particulièrement profession de soigner (i). En un mot, c'est une très belle variété du type traditionnel donné à saint Antoine par les artistes des xv® et xvi® siècles.

Sur le socle de la statue, on lit ces mots en grafittes du xvi* siècle : « Cy gist sire Pierre Cherois cure de » (2).

3® Saint Adrien. Le soldat du temps de Maximien est costumé comme un chevalier contemporain de Louis XII : par dessus son armure de plates, est posée une robe courte, ouverte par devant, aux manches tailladées, serrée à la taille et formant jupe à plis tuyautés, le long des cuisses. Son attitude fière et martiale contraste avec les poses plus calmes et plus religieuses de ses voisins. Il s'appuie de la main droite sur une épée nue dont la pointe pose à terre; sous le bras gauche, il tient l'enclume sur laquelle il eut les cuisses brisées (3); à ses pieds est le lion qu'on lui donne aussi généralement pour attribut, et dont rien, dans sa légende, ne semble justifier la présence, sinon que pour symboliser l'énergie de son caractère fq).

4® Saint Jean l'Evangéliste. Cette statue a été entièrement faite par Caudron, à cette place qui était vide II lui a donné l'attribut bien connu du calice d'où s'échappe une vipère.

5® Saint Jean-Baptiste. Il porte la barbe entière, assez courte, à deux pointes, et une longue chevelure frisée. Un ample manteau en poil de chameau est jeté sur ses membres nus : sur sa main gauche il porte VAgnus Dei (5).

Côté sud :

1° Sainte Anne. Elle est habillée à la façon des femmes âgées, ou plutôt des veuves. Sa robe fort simple est serrée par une ceinture à bossettes, et son manteau retombe en zig-zags. Son visage, plein de caractère, s'encadre d'une guimpe et d’un voile. De la main gauche elle tient un livre fermé, et elle appuie la droite sur l'épaule de Marie enfant, debout devant elle, vêtue d'une robe et d'un manteau, la tête découverte et les cheveux flottants (6).

2® Sainte Marguerite. La tête découverte, comme il convient à une vierge, sa longue chevelure retombant sur ses épaules en boucles élégantes, elle lève les yeux au ciel en joignant les mains. Sa mise serait assez simple, si les manches de sa robe n'étaient tailladées vers les poignets; cette rtibe, ouverte en carré sur la poitrine, n'est retenue que par une écharpe négligemment nouée sur les hanches. Les plis de son manteau ramené en avant viennent lui donner de l'ampleur. Elle sort du dos ouvert du dragon qui l'avait dévorée. Ce monstre a des ailes de chauve-souris, des pieds à griffes et une tête qui ressemble à une tête de veau. Cette statue est remarquablement belle et d'une conservation parfaite; il y a dans les draperies un tumulte de plis qui pourrait faire penser à l'art allemand; mais à la regarder attentivement, c'est bien une œuvre picarde. Je n'en veux pour preuve que le calme de l'attitude et de la physionomie.

III La main droite et le bâton sont presque entièrement refaits. II y a aussi quelques raccommodages dans les vêtements. Le cochon est fruste.

(2) L’abbè F. Decagny (op. cit.) ajoute le mot « ceens » c[u’on ne voit plus aujourd'hui.

ii) sancto Adriano.

(4I Cahier, Caractéristiques des saints, aux mots Enclume et Lion Le P. Cahier se demande si le lion ne serait pas tout simplement emprunté aux armes de Flandres, où se trouvait l'abbaye de Grainmont dans laquelle nn vénérait les reliques du saint.

La tête coiffée d’un casque et l’épée sont refaites. Il y a des parties raccommodées dans les vêtements et dans l'enclume.

(5) Le menton, la lèvre inférieure et la moustache sont refaits ; il y a des raccommodages dans les vêtements : le bras droit est brisé.

16} 11 y a quelques raccommodages dans les vcteraent.>; ; lu menton de la Vierge a été récemment brisé.

3” Sainte Catherine. Suivant !a tradition, ses vêtements sont d'une très grande richesse, comme il convient à la hile d’un roi. Elle en a d'ailleurs la hère prestance. Sa tête est ornée d’une de ces coiffes aussi bizarres que somptueuses que les artistes du temps donnaient aux femmes de qualité; son corset est brodé de perles; une chaîne d'orfèvrerie pend à son cou. De la main gauche elle relève le pan droit de son manteau, qui s'étale devant elle en plis élégants; de la droite, elle s'appuie sur la poignée d'une épée nue dont la pointe pose à terre, rappelant qu'elle a eu la tête tranchée. Elle foule aux pieds le philosophe Porphyre, dont elle confondit la science; à côté d’elle, est la roue qui se brisa lorsqu’on voulut l'y attacher pour son supplice (i).

4” La place suivante était vide. (Jn a fait exécuter par Caudron pour la remplir, on ne sait trop pourquoi, une « sainte Jeanne » accompagnée d'un agneau (2).

5" Sainte Barbe. Il ne subsiste malheureusement de la statue primitive que le torse et la partie haute de la tour qui lui sert d'attribut et qui ne laisse aucun doute sur son identité. Tout le reste, c'est-à-dire la tête, tout le bas du corps depuis le bas-ventre, et la partie inferieure de la tour, est l'œuvre du restaurateur moderne et ne lui fait pas honneur. La façon insolite et vulgaire dont il a notamment terminé la tour par en bas est du plus fâcheux elfet {3;.

A droite et à gauche de la porte, dans les écoinçons formés par le cintre de celle-ci, sont placées deux statues un peu plus petites que celles qui précèdent (4), posées chacune sur un cul-de-lampe sculpté, sans grande liaison avec l'ordonnance générale de l’architecture.

L'une, à la gauche du spectateur, représente la Vierge Marie debout, tète nue, la chevelure retombant sur les épaules. D'une main, elle retrousse sa robe très ample, dont les plis forment d'agréables festons; elle place l'autre sur sa poitrine. Un vase de lis est posé à côté d'elle (5).

L'autre est l'archange Gabriel, venant lui annoncer qu'elle serait mère du Sauveur. Il est aussi debout, couvert de longs vêtements, ailé, le corps penché en avant et étendant une main vers la Vierge (6).

En un mot ces deux statues tigurent le groupe de V Annonciation.

La grande sculpture en demi-relief qui occupe toute la largeur du portail, entre les deux contreforts, en est la partie sinon la plus belle, du moins la plus originale. Il doit semble-t-il. en manquer quelques détails, et d'autres appartiennent à la restauration de Caudron. Il est donc difficile de porter sur elle un jugement définitif. On ne peut cependant disconvenir d'une certaine lourdeur, d'une certaine maladresse qui ne se rencontrent pas dans les autres sculptures de ce remarquable portail. II y a aussi un manque de proportions, peut-être intentionnel, mais qui n'en est pas moins

(1) La laine de l’épée a été refaite.

(2) Sainte Jeanne, épouse de Clusa, l’intendant d’Hérode. -r Si on l’a vraiment représentée avec un agneau — je l'ignore et ne le signale que d’après les auteurs allemands. — ce peut être aussi bien comme témoin des derniers moments de Jésus-Christ sur le Calvair<- i[ue comme pourvoyeuse du collège apostolique. Nous la retrouverons du reste ailleurs avec des attributs beaucoup mieux constatés *. Caikkr. Caractéristiques des saints, p. 23.

Bien à tort, elle a été représentée tête nue, comme une jeune fille, et elle ressemble bien plutôt à une sainte Agnès. Dans tous les cas, cette sainte Jeanne est une sainte bien peu jjopulaire.

(3) La hauteur moyenne de toutes ces statues est d’environ T‘'30.

(.^) Hauteur, environ i mètre.

(5) La tète a été refaite.

(6) I.es deux mains sont brisées.

désagréable. Il n’y a pas à parler de la perspective qui est totalement absente ; l’artiste n’a pas eu le tact d’y suppléer en simpliliant les sujets, en les stylisant, pour ainsi dire, comme savaient le faire d une façon si claire et en même temps si incomparablement monumentale et décorative ses devanciers du xiii^ siècle. On y a représenté différentes scènes de la Genèse, mais dans un arrangement assez confus; les différents sujets sont enchevêtrés les uns dans les autres, sans ordre ni divisions, et à des échelles très différentes.

Les diverses scènes se déroulent sur des entassements de petites pierres qui ressemblent à des pavés et qui ont l’intention de figurer des rochers (i).

11 y a en somme deux sujets principaux dont les personnages ont environ i"’3o de haut, séparés par la pointe de l’accolade qui surmonte la porte, l'un occupant la partie qui est à gauche du spectateur, l’autre, la partie qui est à droite : près de chacun d’eux viennent s’en grouper d’autres beaucoup plus petits, composés de personnages dont la stature ne dépasse guère cinquante centimètres.

Premier grand sujet : Adam et Ère expulsés du Paradis.

L’enceinte du Paradis ressemble à une enceinte fortifiée de ville, aux courtines crénelées et à la porte flanquée de deux grosses tours cylindriques, avec lucarnes et mâchicoulis. De cette porte, un ange enveloppé dans une ample tunique, brandissant une épée flamboyante, pousse violemment Adam qui cherche vainement à résister. Kve est déjà sortie. Tous deux sont entièrement nus, cachant naïvement leurs parties honteuses avec un bouquet de feuillage qu’ils tiennent à la main (2). Des arbres et des oiseaux sont épars au milieu des rochers. Par dessus les remparts du Paradis, on aperçoit, comme dans le lointain, un sujet à petite échelle représentant la faute d’Adam et d'Eve. Tous deux sont debout de chaque côté de l’Arbre auquel est enroulé le serpent à buste de femme, Eve tend la main vers Adam qui porte vivement la sienne à sa gorge, comme s’il était étranglé- Ils font déjà leur geste pudibond. Devant eux, et toujours dans l’intérieur du Paradis, se trouve une élégante fontaine ornée d’un mascaron d’où s’échappe un fort coulant d'eau. Après avoir traversé la muraille, celui-ci se répand comme un fleuve (3), ou une mer, en avant de toute la composition, d’un contrefort à l’autre. Ses flots où se jouent des poissons et des monstres marins, parmi lesquels on distingue un dauphin couronné, une sirène et un triton, forment une sorte de frise dont 1 effet ne manque pas d Originalité-

Deuxième grand sujet : Adam et Eve au travail.

Au milieu d’une campagne rocheuse, plantée d’arbres et où circulent quelques animaux, une licorne, un chameau, un éléphant portant une tour sur son dos, etc., Adam bêche la terre. Eve assise à côté de lui, travaille à une pièce d’étolfe. Caïn et Abel enfants, entièrement nus, semblent converser avec eux.

Trois sujets à plus petite échelle occupent tout le haut.

1° Meurtre d’Abel : au milieu d’une forêt, Caïn assomme son frère à coups de bâton.

2" On pourrait appeler ce sujet la première famille. Sous une sorte de hutte couverte en chaume et portée sur des troncs d’arbres, les deux enfants semblent jouer : ils sont nus; le plus petit. Abel, est dans une corbeille. Adam et Eve sont assis en dehors de la hutte. Adam semble tresser quelque ouvrage de vannerie, Eve file (4).

[Il Peut-i-tre notre artiste n’était-il jamais sorti de la Picardie et avait-il quelque peine à s’imaginer un rocher. (2) I.es deux bras d'Eve, moins la main gauche, et le bras gauche d'Adam ont été refaits.

(31 Est-ce un des fleuves du Paradis?

14) La tête d'Adam est refaite.

3" La Tour de Babel. Des maçons travaillent à un édifice considérable, garni de tours, de tourelles, de meurtrières et de mâchicoulis. Les uns taillent la pierre, d'autres la posent, d'autres apportent le mortier sur des oiseau.v (i).

Cet immense « tableau » de sculpture fait penser au grand tympan de l'église de la Neuville-sous-Corbie. C'est comme une extension du même parti décoratif.

A côté de cet ensemble, et comptant certainement avec lui, contre le mur occidental du bas-côté nord, Isabeau d’Ailly s’est fait représenter elle-même en donatrice de l'église. C'est un sujet de dimensions très importantes et d’un arrangement très original. La donatrice porte le costume du temps de Louis XII : une longue et ample robe aux larges manches et la petite coiffe si élégante dans sa simplicité et sa modestie charmante à laquelle Anne de Bretagne a donné son nom; elle est agenouillée les mains jointes devant un prie-Dieu couvert d’une draperie d'étoffe diaprée et d'un coussin, le visage tourné vers la porte de l’église et par conséquent vers les saints personnages qui ornent celle-ci. Sa robe s’étend derrière elle en une traîne fort aristocratique, sur laquelle un petit chien est familièrement couché (2). A ses côtés se tient sa patronne sainte Elisabeth, non pas la mère de saint Jean-Baptiste, mais sainte Elisabeth de Hongrie ou de Thuringe, car elle porte la guimpe et un habit qui, malgré l'ampleur de ses draperies, ressemble à un vêtement religieux, avec une couronne sur le voile qui couvre sa tête; elle tient aussi sur sa main gauche les couronnes qu'on a l'habitude de lui donner pour attribut (3).

Malgré la beauté de certaines autres parties de notre portail, ■ ce groupe d'Isabeau d’Ailly et de sainte Elisabeth en est la pièce capitale. 11 dépasse de beaucoup tout le reste par sa haute valeur artistique, qui en fait une œuvre de tout premier ordre. La figure calme et pourtant finement expressive et bien personnelle de la priante, est certainement un portrait. Son attitude droite comme il convient à une femme de qualité, mais sans raideur, est d'une vérité, d’une correction et en même temps d'une noblesse absolument saisissantes : les plis de sa robe à larges manches et ceux des retombées de sa coiffe s’arrangent avec un art, une aisance, une élégance incomparables. Et quel beau geste de bonté protectrice et condescendante dans sainte Elisabeth, aristocratique elle aussi, mais avec en plus la dignité supérieure que lui confère la sainteté! .Abstraction faite de la légère inexactitude historique, combien ce corps fatigué par les ans et doucement incliné, combien ce visage ridé, ces traits accentués font opposition avec le ferme maintien de la dame de Mailly et la jeunesse de son visage ! Comme ces deux personnages sont vivants, et en même temps quel calme et quelle retenue toute sculpturale!

Si tout cet ensemble de sculptures est l’œuvre d'un seul et même maître tailleur d’images ou de son atelier (4), il faut convenir qu'ici il s'est surpassé, car nous sommes en présence d’un des plus beaux morceaux de sculpture qu’ait produit l’art français du commencement du xvi' siècle, sans aucune emprise italienne, montrant une fois de plus à quel degré de perfection fart gothique avait pu arriver par ses propres moyens.

Les deux personnages, qui sont à peu près de grandeur naturelle, sont abrités sous une tente dont deux anges relèvent les courtines. La raideur et l'imperfection

(1) Plusieurs détails sont refaits.

(2) La tête du chien est brisée.

(3j Le tailleur d'images ne connaissait sans doute qu'imparfaitement les détails de sa vie, car, à elle, qui est morte à vingt-quatre ans, il a donné un type de femme âgée, très beau d’ailleurs.

14I Dans tous les cas, il n’v a pas de raison d'admettre que cette sculpture n’ait pas été faite en même temps que le reste de la façade, qui porte bien les marques de l’époque du veuvage d'Isabeau d’Ailly.

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d'exécution de ces deux anges contrastent d'une façon un peu fâcheuse avec la beauté du groupe qu'ils accompagnent (i). La tente, qui est de forme ronde, simule une riche étotfe diaprée, bordée d'un galon gemmé. A la base de sa couverture conique, règne une gouttière frangée où sont brodés ces mots en belles capitales du début de la Renaissance : tov't povr le mievlx (2). Au-dessus est un pommeau d'où s'échappent des rais de soleil et que surmonte une bannière aux armes d'Isabeau d'Ailly : parti à de^xtre id’ori à trois maillets (de sinoplej 2 et i, qui est Mailly; à senestre, coupé, en chef {de gueules) (3i. au chef échiquelé, qui est Ailly, et, en poiiite, de Bourgogne nouveau (4).

Dans le pays, on appelle souvent cette sculpture Voratoire d'Isabeau d'Ailly.

On ne peut s'empêcher de rapprocher le pavillon qui abrite les statues d'Isabeau d'Ailly et de sa patronne, de celui qui, exactement dans le même temps, fut sculpté au-dessus de l’image de la Vierge, au célèbre tombeau de Raoul de Lannoy dans l'église de Follevilie (Somme), et de se demander si, dans l'un et dans l'autre cas, il n'y a pas quelque influence des sculpteurs italiens de la Renaissance, qui, comme on le sait. alFectionnaient ce motil. Les retroussis plus souples et moins raides, drapés avec plus d'art, les anges nus qui voltigent avec plus d'aisance au milieu du pavillon de Follevilie donnent cependant à celui-ci un caractère plus ultramontain. Le nôtre conserve une raideur encore bien gothique (5).

De l'autre côté, à l'extrémité du collatéral sud. est une petite porte en anse de panier, assez récente, très simple, surmontée d'une niche très vulgaire renfermant une statuette de sainte, assez fruste, dénuée de tout attribut qui permette de

l'identifier, et qui ne paraît pas antérieure au xvii® siècle.

Au milieu du pignon, qui est moderne, on a placé une statue du Père lùernel en très mauvais état de conservation, mais qui doit provenir encore de l'église d'Isabeau d'Ailly.

Suivant un parti assez peu commun, le grand oculus qui surmonte le portail est entouré intérieurement d'une suite de onze petits sujets sculptés en demi-relief, représentant différentes scènes de la Passion. Les sujets sont placés dans une série de petites ^niches superposées, dont le plein cintre est orné d'un rang de perles.

Souvent une grande coquille remplit la voussure de la niche. C'est le seul emprunt

à la Renaissance que nous puissions relever, mais qui montre bien que notre façade ne peut guère être antérieure à l'an 1 5oo.

I.es sujets sont généralement traités à peu près dans les données habituelles à l'époque, mais avec une certaine originalité, beaucoup d'esprit, d'aisance et de savoir faire. D'une excellente facture, très remarquables de composition et, pour la plupart très bien conservés, ces charmants petits groupes sont certainement ce qu'il y a de mieux et de plus intéressant dans toute la statuaire qui nous occupe, après le groupe d'Isabeau d'Ailly (6).

tp Leurs têtes ont êtê refaites. Ils présentent au surplus une certaine analogie avec deux anges retroussant les courtines d'une tente à couverture conique au-dessus d’un calice surmonté d'une hostie lu tout sculpté sur un panneau en bois à peu prés de la même époc[ue, acc[uis par les musées royau.x de Bruxelles. V. fos. Destrle, Parle de tabernacle, dans Bulletin des musées royaux du cinquantenaire , 1 1*" année, 1912, p. 93.

.;2) Cette devise rappelle un peu celle que, cinciuante an.s auparavant, environ, le connétable de Saint-Bol avait fait inscrire à maints endroits du château de Ham ; mon miev.x.

I3) Cette pièce est devenue â peu près invisible.

(4) On se rappelle (ju'Isabeau d'.\illy avait l'honneur d'étre tille d'une bâtarde de i’hilippe le Bon.

I5) On pourrait en citer en France encore d'autres exemples.

10) Leur auteur a bien pu s'élever jusqu'à la perfection de celui-ci.

Ils sont malheureusement difficiles à voir, et plus encore â photographier.

I® Entrée de Jésus à Jérusalem. C’est à peu près le seul sujet qui soit très abîmé. On n'y voit plus guère qu’un arbre, une tour et Tânon sur lequel le Christ était monté; tout le haut du corps de celui-ci est brisé.

2“ La Cène. Jésus est assis à une table couverte d'une nappe, entouré de ses apôtres; la tôle de saint Jean repose sur la poitrine du Sauveur.

3“ Jésus au jardin des Oliviers. Jésus est agenouillé devant une sorte de rocher sur lequel est posé un calice. Dans ses proportions minuscules, son visage exprime véritablement la prière angoissée. Pierre, Jacques et Jean sont endormis à ses pieds. Dans le fond, on aperçoit une porte couverte d'un appentis, par laquelle entre un personnage, sans doute Judas.

4" Arrestation de Jésus. Une troupe de soldats coiffés de casques, armés de hallebardes et portant un falot, et une sorte de lansquenet au chapeau à plume posé sur l'oreille, entourent Jésus. Un soldat le saisit par le bras. Pierre brandit son glaive sur la tête de Malchus qui est jeté à terre. Ce petit groupe est plein d’animation et de pittoresque. La ligure de Jésus est d’une incomparable douceur.

5” Jésus devant Caïphe. Coilïé de la tiare pontificale, Caïplie est assis dans une chaire. Jésus, les mains liées, debout devant lui, semble lui répondre. Derrière se tiennent les soldats et les accusateurs.

6® Jésus insulté par les Juifs. Jésus est assis et garrotté. Trois personnages font autour de lui des gestes de dérision et semblent vouloir le frapper.

La Flagellation. Le Sauveur presque nu est attaché à une colonne. Deux bourreaux le frappent de verges.

8” Le Couronnement d'épines. Cette scène est représentée de la façon dont on le faisait fréquemment à l'époque qui nous occupe. Jésus est assis, couvert seulement d'un manteau; trois bourreaux lui enfoncent violemment avec des bâtons la couronne d’épines sur la tête. Les efforts des bourreaux qui sont arrangés avec beaucoup d’art autour du Christ, sont rendus avec une très grande énergie.

9° Jésus devant Pilate. Jésus (i) est amené par deux soldats devant Ponce- Pilate, qui est assis, se lavant les mains dans un bassin que lui présente un serviteur.

10° Le Portement de la croix. Jésus couronné d’épines et chargé de sa croix, sous le poids de laquelle il fléchit, s’avance, harcelé par ses bourreaux. Une sainte femme voilée le suit.

Il" Jésus est attaché à la croix. Jésus est étendu sur la croix qui est posée à terre. Les bourreaux s’empressent autour de lui, tirant ses membres, enfonçant des clous. Des saintes femmes assistent à la scène, avec des expressions de profonde douleur et joignant les mains.

Toute la partie inférieure de l'encadrement simule des rochers parmi lesquels se voient des têtes de mort et des tibias, apparemment pour symboliser la victoire du Christ sur la mort.

Tout le reste de l'église, fort peu intéressant d'ailleurs, a été refait en craie du pays par pièces et par morceaux, puis sordidement raccommodé en briques à la suite de toutes les infortunes que cet édifice a eues à subir. Rien n’y est antérieur au xvii® siècle.

Telle qu’elle se présente à nous, elle comprend une nef de trois travées flanquées de bas-côtés, un transept plus étroit que la nef et débordant les collatéraux et

(i) Sa tête est brisée.

lin chœur fort long terminé par une abside à trois pans, le tout dans des dimensions assez vastes. Seul le carré du transept est couvert par une voûte sur croisée d’ogives avec oculus pour le passage des cloches; le reste est dénué de voûtes. Un clochei tout en charpente, couvert d'ardoises, s élève à la croisée du transept.

Le chœur et le transept sont en style gothique dégénéré. Les fenêtres qui les éclairent sont encore en cintre brisé avec une réminiscence de mouluration gothique. Elles n'ont pas de remplages.

Le chœur porte extérieurement sur la travée centrale de l'abside — qui n a pas de fenêtre —, la date de iGyS, et serait l'œuvre d'un nommé Chavelain (i). Il est assez bas et couvert d'un plafonnage en carène de navire avec eiitraits et poinçons apparents, mais non sculptés.

Le transept doit être plus ancien de quelques années seulement : sa mouluration est la même que celle du chœur, qui continue ses lignes, mais il est beaucoup plus élevé, d'une hauteur même disproportionnée. On voit encore à l'extérieur, au-dessus de la toiture du cIkcui', l'arc triomphal qui devait séparer celui-ci du transept, si les ressources avaient permis de l'élever à la même hauteur, comme le prévoyait le projet. Nous avons dit que la croisée était voûtée; les deux croisillons sont couverts en lambris.

La nef et les bas-côtés sont couverts de même par des platonds lambrissés.

Les grandes arcades, qui sont en cintre brisé, ont leur mouluration encore dans l'esprit gothique affaibli, et elles retombent assez maladroitement sur de gros piliers ronds qui n'ont pour tout couronnement qu'une mince baguette. G est tout au plus si l’on peut considérer ces grandes arcades et leurs supports comme appartenant encore au xvii“ siècle. Toujours est-i! que, au-dessus de celles-ci, sous le plafond, règne une sorte de frise sculptée dans le style le plus sauvage que Ion puisse voir, où se lit la date de 1742.

C’est apparemment la date à laquelle cette nel a été sinon entièrement refaite, du moins modifiée, et les bas-côtés élargis, [.es murs extérieurs de ceux-ci, en etfet, avec leurs grandes fenêtres en arc bombé, portent tous les caractères du x\’iii® siècle; ils ne sont plus, comme ils devraient être, sur le prolongement des contreforts extrêmes de la façade occidentale, mais un peu en avant de ceux-ci, et ils viennent buter dans les anciennes fenêtres qui éclairaient les croisillons du transept vers 1 ouest, lesquelles ont dû être bouchées. Une seule toiture couvre la net et les bas-côtés.

Ce sont ces modirtcations apportées au xviii" siècle qui ont motivé le prolongement du mur de la façade occidentale en dehors des deux contreforts extrêmes, et l'amortissement bizarre à consoles renversées et à pots à feu qu'on lui voit aujourd hui (2).

L'église renferme peu d'objets mobiliers intéressants.

La chaire, les boiseries du chœur, le maître autel avec son retable, les autels latéraux en bois sculpté, formant ensemble, datent du xv!!!*" siècle.

(i) La dépense montant à 1900 l. aurait été supportée par les codécimateurs, savoir 648 1. par le chapitre de la cathédrale d'Amiens, 582 par le curé, 479 par le chapelain de Notre-Dame, 153 par le commandeur d’Eterpigny, et 86 par la fabrique. F. Decagny, l'F.^Iise de Mailly, dans Eglises, châicjux, beffrois, t. I, p. 13- — Gosselin, Mailly et ses seigneurs, p. 253 d'apré.s les archives de la famille de Mailly).

121 Le pignon triangulaire qui surmjnt; si maladroitement cet ensemble de consoles renversées avait primitivement ses r.Jinpants lisses V. la vue d; la faça.ie vers 1846. dans Eglises, châteaux, beffrois, t. I). Lorsqu'il fut restauré au .xtx' siècle, pour lui donner un air plus « gothique », f)n agrémenta ces rampants de crochets sculptés et on le surmonta d'une croi.'c en pierre fort vulgaire, ce qui n'a fait qu’augmenter lu cacophonie-

La menuiserie du maître-autel fut exécutée par Jean et Louis Boucher, menuisiers à Mailly, en 1776 et 1781. Le coft're de cet autel, avec les deux anges adorateurs et le bas-relief représentant Jésus au Jardin des Oliviers, sont l’œuvre du sculpteur amiénois Jacques-Firmin Vimeux (1781).

lœs boiseries du chœur furent faites en 1729 par Joachim Boucher, menuisier à Mailly, et par Breinar, maître sculpteur à Bapaume, à qui il fut payé iio 1.

La chaire, qui n'est pas sans valeur, a été sculptée en 1787 par Doucet, sculpteur à Albert, moyennant 282 1., et dorée par Masset, doreur à Amiens. La cuve est ornée de bas-reliefs représentant Jésus enseignant et les quatre évangélistes. Sur le panneau principal du dossier, on voit Jésus donnant à saint Pierre les ciels du royaume du Ciel, également en bas-relief. L’abat-voix est surmonté d'un ange sonnant de la trompette.

Les deux autels latéraux sont également l’œuvre des menuisiers Jean et Louis Boucher (1781) et coûtèrent i63i 1.

On remarque dans le chœur un lutrin à aigle en bois sculpté, également du xviiF siècle.

L’église possède en outre quelques ouvrages de serrurerie, notamment une très curieuse console en tôle, placée dans le chœur, qui fut faite en 1784 par CandelÜer, serrurier à Mailly, et l'appui de communion en fer forgé du chœur, exécuté en 1781 par Jean Ducrot, serrurier à Amiens, moyennant i 5o 1. Celle des petits autels et des fonts baptismaux ont été payées 644 l., en 1770, à Nicolas Lefèvre, serrurier à Mailly (i).

Parmi les tableaux que possède l'église, il faut surtout signaler deux petites toiles de la fin du xviP siècle, se faisant pendant et représentant l'iine saint Pierre et l'autre saint Paul en buste. Elles sont assurément d'une très bonne facture, mais les attributions qu’on en a pu faire ne reposent sur aucun fondement. Il y a aussi un Christ en croix fort médiocre, offert par le comte d’Hézecques, une tête de saint Pierre d'après le Guide, dans la boiserie, au-dessus de la porte de la sacristie, et un saint André par Chabu, envoyé par le gouvernement en i85o.

En général les quelques statues anciennes que l'on voit encore dans cette église sont peu dignes d’intérêt. On ne peut guère citer qu’un Dieu de pitié, en bois peint, du xvr’ siècle, mais qui est loin de valoir celui qui est au portail, et un Christ en croix accompagné de la "Vierge et de saint Jean aussi en bois, provenant d'une poutre de gloire, et qui semble dater de l'époque où le chœur a été construit, c'est-à-dire vers 1678, travail assez grossier, mais qui montre qu’à cette époque on n'avait pas encore abandonné l'antique et louable coutume de mettre à la place d'honneur des églises, à l'entrée du chœur, et à tous les regards, la représentation du Calvaire. .\ujourd’hui ces vénérables « poutres de gloire » ont à peu près toutes disparu, saut deux ou trois oubliées dans quelques églises de campagne.

(i) Tous les renseignements ([iii précèdent sur l’exécution du mobilier de l'église de Mailly au .Yviir® siècle, sont rapporté's par l'abbé Gosselin (Mailly &t ses seigneurs, p. 255 et siiiv.', probablement d'après les papiers de la faraillo de Mailly.

LA CHAPELLE EUNERAIRE

Louis-Mctor, marquis de Mailly, né en 172? de Victor-Alexandre et de Victoire- Delphine de Bournonville, épousa le 20 mai 1743, à Paris, Françoise-Antoinette Cadot de Sebeville, âgée de 17 ans, fille de Charles-Louis Cadot, marquis de Sebeville, premier enseigne de la deuxième compagnie de mousquetaires du Roi, et d'Elisaheth-Thérèse-.Marguerite Chevalier. La jeune femme, bientôt atteinte d'une maladie de poitrine, mourut le 2S mai 1752. Elle n’avait que 26 ans. Le chagrin du marquis de Maill.v fut immense, et il lit élever à sa mémoire, près du couvent des Cordeliers de .Mailly, une somptueuse chapelle funéraire.

Cette chapelle, placée sous le vocable de saint François, existe encore, quoique bien délabrée (1).

On ignore le nom de son architecte.

Extérieurement, elle est toute en briques et pierres, présentant la forme d'un octogone à pans coupés, dont les quatre grands côtés font légèrement saillie, le tout assez simple, n'ayant pour décoration que des plates bandes, quelques moulures et des pots à feu. La porte d'entrée, au fond d'une voussure cintrée, était surmontée des armoiries sculptées de Mailly et de Sebeville, qui furent mutilées à la Révolution ^'ers 1860, le comte d'Hézecques lit sculpter à leur place par les frères Duthoit, d'Amiens, deux écus ovales, l'un fascé d'argent et d'a-iir, de six pièces, les fasces d'argent chargées de six fleurs de lis d'or posées 3 et i , qui est de France d’Hézecques, l’autre, d'or, à trois maillets de sinople. qui est de .Mailly, tenus patdeux lions tenant des bannières, sommé d’une couronne ducale, avec la devise t RECTO TRAMtTE. En avaut de cette porte est une grille en fer forgé. Au-dessus une sorte de lucarne ovale, garnie d un abat-son, servait jadis de campanile a une cloche, œuvre de Claude Gouvenoi, fondeur à Romain-sur-Meuse (2), et qui fut livrée le i" mai lyati (3|. Elle fut envoyée à la fonte par la municipalité de .Mailly, avec celles de l'église et du couvent des Cordeliers, lors de la Révolution

Une fenêtre en plein cintre est percée dans' chacun des pans coupés.

L'édifice est couronné par une petite tour lanterne amortie en forme de dôme {4).

L'intérieur, qui est tout en pierre est de forme ovale. Il présente dans son ensemble un ordre ionique à pilastres, recouvert par une grande coupole ovale comme l’édifice lui-même, et qui s'ouvre sur la tour lanterne qui surmonte l'éditice. Les soubassements sont en marbre.

Un bel autel à la romaine, en marbre noir veiné, est placé à l’extrémité de la chapelle, faisant face à la porte. Derrière cet autel, une trappe articulée, en bronze, donne entrée au caveau où furent inhumés Antoinette de Sebeville, et, après elle, de nombreux membres des familles de .Mailly et d Hézecques.

Dans un cintre qui occupe le milieu du côté épître de la chapelle s’élève le somptueux mausolée d'Antoinette de Sebeville, exécuté par le sculpteur amiénois ,lean-Baptiste-Michel Dupuis pour la somme de 3üoo 1. (5). Il est en pierre et en

: I) Elle sera, parail-il, prochainement réparée

^2) Haute-Marne.

(3) Voir son inscription dans Gosselin, Mailly et ses seigneurs, p. 292.

(4) Tout autour de l'édifice, sur la curniche, régnait, parait il. une balustrade en pierre qui dut être enlevée en i;qo. parce qu’elle compromettait la solidité de l’édifice. Gosselin, Mailly et ses seigneurs, p. 205.

(51 Quittance du 17 novembre 1757 citée par l'abbé Gosselin (Mailly et ses seigneurs, p. 295 . d’apiés les archives de la seigneurie.

marbre, et sa disposition générale rappelle beaucoup celle du tombeau de l'éveque Pierre Sabatier que Dupuis fit en 1748 dans la cathédrale d'Amiens. Au pied d'une pyramide de marbre noir posée sur un soubassement de marbre noir et de marbre gris, la défunte est représentée à genoux, les mains jointes, devant une sorte de prie-Dieu, à la façon des priants des anciens tombeaux. Kile est enveloppée dans d’amples vêtements qui bouillonnent autour d'elle en multiples remous. Devant elle, deux enfants nus, au milieu de draperies, font les gestes du plus profond désespoir (i); Tun d'eux tient un double écusson aux armes de Mailly et de Cadot, l'autre, un flambeau renversé. Kn haut de la composition, l'ange du Jugement, entouré de nuages et tenant une trompette, passe devant la pyramide. Tous les personnages sont en pierre blanche. Des draperies relevées et des lambrequins sont simulés dans la pierre, pour garnir le fond de l'arcade. Il n'y a pas d'inscription.

Une grille basse, en fer forgé, du célèbre serrurier de Corbie Jean-Baptiste Veyren dit Vivarais, protège ce tombeau (2).

TOUTENCOURT

L'ÉGLISE

Située à la partie la plus élevée du village, près de l'emplacement de l'ancien château, l'église de Toutencourt comprend une nef de quatre travées, flanquée de bas-côtés, le tout datant du xvi' siècle (3). La dernière travée orientale de chacun des bas-côtés, servant de chapelle, est plus large que les autres, formant ainsi en plan une sorte de faux transept. Un chœur peu protond, à pans coupés, réédifié, suivant Lardevacque {4), qui n'indique pas où il a puisé ce renseignement, en 1670, termine la nef à l'orient. Le clocher, tout en pierres (5), surmonté d'un belf'roi et d'une flèche en charpente couverte d'ardoises, s'élève sur la première travée occidentale du bas-côté nord. Il porte la date de 1721 (61, et fut élevé par les soins d'Antoine Heü, curé de Toutencourt, décédé le 1 1 janvier 1738 (7).

La nef est la seule partie de l'église présentant quelque intérêt à l'intérieur. Ses quatre grandes arcades, d'une assez large envergure, sont en cintre brisé, d'un profil assez simple et peu usité, formé de retraits successifs qui, à la retombée,

(i) Antoinette de Sebeville laissait en mourant deux enfants en bas âge qui ne tardèrent pas à la suivre dans la tombe, et à éteindre avec eux la branche aînée des Mailly. .

(2} Tous les renseignements concernant la construction de cette chapelle sont fournis par l’abbé Gosselin (Mailly et ses seigneurs), qui doit les avoir tirés des archives de la maison de Mailly.

13) Longueur totale, 28 mètres. — Largeur de la nef avec les bas-côtés, 14 mètres.

(4) Le canton d'Acheux, p. 378.

15) Toute la partie inférieure est en grès ; le reste est en carreaudage de craie parsemé de petit.s carreau.x de grès.

(6) Au-dessus de cette date, taillée sur le flanc sud du clocher, on aperçoit la trace de deux écussons martelés.

(7) Acte de décès du curé Antoine Heü. « Magister Antonius Heu, Arabianus, suscepto hujus parochiæ regimine, cum septemdecim per annos præfuisset pastor animarum,' ru'’ idus januarii 1738 consummavit cursum suum fere sexagenarius. Ejus studio et opéra elevata turris campanaria, vestianum ereetnm, scamna per ordinem disposita, génération! omni quæ ventum est annunciabunt quantum ille dilexcrit decorem domus Domini et locum habitationis gloriæ ejus. Lectorium inter et sancta sancturiim (luiescit de terra surrecturus in novissima lusa, videntibus DD. pastoribus et aliis subsignatis E'rançois, pastor d'Herissart; Belval, pastor d'Arquèves; P. Chafar, decanus christianitatis. ~ Antoine Heü n'apparaît comme curé de Toutencourt qu'en juin 172t. T-a construction du clocher dut donc être la première préoccupation de son ministère ; peut-être n'a-t-il eu qu’à le terminer.

s'arrêtent carrément dans une petite moulure horizontale, formant une sorte de congé de moulures. Elles sont soutenues, chose assez rare, pai' des colonnes cylindriques en grès, dont il existe dans les environs d'assez abondantes carrières. Le grès se prêtant mal à la taille et encore moins à la sculpture, les chapiteaux de ces colonnes, ont, dans leur simplicité, une forme très singulière, un peu sauvage, qui délie toute description (i). Certainement le maître maçon qui a construit cette partie de l'église, travaillait un peu en dehors des sentiers battus.

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