HOTEL DE VILLE-BEFFROI
Une grosse tour carrée barre la rue principale à l'extrémité du village. Elle renferme à la fois une porte de ville, une salle d'échevinage, un beffroi. Des contreforts, très saillants et à retraites, flanquent les angles de la construction. A l’angle sud-est, l'architecte avait projeté une tourelle en encorbellement. Des ressauts en quart de rond sont disposés en triangle de chaque côté du contrefort. Ils attendent une tourelle circulaire qui ne fut jamais élevée ou qui s'est écroulée. Au xvii® siècle, tout cet angle a été repris à mi-hauteur et se compose actuellement d’assises de briques et de pierres alternées du plus déplorable effet. Une tourelle circulaire contient un escalier à vis qui monte au premier étage.
La route passe sous une voûte sur croisée d’ogives aux angles abattus. Les quatre -nervures partent des angles et affleurent les parements comme nous le voyons dans les tours du château de Bazoches près de Braine (2). Les deux arcades qui encadrent la voûte décrivent des arcs différents : un arc en plein cintre vers la campagne, et en tiers point du côté de la ville. Une archivolte décorée de pointes de diamant à fleurettes, analogue à celles qui surmontent, sur la façade nord de l’église, les fenêtres de la nef, contourne l’arc en plein cintre.
Une fenêtre en tiers point, aujourd'hui murée, s'ouvrait à l'est. Les autres baies sont modernes et sans caractère.
A la salle d’échevinage, voûtée seulement ces dernières années, se rattache peut-être le souvenir d'un grand événement historique. C'est là ou au château que, le 19 juin 1464, Louis XI donna force de loi à l'arrêt du Conseil qui instituait la poste royale aux chevaux. « Bien avant Louis XI, l'Université de Paris avait établi une poste complète vers les provinces d'origine de ses étudiants. Mais l'arrêt de Lucheux est 1 acte de naissance de la poste d’Etat. Le roi considérant a qu'il est moult nécessaire et important à ses affaires et à son état de sçavoir diligemment nouvelles de tous côtés et y faire quand bon lui semblera sçavoir des siennes », décide (art. i) que « de quatre en quatre lieues seront personnes séables et qui feront serment de bien et loyaument servir le roy pour tenir et entretenir quatre ou cinq chevaux de légère taille bien enharnachés et propres à courir le galop suivant le chemin de leurs traits ». Ces personnes sont les « maistres-coureurs » qui plus tard s'appelleront maîtres de poste. Louis XI les place sous l’autorité d'un haut fonctionnaire choisi dans son Conseil, le « grand maître des Coureurs de France », dont la charge est « moult d'importance et requiert fidélité soigneuse, discrétion et sçavoir » (art. 2 et 12) » (3).
(1) Au XVII' siècle, une des maisons de Lucheux portait le titre d’hotel de Ramhures. C’est là que logeait le 28 décembre 1634, Philippe de Boulainvilliers, conseiller et aumônier du roi, prieur du prieuré de Saint-Léger de Lucheux, (Minutes Charles Dacheu, Abbeville). Communication de M. Crusel.
(2} Chef-lieu de canton, arrondissement de Soissons (Aisne).
(31 P- Dubois, Lucheux, dans « Notre Picardie >, Amiens, 1*' octobre 1908, in-4®. p. 157.
On peut relever plusieurs époques dans la construction de rHôtel-de-Ville. Si le monument, dans son ensemble, appartient au xv' siècle, il faut attribuer au XII® siècle l'arcade en plein cintre du rez-de-chaussée, et en faire une œuvre contemporaine de la nef de l'église paroissiale. Quant à l’arcade en tiers point et cà la voûte, je leur assignerai le xiiT siècle. M. Lefèvre-Pontalis date les tours du château de Bazoches du xiii* siècle (i). La ressemblance qui existe entre une voûte de Bazoches et celle de Lucheux nous autorise à adopter la même époque.
Un campanile surmonte la tour. Il possède encore sa vieille cloche qui porte en caractères gothiques l'inscription suivante :
Jf}6 : ave : maria : gratia : pfena : bne : teenm.
Une croix patlée entre deux fleurs de lis précède l'inscription.
Louis XI, en 1472, institua pour toute la France l'Angelus de midi, et à cette occasion on fondit quelquefois des cloches d'Angelus. comme la célèbre cloche de l'église Saint-Brice de l'ournai (2): mais en l'absence d'un texte précis, nous ignorons si la cloche de Lucheux rappelle la pieuse ordonnance du roi de France; elle pourrait être d'ailleurs plus ancienne.
ÉGLISE
L’église de Lucheux occupe dans l'histoire de notre architecture nationale une place de premier ordre, puisque ses voûtes d’ogives peuvent figurer parmi les plus anciennes. M. Enlart en a fait valoir tout le mérite et l'intérêt (3); ma lâche sera donc rendue facile; mais comme il s'esi attaché surtout à l'étude du chœur et de ses remarquables sculptures, quelques observations nouvelles pourront prendre place ici.
Le monument composé d'une nef avec bas-côtés, d'un transept et d’un chœur est loin d'être homogène.
La nef comprend cinq travées délimitées par des arcades en plein cintre aux arêtes vives, que supportent des piliers cylindriques. Au xvi' siècle, les deux dernières travées avaient été réunies en une seule et un grand arc surbaissé remplaçait deux arcades. La coupe publiée par M. Enlart donne encore cette disposition. Mais ces dernières années un tassement inquiétant se produisit et nécessita une délicate
(i) E. Lefèvre-Pontalis, Ba\oches, l'église et le château, dans le Guide du Congrès de Reims en 191 1, Caen, 191 1 ,
in-8», p. 375.
(2) La cloche de Saint-Brice commémore en même temps l’époque où Tourna! était ville française.
En exaltans la fleur de lis Fleur triumpha[n]s et magnifique Ay nom Loyse pour Loys XL roi très pacifiq[ue|
Qui desira[n]t la paix publiq[ue]
Le pardon de paix impetra De Sixte quart apnstoliq[ue|