‹ La Picardie historique et monumentale (volume 4)Chapitre 7 sur 28 · I.equel par moy sonné sera · texte numérisé non relu

I.equel par moy sonné sera

Cette cloche date de 1475 (D' Desxjons. les Cloches Je Totirnay,\>. 83 . Communication de M. Rodiére. M. Rodière me signale également quatre cloches du Pas-de-Calais qui portent encore ou portaient la formule de l'Ave Maria; la cloche de Lianne transférée plus tard à Alincthun, canton de Desvres et datant de 1420, aujourd'hui refondue; la cloche de Moncliel, canton d’Au.\i-le-Château 11553), cloche d'Hannescamps, canton de Pas, (1570I, Dan.s le département de la Somme. M. Rodière ne connaît pas d'autre cloche avec l’inscription de l’Ave Maria que celle de

Lucheux.

(3) C. Enlart, Monuments religieux de Varchttecture romane et de transition dans la région picarde. Amiens et Paris, 1S95. ii)-4'', pp. 132-141.

reprise en sous-œuvre. La commune de Lucheux vota les fonds nécessaires pour la restauration de cette partie de l'édilice, et l'administration des monuments historiques vient de rétablir l'état ancien.

Des bases à talons, remaniées au xv® siècle, relient les piliers à des socles octogonaux. Les chapiteaux, tous semblables, se composent de petits godrons accompagnés de larges feuilles à chacun des angles; les tailloirs qui en couronnent les corbeilles présentent quatre types différents d'une mouluration compliquée et peut-être retouchée.

Lucheux. — Plan de l’Église.

Un bandeau passe au-dessus des grandes arcades; sa mouluration grêle composée d’un cavet, de méplats et de filets est d’un profil suspect. Ce bandeau, comme les tailloirs, fut sans doute retaillé.

Des fenêtres en plein cintre avec ébrasement à gradins s’ouvraient dans l’axe des piles. Elles correspondent aujourd'hui aux combles des bas-côtés et sont murées, à l'exception d'une seule qui possède encore ses vitraux en verres blancs.

La nef ne fut jamais voûtée. Elle conserve son lambris de bois du xvi' siècle avec sablières et blochets. Sepit blochets représentent des saints en pied, d’une sculpture assez banale, le huitième figure une tête d’évêque aux traits expressifs.

L’ordonnance générale de la nef avec ses files de colonnes trapues, et la présence de godrons dans l’ornementation des chapiteaux sont deux caractères de l’architecture normande dont M. Enlart a noté l’influence dans notre province.

Les bas-côtés, ainsi que la nef, ne reçurent jamais de voûte. Un retrait dans la maçonnerie, au-dessus des grandes arcades, marque l’appui du plafond primitif. Le plafond actuel fut remonté à un niveau plus élevé. Les fenêtres du xvii' siècle n'ont aucun caractère, mais la dernière fenêtre du collatéral nord, refaite au xvi" siècle, garde encore sa mouluration prismatique et ses bases piriformes.

Deux larges piliers séparent la nef du carré du transept.

Les quatre grands arcs qui circonscrivent la croisée sont à double archivolte en tiers point. Du côté de la nef l’archivolte intérieure repose sur un pilastre qui, au lieu de partir de fond, prend lui-même son point de départ sur une console

moulurée; mais ailleurs, ce sont des demi-colonnes qui reçoivent les retombées des archivoltes intérieures avec colonnettes d'angle correspondant aux voussures extérieures. Suivant une disposition assez rare à l'époque romane mais qu’on rencontre cependant quelquefois, par exemple à Saint-Etienne de Beauvais, les quatre demi-colonnes, aux deux piliers de l'est sont en amande.

Les chapiteaux offrent une ornementation bien différente : rinceaux et sujets sculptés comme au chœur aux piles orientales, grandes feuilles plates aux piles occidentales.

Une tour centrale avait sans doute été prévue. La voûte sur croisée d'ogives appartient au xvi” siècle, mais la clé est moderne. Quant aux croisillons, restaurés à une époque moderne, ils reçurent de simples voûtes de plâtre et les grandes fenêtres ouvertes dans les pignons n'ont aucun style.

Le chœur comprend deux travées droites et cinq pans coupés. Les branches d’ogives de forme torique prennent leur naissance à fleur de parement, les formerets exclus des travées droites apparaissent â l’abside. Un doubleau torique sépare les deux travées droites et une liernc, dans la travée x'oisine du sanctuaire, rejoint la clé du doubleau à la clé des nervures.

Si le départ des ogives décèle déjà un art bien maître de lui-même, on constate des maladresses dans l’établissement des voûtes. La forme trilobée que présentent les quatre lunettes des travées droites indique, suivant M. Eulart, une reprise. La \oûte primitive tracée avec de trop gros joints et trop bombée s'écroula au décinirage, et des lunettes aiguës et beaucoup plus hautes remplacèrent les lunettes en plein cintre.

Un léger décrochement et un doubleau chanfreiné en tiers point marquent le passage des travées droites au sanctuaire. Celui-ci se distingue par le nombre et la richesse de ses nervures : ogives, formerets, lierne d'axe et liernes allant des formerets aux ogives, toutes ces nervures, à l’exception des formerets, reçurent une ornementation variée; les sept cent dix claveaux qui les composent ne comprennent pas moins de soixante-treize motifs différents : de plus, les sommiers des branches d'ogives, comme à l'église de Cambronne dans l’Oise, sont ornés de sujets en haut relief : deux animaux, deux personnages accroupis et deux quadrupèdes, sans doute un lion et un loup.

Les chapiteaux du chœur et du sanctuaire peuvent compter parmi les plus beaux chapiteaux historiés que nous rencontrons en Picardie. Leur parfait état de conservation atteste qu’au xn* siècle, notre sculpture pouvait rivaliser avec la sculpture si brillante pourtant du département de l’Oise.

O En voici la description en commençant par le sud-ouest.

0 Le premier chapiteau figure l’avarice sous la forme d'un homme debout, les mains sur les genoux, un sac pendu au cou, accosté d'un serpent qui lui siffle à l’oreille gauche et d'un pourceau debout qui semble lui parler à la droite. Cette représentation est fréquente au xii" siècle; on la voit aux portails de Saint-Sernin de Toulouse, de 1 église du Mas d'Agenais, sur un chapiteau de l'arc triomphal de la cathédrale de Coire, etc.

« Le second chapiteau représente l’ivrognerie par un satyre et une bacchante tenant des coupes et entre lesquels s’élève une vigne. Cette représentation est une grossière imitation de figures antiques. Les personnages sont trapus et difformes; le satyre est vêtu d'un petit jupon.

« Le chapiteau suivant représente deux hommes obèses, accroupis dos à dos les mains sur les genoux. 11 pourrait représenter la paresse.

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« Le deuxième chapiteau du chœur, surmonté de la figure qui pourrait être Nabuchodonosor, représente un ange à figure barbue dont la robe courte laisse voir des griffes d'animal. Ce doit être un ange déchu. Ce chapiteau peut symboliser l’orgueil et l'impiété.

« Le chapiteau suivant porte une énorme tête barbue dont deux hommes tirent les moustaches. Ce peut être la tête de Goliath. Une représentation analogue existe à Nesle. Le sommier est orné d’un lion rugissant. Ce chapiteau représente peut-être la colère.

« Celui qui venait ensuite, et que surmonte un loup ou un chien montrant les dents au lion, a été détruit peut-être à dessein. Il figurait vraisemblablement la luxure. On lui a substitué récemment une figure de la colère.

« Deux dragons ailés adossés se lèchent la poitrine sur le chapiteau suivant dont l’interprétation, s’il est symbolique, est trop prroblématique pour êtte proposée.

0 Vient ensuite un chapiteau décoré d’un cœur que deux oiseaux dévorent. Cela peut signifier soit l’envie, soit le chagrin {tristitùi) donné par les Pères de l’Église comme un péché capital.

« Selon Mgr Crosnier, le meilleur des auteurs qui ont étudié les questions ardues du symbolisme, la liste des péchés capitaux n était pas encore arrêtée au xn' siècle; on ne leur attribuait pas le nombre sept : on les classifiait plutôt, selon la division adoptée par saint Jean et saint Augustin, en trois concupiscences . celle de la chair comprenant la luxure, la gourmandise et la paresse; celle des yeux

comprenant l’avarice et l’orgueil; enfin celle de l’orgueil de la vie, comprenant l’envie et la colère. Or, il semble qu’il y ait eu à Luclieux neuf chapiteaux symboliques, mais l’avarice et l’ivrognerie sont les deux seuls sujets indiscutablement reconnaissables dans cette curieuse série » (i).

M. Enlart n’a pas décrit le groupe de chapiteaux de la pile nord-est de la croisée qui ne renferme, semble-t-il aucun sens symbolique. On y voit un aigle dont le cou arrondi semble supporter avec effort le poids du tailloir. Le chapiteau voisin ligure une sorte de chat qui se lèche la poitrine. Une grande feuille d’acanthe sépare cet animal d'une petite tête humaine placée au sommet de la corbeille. Les autres chapiteaux du groupe sont décorés les uns de godrons rehaussés de fleurettes, les autres de palmettes et de rinceaux. Quant au chapiteau voisin de celui qui représente l'avarice, à la plie sud-est, il est moderne.

Les tailloirs formés d’une base attique renversée se prolongent en bandeau sur les murs et vont buter contre l’ébrasement des fenêtres. Une fenêtre à gradins et en plein cintre, comme dans la nef, s’ouvre dans chacune des travées sauf dans la première. La fenêtre d’axe est un peu plus large que ses voisines.

L’extérieur du monument a subi des remaniements profonds. La façade est en grande partie moderne; les murs des bas-côtés et des croisillons furent refaits aux xvi' et xvti' siècles; cependant le pan de mur voisin de la façade du côté nord et le contrefort à l’angle nord-est du croisillon nord appartiennent encore à l’église romane. Une jolie porte en anse de panier, ornée d’une gorge d’où se détachent des rinceaux de feuillages et de style flamboyant, s’ouvrait dans le bas-côté nord. Elle fut sans doute murée quand, par suite du passage de la route actuelle, on abaissa le niveau du sol. On peut comparer cette porte a celle de la façade méridionale de Saint-Martin de Doullens. Bullant travailla peut être aussi à l’église de Lucheux.

Un comble unique couvre la nef et les collatéraux. Cette disposition économique est regrettable, car en même temps qu’elle aveugle les fenêtres de la nef, elle cache une décoration demeurée encore intacte. Un solin souligne l’appui des fenêtres, et l’archivolte qui entoure chacune des baies, dont l’arête porte un simple biseau, se poursuit horizontalement à hauteur des impostes et forme bandeau. Des fleurettes à quatre pétales appliquées sur des pointes de diamant en constituent la décoration.

Le chœur ne possède plus, à l'extérieur, que des témoins de sa riche ornementation : bandeaux à palmettes, corniche et modillons sculptés, groupe représentant un homme entre deux monstres; ces divers motifs, encore que très mutilés permettent d’apprécier la finesse de la sculpture qui ne le cédait guère à celle que nous avons admirée à l’intérieur de l’édifice.

Des contreforts très peu saillants contrebtitent la poussée des voûtes. Pour les charger davantage et en accroître la force de résistance, le constructeur les a reliés par de grands arcs en plein cintre dont l’arête se profile en quart de rond. De cette disposition ingénieuse il a su tirer un heureux effet décoratif.

Les fenêtres ne sont pas toutes ouvertes dans l’axe des travées. Des archivoltes toriques les encadrent et se prolongent horizontalement en cordon pour ressauter autour des contreforts.

Comme dans plusieurs églises romanes, à celle de Cambronne (2) par exemple,

(1) C. Enlart, Ouvrage cité, pp. 135-137.

(2) L. Regnier, les Origines de V architecture gothique, étude bibliographique sur le récent ouvrage de M. E. Lefèvre-Pontalis, et observations sur quelques églises du Vexin, du Beauvaisis et du Valois. Pontoise, 1895, in-8°, p. 22. (Extrait des Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise et du Vexin, tome XVI, pp. 10; à 143).

l'architecte du xii' siècle qui éleva l'église de Lucheux utilisa au carré du transept des piles plus anciennes qui formaient peut-être la souche d'un clocher central antérieur. La campagne de construction, à laquelle nous devons le chœur, relança d'abord dans les deux piliers de l'est de la croisée des pilastres plats; puis, à la suite d'un repentir au cours des travaux, ces pilastres furent armés de demi-colonnes en amande et de colonnettes d'angle. Le manque de concordance des joints, d’une part entre les pilastres et le massif des piliers, d'autre part entre les tambours des colonnes et des colonnettes et les pilastres, indiquent deux étapes de construction. Cependant, aux dernières assises voisines des chapiteaux, la concordance des joints devenant parfaite entre les tambours des colonnes et leurs dosserets, il en faut conclure que le maître d’œuvre modifia son plan avant même de monter les pilastres jusqu'au sommet des piles.

Les travaux se poursuivirent de l’est à l’ouest, comme c’était l’usage le plus fréquent.

Aux piliers de l’ouest, les feuilles d’eau qui ornent les chapiteaux et qui se retrouvent à chacun des angles des chapiteaux de la nef, montrent un changement de style. Le point de .soudure avec le massif primitif se fait dans l'angle rentrant des piles, où le manque de liaison entre les assises est facile à constater.

A cette troisième campagne j'attribuerai la partie du collatéral nord voisine de la façade, ainsi que le contrefort nord-est du croisillon nord. Ce contrefort, beaucoup plus saillant, il est vrai, que ceux du chœur, porte cependant des retraites biseautées qui me permettent de l’attribuer encore au xii’ siècle.

Dater les quatre piliers de la croisée, ou du moins ce qui constitue le noyau de chacune des piles paraît impossible. Si l'absence de gros joints nous empêche d’en reculer la date jusqu’au xt" siècle, il serait téméraire de vouloir préciser davantage. Mais pour le chœur, grâce aux comparaisons que M. Enlart a établies avec d’autres monuments, l’âge de la construction peut être serré d’assez près. Lucheux ressemble beaucoup à Airaines, dit M. Enlart; or Airaines fut bâti peu après 1117; c'est donc entre itao et ttqo, qu'a dû être élevée l’église de Lucheux. M. Régnier, en ce qui concerne Airaines, ne fait aucune objection pour se rallier à l'opinion de M. Enlart, mais, quant à Lucheux, il exprime quelques réserves. L'art déjà perfectionné qu'on y rencontre, la présence de formerets aux voûtes du sanctuaire, le doubleau profilé de la même manière que les ogives l'amènent â rajeunir quelque peu cette dernière église (i).

Ces observations, et peut-être aussi un nouvel examen du monument conduisirent M. Enlart à une conclusion analogue : dans son répertoire des églises picardes de transition, il laisse à la vénérable église d’Airaines le rang de doyenne avec la date de ti25 environ et assigne à l’église de Lucheux la date de ttdo-ttqo (2).

Le mobilier de l'église est extrêmement pauvre. Un Christ en croix accompagné de la Vierge et de saint Jean, du xvt" siècle, surmontait une poutre de gloire. La poutre elle-même lut reléguée dans le grenier du presbytère, mais le groupe orne maintenant le revers de la façade à l'extrémité du croisillon sud. Des médaillons quadrilobés contenant les symboles des évangélistes terminent chacun des bras de la croix.

Des verrières modernes : un martyre de saint Léger et des grisailles aux armes des seigneurs de Lucheux ne compensent pas la disparition des anciens vitraux,

(il Congrès archéologique tenu à Abbeville en i8ç^, Paria et Caen, 1895, in-8", p. 340.

{2) C. Enlart, Manuel d'archèologic française, architecture religieuse, Paris 1902, in-8®, p. 630.

présents des châtelains à leur paroisse. Kn 1541, Jacques xMauduit, peintre verrier d Arras, plaçait, moyennant 24 livres tournois, dans Tune des fenêtres, une Notre-Dame de Pitié entre saint Pierre de Luxembourg et saint Charlemagne (i).

Quelques pierres tombales sont dressées contre les murs. Deux d'entre elles sont presque entièrement effacées, les deux autres portent lés inscriptions suivantes •

VOVS OVI LISEZ COMME VOVS lAY ESTE ET COMME lE SVIS VOVS SEREZ ICY GIST

CHARLES SEBERT EN SON VIVANT LIEVTENANT DE LA BARONNIE DE LVCHEVX MORT AVDIT LVCHEVX LE 21 DA.OVST ... I AGE DE 64 ANS

REQVIESCAT IN PACE,

ICY REPOSE LE CORPS DE M^- lACQVES RUTTIN VIVANT CONSEILLER DU ROY RECEVEUR DES TRAITTE DE LUCHEUX DECEDE LE 24 9. . .

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