SITUATION
Le voyageur, qui d’Amiens à Compiègne passe en chemin de fer au pied de la ville de Montdidier, emporte de cette vision rapide le souvenir d’une cité pittoresque. Par-dessus de riches cultures maraîchères, à travers des rangées de peupliers, il aperçoit la roche crayeuse qui porte la ville et a constitué longtemps son meilleur rempart. A l’ouest la rivière des Doms, au nord et au sud deux vallées sèches, profondes et étroites, limitent le plateau du Santerre à l'extrémité duquel Montdidier se dresse comme une sentinelle, à égale distance des vallées de l’Oise et de la Somme, neuf lieues d’Amiens et de Compiègne. On distingue encore quelques restes des vieilles murailles en briques, reliées de distance en distance par de grosses pierres jaunes, mais ni portes, ni tours, ni poivrières, ni créneaux. Les vieux murs ne supportent plus que des jardins en terrasse, véritables jardins suspendus, où il a fallu apporter la terre avant de planter les arbres. Là où la muraille a disparu, la roche crayeuse reparaît, mais la végétation persiste intermittente. Apportée par le souffle du vent, ou par l'oiseau qui laisse tomber sa graine, elle couvre le moindre filon de terre végétale restée dans les fissures de la craie. Ainsi de tous côtés la verdure semble monter à l’assaut de la vieille cité, ici au hasard, là aidée par l’industrie des habitants. Sur la crête laborieusement élargie, les maisons se pressent en désordre, petites ou grandes, également avides de bon air et de vue sur la campagne. Incessamment battus par les vents d’ouest, brûlés par le soleil ou salis par la pluie, façades et pignons, toits d’ardoise ou de tuile, lucarnes et cheminées, découpent sur le ciel une silhouette confuse, aussi amusante de ligne que de couleur. Elle va montant du sud au nord, légèrement concave au centre, dominée par les clochers des deux églises et le campanile de l’hotel-de-ville ; brusquement elle se termine au nord, au point culminant, par le
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haut pignon de l'ancienne Salle du Roy devenue le tribunal. De îobustes contreforts en saillie, de hautes fenêtres ogivales et une élégante tourelle hexagonale, dont une restauration récente a gâté le couronnement, donnent un caractère altier à cette vieille construction qui semble tenir en respect le faubourg aplati à ses pieds.