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La Picardie historique et monumentale

Le II août 1891, le Président de la Société des Antiquaires de Picardie, M. Auguste Janvier, communiquait à ses collègues, réunis en séance mensuelle, une lettre écrite par l'un d'entr'eux, et à lui adressée.

Il s'agissait d'entreprendre la publication d'un ouvrage qui, sous le titre proposé de Picardie Historique et Monumentale^ comprendrait des notices sur les principaux édifices religieux, militaires ou civils, existant ' encore, en totalité ou en partie, sur le territoire de l'ancienne province. La rédaction du texte serait confiée à ceux des antiquaires qui voudraient bien s’en charger. Une très large place serait réservée à l'illustration, qui reproduirait à l'aide des procédés les plus perfectionnés de l'art contemporain, les monuments de la contrée. Le format serait analogue à celui de YAlbum Archéologique en cours de publication.

L'auteur de l'a proposition mettait à la disposition de la Société les moyens matériels d'assurer l’entreprise et l'achèvement de la publication.

Le meilleur accueil était réservé à cette communication : on voulut bien adopter le projet et l'honorer du haut patronage de la Société. Plus tard, des marques de gratitude, aussi délicates que touchantes, furent prodiguées au fondateur; ces marques ont été pour lui une preuve bien précieuse de la sympathie de ses collègues : il ne saurait trop leur en exprimer sa vive et profonde reconnaissance.

En i835, l'attention des archéologues et des artistes, était attirée et retenue par l'apparition d'un ouvrage de grand luxe ; Les Voyages pittoresques et romantiques

dans raucienue France, entrepris sous la direction de MM. le baron Taylor,

Charles Nodier et Alphonse de Caillcux*. Les trois premiers volumes de ce grand œuvre, demeuré malheureusement inachevé, sont consacrés à la Picardie. Ils ont inspiré l'idée d’un travail analogue. Sans prétendre se poser en rival du premier, il était permis de songer à livrer aux lecteurs un nouvel ouvrage sur la Picardie, conçu à peu prés sur le meme plan, mis en harmonie, quant au texte, avec

les progrès de la science historique, quant aux illustrations, avec les perfectionnements auxquels les procédés photographiques permettent de parvenir.

Les volumes de MM. Taylor, Charles Nodier et de Cailleux ont été écrits par des hommes de savoir : le talent littéraire s'allie sur ces pages à la science du passé. L'illustration est due au crayon d'artistes de premier ordre. La

reproduction de leurs dessins, a été obtenue par la lithographie. Chaque page de texte reçut un encadrement historié, où l'école romantique se donna librement carrière en retraçant avec verve des scènes empruntées aux légendes hiératiques, à la vie religieuse, militaire ou civile du Moyen-Age. De grandes planches hors texte donnèrent des vues extérieures ou intérieures des principaux monuments de la province.

Presqu'au moment où commençait la publication des Voyages pittoresques^ MM. H. Dusevcl et P. A. Scribe faisaient paraître deux volumes, d'une importance beaucoup moindre que ceux du baron Taylor, mais non toutefois dépourvus

d'intérêt et de mérite : la Description historique et pittoresque du département de la Somme, imprimée à Amiens en i836, se présente sous un format modeste et n'a qu'une médiocre étendue ; elle tient néanmoins une place qui n'est pas sans honneur dans la nomenclature des ouvrages traitant de notre contrée. Des lithographies nombreuses reproduisant des dessins dus au crayon fin et élégant des frères Duthoit, y accompagnent très bien le texte.

Dix ans plus tard, en 1846, un éditeur amiénois, Alfred Caron, entreprenait l'impression d'un autre ouvrage. Les Eglises, Châteaux, Beffrois et Hé)tels~de-Ville les plus remarquables de la Picardie et de l'Artois. MM. Dusevcl, Goze, de la Fons-Mélicocq, Gabriel Rembault s'étalent chargés du texte ; MM. lùuthoit, Le Tellier, Hugot, Lebel, Beaudoin, Pinsard, Alfred Graux, de l'illustration. L'œuvre s'annonçait bien ; le public accueillit avec faveur le premier volume à son apparition. Le second ne fut pas moins bien reçu quand il fut livré, en 1849. Ces deux tomes contenaient de nombreuses notices, d'un grand intérêt historique et archéologique. Malheureusement l'ouvrage, interrompu croyons-nous à cause des circonstances politiques de l'époque, demeura incomplet et on doit le regretter.

Les livres dont il vient d'être question sont ornés de planches conçues et exécutées par des artistes de talent, mais qui ne purent disposer que des moyens en usage de leur temps ; la fidélité des dessins des Voyages pittoresques du baron T'aylor et des autres ouvrages analogues n'est pas toujours égale à leur mérite artistique et la reproduction des monuments manque parfois d'exactitude. L'illustration de la Picardie historique et monumentale n'a point à redouter ce blâme.

Avec une parfaite obligeance, un photographe amateur que la Société des Antiquaires est heureuse de compter parmi ses membres les plus dévoués, a mis ses appareils au service de l'œuvre entreprise par nous. On lui doit la presque totalité des clichés d'après lesquels ont été exécutées les héliogravures qui accompagnent le texte. Ici, le mérite artistique s'allie à l'exactitude la plus scrupuleuse et donne pleine satisfaction à l'esthétique en même temps qu'à l'archéologie. C'est pour nous un devoir de remercier le collègue qui n’a ménagé ni son temps ni ses peines pour le succès de cet ouvrage.

Remercions aussi, et non moins sincèrement, M. Pinsard qui a libéralement ouvert les portefeuilles dans lesquels, depuis nombre d'années, il accumule les plans des monuments picards, documents indiscutables, car ils sont le fruit d’investigations patientes et sérieuses.

Le premier volume de la Picardie Historique et Monumentale est consacré à rarrondissement d’Amiens. Le premier fascicule fut distribué durant l'été de i8g3. Aujourd'hui, nous sommes heureux d'olï'rir au lecteur le tome entièrement terminé.

En tête du livre se trouve une notice sur la cathédrale d'Amiens. Sa place était naturellement marquée au début d'un ouvrage de ce genre, et par un sentiment d'exquise courtoisie, la Société voulut bien charger celui de ses membres qui avait conçu le projet de la publication, d'écrire cette notice.

Apres la description de la Cathédrale viennent les notices consacrées à quelques édifices civils de la ville d'Amiens : la Malmaison, le Logis-du-Roi, le Bureau des finances, la Halle au blé, le Théâtre. Puis sont décrits les vieilles maisons, de jour en jour plus rares dans la cité ; les établissements hospitaliers ; quelques monastères ; les débris des anciennes fortifications ; trois églises intéressantes à différents titres, Saint-Germain, Saint-Leu et Saint-Rcmi.

Le lecteur quitte ensuite l'ancienne capitale de la province ; il est conduit tour à tour dans les cantons qui forment son arrondissement. Les églises, paroissiales ou conventuelles, sont passées en revue. On raconte leur histoire, on les décrit, mieux encore, on en retrace fidèlement l'aspect, au moyen de l'héliogravure. Si, à l'époque actuelle la destruction menace un trop grand nombre de ces agrestes sanctuaires, souvent remplacés, au gré d'un caprice, par de banales constructions modernes qui n'ont ni le mérite artistique, ni l'originalité, ni même la solidité des anciens édifices, le souvenir des monuments de la foi de nos pères, disséminés dans les campagnes de la Picardie, sera du moins conservé sur les pages de notre album.

Les châteaux ne sont point oubliés, car les manoirs de la Picardie ne sont pas dépourvus d'intérêt,' et les ruines féodales de Boves, d'Airaines, de Picquigny, de Wailly, de Monsures, ont bien du charme pour l'historien et pour l'artiste. Quelques châteaux encore intacts nous permettent d'apprécier le cadre dans lequel se passait la vie seigneuriale d'autrefois.

La célèbre abbaye de Corbie, l'un des plus illustres parmi les monastères de l'Europe entière, est l’objet d'une notice qui n'est pas l'une des moins intéressantes de ce premier volume. Elle a été traitée de main de maître.

Avant de pénétrer dans la galerie où nous le convions à entrer, le lecteur arrêtera son regard sur le frontispice placé en tête du livre que nous lui offrons. Le charme de cette œuvre d'art, due au crayon de l'un des maîtres de notre époque, M. Albert Maignan, le retiendra longtemps.

On a voulu symboliser la pensée qui inspira l'ouvrage : l'Archéologie et l'Histoire se mettant au service de la Picardie, et lui rendant hommage. La composition comporte deux divisions. Dans le bas se tient debout l'.^rchéologie, personnifiée par une femme vêtue comme les campagnardes de nos contrées. Scs pieds sont solidement chaussés, sa taille est ceinte du tablier ou chinoirc fi), qu'affectionnent nos paysannes : elle est coiffée négligemment d'un mouchoir enroulé sur ses cheveux, et se 'dent au' bord d'une excavation dans laquelle s'opèrent des fouilles. La main gauche s'appuie sur une pioche, le bras droit se lève vers la

(i) Chinoire: Tablier. Le mot Chinoire vient du latin Ciiictorinin, du verbe Cingere, Ceindre. — Le terme de Chinoire est encore employé couramment dans nos campagnes par les paysannes fidèles à conserver les vicii.v us. — V. Corblet, Gtassaire . p. 3S8.

partie supérieure. L'Archéologie présente un objet d'art qu'elle est censée avoir trouvé dans la tranchée. Cet objet est la reproduction d'un bronze de l'époque gallo-romaine, qui appartient au musée d'Amiens (i).

Dans la partie supérieure, l'Histoire s'apprête à recevoir la trouvaille, et à la mentionner sur un phylactère, déployé sur l'im de scs genoux. Près de la muse est un amas de vieilles Chartres avec sceaux pendants.

La Picardie occupe le sommet du dessin ; elle assiste et paraît prendre intérêt à la scène que nous venons de décrire. La Picardie se montre sous les traits d’une robuste jeune femme, au front couronné de fleurs de marais. Assise sur un large siège, elle tient la pique traditionnelle de nos aïeux. Sa main droite, ramenée sur son sein, porte un bouquet de pommes, fruit savoureux d'où se tire le cidre, boisson favorite de nos campagnards. Près d'elle, des gerbes de froment rappellent la fertilité des pleines de notre province. A l'un des pieds droits du siège, est attaché un écusson aux armes de la Société des Antiquaires de Picardie (2).

Derrière le dossier du trône, un nimbe, porte en lettres ornées l'inscription Picardia. Des nuages llottant alentour donnent un caractère poétique et idéal à cette partie du tableau, tandis que dans le bas, un vieux mur, que l'on aperçoit derrière l'Archéologie, rappelle les substructions romaines, si souvent mises au jour dans les fouilles de la Picardie.

Divers objets gisent pêle-mêle, au pied de l'un des magnifiques chapiteaux, épaves de l’abbaye de Dommartin, précieusement recueillies au musée d'Amiens, par les soins de la Société des Antiquaires de Picardie.

Les roseaux de nos marécages servent de repoussoir aux eaux de la Somme, dont le cours se déroule sur un côté du tableau. Le fleuve qui arrose la vieille Samarobrive, se présente au moment où, sortant d'Amiens pour se diriger vers la mer, il vient de passer sous les arches du pont Saint-Michel ; dans le lointain, la silhouette un peu indécise de la façade de la Cathédrale, aux tours inégales, rappelle que le plus beau temple érigé en l'honneur de la Vierge, fait la gloire non seulement de la cité qu'il domine, mais encore de la province toute entière.

Voilà, résumé par le crayon d'un artiste d'élite, le programme de l’ouvrage que la Société des Antiquaires de Picardie présente avec contiance. Cette Société ose espérer qu’un bienveillant accueil ne fera pas défaut à l'œuvre quelle a prise sous son patronage. Klle croit en l'olFrant accomplir le précepte dont elle a fait sa devise : Nosce patriam ! Puisse son attente n'être pas déçue ! Avoir réussi à intéresser nos compatriotes à nos gloires locales, serait pour nous une douce et précieuse récompense.

Edmond JpOYEZ.

(1) Ce bronze antique a été découvert à Amiens, au mois d’octobre i8.|5, dans le quartier de Henriville, chez M. le capitaine Bourneî, qui l'offrit au musée d'Amiens; il représente un personnage imberbe assis à la manière orientale. I.'oreille droite, très développée, est celle d’un animal indéterminé ; l’aspect étrange de cette oreille a fait croire au D’’ Rigullot que cette statuette était celle de Midas. Mais il faut remarquer que le personnage n’a qu'une oreille extraordinaire ; l'autre présente l’aspect normal. Selon l’auteur d'une notice insérée dans le XD' fascicule de lAlbuvi archéologique de la Société des Antiquaires de Picardie, la figurine serait une divinité gauloise, de la classe de celles que l'un représente ordinairement accroupies et portant sur la tète des ramures de cerf. — Mcm. de la Société des Antiquaires de Picardie, t. VIH ; Album archéologique , fascic. XI', avec la reproduction du bronze en héliogravure.

(2) Le 20 septembre 1855. proposition de l’un de ses membres, M. Charles Dufour, la Société a adopté

pour blason un écusson écartelé : au 1, d'azur à trois fleurs de lis d'or ; au 2, d’argent à quatre lionceaux de gueules rampants ; au 3, d'or au lion de sable rampant, armé et lampassé de gueules ; au 4, de gueules à quatre lionceaux d or rampants. Ces armes sont celles que la nation picarde, l'une des quatre de l’Université de Paris, portait au XVI' siècle comme signe di.stinctif. — V. Mémoires de la Société des Antiquaires, t. XV, p. i^p

( iilhnlriili' il Jmirii.r.— l'onlx liii/i/i.rmiui.i'

Un ouvrage tel que celui-ci, destiné à réunir comme dans une sorte de Musée les monuments les plus remarquables de l'ancienne province de Picardie, à les décrire à l'aide de la plume, à en mettre l'image sous les yeux au moyen des procédés artistiques les plus exacts et les plus perfectionnés, devait nécessairement débuter par une notice consacrée à la Cathédrale d'Amiens. La Commission chargée de mener à bonne iin l'œuvre que la Société des Antiquaires a bien voulu prendre sous son patronage, nous a confié ce travail : qu'il nous soit permis de lui exprimer ici toute notre reconnaissance. Nous avons accepté avec bonheur une tache qu'il nous était doux de remplir. Nous ne nous sommes point dissimulé les difficultés qui l'accompagnaient : mais, après tout, il ne s'agissait pas de produire une monographie complète; l'entreprise eût été bien au-dessus de nos forces; d'ailleurs, un de nos collègues, très compétent sur la matière, travaille depuis longtemps déjà sur ce sujet, et bientôt, nous l'espérons, il fera connaître au public le résultat de ses patientes et consciencieuses recherches. Alors la basilique amiénoise sera enfin décrite d'une manière digne d'elle; un monument d'érudition, capable de soutenir la comparaison avec l'édifice de pierre

r^caucoLip plus simple et plus modeste devait être l'opuscule destiné à entrer dans la présente collection et à lui servir en quelque sorte de préface. Aussi bien, le cadre de la Picardie historique et nionuineutale. malpué ses vastes proportions, ne comporte point de très grands développements pour chacune des nombreuses notices destinées à y prendre place. Nous nous sommes dt‘)nc borné à analyser et à condenser les dilférents ouvrages publiés jusqu'à ce jour sur la (lathedrale d’Amiens. Le lecteur ne trouvera probablement ici rien qu'il ne connaisse déjà : La iMorlière, Pagès, le P. Daire, Rivoire, (jilbert. Dusevel, (ioze, vSalmon, Viollet-le-Duc, les abbés Jourdain et Duvah l'abbé Roze et qllelque^ auteurs encore ont été mis par nous à contribution : le plus souvent nous n'avons fait que reproduire en les abrégeant les travaux de ces archéologues, dont plus d'une fois on reconnaîtra même les propres expressions sur les pages qui vont suivre. Lelte notice, d’ailleurs, avait pour but principal d'encadrer les belles planches que le talent de l'un de nos collègues, photographe d'un rare mérite, nous a permis de placer en tête de la galerie qui va se dérouler sous les yeux de ceux qui feuilleteroni ces voliiiues. Puisse le texte, en ce qui nous concerne, n'ètre point trop au-dessous de rillusiration, et daigne le lecteur indulgent pardonner à l'écrivain son insudîsance. en raison du plaisir que la vue des gravures jointes à ce premier fascicule procurera à ses regards.

Lomme plan et comme sirticture. a écrit Viollet-le-Duc. la Laihédrale d'Amiens est l’église ogivale par excellence, lèlle a été en ell’et construite à l'époque où ce style architectural, si convenable aux édilices destinés à l'exercice du culte catholique, était parvenu à son apogée. Conçue et exécutée au xim' siècle, elle oll’re le spécimen le plus complet de l'architecture religieuse à cette époque. « Si quelques édilices du même temps peuvent ollrir certains détails plus achevés, ce qui serait d’ailleurs à démontrer, on ne rencontre nulle part un ensemble aussi parfait. " (Ch. Salmf»n.)

Ses premiers fondements lurent jetés en 1220 : deux ans plus tôt, en 121S, le leu du ciel avait réduit en cendres l'ancienne (Luhédrale, qui, d'après l'historien amiénois De (^ourt, dont M. l’abbé Roze partage l'opinion, avait été consacrée en I i52. (>ette dernière église occupait 1 emplacement d autres basiliques que les invasions normandes ou des incendies ravagèrent a dillérentes époques, notamment en S5o, en 101 (J et en iiJy.

lévrard de Fouilloy occupait le siège épiscopal d'Amiens quand la Cathédrale actuelle lut commencée d après les plans d'un architecte originaire de File de France, Robert de I.uzarches. Contrairement a l usage généralement sui\'i, on éleva d'abord la grande net : les grifes que l'on remarque aux qtiatre gros piliers du transept, indiquent assez 1 antiquité de la base de ces piliers. Fn 1223, a la mort d'Fvrard,

les fondations de la nef étaient achevées, et son successeur, l’évéque Geotfroy d'Eu, faisait continuer les travaux par un second architecte, Thomas de Cormont, qui respecta religieusement les plans de Robert de Luzarches, probablement mort aussi à cette époque. Sous la direction de Thomas les murs et les piliers atteignirent

la naissance des grandes voûtes. Arnoul, qui succéda à Geotfroy sur le siège

épiscopal, vit construire les galeries, les clochetons et la tour de pierre surmontée d'une flèche de charpente qui, jusqu'à la fin du premier quart du xvf siècle, s'éleva au centre de la croisée. En 1258, un incendie dont on ignore la cause, détruisit

les charpentes des chapelles absidales et les échafaudages qui servaient à la construction

du chœur. Ce sinistre dut retarder l'achèvement du chœur et de l'abside. Ces parties passent toutefois pour avoir été entièrement terminées en 12S8, sous l'épiscopat de Guillaume de Mâcon, et Renault de Cormont, fils de 'fhomas, aurait eu la gloire de les mener à bonne fin. Ta date de 1269, inscrite avec le nom du donateur, l'évéque Bernard d'Abbeville, sur la verrière centrale du sanctuaire, permet du moins de supposer qu'à cette époque les grandes fenêtres étaient en état de recevoir des vitraux. Beaucoup de parties restèrent cependant en souffrance, et ne furent achevées que plus tard; ainsi le transept gauche n'a été terminé qu'en 1296, au moyen des libéralités d'un riche bourgeois de la ville, Tiénard le Sec. La façade principale ne paraît pas non plus avoir été élevée en même temps que les piliers et les voûtes de la nef, mais elle doit leur être un peu postérieure. Quant aux deux tours du grand portail, elles datent du xiv‘' et du xv*^ siècles. Les chapelles de la nef, établies entre les contreforts, sont une adjonction commencée dès les dernières années du xiif siècle, et terminée dans la seconde moitié du xiv^

Voilà, en très peu de mots, fhistorique de la construction de la Cathédrale : quand nous aurons ajouté que les carrières de Croissy et de Bonneleau (Oise), terres dont le Chapitre d'Amiens possédait la seigneurie, fournirent la pierre dure des assises inférieures; qu'en 1234, d'après les cartulaircs du Chapitre et M. l'abbé Roze, les chanoines de Picquigny vendirent aux prêtres de la fabrique de l'église d'Amiens, pour 5o livres parisis, et pour onze années, toutes leurs carrières de Bcllo niaiiso (Beaumès, entre Picquigny et Breilly), avec l'autorisation de faire transporter les matériaux par eau et par terre à eux appartenant, nous aurons dit à peu près tout ce que comporte sur ce sujet la présente notice.

Il ne nous reste plus, avant de commencer la description de l'église, qu'à rappeler qu'elle est dédiée à la sainte Vierge, sous le titre de Notre-Dame : sa fête patronale est l'Assomption. Un bref du pape Pie IX, en date du 12 décembre iSSq, l'a élevée au rang de Basilique mineure. La consécration solennelle de l'édifice a été faite le 14 juillet i5o4, par Nicolas de la Couture, évêque d'Hébron iu partilnis^ et sirifragant ou coadjuteur de François de Halluin, évêque. d'Amiens. On conserva, dit-on, jusqu'à la Révolution, dans le Trésor de l'Eglise, le vase ayant contenu l’eau grégorienne qui servit en cette circonstance. Une consécration antérieure remon-

tant au lo juin 1483, et célébrée par l’évêque Pierre Versé, est mentionnée par quelques historiographes. Aucun document ne nous fait connaître pour quel motil la cérémonie aurait été renouvelée au début du xvP siècle. Le 9 décembre i56i, Nicolas de Pellevé, évêque d'Amiens, réconcilia son Kglise, profanée la veille par une rixe entre les catholiques et les huguenots. Une cérémonie analogue, présidée par Mgr Mioland, eut lieu le 27 septembre 1847, à la suite d'un suicide dont la basilique avait été le théâtre.

l atlièdriile il . Iniwiu Toinheuu d tdi'inn de Hènencourt

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