EXTÉRIEUR
La façade principale de la Cathédrale d'Amiens, de même que celle de Notre- Dame de Paris, se divise en trois parties dans sa largeur, et en quatre étages dans son élévation. Les grandes divisions verticales sont indiquées par la saillie de quatre contreforts qui, montant du sol du parvis au sommet des tours, marquent la largeur de la nef centrale, ainsi que celle des collatéraux. Trois portes s'ouvrent à la base de l'édilice; elles sont surmontées d'une galerie au-dessus de laquelle se déploie une imposante série de vingt-deux statues colossales; puis se présente la rose, flanquée à sa droite et à sa gauche de deux larges baies en ogive ; enfin, deux tours, d'inégale hauteur, moins épaisses que larges, percées d’ouïes géminées, couronnées de balustrades à jour, et surmontées de combles aigus, terminent ce magnifique ensemble. Entre ces tours, une dernière galerie à arcades couvertes, passe devant le pignon du grand
comble. La surface totale de cette façade comprend environ soixante-dix mètres dans sa plus grande hauteur, et quarante-cinq mètres en largeur fii.
Les trois portes comprises entre les quatre contreforts sont abritées par de profondes voussures ogivales, reposant sur des ébrasements garnis de statues. Ces dernières sont au nombre de cinquante-deux, en comptant celles appliquées sur la face antérieure des contreforts, mais en ne tenant pas compte de celles des trumeaux. Llles sont toutes abritées par des dais composés d'édilices variés qui permettent d étudier les ditfércnîs genres de construction usités au moyen âge. Leurs pieds reposent sur des consoles supportées par des démons, des animaux fantastiques, ou des personnages dans lesquels on reconnaît les antagonistes, les persécuteurs ou les bourreaux des saints représentés au-dessus (2).
Des gables évasés, décorés de crochets sur leurs rampants, surmontent l'ouverture des porches. Le portail du milieu est dédié à Jésus, Sauveur du monde. Celui à droite du spectateur à la Vierge Marie; celui à gauche à saint Firmin, martyr, premier évêque d'Amiens, patron de la ville et du diocèse, (ihacun de ces portails est partagé en deux baies à angles droits par un pilier trumeau. L'espace compris entre le s(nnmet de l'ogive de la voussure et le linteau des portes présente des tympans garnis de sculptures.
Les iconographes voient dans l'ornementation de ces trois porches la traduction des trois formes du culte rendu à Dieu par la religion catholique : celui de laine. s'adressant directement au Christ, Fils et égal du Tout-Puissant; eehâ d'hyperdulie, s’adressant à la Vierge Mère, coopératrice de la Rédemption; celui de dulie., s'adressant aux saints, créatures et serviteurs de Dieu, mais scs amis privilégiés, et intermédiaires entre l'homme et son Créateur. Pour Amiens, saint Firmin, qui apporta ri'ivangile à nos pères, se trouvait être naturellement désigné comme l'expression de cette dernière forme du culte.
Arrêtons-nous d'abord devant le porche du milieu, le porche du Sauveur. Sur le trumeau se dresse la statue du Christ, debout, admirablement drapé dans un vêtement aux plis majestueux et sévères, levant la main droite pour bénir, serrant de la main gauche, contre son cœur, le livre de la sainte doctrine. Ses pieds nus foulent deux animaux, un lion et un dragon; plus bas, sur les faces latérales, nous voyons deux autres bêtes, d'aspect fantastique : ce sont l'aspic et le basilic, et ainsi se trouve traduite la prophétie du psalmisie annonçant la victoire de Jésus sur les puissances inlernales symbolisées par ces monstres. Au-dessous du feuillage d'une vigne toull’uc, emblème de l'Kglise et de l'Fucharistie, la ligure du roi David, sculptée sur le devant du pilier, et déployant un lambel qui portait probablement jadis le verset du psaume
([) D'apr-is Viljllot-lc-Duc, la faç:i<te nctiic-llc, à partir des clochetons destinés à dé^ruiser la diminution de l’épaissoiir des contreforts, n’est pas celle ([u’aurait conçue l’architecte auteur du plan primitif. Le défaut de ressources pécuniaires imposa robli;4-ation de restreindre les projets de Robert de Luzarehes. l-ln construisant la n(“f, tm avait clos d'abord le vaisseau par une simple muraille, remettant à une époque ultérieure l’élévatitm d’un frontispice di<rne de la majesté du monument. I')es pii-rres d'attente, laissées sclr)n les termes dos ffens de l’art, en arrach,-ini-iit. étaient disposées pour recevoir ce frontispice, dont les proportions durent être quelcpic peu diminuées ciiiand on put appiicjuer contre la partie déjà terminée la constructicm ipie nous avons aujourd’hui sous les yeux. L’éminent architecte assigne la date de 1240 environ aux trois porches, aux pin.acles qui les :iccoinpa tjnent, à la première i^alerie, à celle des rois, ainsi qu’à l'éta-^e inférieur des tours, Quant aux parties supérieures de ces tours, à la rose et à la ^^aleric ejui les réunit, ce sont des constructions successivement élevées pondant le xiv“ siècle.
(2) La façade est précédée d’un maffnifiquo panis ou perron dallé on ,<:ranit, et construit vers 1865 par l’architecte Viollet-le-l)uc. Huit m, arches y donnent accès dans la partie centrale; un escalier de onze marches permet d'y parvenir du côté du nord, t.mdis cpie trois autres marchc.s sont pratiquées dans le pan coupé de la parti’' opposée, du côté du midi : cette différence résulte d- la déclivité du terrain de la place ; dix candélabres en fonte bronzée supportant des lanternes à ffaz sont placés sur des piéde.staux au sommet des degrés du milieu et de l’extrémité sud et au bas de l’escalier septentrional ; un mur ou ba/iiit à hauteur d'appui circonscrit le perron entre les marches.
ayant trait à cette victoire, complète la décoration de la partie inférieure du trumeau. Les faces latérales offrent deux petites arcades ogivales, abritant chacune un vase duquel s’élance d'un côté la tige d’un lys, de l'autre un rosier fleuri.
Sur les pieds droits de !a porte, nous voyons superposées, par cinq de chaque côté, dix figures de femmes dans lesquelles on reconnaît, à droite du Christ, les vierges sages, à sa gauche les vierges folles. Tout en bas, sous les premières, l'arbre fécond, chargé de fruits et de feuillage; sous les secondes, l'arbre stérile et desséché, dont la cognée du biichcron entame déjà le tronc. Remarquons aussi, dans le haut, à l'endroit où les murs se c<uirbent pour former les deux côtés de l'entrée, quatre demi-médaillons oflrant, à droite, l'Agneau divin, emblème du Rédempteur, superposé au dragon, symbole de l'esprit impur; à gauche, deux sujets empruntés aux fables d'Ksope : le Loup et la (iigogne, le Renard et le Corbeau; il faut y voir des images de la vanité et de l'ingratitude, ce qui nous amène tout naturellement à parler des vices et des N'ertus, symbolises dans vingt-quatre sujets en demi-relief, sculptés dans autant de médaillons quadrilobés, qui garnissent la partie intermédiaire des ébrasements du porche, entre l'élégante tapisserie de quatre-feuilles du soubassement et les statues colossales ados.sées contre les parois.
Le lecteur n'attend pas de nous l'examen détaillé et la description complète de ces médaillons ; ce travail serait trop étendu pour trouver place ici; il a été d'ailleurs traité de main de maître par MM. les abbés Jourdain et Duval (i). Nous nous contenterons d'indiquer sommairement les sujets, en renvoyant aux ouvrages spéciaux pour une étude approfondie de cette remarquable production de l'art chrétien, nous montrant « les vices de ceux qui résistent à la parole sainte en opposition avec les vertus de ceux qui l'écoutent et qui la pratiquent. » Ainsi, à gauche, nous voyons la foi et l'idolàtric ; l'espérance et le désespoir; la charité et l'avarice, la justice et l'injustice; la prudence et la folie; la tempérance et la témérité, ou présomption. A droite, le courage et la peur; la patience et la colère; la douceur et la violence; la concorde et la discorde; l'obéissance et la révolte; la persévérance et l'inconstance. I.a disposition des sujets est telle que les médaillons consacrés aux vertus surmontent ceux qui reproduisent les vices contraires.
Sur les parois des ébrasements du porche, appuyées contre les colonnes qui reçoivent les cordons de la voussure, sont rangées, six de chaque côté, les statues des douze apôtres, hautes chacune de plus de deux mètres, et faisant en quelque sorte cortège au Christ du trumeau. Des dais, artistement sculptés, abritent les tètes de ces statues, reconnaissables à leurs emblèmes caractéristiques. Les pieds nus des apôtres reposent sur des socles qui, comme nous l'avons déjà fait remarquer, présentent les images des tyrans, persécuteurs des envoyés du Rédempteur.
Le tympan est partagé en plusieurs zones ou parties, mais le sculpteur n'a voulu représenter qu'un seul sujet, le Jugement dernier. Il a adopté une division lui permettant d'offrir au regard séparément et successivement les diverses scènes de ce terrible drame. A l'étage inférieur, près du linteau de la porte, la résurrection générale est figurée par des morts réveillés au son de la trompette des anges, et sortant péle-niéle de leurs tombeaux. Ces ressuscités sont nus, mais, pour plusieurs, des signes distinctifs permettent de reconnaître la dignité dont ils étaient revêtus aux jours de leur vie terrestre. Au centre, saint Michel pèse les âmes dans une balance : le démon s'efforce d'attirer à lui l’un des plateaux, chargé d'une hideuse tète de réprouvé, tandis que le
(0 BuUetin monumental, tome X, pp. 348 et suiv. ; tome XT. pp. 145 et suiv., 279 et suiv., 508; tome XII, pp. 99 et suiv., 269 et suiv., 275; tome XIV, pp. 100 et suiv., 214 et suiv., 242 et suiv., 266 et suiv., 311 et suiv., 327 et suiv. ; tome XV, p. 82; tome XVII, pp. 349 et suiv.; tome XX, pp. 463 et suiv.
plateau opposé s’élève doucement portant vers le ciel l’âme d'un élu, sous la iîgure d’un agneau. I/I-^glise est à droite, parée comme une reine; à gauche, on voit la synagogue, les yeux bandés, l'étendard brisé, la tète basse.
Dans une autre division, se trouve la séparation des bons et des méchants. Au centre, Jésus-Christ assis sur son trône, juge les humains. A ses côtés, sont agenouillés, à titre d'intercesseurs, la \'ierge Aîarie et saint Jean, l'apôtre bicn-aimé ; des anges portent les instruments de la Passion ; d'autres sont prosternés, dans l'attitude de la prière.
\ la droite de Jésus-Christ, un ange conduit les élus couverts de vêtements de gloire à la porte du Paradis, figuré par une église, où ils sont reçus par saint Pierre et par des anges, dont fun porte un lîambeau allumé, symbole de la lumière éternelle, et l'autre l'encensoir fumant, image des délices du ciel. Des esprits bienheureux posent des couronnes sur le front des nouveaux habitants du glorieux séjour.
A la gauche du Souverain Juge, le démon pousse les damnés tout nus dans la gueule d'un monstre hideux, image de l'enfer, hhifm, à la pointe de l'ogive, le Christ reparaît encore; son buste est seul visible; il émerge d'un nuage; Jésus a les bras étendus, un double glaive sort de sa bouche, et ses deux mains tiennent des lambels déployés; un nimbe crucifère entoure sa tête. C'est le dernier avènement du Christ, venant juger l'uni vers, et cette représentation domine toutes les .scènes que nt)us venons d'énumérer.
Les cordons de la voussure, au nombre de huit, sont occupés par des figures de proportions relativement petites, dont la réunion complète le tableau du jugement suprême en olfrant une image du séjour des élus. I.es cordons prenant plus de développement à mesure qu'ils se rapprochent de rouverture du portail, le nombre des ligures augmente sur chacun d'eux, suivant une progression croissante jusqu'à l'entrée du porche. Voici, à partir du fond, l'ordre et la nature des sujets, d'après MM. les abbés Jourdain, Duval et Roze.
Le premier cordon renferme douze anges, adorant le Souverain Juge; le second, quatorze anges apportant les âmes sous la ligure de petits enfants, pour les réunir aux corps qui ressuscitent; le troisième, l'ordre des martyrs; le quatrième, l’ordre des confesseurs tenant les uns des livres, les autres des calices; le cinquième, l'ordre des vierges et des saintes femmes; le sixième, les vieillards de l'Apocalypse, avec des instruments de musique; le septième, l'arbre mystérieux de Jessé, portant dans ses rameaux vingt-huit des ancêtres de .lésus-Christ ; le huitième, les patriarches, figures et prophètes du Messie, tenant des lambels : parmi eux, on reconnaît Moïse et Aaron.
Les éperons ou contreforts qui marquent la délimitation de chacun des porches sont aussi garnis de statues et de médaillons que nous étudierons après avoir examiné les sujets des deux portails latéraux de la Mère de Dieu et de saint Kirmin.
Le portail de droite, consacré à la sainte Vierge, présente sur le trumeau une très belle statue de .Marie, debout, couronnée, et tenant rh’nfant-Jésus sur le bras gauche. Son attitude, pleine de grâce et de majesté, excite l'admiration des archéologues et des artistes, qui regardent cette image de la Mère du Sauveur comme fune des plus belles leuvres produites par la sculpture du moyen âge. Le pied de la Vierge écrase le serpent internai. Sur la partie inférieure du trumeau, de forme angulaire, plusieurs bas-reliels, malheureusement un peu frustes, représentent l'histoire d’Adam et d'hA-e, leur création, letir chute, leur expulsion du Paradis terrestre, leur condamnation à la peine du travail.
Sur le tympan, au premier étage, se trouvent six personnages assis, dans l’attitude de I enseignement : on y vtht les prophètes annonçant les mystères relatifs à la vie
future de Marie. La seconde division nous montre la mon de la sainte Vierge. Marie est étendue sur sa couche funèbre, qu'entourent les apôtres miraculeusement réunis auprès d elle dans ce moment suprême; puis les anges se préparent à emporter au ciel le corps de la Mère du divin Sauveur. Au sommet de l'ogive, nous vovons la Heine du Ciel assise sur le même trône que son Fils, et couronnée par les anges.
Contre les parois latérales du porche, douze grandes statues, six de chaque côté, figurent par leur groupement les scènes du récit évangélique qui se rapportent à la naissance de Jésus. D'une part, l'Annonciation, Marie et Gabriel; la \’isitation, Klisabeth et Marie; la l^résentatîon de Jésus au Temple, Marie et Siméon. De l'autre, les trois Mages portant leurs présents ; Hérode les interrogeant sur le lieu de la naissance du Christ ; la reine de Saba visitant Salomon, ligure de la vocation des (îentils à la connaissance de la vérité (i).
Sur le .soubassement, au-dessus de la mosaïque qui se continue dans toute la partie inférieure des porches, des médaillons quadriiobés renferment des scènes de rFcriture sainte, prophétiques ou historiques, mais se rapportant toutes à la virginité de Marie et a la naissance du \ erbe incarné : Daniel voyant la pierre se détacher de la montagne; Moïse et le buisson ardent; la toison de Gédéon ; la verge d'Aan)n; l'ange annonçant a Zacharie la nati^’ité du saint Précurseur; la naissance de Jean-Baptiste; Zacharie écrivant le nom de Jean sur ses tablettes; la fuite en Egypte; la chute des idoles devant Jésus enfant : Jésus au milieu des Docteurs.
Du coté opposé, six médaillons retracent le voyage des Mages; Hérode interrogeant les pèlerins de 1 Orient ; leur embarquement ; leur songe mystérieux ; l'incendie de leur navire par 1 ordre d Hérode; le massacre des Innocents. Au-dessous de Salomon et de la reine de Saba, quatre sujets se rapportent à la visite de cette princesse au roi d'Israël : Salomon assis sur son trône; Salomon agenouillé devant le temple; festin de Salomon; Salomon montrant le temple à la reine de Saba.
Le troisième portail, celui qui s'ouvre à la base de la tour du Nord, est destiné à rappeler la troisième forme du culte chrétien : Dieu honoré dans ses saints. Le premier évêque d Amiens, saint Firmin le martyr, personnifie cette troisième manifestation du respect de la créature pour son Créateur. A la place d'honneur, sur le trumeau, se dresse la statue de l’apôtre qui apporta l'Evangile à nos pères; Firmin est vêtu de la chasuble, il tient la crosse à la main, il a la mitre sur la tête et fait le geste de bénir. Sous ses pieds, il foule un homme, symbole de l'idolâtrie (2); le dais qui abrite sa tête figure un édifice de style roman. Au-dessous de la statue, quatre sujets sculptés en demi-relief sur la partie inférieure du trumeau reproduisent autant de scènes se rattachant au martyre du saint, à l'invention de ses reliques, et à leur translation du lieu de la sépulture à la Cathédrale d’Amiens.
Sur les côtés du porche sont des statues parmi lesquelles M. Roze reconnaît quelques uns des principaux saints du diocèse. Les autres appartiennent à la série des prophètes. Il nomme du côté droit, saint Firmin le Confesseur; saint Domice; saint Salve; saint Quentin et saint Gentien ; du côté gauche, saint Geoffroy; saint Fuscien, saint \ ictoric et sainte Ulphe ; deux anges sont mêlés à ces saints personnages.
(1) Toutes les sculptures de la façade principale étaient rehaussées par une coloration appliquée avec ménaijcmcnt : une teinte rougeâtre animait les visages et les chevelures des statues, des traces noires marejuaient les sourcils et les prunelles, et des lignes brunes bordaient les vêtements et les ouvertures des édifices. Il sub.siste en plusieurs endroits des vestiges de cette coloration. {Goze, Description de la Cathédrale à’ Amiens^ in-4'’, première partie, p. 12.)
(2) M. l’abbé Ccirblet croit que ce personnage, qui porto le costume romain, représente plutôt Sébastien Valére, persécuteur du saint.
Au premier étage du tvmpan sont six évêques assis; peut-être taut-il y reconnaître les évêques d’Amiens qui, avec notre premier pontilc. compléteraient le nombre des sept saints généralement inscrits sur nos listes épiscopales ; au second étage, nous ^■oyons l'invention miraculeuse des reliques de saint birmin, et au troisième la procession solennelle de la translation, avec le prodige de la floraison des arbres au janvier. Au sommet, la main de Dieu bénit, en émergeant d un nuage où voltigent des anges dont l’un porte bencensoir et l’autre la navette.
A la base du portai), sous les supports des statues, les médaillons représentant les signes du zodiaque placés chacun au-dessus des tra^■aLlx du mois co!Tesp{'ndant, nous rappellent le cycle de l'année ecclésiastique, durant lequel s'exerce, jour par jour, le culte des saints.
Nous avons laissé, sans nous y arrêter, les éperons, c’est-à-dire les parties droites des porches, ou plut<’)t la base des grands contrelorts de la façade : il est temps d y re\'cnir. La encore nous tr< Jiu'ons, adossées aux colon nettes, des statues colossales, avec socles et dais, (iesont. au grand portail, à l'entrée de la voussure les quatre grands prophètes, deux a droite, deux à gauche : sur la face antérieure des éperons les douze petits prophètes, divisés en quatre groupes composés chacun de trois statues, et sous chacun de ces colosses de pierre, des médaillons superposés par deux ou par quatre, selon que la statue correspondante est placée sur la tace ou à l'angle des contreforts, reproduisent les laits principaux de la vie de ces personnages de l’ancienne loi : >' C'est, disent .MM. les abbés .lourdain et Duval. le Vieux 'l’estament relié au Nouveau, le prologue avant le drame, le dogme de l'unité, de la catholicité, et de la perpétuité de la Religion éloquemment prêché aux générations qui passent l une après l'autre devant l’impérissable monument. '>
L’intrados de l’arc d'ouverture de chacun des porches est garni d une élégante dentelle à jour que M. (ioze croit avoir été ajoutée postérieurement à la construction, parce que l'on ne remarque guère ce genre d'ornementation sur les édifices antérieurs au xi\'^' siècle; d'ailleurs, les pierres qui composent cette garniture ne font point corps avec les voussoires des ogi\'es : elles v sont simplement reliées par des attaches de fer.
Les rampants des gables des trois portails sont, nous l'avons déjà dit. munis de crochets; aux deux portes latérales la pointe se termine par un Heuron. On voyait jadis au sommet du fronton central une statue représentant saint .Michel terrassant le démon, mais le caractère des draperies, et surtout la forme échancrée du bouclier de 'archange indiquaient assez que cette sculpture ne datait que du xi\’^’ ou même du xv'^^ siècle; elle a été remplacée lors de la restauration opérée sous la direction de \'iollet-le-nuc par un ange debout et sonnant de la trompette (i
Au-dessus de chacun des deux porches latéraux, sous les tours, se trouve une profonde arcade en ogive, de même hauteur que les voûtes des bas-côtés intérieurs, dont ces arcades forment en quelque sorte le prolongement. Le fond est occupé par une rose à redents inscrite dans un triangle, et destinée à éclairer l'extrémité des latéraux, (iet enfoncement n'existe point au-dessus du grand portail.
Les quatre contreforts qui séparent les porches et indiquent les di^■isions verticales de la façade diminuent de saillie à mesure qu'ils s'élèvent. Leur première retraite est marquée, au niveau de l'extrémité inférieure des gables des trois portes, par quatre pvramides ou clochetons reposant sur une base carree. et composées d’un clocheton central, cantonné d’autres pvramides plus petites qui, dans leurs dispositions et leur
(i) Suivant iiiu- tradition i|iii avait Cours à .Vmiens, le saint Mirhvl clti portail était un don lIl' Louis .\1,
(•om inénioratif dv la fondation de l'ordre de clu-t'alerii- placé sous le vocable du ^rand archantje, protecteur de la France ; cette sctilpture est actuellement au musée de Picardie.
ornementation rappellent encore le style roman. Le lleuron qui termine la plus haute pointe, atteint le pied des statues de la galerie des rois.
La galerie couverte qui occupe toute la largeur de la façade et surmonte immédiatement les trois portails, correspond exactement au triforium de l'intérieur. Lile est d'un fort beau style. Elle se compose d'une suite de grandes arcades ogivales, reposant sur des faisceaux de colonnes, et renfermant une seconde arcature de moindre proportion, formée par des pleins cintres accouplés supportant des roses à quatre lobes. On y retrouve une dernière réminiscence du style roman. Sur l'archivolte des ogives est sculptée une riche dentelle et des animaux fantastiques sont placés sur le devant, entre chacune des grandes divisions.
Nous voici à l'étage de la galerie des rois : là se présente une suite de vingt-deux colosses de pierre, portant les attributs de la royauté, le sceptre et la couronne : dix-huit sont encadrés dans des arceaux tréfilés, reposant sur des colonnettes ; quatre sont dans des niches adossées aux contreforts. Une tradition qui a cours à Amiens depuis un temps immémorial et admise comme véridique par presque tous les anciens auteurs de descriptions de la Cathédrale, reconnaît dans ces personnages les rois de France, depuis l'origine de la monarchie jusqu'à l'époque de la construction de la basilique. Toutefois, le docteur (io/.e, en 1847, faisait déjà remarquer qu'aucune de ces figures ne porte les insignes qui caractérisent nos anciens monarques : leurs sceptres se terminent par des feuillages épanouis plutôt que par des pommes de pin ; on n'aperçoit nulle part des fleurs de lys. \'iollet-le-Duc voit, dans ces colosses, les rois de Juda, ancêtres de Marie, assistant à la glorification de la Vierge Mère. Nous n'avons pas ici l'espace nécessaire pour reproduire les arguments à l'aide desquels le savant architecte appuie son opinion : nous dirons seulement qu'elle nous paraît fort plausible, et que nous inclinons beaucoup à la croire vraie.
La grande rose occupe, au-dessus de la galerie des rois, la partie centrale comprise entre les contreforts. Le style des contours de la rosace a toute l'ampleur des moulures du xiin siècle, mais les meneaux qui garnissent l'intérieur accusent déjà le style flamboyant : c'est un remplissage de la fln du xv*" siècle, et l'écu aux armes parlantes des (iocquerel (i), sculpté sur le point milieu du ray<.)nnerncnt, nous lait connaître le donateur de cette rosace, qui appartenait à une ancienne lamille amiénoise dont plusieurs membres s'illustrèrent dans les fonctions de l'échevinage.
De chaque côté de la rose sont de hautes arcades ogivales, géminées et ajourées, à travers lesquelles le spectateur placé à quelque distance aperçoit la perspective des grands arcs boutans de la nef.
L'étage qui surmonte celui-ci est le dernier de la façade ; il ct)nsiste en deux tours servant de clochers, et en une galerie couverte qui les fait communiquer entre elles. La tour du nord dont la maçonnerie est plus élevée de six mètres en\-iron que celle de la tour du sud, contient les deux bourdons; elle est ouverte par devant et par derrière par des ouïes accouplées, et sur les côtés par une seule baie en ogive. Entre les deux ouïes de la façade, sous la balustrade, se trouve la statue de saint Eirmin; les ogives sont surmontées d'arcs en accolade, et les parties pleines des murs de cette même tour sont couvertes d'arcades feintes ou panneaux; des colonnettes sont sculptées le long des piliers buians. Ce système d'ornementation s'éloigne de la simplicité primiti\’e du style gothique, et fait pressentir la décadence de l'art du moyen âge. Des niches garnies de statues sont appliquées sur
(i) D’azur à trois coqs d’or, crottes, barbes et mcinbrcs de r-ucuIcs, 2 et i, à la bordure componéc d’arjrcnt et de gueules, qui désigne spécialement Firmin de Cucqucrel, ma'ieur d’.Vmiens en 1359 et 1361.
les contreforts. Quatre autres statues sont adossées à la muraille au-dessous des ouïes, l'ne haute balustrade de pierre taillée à jour permet de circuler autour du comble très aigu qui sert de toiture. Le faîtage est orné en guise de crête d'élégants ornements en plomb.
lui tour du sud, dont l'élévation est moindre, contient quatre cloches. Au-dessus de ses ouïes, des gables à jour très élancés, à travers lesquels passe la balustrade de la galerie, contribuent à rehausser quelque peu cette tour, dont le comble est encore plus aigu que celui du clocher parallèle. Lntre les deux gables de la façade, une lucarne avec auvent abrite la cloche qui sert de timbre à l'horloge. Comme de l'autre côté, des niches garnies de statues sont appliquées sur les contreforts.
La galerie centrale, dont les arcades abritaient jadis une statue de la Vierge entre les figures de saint Pierre et de saint Paul, est surmontée de pinacles et de clochetons qui rappellent beaucoup le style gothique anglais.
'foute cette partie supérieure de la Cathédrale, en comprenant les deux tours, a subi de nombreuses et importantes restaurations il v a environ trente ans. Quelques modiJications sur l'opportunité et le mérite artistique desquelles les archéologues ne sont point d'accord, ont même été introduites dans l'ensemble et les détails de 1 ornementation . L'architecte Viollet-le-Duc a été l'inspirateur et le directeur de ces travaux.
Tomhvnu (/r Fern/ ilr fifiiimoii'